Le gouvernement va réduire les budgets des « yeshivot pour décrocheurs »

'Nous ferons ce que le gouvernement refuse de faire : mettre un terme aux subventions gouvernementales pour les déserteurs', a déclaré Israel Hofsheet

Illustration : Des étudiants ultra-orthodoxes à la Yeshiva Ponevezh de Bnei Brak, le 27 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le gouvernement a annoncé lundi qu’à partir de 2026, il ne financerait plus l’éducation des jeunes ultra-orthodoxes – ou haredim – qui étudient dans des yeshivot dites « pour décrocheurs » et refusent de s’enrôler dans l’armée israélienne pour effectuer leur service militaire obligatoire.

Les « yeshivot pour décrocheurs » sont des institutions destinées à maintenir les hommes haredim qui ne souhaitent pas suivre des études religieuses à temps plein dans un cadre ultra-orthodoxe, afin de les empêcher de quitter la communauté

Les fonds de la coalition accordés aux haredim dans le cadre du budget de l’État pour 2025 comprennent 28 millions de shekels pour des programmes visant à empêcher ces jeunes, dont certains sont considérés comme à risque de toxicomanie ou de criminalité, de quitter les yeshivot ou la communauté.

Si les dirigeants de la communauté ultra-orthodoxe affirment que les étudiants en Torah à temps plein ne devraient pas être enrôlés, beaucoup de ceux qui étudient dans ces yeshivot ne consacrent pas toute leur journée à l’étude, contrairement aux étudiants des yeshivot traditionnelles. Certaines « yeshivot pour décrocheurs » encouragent même activement leurs étudiants à travailler ou à poursuivre des études supérieures.

En réponse à un recours introduit par le groupe de défense de la liberté religieuse Israel Hofsheet (Israël libre), qui affirme que ce financement viole l’arrêt rendu l’an dernier par la Haute Cour de justice interdisant au gouvernement de fournir des fonds aux yeshivot ultra-orthodoxes pour les étudiants aptes à être enrôlés dans l’armée, l’État a annoncé qu’à l’avenir, il ne prévoirait pas de budget pour ces étudiants qui ont ignoré les ordres de mobilisation.

Pour que les yeshivot puissent continuer à recevoir des fonds pour ces étudiants, les jeunes hommes devront se présenter à un centre d’enrôlement et régulariser leur statut, comme tous les autres étudiants en yeshiva.

Des jeunes hommes ultra-orthodoxes résistant à la police lors d’une manifestation contre la conscription des haredim, devant le centre de recrutement, à Tel HaShomer, le 28 avril 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Selon l’État, quelque 21 institutions et 483 étudiants en bénéficient actuellement. Un tiers d’entre eux a entre 16 et 18 ans, et les deux tiers restants ont entre 18 et 23 ans.

À la suite de cette annonce, la Haute Cour a recommandé à Israel Hofsheet de retirer son recours, ce qu’il a fait en revendiquant la victoire.

« Lors de l’audience d’aujourd’hui, les juges ont accepté cet engagement et lui ont donné force de loi », a déclaré Me Yaël Wiesel, avocate associée chez Kalai, Rosen & Co., qui représente Israel Hofsheet, au Times of Israel.

« Certains d’entre eux sont peut-être des jeunes à risque que l’armée dispense du service, mais ce ne sera pas le cas pour tous. Ainsi, aucun financement ne sera versé pour chaque étudiant qui n’aura pas bénéficié de cette exemption spécifique », a ajouté Me Wiesel.

« Nous saluons la décision de suspendre le financement des insoumis dans les ‘yeshivot pour décrocheurs’. Nous continuerons à faire ce que le gouvernement refuse de faire : mettre un terme complet aux subventions gouvernementales pour l’insoumission, jusqu’au dernier shekel. Il est temps que l’égalité soit rétablie », a déclaré Uri Keidar, directeur exécutif d’Israel Hofsheet.

« Cette décision constitue une nouvelle affirmation importante du principe établi par la Cour suprême concernant l’exemption du service militaire : une fois que le cadre juridique de l’exemption s’effondre, l’État perd sa base juridique pour soutenir les activités liées au report du service militaire, y compris les yeshivot qui permettent et facilitent la violation de la loi », a déclaré Israel Hofsheet dans un communiqué. Il a ajouté que « les étudiants de ces ‘yeshivot pour décrocheurs’ travaillent souvent au noir, en violation des conditions d’exemption du service militaire ».

Pendant des décennies, les hommes ultra-orthodoxes en âge de faire leur service militaire ont pu y échapper en s’inscrivant à temps plein dans des yeshivot et en obtenant des reports d’un an, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge national d’exemption militaire, actuellement fixé à 26 ans.

Toutefois, cet arrangement a pris fin en juin 2024, lorsque la Cour suprême a statué qu’il n’existait plus de cadre juridique permettant d’accorder de telles exemptions générales du service militaire.

Des soldats ultra-orthodoxes enrôlés dans l’armée dans un centre de recrutement, le 28 avril 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Avant cette décision historique, la Cour avait rendu une ordonnance provisoire interdisant au gouvernement de financer les yeshivot pour les étudiants éligibles à l’enrôlement dans l’armée.

Lorsqu’elle est entrée en vigueur en avril 2024, cette décision a effectivement mis fin au transfert des subventions destinées à près de 50 000 haredim étudiant la Torah à temps plein, ce qui a conduit les hauts responsables rabbiniques de la communauté ultra-orthodoxe à se rendre à l’étranger pour collecter des fonds, afin de pallier cette perte.

Alors que les fonds destinés aux étudiants en yeshiva sont toujours gelés, les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah sont tout de même parvenus à obtenir 1,8 milliard de shekels dans le cadre des fonds dits « de coalition » du budget de l’État pour 2025.

Ce montant comprend 1,27 milliard de shekels pour les yeshivot, 75 millions de shekels pour les séminaires destinés aux femmes, 87 millions de shekels pour renforcer l’identité juive, 60 millions de shekels pour les yeshivot accueillant des étudiants étrangers et 2,9 millions de shekels pour les questions relatives aux lois juives sur la « pureté familiale ».

Le président de la commission des Finances de la Knesset, Moshe Gafni (3e en partant de la gauche), et d’autres parlementaires ultra-orthodoxes photographiés à la Knesset lors de l’adoption de la loi du budget de l’État pour 2025, le 25 mars 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Parallèlement, les partis haredim ont fait pression pour l’adoption d’une loi permettant à la plupart des hommes ultra-orthodoxes de continuer à se soustraire au service militaire ou à tout autre service national.

L’échec du gouvernement à cet égard a conduit Yahadout HaTorah à quitter la coalition au début du mois. Shas lui a rapidement emboîté le pas, quittant le gouvernement tout en restant membre de la coalition pour l’instant.

Actuellement, environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont éligibles au service militaire, mais ne se sont pas enrôlés. L’armée a également fait état d’un manque d’effectifs et a déclaré avoir besoin de 12 000 nouveaux soldats, dont 7 000 qui seraient affectés aux unités de combat.

Les représentants des partis haredim, ainsi que le Vaad HaYeshivot (Comité des Yeshivot), principal organe de coordination entre les yeshivot ultra-orthodoxes et le ministère de la Défense, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

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