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Illustration (Crédit : JTA)
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Le succès de la maison de vente aux enchères juive Genazym à New York

Les comportements qui déconcertent les vétérans du marché des livres juifs rares sont devenus habituels lors des ventes aux enchères organisées par Genazym

JTA – En décembre dernier, Israel Mizrahi s’est joint à des dizaines d’autres connaisseurs de livres juifs rares pour suivre la diffusion en direct de Genazym, la maison de vente aux enchères la plus en vogue du marché. Libraire de métier, Mizrahi était également au téléphone, payé pour conseiller un client fortuné qui s’était inscrit pour faire des offres.

Mais au fur et à mesure que les enchères se déroulaient, les conseils de Mizrahi ne servaient plus à grand-chose. Son client, qui avait la gâchette facile, ne semblait pas se soucier des évaluations. Il a fini par payer environ 50 000 dollars pour un livre estimé à la moitié de ce prix.

« Il a simplement appuyé sur le bouton et a continué à renchérir jusqu’à la fin de l’enchère », a déclaré Mizrahi. « C’était impossible de l’en empêcher. Il a dépensé près de 600 000 dollars ce jour-là et cela n’avait aucun sens. »

Les comportements qui déconcertent les vétérans du marché des livres juifs rares sont devenus habituels lors des ventes aux enchères organisées par Genazym.

Mizrahi se souvient de la vente en 2021 d’une Haggadah de Pessah imprimée dans les années 1920 à Vienne. Avec ses illustrations attrayantes d’un éminent rabbin du XIXe siècle, Moses Sofer, et de sa famille, ce livre constitue une belle pièce pour un collectionneur. Il est également très répandu.

« Je vends des exemplaires pour 100 dollars, et j’en ai probablement vendu 150 dans ma vie », a déclaré Mizrahi, dont la boutique de Brooklyn est un haut lieu pour les amateurs de livres juifs. « Il a été vendu pour environ 5 500 dollars lors de la vente aux enchères de Genazym. Je l’ai encore en rayon, à un prix de vente de 100 dollars. »

En septembre dernier, lors d’une vente aux enchères organisée par Genazym, un livre de droit juif du XVIe siècle, le Choulhan Aroukh, première édition, a atteint 620 000 dollars, tandis qu’un exemplaire de Noam Elimelech, un traité rabbinique classique imprimé en 1788, s’est vendu 1,4 million de dollars quatre mois plus tard – dans les deux cas, les prix ont au moins doublé ou triplé par rapport à l’estimation des experts sur la base des ventes antérieures des mêmes textes.

« Genazym est arrivé comme un train de marchandises dans le monde des ventes aux enchères juives. Certains des prix dépassent de loin ce que ce marché a connu jusqu’à présent », a déclaré David Wachtel, ancien consultant en judaïca pour la maison de vente aux enchères Sotheby’s.

Page d’une première édition du Choulhan Aroukh, un livre de droit juif du XVIe siècle, qui a atteint 620 000 dollars lors d’une vente aux enchères organisée par Genazym. (Crédit : Genazym/via JTA)

Depuis la première vente aux enchères de Genazym en 2017, l’entreprise a vendu quelque 1 900 livres, manuscrits et autres documents de collection pour environ 26 millions de dollars hors commissions, soit environ 12 millions de dollars de plus que les prix de départ totaux, selon une analyse de la Jewish Telegraphic Agency des registres de ventes aux enchères sur le site Web de Genazym. Genazym a de plus en plus surpassé les plus anciennes sociétés de vente aux enchères de judaïca à New York et à Jérusalem.

Il est difficile de savoir exactement ce qui explique cet engouement, car l’identité des clients de Genazym est confidentielle et peu d’entre eux font étalage de leurs collections. L’un des propriétaires de la maison de vente, dans un rare commentaire public, s’est risqué à dire que les acheteurs juifs ont envie de retrouver leur héritage. Ce qui est clair, c’est qu’à une époque où les bibliothèques traditionnelles réduisent leurs achats de textes juifs, Genazym exploite un marché de luxe émergent parmi les Juifs orthodoxes – et alimente la montée des textes religieux en tant que symbole de statut social et d’investissement dans certaines communautés.

« Je connais les vendeurs, les clients et toutes les personnes concernées, et il existe une nouvelle classe aisée de Juifs orthodoxes qui disposent d’une gamme limitée de choses pour lesquelles ils peuvent faire des folies », a déclaré Mizrahi. « Ils ne vont pas à Las Vegas, ils ne prennent pas de folles vacances. Ils suivent les règles de la casheroute. C’est donc leur façon de faire des folies et de se faire valoir. »

Le rabbin Pini Dunner, qui collectionne des livres juifs rares, a déclaré que l’investissement dans les objets juifs était probablement intéressant pour certains membres de la communauté hassidique, dont l’observance religieuse est plus stricte que celle des fidèles de sa synagogue de la mouvance Modern Orthodox de la région de Los Angeles.

