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Le Premier ministre Naftali Bennett récite les prières du matin à son hôtel à Washington, le 25 août 2021. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le Premier ministre Naftali Bennett récite les prières du matin à son hôtel à Washington, le 25 août 2021. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Le sacré et le profane : pourquoi Naftali Bennett excède-t-il les religieux ?

Le Premier ministre mange casher et fait Shabbat, et pas juste pour la galerie mais pour certains, son alliance à des impies l’emporte sur la fierté d’avoir un dirigeant à kippa

Le 28 septembre dernier, le Premier ministre Naftali Bennett arpentait d’un pas vif la Cinquième Avenue de Manhattan, entouré d’assistants, de gardes de sécurité israéliens et d’une kyrielle de policiers de la ville de New York qui dégageaient les intersections et empêchaient les badauds et les vendeurs de bretzels de passer.

Tandis qu’un groupe de cinq journalistes israéliens essayait de suivre le mouvement de l’autre côté de la rue très fréquentée – « trottoir, trottoir, ne descendez pas du trottoir », nous criaient les policiers New-Yorkais lorsque Bennett a fait un pas dans notre direction pour nous saluer – la curieuse parade a longé Central Park depuis la 85e rue, le siège de la Congrégation Kehilath Jeshurun dans l’Upper East Side, jusqu’à l’hôtel de Bennett sur la 59e rue, juste au coin de Turtle Bay.

L’Assemblée générale des Nations unies tenant sa réunion annuelle de dignitaires de haut niveau, les Premiers ministres, présidents, reines et rois ne manquaient pas à New York cette semaine-là. Mais parmi eux, Bennett était unique : n’importe quel autre dirigeant étranger aurait opté pour une voiture ou un convoi, plutôt qu’une constitutionnelle, pour faire le trajet de 2,5 km.

Ce jour-là, cependant, se clôturait la fête de Souccot, durant laquelle les Juifs religieux s’abstiennent généralement d’utiliser des moyens de transport motorisés.

En 73 ans d’histoire d’Israël, Bennett est ce que le pays a eu de plus proche d’un Premier ministre religieux. Il observe ouvertement le Shabbat et la casheroute, et porte sur la tête une petite kippa tricotée, un signe culturel et religieux qui caractérise son affiliation à la mouvance nationaliste-religieuse, ou orthodoxe moderne.

Pourtant, de nombreux membres de la communauté orthodoxe sont farouchement opposés à lui. Alors que certains s’irritent de ses décisions concernant la manière d’observer la loi juive, ou halakha, d’autres se sentent déçus par le fait que le premier Premier ministre religieux d’Israël non seulement n’est pas sous l’emprise des sages rabbiniques, mais s’est allié à ceux qui tentent activement d’imposer des changements indésirables à leurs communautés, des gauchistes aux laïcs anti-‘haredi.

Bennett est loin d’être le premier Premier ministre israélien à adhérer ouvertement aux proscriptions orthodoxes pour le Shabbat et les fêtes. Traditionnellement, les Premiers ministres et présidents israéliens veillent à ne pas enfreindre les règles relatives à l’utilisation de moteurs ou d’appareils électroniques le jour du Shabbat, du moins en public, à la fois en Israël mais surtout à l’étranger, où ils se considèrent comme des émissaires de l’État juif et des porteurs de flambeau de la tradition juive.

En 1976, le gouvernement d’Yitzhak Rabin s’est effondré après que des membres ultra-orthodoxes se sont rebellés suite à une cérémonie qui s’est terminée alors que le Shabbat commençait, ce qui signifie que certains participants étaient rentrés chez eux en voiture alors que c’était déjà le jour du repos.

Bien que de telles prises de bec soient beaucoup moins fréquentes de nos jours, le prédécesseur de Bennett, Benjamin Netanyahu, a fait l’objet de ragots dignes d’un tabloïd dans la presse ‘haredi – et parfois au-delà – chaque fois qu’il a été aperçu en train de manger de la nourriture non casher ou d’enfreindre le Shabbat.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la cérémonie de Hanoukka au mur Occidental, le 20 décembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Contrairement à Rabin, Netanyahu et tous les autres Premiers ministres israéliens précédents, l’observance religieuse publique de Bennett n’est pas de l’ordre du folklore, mais relève d’un engagement personnel. Et dans un retournement bizarre, il a fini par déclencher une mini-pagaille lors de son voyage à New York lorsqu’il a décidé de rentrer en Israël le lendemain de Souccot.

