Le Hamas enterre 112 personnes tuées, selon lui, par une frappe de Tsahal en novembre 2023
Ces funérailles interviennent après des mois d’efforts pour extraire les victimes des décombres ; l'armée a annoncé un durcissement de sa politique concernant les frappes sur Gaza
Les autorités du Hamas ont organisé mardi des funérailles collectives pour 112 personnes qui, selon le groupe terroriste palestinien, ont été exhumées des décombres de plusieurs immeubles, probablement touchés par une frappe israélienne au début de la guerre, après avoir lancé une opération visant à retrouver les centaines de personnes toujours portées disparues.
Cette manifestation de deuil a eu lieu alors que le Conseil de Paix, soutenu par les États-Unis, s’efforçait de finaliser la deuxième phase de l’accord de paix pour Gaza proposé par le président américain Donald Trump. Ce plan prévoit le désarmement du Hamas et le retrait progressif d’Israël de la bande de Gaza.
Alors qu’Israël a rejeté les demandes de suspension des frappes contre des cibles liées au terrorisme pendant cette phase, l’armée israélienne a confirmé mardi avoir renforcé les règles d’engagement. Des responsables ont précisé que les frappes ne pourraient désormais être menées qu’avec l’accord explicite du chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir.
Des centaines de personnes se sont rassemblées tandis que les corps enveloppés dans des drapeaux palestiniens étaient disposés en rangées près des bâtiments détruits, avant d’être transportés sur des civières à travers une rue étroite pour être inhumés dans un cimetière voisin. Une pancarte était ornée des portraits des défunts – hommes, femmes et enfants.
« Cette journée est empreinte de chagrin et a rouvert nos blessures trois ans après ce massacre », a déclaré Taysir al-Hassayna, membre de l’un des deux clans touchés par la frappe, selon le Hamas.
« Cela a ravivé la douleur chez nos enfants et nos femmes », a-t-il ajouté.
« Mais notre consolation est que nous croyons qu’ils sont des martyrs auprès de Dieu. »
Selon l’agence de défense civile du Hamas, la frappe de novembre 2023 avait touché un complexe résidentiel appartenant aux clans Hassayna et Abu Sharia dans le quartier de Sabra, au sud de Gaza-City.
Tsahal avait alors indiqué avoir frappé quelque 300 cibles à travers la bande de Gaza.
Contactée par le Times of Israel, l’armée n’a pas commenté spécifiquement cette frappe présumée ni le bilan des victimes à Sabra, mais a déclaré dans un communiqué qu’elle était « tenue de minimiser les dommages causés aux civils lors de ses opérations et qu’elle ne dirigeait pas ses frappes contre la population civile ».
« Avant chaque frappe, un processus de planification est mené, qui comprend notamment une évaluation des dommages collatéraux attendus pour les civils et les biens civils, tout en prenant toutes les précautions possibles et conformément au droit international, y compris au droit des conflits armés. Chaque frappe n’est approuvée qu’après avoir déterminé que les dommages collatéraux attendus ne sont pas excessifs par rapport à l’avantage militaire escompté », a déclaré Tsahal.
« L’organisation terroriste du Hamas opère systématiquement depuis, sous et à proximité immédiate de zones densément peuplées et d’infrastructures civiles, tout en utilisant la population civile comme bouclier pour ses activités militaires », poursuit le communiqué.
L’armée a ajouté que « cette réalité opérationnelle est prise en compte dans le cadre des processus de planification et de prise de décision de Tsahal, qui sont menés conformément au droit international et aux circonstances propres à chaque cas particulier ».
Les médias affiliés au Hamas dans la bande de Gaza ont qualifié l’inhumation collective de mardi de « la plus importante de la guerre », précisant qu’elle résultait d’une opération de récupération des corps lancée le 14 juillet.
L’agence de défense civile du Hamas a déclaré samedi que son équipe avait passé quelque 136 heures à déterrer les 112 corps, parmi lesquels figuraient les dépouilles de 40 enfants, 38 femmes et 7 hommes en situation de handicap.
Selon l’agence, 157 autres personnes étaient toujours ensevelies sous les décombres. Selon l’Associated Press, environ 40 corps avaient également été récupérés peu après la frappe, au cours d’une fouille effrénée menée à l’aide d’outils rudimentaires et à mains nues.
Mahmoud Bassal, responsable du Hamas et porte-parole de l’agence de défense civile de Gaza, a déclaré que l’identification des dépouilles avait nécessité à la fois des preuves médico-légales et des témoignages recueillis auprès des survivants.
« Les corps étaient en état de décomposition. Les proches en ont identifié certains grâce à leurs vêtements, leurs blessures et leurs signes distinctifs. Certaines victimes portaient des plaques de fixation osseuse sur certains organes, tandis que certaines femmes ont été identifiées grâce aux bijoux qu’elles portaient ou à des colliers portant leur nom », a expliqué Bassal.
Cette opération de récupération étant désormais terminée, l’équipe se rendra dans d’autres zones accessibles de la bande de Gaza.
« Si nous disposions d’au moins dix pelles mécaniques, bulldozers, excavatrices et grues nécessaires aux travaux, la tâche pourrait être achevée en trois mois », a-t-il déclaré à Reuters.
Zaher al-Waheidi, chef du département des archives au sein du ministère de la Santé du Hamas, a déclaré qu’environ 7 400 personnes étaient toujours portées disparues et présumées ensevelies sous les décombres de la guerre.
Selon le ministère de la Santé du Hamas, qui ne fait pas de distinction entre terroristes et civils, plus de 73 000 personnes auraient été tuées par Israël depuis le début de la guerre à Gaza. Tsahal estime que ce bilan est globalement exact, ses responsables estimant que deux à trois civils ont été tués pour chaque terroriste tué.
