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Hadas Levy avec son bébé, conçu à partir du sperme de son fiancé, Netanel Silberg, prélevé après sa mort en décembre 2023 alors qu’il combattait les terroristes du Hamas à Gaza. (Crédit : Hadas Levy)
Hadas Levy avec son bébé, conçu à partir du sperme de son fiancé, Netanel Silberg, prélevé après sa mort en décembre 2023 alors qu’il combattait les terroristes du Hamas à Gaza. (Crédit : Hadas Levy)

La demande de prélèvements de sperme post-mortem donne la vie, mais interroge la société

Depuis le début de la guerre, 250 soldats et 21 civils ont fait l’objet d’un prélèvement, en l’absence de politique nationale encadrant cette pratique

Lorsque la Dr Hadas Levy a appris que son fiancé, le capitaine (Rés.) Netanel Silberg, 33 ans, avait été tué à Gaza le 18 décembre 2023, sa première réaction fut l’incrédulité, presque aussitôt suivie d’une pensée tenace : « Je veux avoir son enfant. »

Le 11 juin 2025, Levy, 35 ans, est devenue la première femme à donner naissance à un bébé conçu à partir du sperme prélevé post mortem (PSPM) sur un soldat tué lors de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.

« Jusqu’à la naissance du bébé, je pleurais encore Netanel », a confié Levy au Times of Israel. « Aujourd’hui, au réveil, je peux enfin ressentir un peu de joie. »

Dans les jours qui ont suivi le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël, pour y perpétrer un véritable pogrom au cours duquel ils ont assassiné plus de 1 200 personnes et en ont kidnappé 251 pour les emmener à Gaza, les embryologistes et spécialistes de la fertilité ont signalé un afflux sans précédent de demandes de PSPM.

Depuis, selon le ministère de la Santé, des prélèvements post mortem ont été effectués sur 250 soldats et agents de  sécurité, dont 193 à la demande d’un parent proche. Des prélèvements similaires ont également été pratiqués sur 21 civils, dans 10 cas à la demande de leurs familles.

Un porte-parole de Tsahal a précisé au Times of Israel que lorsque les officiers chargés d’annoncer le décès d’un soldat rencontrent la famille, ils l’informent aussi de la possibilité légale de procéder à un prélèvement de sperme, dans les cas où cela reste médicalement possible.

Les officiers contactent les familles le plus rapidement possible, afin de ne pas compromettre les chances de réussite du prélèvement, a ajouté le porte-parole.

À gauche : Cpt. Yarin Gahali ; à droite : Cpt. (res.) Netanel Silberg, tous deux tombés au champ d’honneur à Gaza le 18 décembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Avant le 7 octobre, le PSPM n’était autorisé pour les familles qu’avec l’approbation préalable du tribunal. Après le déclenchement de la guerre, les ministères de la Santé et de la Justice ont approuvé un règlement temporaire permettant aux parents d’autoriser eux-mêmes un tel prélèvement, sans décision judiciaire préalable. Cependant, aucune politique nationale ne définit encore ce qu’il advient du sperme une fois prélevé.

Comme Levy n’était pas encore mariée à Silberg, elle a dû saisir le tribunal aux affaires familiales de Jérusalem en 2024 pour obtenir l’autorisation d’utiliser son sperme. Parallèlement, elle a demandé à être reconnue comme la partenaire de fait de Silberg. Le tribunal a fait droit à ses deux requêtes, lui permettant ensuite de recourir à la fécondation in vitro (FIV).

En juillet, un tribunal d’Eilat a autorisé Sharon Eisenkot à utiliser le sperme de son fils, le soldat Maor Eisenkot, tué à Gaza en 2023, afin d’avoir un petit-enfant par gestation pour autrui (GPA) – une première décision de ce type depuis le début de la guerre.

Sur son site, le ministère de la Santé reconnaît que la question soulève « de nombreuses problématiques complexes touchant à la fois au droit, à la médecine, à la philosophie, à la religion, à la dignité humaine, à la dignité du défunt, à la filiation et à la structure familiale ».

Sharon Eizenkot (au centre) lors des funérailles de son fils, le sergent Maor Cohen Eisenkot, tué à Gaza, au cimetière militaire d’Eilat, le 10 décembre 2023. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Gagner un « temps précieux »

La professeure Bella Savitsky, épidémiologiste et spécialiste de santé publique à l’Ashkelon Academic College, a récemment publié une étude dans le Israel Journal of Health Policy Research sur l’attitude de 600 hommes juifs israéliens face au PSPM. Elle milite désormais pour que Tsahal obtienne le consentement préalable des soldats à cette procédure lors de leur enrôlement, afin de gagner les minutes cruciales nécessaires à la réalisation d’un PSPM avec sperme encore viable.