Si le 29 septembre n’est plus un jour chômé pour les Juifs israéliens, ceux de la diaspora – pour des raisons compliquées et assez obscures – observent toujours le jour suivant comme un jour chômé également, ce qui porte à deux le nombre de jours de fête de Simhat Torah. En partant chez lui ce jour-là, Bennett a donc donné l’impression d’avoir ignoré que ses coreligionnaires du pays-hôte étaient encore en plein dans la fête.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’adresse aux journalistes à New York avant de monter dans un avion pour rentrer en Israël, le 29 septembre 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

« Il est embarrassant que le Premier ministre Naftali Bennett, avec une kippa sur la tête, ne respecte pas le Shabbat et les fêtes juives », avait alors fustigé Moshe Abutbul, député du Shas, dans un communiqué. « Il aurait pu respecter Simchat Torah et prendre en compte le timing à New York, sans pousser des Juifs à profaner le Shabbat ».

Si certains juifs voyageant à l’étranger ont pour habitude d’observer les traditions de l’endroit où ils se trouvent, beaucoup d’autres emportent leurs traditions avec eux. Ainsi, les Américains qui visitent Israël pour une fête peuvent continuer à la célébrer un jour de plus, alors que le reste du pays est déjà passé à autre chose, et les Israéliens religieux qui visitent les États-Unis peuvent aller au cinéma pendant que leurs compatriotes passent leur temps à la synagogue sans smartphone.

Il est courant que les voyageurs orthodoxes sollicitent un avis rabbinique dans de telles situations et le Premier ministre a effectivement parlé à son ami et mentor spirituel, le rabbin Stewart Weiss, un expatrié américain qui vit à Raanana, la ville où habite Bennett. Selon les articles de la presse nationale et religieuse, Weiss lui a donné l’autorisation de ne pas observer le deuxième jour de la fête et de rentrer en Israël ce jour-là.

La foule au marché de Mahane Yehuda à Jérusalem le 29 septembre 2021. Un jour ordinaire en Israël, mais jour de fête juive à New York. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Mais Uzi Baruch, rédacteur en chef d’Israel National News, un site d’information nationaliste religieux également connu sous le nom d’Arutz Sheva, a noté que la décision de Bennett de prendre l’avion alors que les États-Unis observent encore la fête n’est peut-être pas… orthodoxe.

« Dès lors qu’il est devenu Premier ministre, chaque déplacement a une conséquence : il y a des Juifs qui profanent [la fête] », a-t-il déclaré. « Cela a clairement incité les Juifs de New York à ne pas respecter la fête afin d’emmener le Premier ministre à l’aéroport. »

Quelques semaines plus tôt, Bennett avait également été critiqué pour avoir enfreint le Shabbat afin de se rendre à un centre de commandement de la police après l’évasion de six détenus palestiniens de la prison de Gilboa. Bennett a attendu la fin du Shabbat pour s’exprimer sur l’incident, mais certains ont demandé si sa présence au centre de commandement avait atteint un niveau d’urgence qui justifiait qu’il fasse fi des interdictions du Shabbat.

La Torah énumère 39 types de « travaux » dont les Juifs doivent s’abstenir entre le coucher du soleil le vendredi et la tombée de la nuit le samedi – de la collecte de bâtons à la séparation de la paille – que les rabbins ont élargis, extrapolé et renégociés à plusieurs reprises au cours des siècles. Pourtant, les textes de pensée rabbinique juive, qui divergent constamment sur ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, s’accordent sur un principe majeur : toutes ces prescriptions et proscriptions religieuses concernant le Shabbat, la casheroute ou presque tout autre chose peuvent être transgressées si cela permet de sauver une vie humaine.

Une ambulance dans une rue vide à Jérusalem le jour de Yom Kippour, le 16 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

C’est notamment la raison pour laquelle les soldats ultra-orthodoxes peuvent patrouiller en jeep le jour de Yom Kippour, pourquoi les médecins emportent leurs téléphones à la synagogue le jour du Shabbat et pourquoi une famille religieuse peut garder une radio ou une télévision allumée pour mieux entendre les sirènes des roquettes en période de tensions accrues. Mais cela concerne-t-il également un Premier ministre qui doit se rendre dans un centre de commandement pendant que la police et l’armée recherchent des fugitifs potentiellement dangereux à la suite d’une grave atteinte à la sécurité ?