Limitation des frappes
Ces funérailles collectives ont eu lieu alors que le Conseil de Paix multipliait ses pressions pour qu’Israël mette fin aux frappes dans la bande de Gaza.
Selon des sources de sécurité, l’armée a durci, en début de semaine, sa politique en matière de frappes dites « d’élimination ciblée » dans la bande de Gaza.
Ces frappes nécessitent désormais l’autorisation du chef d’état-major de Tsahal, alors qu’auparavant, l’accord du chef du Commandement du Sud, le général de division Yaniv Asor, ou de divers commandants de division opérant dans la bande de Gaza suffisait, ont indiqué mardi ces sources.
Les commentaires des sources de sécurité font suite à une réunion qui s’est tenue lundi entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nickolay Mladenov, l’émissaire en chef du Conseil de Paix, qui avait déploré dimanche les frappes meurtrières menées par Israël à Gaza au cours des deux jours précédents.
Cette réunion semble également avoir conduit le Conseil de Paix à revenir sur sa demande exigeant que l’armée israélienne se retire de Gaza avant que le Hamas ne soit entièrement désarmé, conformément à l’accord annoncé la semaine dernière.
Mardi, un responsable du groupe terroriste a déclaré à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que le Hamas et d’autres factions palestiniennes « étaient mal à l’aise face à la déclaration publiée par Mladenov après sa rencontre avec Netanyahu ».
Faisant référence à Israël, ce responsable a déclaré : « La déclaration s’est concentrée exclusivement sur la question des armes et n’a pas abordé les obligations de la puissance occupante, en particulier celles liées aux aspects humanitaires et à l’engagement d’Israël à mettre fin à son agression, notamment les bombardements aériens et d’artillerie, les tirs, les assassinats et les opérations militaires dans la bande de Gaza. »
Un autre responsable du Hamas a déclaré que le groupe terroriste attendait une « réponse claire et officielle » de Mladenov concernant « les termes convenus, la position de Mladenov sur l’escalade militaire israélienne à Gaza et la politique actuelle visant à retarder la mise en œuvre de l’accord ».
Plus tard dans la journée de mardi, Netanyahu a affirmé que les troupes israéliennes ne se retireraient pas « des lignes actuelles à Gaza tant que le Hamas n’aura pas été complètement désarmé ».
« Trump pense, tout comme son équipe, que le Hamas peut être totalement désarmé et que Gaza peut être démilitarisée », a déclaré le Premier ministre, ajoutant qu’Israël « étudiait la question ».
« Ils nous ont envoyé un projet. Nous ne l’avons pas accepté. Ce n’était pas notre projet. Nous leur avons renvoyé nos observations », a-t-il ajouté, précisant que ces réponses avaient été transmises avant que la question ne soit relayée par les médias.
Le Qatar impute les retards à Israël ; Bennett impute cet « accord dangereux » aux liens du Premier ministre avec Doha
Le Qatar, l’un des médiateurs du cessez-le-feu à Gaza, a accusé mardi Israël d’être responsable des retards dans la mise en œuvre du plan de paix de Trump pour Gaza.
« Il est clair pour la communauté internationale qui fait obstruction à la mise en œuvre de l’accord », a déclaré aux journalistes le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari.
« L’entière responsabilité incombe à la partie israélienne. »
L’intensification des frappes ces derniers jours sur Gaza « n’est rien d’autre qu’une tentative de faire dérailler la mise en œuvre du plan et de bloquer les solutions pacifiques au conflit », a-t-il ajouté.
« Alors que le Hamas a respecté ses obligations, la communauté internationale doit faire pression sur Israël pour qu’il s’acquitte des siennes. »
En réalité, le plan prévoit le désarmement complet du Hamas, ce que le groupe terroriste palestinien a jusqu’à présent catégoriquement refusé.
Mardi, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, l’un des dirigeants du bloc électoral qui cherche à détrôner Netanyahu lors des élections législatives prévues le 27 octobre, a déclaré qu’il existait « un lien direct » entre Netanyahu, le réarmement du Hamas et l’implication du Qatar dans « l’accord dangereux » conclu à Gaza.
Bennett a critiqué à plusieurs reprises le Premier ministre au sujet de l’affaire dite du « Qatargate », dans laquelle des proches collaborateurs sont accusés d’avoir agi en tant que lobbyistes rémunérés par le Qatar, où se trouve le siège du bureau politique du Hamas, tout en travaillant pour Netanyahu.
« Une ligne directe relie le bureau du Premier ministre à Jérusalem à ce qui se passe ici derrière la barrière », a déclaré Bennett depuis le kibboutz Netiv HaAsara, situé à la frontière avec Gaza.
« Netanyahu a renoncé à éliminer le Hamas, a fait entrer le Qatar au sein du bureau du Premier ministre, puis a remis les clés de Gaza aux Qataris. »
Le Qatar aurait financé l’unité d’élite du Hamas, la Nukhba, et « repris les rênes », et « aujourd’hui, un ‘Hamas-istan’ renaît sous nos yeux», alors que « le gouvernement israélien a tout simplement baissé les bras et complètement abandonné Gaza », a accusé Bennett.
« Le Hamas a rétabli son système de commandement, a nommé des commandants de compagnie, de bataillon et de brigade, s’est réarmé avec des missiles à longue portée, des drones et du matériel militaire, et creuse à nouveau des tunnels », a poursuivi Bennett, ajoutant qu’ils « s’entraînent déjà pour le prochain massacre ».