Le budget 2026 adopté en première lecture avec le soutien partiel des Haredim
62 voix contre 55 en faveur d'un budget dont les dépenses totales s'élèvent à plus de 811 Mds de NIS ; Shas et Degel HaTorah ont voté pour après des négociations sur le texte d'exemption du service militaire
Mercredi soir, les députés ont voté par 62 voix contre 55 en faveur de la première lecture du budget de l’État pour 2026, marquant une victoire pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ce vote a eu lieu après un retard de deux jours causé par les demandes de dernière minute des Haredim concernant le projet de loi de la coalition sur l’exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes. La législation doit encore passer deux autres lectures nécessaires à son adoption.
Selon ce projet de loi de finances, les dépenses pour l’exercice 2026 s’élèveront à environ 811,74 milliards de shekels, dont un budget standard d’environ 580,75 milliards de shekels et un budget de développement et d’investissement d’environ 230,99 milliards de shekels.
Le budget alloue 112 milliards de shekels au ministère de la Défense, 413 millions de shekels au ministère de l’Intérieur, 3,34 milliards de shekels au ministère des Affaires étrangères, 63 milliards de shekels au ministère de la Santé et 887 millions de shekels au ministère des Affaires religieuses.
Parmi les réformes majeures prévues pour 2026, on compte l’ouverture du secteur bancaire, un assouplissement proposé des droits de douane sur les importations de produits laitiers, ainsi qu’une taxe de 30 shekels sur les cigarettes électroniques, qui marquera la première tentative du gouvernement israélien de réglementer ce marché en plein essor.
Alors que le budget devait initialement être présenté à la Knesset pour une première lecture lundi soir, le vote a été reporté, car les législateurs haredim s’opposaient à divers changements apportés au projet de loi sur l’enrôlement militaire, recommandés par Miri Frankel Shor, conseillère juridique de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Elle avait notamment appelé à adopter la loi « à titre de disposition temporaire pour une période maximale de cinq ans ».
Ce retard a exercé une pression supplémentaire sur la coalition de Netanyahu, qui devait commencer à voter le budget cette semaine afin de respecter la date limite légale du 31 mars.
En vertu de la loi israélienne, si le gouvernement n’adopte pas le budget avant la fin du mois de mars, la Knesset sera automatiquement dissoute, déclenchant ainsi des élections législatives anticipées trois mois plus tard. Les élections sont actuellement prévues pour la fin du mois d’octobre.
À la suite de négociations de dernière minute entre le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, et les représentants des partis haredim mercredi, les factions Shas et Degel HaTorah ont soutenu le projet de loi, tandis que les trois députés d’Agudat Israel ont voté contre. Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, était absent lors du vote.
Degel HaTorah et Agudat Israel sont les deux factions qui composent le grand parti Yahadout HaTorah.
Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion, un porte-parole du chef spirituel de Degel HaTorah, le rabbin Dov Lando, a déclaré que la faction « soutiendrait le budget en première lecture et insisterait pour que la loi sur la conscription soit finalisée avant d’entamer la deuxième et la troisième lecture du budget ».
Selon la presse israélienne, Bismuth aurait accepté d’organiser une série de discussions pour aplanir les objections des Haredim à certaines parties du projet de loi. Plus tard dans la soirée, plusieurs députés du parti Yesh Atid sont entrés dans la zone réservée au personnel, à l’extérieur du bureau de Bismuth, perturbant ainsi les discussions avec les représentants des partis ultra-orthodoxes, ce qui a suscité les condamnations du Likud.
Le chef de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a expliqué pourquoi sa faction Agudat Israel votait contre le budget. Il a déclaré aux parlementaires, avant le vote, que sa communauté se sentait « persécutée » par un gouvernement qui arrête les étudiants en yeshiva qui refusent de s’enrôler.
« Il y a des choses plus importantes que le budget, et c’est en leur nom que nous nous y opposons. L’État d’Israël n’a pas besoin de budget sans la Torah », a-t-il déclaré, accusant le gouvernement de transformer les étudiants en yeshiva en « criminels » et en « citoyens de seconde ou troisième classe ».
« Notre intention dans ce vote n’est pas de renverser le gouvernement », a-t-il poursuivi, lançant un appel direct à Netanyahu pour qu’il reporte le vote du budget jusqu’à ce qu’une loi réglementant le statut des étudiants de yeshiva soit adoptée.