« J’essaie de comprendre quel besoin sécuritaire il y avait pour le Premier ministre de se montrer pour une séance photo la veille du saint Shabbat », a tweeté peu après Yishai Cohen, journaliste pour le site d’information ultra-orthodoxe Kikar HaShabat. « Et qui plus est, c’est le premier Premier ministre portant une kippa dans l’histoire du pays ».

Le rabbin Yoel Bin-Nun, éminent spécialiste de la pensée juive et fondateur de la Yeshivat Har Etzion, fleuron du sionisme religieux en Cisjordanie, a qualifié les critiques autour de l’ostensible profanation du Shabbat par Bennett de « folie, de non-sens ».

« Je fais confiance à Bennett, il en sait suffisamment pour prendre ses propres décisions », a déclaré Bin-Nun au Times of Israël. « Et s’il a un doute, il a aussi quelqu’un à qui demander. Jusqu’à présent, je n’ai vu aucune faille d’un point de vue halakhique et toutes les attaques contre lui n’ont aucun sens. »

« J’ai été ravie de le voir, une kippa sur la tête, entrer à la Maison Blanche… Toute mère religieuse voudrait un tel époux pour sa fille : un cadre du secteur de la haute-technologie, un officier de Tsahal qui a servi dans [l’unité commando d’élite] Sayeret Matkal, et qui parle un excellent anglais. »

Malgré tout l’opprobre des ‘haredim sur le niveau d’observance publique de Bennett, Baruch d’INN a qualifié le fait de voir un Premier ministre portant la kippa dans le Bureau ovale avec le leader du monde libre de « moment édifiant ».

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, et le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev avec les commandants de la police pendant la traque des six prisonniers palestiniens évadés de la prison de Gilboa, le 11 septembre 2021. (Crédit : Police israélienne)

« J’ai été ravie de le voir, une kippa sur la tête, entrer à la Maison Blanche… Toute mère religieuse voudrait un tel époux pour sa fille : un cadre du secteur de la haute technologie, un officier de Tsahal qui a servi dans [l’unité commando d’élite] Sayeret Matkal, et qui parle un excellent anglais. »

Une alliance profane

La vie de Bennett est caractérisée par un certain équilibre entre religiosité et laïcité. Certains analystes de comptoir ont même souligné la taille relativement petite de la kippa de Bennett – imaginez un sous-verre en crochet – comme un signe extérieur de son adhésion moins complète à l’orthodoxie.

A LIRE : Comment la kippa de Bennett reste accrochée et pourquoi c’est important

Fils d’immigrants de San Francisco, Bennett était déjà à l’école lorsque ses parents ont commencé à adopter un style de vie religieux, selon certains témoignages, et il n’a commencé à porter régulièrement une kippa qu’après l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) avec sa femme Gilat à la Knesset à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Ariel Zandberg/Yamina)

Sa femme, Gilat Bennett, n’est pas issue d’un milieu religieux (Netanyahu aurait essayé à un moment donné de faire passer dans les médias des articles la dénigrant parce qu’elle travaillait dans un restaurant non casher), mais elle observe le Shabbat et les quatre enfants des Bennett fréquentent des écoles religieuses publiques.

Certains ont remarqué qu’il a cessé de fréquenter sa synagogue habituelle.

Bennett est un ancien dirigeant du mouvement pro-implantations de Cisjordanie, où l’orthodoxie moderne en kippah tricotée est légion. Mais il est également issu du monde de la technologie, souvent plus en phase avec les valeurs progressistes. Lui-même ne vit pas dans une implantation, mais à Raanana, une cité-dortoir huppée au nord de Tel Aviv, qui compte à la fois une communauté orthodoxe moderne florissante et de nombreux résidents laïcs.

Naftali Bennett, en 2014, prononce un discours en tenant sa kippa sur la tête. (Menahem Kahana/AFP)

Depuis qu’il est devenu Premier ministre, à la tête d’une coalition composée de tous les membres de HaYamin HaHadash, de l’anti-‘haredi Yisrael Beytenu, de la gauche dure Meretz et de l’islamiste Raam, Bennett semble avoir abandonné certains aspects de sa vie religieuse.

Rabbi Stuart Weiss (Autorisation)

Certains ont remarqué qu’il a cessé de fréquenter sa synagogue habituelle, Ohel Ari, sous l’égide du rabbin Weiss, nommée en l’honneur du fils de Weiss qui a été tué lors d’une opération militaire à Naplouse en 2002, bien que la synagogue ne soit qu’à 200 mètres de son domicile. (Bien qu’ayant l’usage de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, Bennett est resté à Raanana pour que ses enfants puissent continuer à fréquenter leurs écoles).

