La Cour confirme l’interdiction faite à Braverman d’accéder au bureau de Netanyahu
Le juge a fait droit à l'appel interjeté par la police dans le cadre de l'affaire des fuites de documents, estimant que l'interdiction de contacter d'autres personnes liées à 'Bild' est 'nécessaire'
Le tribunal de district de Lod a statué lundi en faveur d’un appel de la police visant à interdire à Tzahi Braverman, chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’accès au bureau de ce dernier, dans le cadre d’une enquête policière en cours sur Braverman pour suspicion d’entrave à la justice.
Le juge Jacob Spasser a statué que Braverman ne pouvait être présent au bureau du Premier ministre ni aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, jusqu’au 26 janvier.
Spasser a également interdit à Braverman de contacter une liste de personnes liées à l’affaire des documents divulgués au journal Bild, mais qui ne sont pas nécessairement suspectes, parmi lesquelles figurent notamment le Premier ministre lui-même, son secrétaire militaire, les principaux suspects Jonatan Urich et Eli Feldstein, ainsi que divers autres fonctionnaires de son bureau, et ce, jusqu’au 10 février.
Le juge a toutefois décidé de ramener au 30 janvier la durée de l’interdiction de sortie du territoire visant Braverman, alors que la police avait requis son maintien jusqu’au 9 février.
L’affaire « Bild » porte sur le retrait illégal présumé de documents sensibles et classifiés de l’agence de renseignement militaire de Tsahal par le sous-officier réserviste Ari Rosenfeld, puis sur la fuite de l’un de ces documents au journal Bild par Feldstein.
Cette fuite s’inscrivait dans le cadre d’une initiative menée par les conseillers du Premier ministre, dont Urich aurait également fait partie, afin de défendre la position de Netanyahu selon laquelle seule une pression militaire accrue permettrait d’obtenir la libération des otages détenus à Gaza, face à la vive réaction de l’opinion publique après l’exécution de six otages à Gaza fin août 2024.
Braverman a été arrêté et interrogé le 11 janvier, soupçonné d’entrave à la justice dans le cadre du « rendez-vous nocturne » au cours duquel il aurait rencontré Feldstein au milieu de la nuit dans un parking souterrain de la Kirya, fin septembre 2024.
Feldstein affirme que Braverman l’a appelé pour lui dire qu’il était au courant d’une enquête militaire sur la fuite d’un document provenant du Directorat des Renseignements militaires de Tsahal.
Selon Feldstein, Braverman lui aurait demandé s’il connaissait les personnes figurant sur une liste de six noms, qui seraient des suspects supplémentaires dans l’enquête militaire, et lui aurait dit qu’il pouvait la « faire annuler ».
La décision du juge Spasser infirme, dans une large mesure, celle rendue la semaine dernière par le juge Menachem Mizrahi, président du tribunal de première instance de Rishon Lezion, qui avait déclaré qu’il n’existait « aucune justification probante, substantielle, proportionnée et pratique » aux restrictions imposées à Braverman et aux autres suspects dans cette affaire, comme l’avait demandé la police.
En revanche, Spasser a écrit dans sa décision rendue lundi « qu’il existait des soupçons raisonnables, à un niveau substantiel, qui justifiaient la demande ».
Il a jugé que l’interdiction initiale de 15 jours d’accès au bureau du Premier ministre, demandée par la police, était « proportionnée », malgré l’opposition de Mizrachi à une telle restriction, et a estimé « nécessaire » l’interdiction faite à Braverman de contacter des personnes liées à l’affaire.
Il s’agit de la dernière décision en date d’une longue série dans laquelle le tribunal de Lod a infirmé les décisions rendues par Mizrachi dans cette affaire, tandis que la police elle-même a fréquemment critiqué le juge pour la manière dont il a traité ses demandes.
Plus tôt lundi, Urich, proche collaborateur de Netanyahu, a été convoqué par la police pour être interrogé dans le cadre de l’enquête sur les soupçons d’entrave à la justice pesant sur Braverman et sur le « rendez-vous nocturne » aux quartiers généraux de Tsahal.
Selon un reportage de la chaîne publique Kan, Urich a déclaré aux enquêteurs lors de son interrogatoire que son message à Feldstein sur WhatsApp, dans lequel il disait que « le patron est satisfait » après la publication par Bild de son article sur le document divulgué, pouvait faire référence à Braverman.
Jusqu’à présent, on supposait qu’Urich faisait référence à Netanyahu.
Selon une transcription de l’interrogatoire publiée par la chaîne, Urich s’est une fois de plus montré évasif dans ses réponses aux questions des enquêteurs, donnant des réponses laconiques et équivoques, et se montrant peu coopératif.
À un moment donné, Urich a toutefois insisté sur le fait qu’il « n’avait pas parlé de Bild avec le Premier ministre ».
Un enquêteur apparemment sceptique l’a alors interpellé en lui demandant : « Êtes-vous sûr ? », ce à quoi Urich a répondu : « Je ne sais pas qui est le patron ici », en référence au message WhatsApp envoyé à Feldstein. Puis, lorsqu’on lui a reposé la question, il a répondu : « Peut-être [était-ce] Tzahi [Braverman]. »
L’enquête sur la fuite à Bild est l’une des nombreuses affaires qui ont impliqué les collaborateurs de Netanyahu ces derniers mois. Urich et Feldstein ont également été arrêtés dans le cadre de l’affaire dite du « Qatargate », dans laquelle ils sont soupçonnés d’avoir accepté de l’argent pour mener une campagne de relations publiques visant à présenter le Qatar sous un jour favorable pendant plus d’un an après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, alors qu’ils travaillaient comme assistants de Netanyahu et que les liens entre cet État du Golfe et le groupe terroriste palestinien étaient étroits.
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