Affaire Bild : Braverman fait appel des conditions de sa libération
Les avocats du chef de cabinet du Premier ministre estiment que les conditions de sa libération sous caution "sont extrêmes, inhabituelles et clairement disproportionnées"

Le chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Tzahi Braverman, a déposé lundi un recours contre les conditions de sa libération de garde à vue, dénonçant ce qu’il considère comme une « enquête politique délirante ».
Braverman a été relâché dimanche soir après avoir été longuement interrogé au sujet de sa tentative présumée d’entraver une enquête sur la fuite de documents classifiés du bureau du Premier ministre vers le tabloïd allemand Bild.
« Les conditions de sa libération sous caution sont extrêmes, inhabituelles et clairement disproportionnées », ont déclaré ses avocats devant le tribunal de Rishon Lezion.
Le haut fonctionnaire est soumis à des conditions restrictives, notamment une interdiction d’entrer dans le bureau du Premier ministre pendant 15 jours et une interdiction de quitter le pays pendant 30 jours, ce qui risque de retarder sa prise de fonction d’ambassadeur au Royaume-Uni.
L’affaire « Bild » a été déclenchée après l’exécution de six otages israéliens par leurs geôliers du groupe terroriste palestinien du Hamas, alors que les troupes israéliennes s’approchaient du tunnel dans lequel ils se trouvaient, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, à la fin du mois d’août 2024.
Cette exécution avait déclenché un tollé général contre le gouvernement, que ses détracteurs considéraient comme un obstacle aux pourparlers de cessez-le-feu.
L’affaire concerne un document classifié présenté comme émanant du chef – aujourd’hui mort – du Hamas, Yahya Sinwar. Le texte avait été transmis au média allemand Bild en pleine guerre dans la bande de Gaza, en septembre 2024, en violation de la censure militaire israélienne.
Braverman a été récemment accusé par Eli Feldstein, un ancien conseiller de Netanyahu, d’avoir tenté de faire obstruction à l’enquête sur ces fuites.
Selon les déclarations de Feldstein à la chaîne publique Kan début janvier, le chef de cabinet lui aurait proposé d’étouffer l’enquête.
Le document fuité à Bild suggérait que le Hamas n’était pas intéressé par un cessez-le-feu avec Israël ni par un accord de libération des otages, enlevés le 7 octobre 2023 lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien qui déclenché la guerre à Gaza.
Une fuite qui aurait été utilisée pour étayer la thèse du gouvernement, selon laquelle seule la pression militaire, et non les négociations, permettrait la libération des otages.
Dans son interview avec Kan, Feldstein avait assuré que Netanyahu était informé de cette fuite, censée mobiliser l’opinion publique en faveur de la guerre.
Selon les médias israéliens, la police a perquisitionné le domicile de Braverman dimanche. Feldstein, inculpé et détenu pendant quelques semaines dans cette affaire, a aussi été réentendu dans la journée de dimanche.
L’affaire est d’autant plus retentissante que ce dernier est mis en cause dans le scandale dit du « Qatargate« , une autre affaire qui éclabousse le chef du gouvernement. Feldstein et d’autres collaborateurs du Premier ministre sont soupçonnés d’avoir été recrutés par le Qatar pour promouvoir son image en Israël.
La monarchie du Golfe, qui accueille sur son territoire la direction politique du Hamas, est un des médiateurs majeurs des négociations entre le groupe terroriste et Israël.
Dimanche, le chef de l’opposition Yaïr Lapid a appelé à suspendre la nomination de Braverman comme ambassadeur au Royaume-Uni, jugeant « inacceptable » que quelqu’un soupçonné « d’entrave à une grave enquête de sécurité représente Israël dans l’un des pays les plus importants d’Europe ».
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a pour sa part dénoncé sur le réseau social X une « chasse aux sorcières ».