Depuis qu’il a pris le poste de Premier ministre, il n’est allé à la synagogue de Raanana que trois fois : Tisha Bav, Rosh HaShanah et Yom Kippour, et pas à son lieu de culte habituel, mais à des offices spéciaux en plein air organisés dans une université locale. Il allait également à la synagogue avec sa mère Myrna lorsqu’il lui rendait visite à Haïfa pour le Shabbat. (Son père Jim est décédé il y a six ans).

Selon une source du bureau du Premier ministre, la décision de Bennett d’éviter sa synagogue habituelle ne découle pas d’un changement dans sa religiosité, mais de sensibilités religieuses pour les autres. Comme les agents de sécurité devraient recueillir les noms de tous les participants et mettre en œuvre diverses autres mesures potentiellement perturbatrices, il a décidé de rester à l’écart et de laisser les fidèles de la synagogue prier en paix.

Jewish Home leader Naftali Bennett, at the Great Synagogue in Jerusalem, January 16, 2013. (Photo credit: Miriam Alster/FLASH90)
Le chef du parti Habayit Hayehui Naftali Bennett à la Grande synagogue de Jérusalem, le 16 janvier 2013. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Pour de nombreux Israéliens juifs religieux, le niveau personnel d’observance de Bennett n’est pas un problème.

Sari Rot, rédacteur en chef du site d’information ultra-orthodoxe Haredim10, a fait remarquer que les ultra-orthodoxes n’ont jamais voulu voir l’un des leurs devenir Premier ministre et ne se soucient pas vraiment de ce que les dirigeants du pays font en privé.

« Ils ne s’intéressent pas à sa vie privée et aux commandements [de la Torah] qu’il respecte », a-t-elle déclaré.

Baruch et Bin-Nun ont tous deux fait remarquer qu’il n’existe pas de test décisif pour déterminer si quelqu’un est religieux, « l’observance » n’étant qu’un fourre-tout approximatif pour les nuances infiniment variées de l’orthodoxie juive.

« Personne ne respecte les 613 commandements », a déclaré Bin-Nun. « Il n’y a pas d’obéissance à 100 %. Si une personne observe la halakha telle qu’elle la comprend, pourquoi devrions-nous nous énerver et aspirer à un Premier ministre laïc ? »

Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett avec son fils avant son premier jour d’école, le 1er septembre 2016 (Crédit : Ministère de l’Education)

Mais pour de nombreux Juifs israéliens religieux, l’apparence extérieurement religieuse de Bennett crée une véritable dissonance lorsqu’elle est associée à la coalition politique qui l’a porté au pouvoir. Alors que les partis politiques ultra-orthodoxes ont toujours été des électrons libres, prêts à s’associer avec des partis de droite ou de gauche, ou avec quiconque leur donne satisfaction, ils se sont récemment rapprochés de Netanyahu, s’engageant à le soutenir dans le cadre d’une alliance ad hoc.

Yoel Bin-Nun (Crédit : Frederic Brenner)

Bin-Nun suppose que la colère des ‘haredi envers Bennett provient en fait de leur partenariat avec Netanyahu, qui, en tant que chef de l’opposition, a continué à attaquer sans relâche au chef du parti Yamina.

« C’est la communauté qui soutient Netanyahu et, par conséquent, quoi que [Bennett] fasse, ils se prononcent contre lui, au lieu de se réjouir du fait qu’il a changé la politique anti-COVID-19 du pays, permettant à Israël de se rendre à la synagogue pendant les Grandes Fêtes sans aucun confinement », a déclaré Bin-Nun.

Jusqu’à ce qu’il devienne Premier ministre, Bennett travaillait généralement bien avec les politiciens ‘haredi, et jusqu’à récemment, il était considéré par de nombreux analystes comme un partenaire naturel pour eux. L’un des rares griefs des partis ultra-orthodoxes à son égard concernait son soutien à l’accord de compromis sur le mur Occidental, qui élargirait l’accès des non-orthodoxes au lieu saint, ce qui traduisait son désir de se positionner comme représentant des Juifs de toutes tendances religieuses.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett, (à droite), s’entretient avec le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri lors d’une réunion avec des partis de droite à la Knesset à Jérusalem, le 18 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Mais le fait que Bennett ait choisi ses partenaires de coalition plutôt que les ultra-orthodoxes l’a rendu d’autant moins acceptable pour certains membres de la communauté.