Agudat Israel s’oppose au projet de loi actuel sur l’enrôlement des Haredim, même s’il exempterait les étudiants de yeshiva du service militaire, car il prévoit des sanctions.
En ouvrant le débat sur le budget, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’est félicité des résultats économiques d’Israël au cours des deux dernières années de guerre, les qualifiant de « tout simplement incroyables ».
« Après deux années d’une guerre coûteuse, l’État d’Israël est une puissance économique. Nous prévoyons une croissance du PIB de 5,2 % pour l’année à venir. L’inflation revient dans la fourchette cible, entre 2 % et 2,5 %, et nous maîtrisons le coût de la vie tout en préservant la valeur de la monnaie des citoyens israéliens », a déclaré Smotrich, appelant le gouverneur de la Banque centrale d’Israël à « baisser considérablement et rapidement les taux d’intérêt afin de libérer l’économie pour favoriser la croissance ».
Le budget de l’État, a-t-il affirmé, « n’est pas seulement un document économique, c’est une déclaration d’intention qui montre au monde entier que l’État d’Israël et l’économie israélienne sont plus forts que jamais ».
Alors que Smotrich s’exprimait, plusieurs producteurs laitiers ont été expulsés de la tribune des visiteurs après avoir enfilé des tee-shirts sur lesquels était inscrit « producteur laitier » pour protester contre la réforme du secteur proposée par le ministre des Finances.
Le budget a également été critiqué par les politiciens de l’opposition. Yaïr Lapid, le chef de l’opposition, a affirmé qu’il profitait aux réfractaires à la conscription et aux corrompus, au détriment de la classe moyenne. Benny Gantz, le chef du parti Kakhol Lavan, a quant à lui accusé Netanyahu et Smotrich d’avoir élaboré un budget davantage axé sur la survie politique du gouvernement que sur le bien du pays.
S’adressant au Times of Israel avant le vote, le député Vladimir Beliak (Yesh Atid) a déploré que « les fonds de la coalition s’élèvent à près de 7,5 milliards de shekels, ce qui est un record historique… et que tous les bénéfices reviennent uniquement aux secteurs proches du gouvernement ».
« Dans le même temps », a-t-il ajouté, « on observe une réduction des crédits alloués à la construction de salles de classe et à l’éducation de la petite enfance. »
Outre l’adoption en première lecture du budget 2026, les députés ont voté par 59 voix contre 54 l’adoption en première lecture à la Knesset de la loi sur les dispositions budgétaires pour 2026. Cette loi, qui constitue un élément clé du paquet législatif budgétaire annuel, détermine la manière dont les fonds seront dépensés.
Ils ont également voté, par 62 voix contre 55, en faveur de la première lecture du projet de loi sur la réduction du déficit et la limitation des dépenses budgétaires, qui fixe le plafond du déficit pour 2026 à 3,9 % du PIB. Le projet de loi sera transmis à la commission des Finances de la Knesset pour être préparé en vue des deux dernières lectures.
La Banque d’Israël estime toutefois que ce taux est trop élevé, car il ne permet pas de réduire le poids de la dette.
Le déficit budgétaire est passé de 6,8 % du PIB en 2023 à 4,7 % en 2025. La flambée des coûts de la défense, due à la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, a fait grimper le déficit au cours des deux dernières années.
À la tête d’un gouvernement minoritaire depuis l’été, Netanyahu, avait déclaré être « inquiet » mardi à l’approche de ce vote pour lequel il avait besoin d’aller récupérer les voix des députés ultra-orthodoxes qui ont quitté le gouvernement en juillet.
« La dernière chose dont nous avons besoin en ce moment, ce sont des élections (et ce serait) une erreur de les tenir maintenant », avait-il dit lors d’une longue conférence de presse mardi soir.
La date du vote du budget en seconde et troisième lecture n’a pas été annoncée. D’ici là, Netanyahu devra trouver un compromis pour s’assurer du vote des élus ultra-orthodoxes.
Chef du Likud, le grand parti de la droite israélienne, Netanyahu, qui a eu 76 ans en octobre et cumule plus de 18 années à la tête du gouvernement israélien, a déjà l’investiture de son parti, qu’il compte mener aux prochaines élections prévues normalement en octobre.
Reuters et AFP ont contribué à cet article.