Elle a expliqué au Times of Israel que plus de 70 % des personnes interrogées estiment que l’armée devrait demander aux conscrits s’ils souhaitent qu’un prélèvement post mortem soit effectué en cas de décès au combat – un taux qui atteint 78 % chez les réservistes.

Le sperme perd sa viabilité entre 24 et 36 heures après le décès ; la procédure doit donc être réalisée le plus rapidement possible. Selon une étude de laboratoire réalisée à l’hôpital Ichilov pendant les trois premiers mois de la guerre, la viabilité du sperme prélevé post mortem diminuerait en moyenne de 2 % par heure après le décès.

« Nous disposons d’un délai très court pour effectuer la procédure », a déclaré Savitsky. « Chaque minute d’attente peut altérer le matériel génétique, et nous perdons ainsi un temps précieux. »

Savitsky a également souligné l’importance de consulter les soldats eux-mêmes sur leur position vis-à-vis de cette procédure.

Son étude a révélé que 47 % des hommes interrogés se déclaraient opposés à ce que leurs parents utilisent leur sperme après leur décès, et plus de 30 % s’opposeraient à ce que leur partenaire en fasse usage.

« Il est essentiel de poser ces questions aux hommes de leur vivant », a-t-elle écrit dans son article.

Savitsky a expliqué que son intérêt pour le sujet est né d’une expérience personnelle douloureuse.

La professeure Bella Savitsky, épidémiologiste et spécialiste en santé publique à l’Ashkelon Academic College, avec son fils, le sergent de première classe Jonathan Savitsky, combattant dans l’unité d’élite Egoz, tué lors d’un combat contre des terroristes au poste militaire de Kissufim le 7 octobre 2023, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

Lorsque son fils Jonathan Savitsky, 21 ans, a été tué le 7 octobre en défendant le poste militaire de Kissufim, près de la frontière avec Gaza, il a fallu deux jours pour identifier son corps.

« Quand les soldats sont venus nous annoncer la nouvelle, Jonathan était déjà mort depuis 48 heures », a-t-elle raconté.

À cette époque, le ministère de la Santé n’avait pas encore supprimé l’obligation d’obtenir une autorisation judiciaire pour que les parents puissent demander un prélèvement post mortem de sperme. Savitsky a donc dû saisir le tribunal, ce qui lui a fait perdre dix heures supplémentaires.

Lorsque les médecins de la banque de sperme de l’hôpital Shamir ont finalement procédé au prélèvement, « 70 heures s’étaient écoulées, et le sperme n’était plus viable », a-t-elle déclaré.

Cette procédure l’a conduite à s’interroger sur les raisons de cette perte de temps, « Pourquoi ? Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ? Que puis-je faire ? »

« Aucune chance, car personne n’a demandé »

Un porte-parole de Tsahal a déclaré qu’il n’était pas prévu, pour l’instant, de recueillir le consentement préalable des recrues concernant un éventuel prélèvement post mortem de sperme.

Plusieurs pays européens – notamment la France, l’Allemagne et la Hongrie – interdisent totalement cette pratique, même lorsque le défunt y avait consenti de son vivant. En Australie et aux États-Unis, il n’existe pas de loi fédérale encadrant la question, mais un consentement écrit préalable est exigé dans la majorité des États et comtés.

Selon Savitsky, la création d’une base de données nationale permettrait non seulement de recueillir ces consentements à l’avance, mais aussi d’épargner aux familles endeuillées une décision aussi lourde dans un moment de détresse aiguë.

« Si les familles ne comprennent pas correctement la situation, elles peuvent accepter ou refuser, et leur réponse est alors irréversible », a-t-elle averti.

Un spermatozoïde injecté directement dans un ovule lors d’une FIV. (Crédit : Lars Neumann via iStock by Getty Images)

Lorsqu’on lui a demandé si elle pensait que son fils aurait souhaité qu’un prélèvement post mortem de sperme soit effectué, Savitsky a répondu qu’en se fondant sur les réponses de jeunes hommes similaires à lui, « il aurait dit que ce n’était pas l’idéal, mais il aurait compris ma situation. Il aurait su que j’allais être anéantie, alors il aurait dit oui, par amour, et parce qu’il savait que je serais une bonne grand-mère pour son enfant. »

Le fait que cette procédure ait été réalisée sur 250 soldats tués au combat, dont le fiancé de Silberg, Levy, est une avancée positive, estime Savitsky. Mais elle souligne que près de 900 soldats ont été tués pendant la guerre, « et pour ces hommes, nous ne saurons jamais ce qu’ils auraient voulu ».