« Bennett lui-même n’est pas la question ici, mais plutôt le gouvernement qu’il a mis en place », a déclaré Rot.

« Un Premier ministre illégitime avec six sièges, qui frôle à peine le seuil électoral dans tous les sondages et ne représente que lui-même, veut limiter l’influence des Haredim qui représentent un million de personnes. »

Pour commencer, Bennett est allié à Yesh Atid et à Yisrael Beytenu, deux partis qui ont fait de l’élimination de l’hégémonie haredi sur les institutions de l’État et d’autres intérêts spéciaux ultra-orthodoxes des éléments centraux de leurs programmes.

Récemment, Bennett lui-même a déclaré lors d’une conférence que « nous devons limiter l’influence politique [des ultra-orthodoxes] ». Ce commentaire a suscité des dénonciations rapides et virulentes de la part des dirigeants politiques haredi.

« Un Premier ministre illégitime avec six sièges, qui frôle à peine le seuil électoral dans tous les sondages et qui ne représente que lui-même, veut limiter l’influence des Haredim qui représentent un million de personnes », a réagi Aryeh Deri, leader du Shas, sur Twitter, en faisant référence à la faible performance du parti Yamina de Bennett dans les sondages.

En plus de cela, la base religieuse nationale de Bennett a toujours viré nettement à droite de l’échiquier politique, ce qui rend ses partenariats avec Meretz et Raam difficiles à avaler.

Le Premier ministre Naftali Bennett, au centre, dirige une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 1er août 2021. (Crédit : Emil Salman/Flash90)

Baruch, d’Israel National News, a noté que le rabbin Abraham Isaac Kook, dont les enseignements du début du 20e siècle sont considérés comme fondamentaux pour le sionisme religieux, a interdit la création d’un gouvernement israélien maintenu par le soutien d’un parti arabe.

Cette interdiction a été respectée pendant 73 ans, jusqu’en juin, lorsque Raam a rejoint la coalition de Bennett. Comme le gouvernement ne tient qu’à un seul vote, n’importe quel parti, y compris Raam, a le pouvoir de le faire tomber, ce qui place Bennett en violation directe de la décision de Kook.

A Tzohar poster calling for change in the rabbinate, with the face of early Zionist rabbi Abraham Isaac Kook (photo credit: Courtesy of Tzohar)
Une affiche de Tzohar appelant au changement dans le rabbinat, avec le visage du premier rabbin sioniste Abraham Isaac Kook (Crédit : Tzohar)

« C’est bien qu’ils fassent partie de la coalition, mais le problème est qu’ils sont la 61e voix », a déclaré Baruch.

Il a émis l’hypothèse que même certains partisans potentiels s’opposent au gouvernement de Bennett parce qu’ils craignent ce qui se passera s’il survit deux ans et que Yair Lapid, le chef de Yesh Atid, devient Premier ministre conformément à l’accord de rotation convenu.

« Nombreux sont ceux qui ne soutiennent pas Bennett, même s’ils sont religieux et le considèrent comme le premier Premier ministre religieux », a-t-il déclaré.

« Ceux qui soutiennent le… gouvernement sont fiers de sa kippa et du fait qu’il y a un Premier ministre religieux pour la première fois. Mais d’autres disent que ce gouvernement est un désastre parce qu’il a amené le Meretz au pouvoir et qu’il doit donc être traité comme un non-religieux », a-t-il expliqué.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) rencontre le président américain Joe Biden dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le vendredi 27 août 2021, à Washington, DC. (Crédit : GPO)

Certains membres du camp orthodoxe ont en effet le sentiment d’avoir été tout simplement trahis : Israël élit enfin un Premier ministre religieux, mais plutôt que d’inaugurer un âge d’or messianique, il s’est allié à des éléments anti-Haredi et à des non-Juifs et revient lui-même sur la limitation du pouvoir des ultra-orthodoxes.

« Lorsque Bennett était ministre de l’Education, il faisait preuve d’un immense respect pour les ultra-orthodoxes », a déclaré Rot de Haredim10. « Maintenant, en tant que Premier ministre, il ne montre aucune affinité avec la minorité ‘haredi. Il est donc impossible d’être fier du fait qu’Israël ait son premier Premier ministre religieux et porteur de kippa. »

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