« Ils n’ont jamais eu la chance de s’exprimer, parce que personne ne le leur a demandé. Ils quittent ce monde sans laisser de trace d’eux-mêmes. C’est profondément triste. »

Multiplication des demandes de PSPM depuis le 7– Octobre

Le Dr Eran Altman, directeur de la banque de sperme et de la clinique de fertilité de l’hôpital Rabin, a déclaré au Times of Israel que, depuis le 7 octobre, la clinique était confrontée à une affluence sans précédent de demandes de prélèvement post mortem de sperme.

« Dès le 7 octobre, j’ai été submergé d’appels sur mon téléphone portable, de gens me demandant si je pouvais aider un ami dont le camarade venait d’être tué », a-t-il expliqué.

Le ministère de la Santé est rapidement intervenu pour faciliter la procédure, a-t-il ajouté. Le site web du ministère a été mis à jour avec des instructions spécifiques, et une coordination centralisée a été mise en place entre les quatre principales banques de sperme du centre du pays : les hôpitaux Ichilov, Rabin, Sheba et Shamir.

« L’armée a alors pu amener les dépouilles très rapidement, parfois seulement quelques heures après le décès », a précisé le Dr Altman.

« C’est crucial, car si l’on attend trop longtemps, les spermatozoïdes meurent », a-t-il ajouté.

La Dr Hadas Levy, à droite, avec son fiancé, le sergent (Rés.) Netanel Silberg, tué à Gaza le 18 décembre 2023, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

Une procédure médicale rare

Altman a expliqué que le PSPM suit un protocole similaire à celui appliqué aux patients souffrant d’azoospermie, soit d’absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat.

« C’est une procédure normale et relativement fréquente, qui se fait par prélèvement testiculaire », a-t-il indiqué. « Mais sur des défunts, évidemment, c’est beaucoup plus rare. »

« Israël a connu de nombreuses guerres, mais jamais auparavant nous n’avions reçu autant de demandes pour ce type de procédure », a-t-il ajouté.

Dans la plupart des cas, les professionnels de santé utilisent une aiguille fine pour prélever de petites quantités de tissu testiculaire contenant du sperme. Ils examinent ensuite l’échantillon au microscope afin de vérifier la mobilité des spermatozoïdes. Si certains sont encore viables, l’échantillon peut être congelé et conservé pendant plusieurs années.

Selon les résultats de l’étude menée à l’hôpital Ichilov, la vitalité des spermatozoïdes diminue en moyenne de 39 % après le cycle de congélation et décongélation. Aucune recherche n’existe encore pour évaluer les altérations moléculaires susceptibles d’en résulter.

Dans le cas de Silberg, a précisé le Dr Altman, neuf échantillons contenant des spermatozoïdes ont pu être prélevés, « et si aucun de ces neuf échantillons ne s’avère viable, il n’y en a pas d’autres. Cette procédure a été source de stress, mais nous l’avons faite. »

Levy a confié qu’après coup, les médecins lui ont dit qu’au « départ, tout semblait mort et que rien ne bougeait, mais ils n’ont pas abandonné ».

« J’étais très, très heureuse », a-t-elle raconté, « mais, pour une raison que j’ignore, j’étais convaincue que cela fonctionnerait. Je savais que j’aurais un enfant de Netanel. »

Hadas Levy, à droite, et son nouveau-né, aux côtés du Dr Eran Altman, directeur de la banque de sperme de l’hôpital Rabin, qui a procédé au prélèvement post mortem de sperme (PSPM) sur le fiancé de Levy, Netanel Silberg, tué à Gaza en décembre 2023. (Crédit : Hadas Levy)

La procédure de FIV a ensuite été réalisée à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, où Levy exerce comme pédiatre – elle est actuellement en congé maternité –, avant qu’elle n’y donne naissance en juin.

« Hadas est une collègue et une amie », a déclaré le Dr Yishai Sompolinsky, du service de médecine maternelle et fœtale de l’hôpital Hadassah-Mt. Scopus.
« C’était à la fois bouleversant et profondément émouvant de participer à un tel accouchement. »

Il a ajouté que son beau-frère, le capitaine (Rés.) Eliav Amram Abitbol, 36 ans, avait lui aussi été tué pendant la guerre, alors qu’il combattait le Hezbollah au Liban, et que pour lui « cette naissance a eu une valeur thérapeutique. Ce fut un honneur de participer à cet accouchement si particulier. »

En donnant naissance au fils de Silberg, Levy a estimé avoir « empêché l’ennemi de couper une branche de notre arbre généalogique. Ils ont tenté d’éteindre sa lignée, mais je ne les ai pas laissés faire ».

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