« Il y a des gens que je connais ici à Beverly Hills qui ont des collections de voitures valant des dizaines de millions de dollars », a déclaré Dunner.

« Dans le monde hassidique, cela n’a aucune valeur, tout comme un Picasso n’a aucune valeur. Un manuscrit original ou une première édition du Noam Elimelech a un véritable effet de surprise, surtout si vous pouvez dire aux gens que le livre a été vendu pour plus d’un million de dollars lors d’une vente aux enchères de Genazym. »

Des visiteurs regardant le « plat du maire » en argent anglais, de la collection Michael et Judy Steinhardt Judaïca, lors d’une exposition avant la vente aux enchères organisée par Sotheby’s à Moscou, en Russie, le 26 février 2013. (Crédit : AP/Mikhail Metzel)

L’impression que le monde hassidique s’est enrichi au cours des dix ou vingt dernières années est largement répandue et repose, du moins en partie, sur la prolifération de produits et de services de luxe conçus pour la communauté dans des endroits tels que Lakewood, dans le New Jersey, et Kiryas Joel, dans l’État de New York. Les mariages sont devenus de plus en plus coûteux et sophistiqués, les options de restauration raffinée sont courantes et les vins et alcools casher haut de gamme sont plus facilement disponibles.

« Il n’y a pas si longtemps, les repas assis étaient méprisés, voire inexistants. Aujourd’hui, il existe une pléthore d’options », a expliqué Chaïm Saiman, professeur de droit à l’université de Villanova, qui étudie l’intersection du commerce et de la loi juive orthodoxe – ou halakha. « Ce n’est un secret pour personne que des bouteilles de scotch à 200 dollars sont régulièrement servies lors de kiddoush. Autrefois, 50 dollars c’était beaucoup, puis 100 dollars, et maintenant nous en sommes à 200 dollars. »

L’origine de cette nouvelle richesse n’est pas totalement claire. Selon Mark Trencher, fondateur de Nishma Research, une organisation à but non lucratif qui se consacre à l’étude de la communauté juive orthodoxe, des enquêtes limitées et des données du recensement américain suggèrent que les Juifs orthodoxes se sentent écrasés par les coûts liés à la pratique de la religion et qu’il y a bon nombre de pauvres parmi eux, en particulier dans les communautés hassidiques. La prédominance des familles nombreuses implique également que la richesse acquise par la voie de l’héritage peut s’accumuler plus difficilement au sein des familles juives orthodoxes.

« Mais il y a toujours eu des personnes à hauts revenus dont la philanthropie a soutenu leur communauté », a noté Trencher. « Il y a beaucoup de gens dans cette communauté qui ont réussi dans les affaires et qui possèdent de grandes richesses », a-t-il déclaré. « Ces personnes sont généralement de grands donateurs pour les organisations caritatives. D’un point de vue financier, ces communautés s’en sortent probablement beaucoup mieux que ce à quoi on pourrait s’attendre. »

Illustration : Juifs hassidiques à Brooklyn, New York. (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90/Dossier)

Bon nombre de ces personnes aux revenus élevés gagnent leur argent grâce à l’esprit d’entreprise plutôt qu’à une réussite professionnelle dans le monde des cols blancs. De nombreuses chaînes de maisons de retraite – un secteur estimé à 171 milliards de dollars et dont la croissance est attendue – ont des propriétaires orthodoxes. Amazon a également créé de nouvelles opportunités pour les hommes d’affaires orthodoxes. Les propriétaires orthodoxes, quant à eux, ont bénéficié de la montée en flèche des prix de l’immobilier dans des quartiers comme Williamsburg, à Brooklyn.

Les récents articles du New York Times sur le système éducatif hassidique ont ouvert une fenêtre sur une autre source de revenus pour les entreprises privées de la communauté. Les entrepreneurs ont réagi à l’augmentation des fonds publics disponibles pour l’éducation destinée aux enfants à besoins particuliers à New York ces dernières années en créant des entreprises pour desservir les écoles hassidiques, le gouvernement payant la facture. Dans un exemple cité par le New York Times, un couple hassidique marié a ouvert une telle entreprise en 2014 – alors qu’ils n’étaient âgés que de 21 et 19 ans. En 2022, leur entreprise a reçu plus de 38 millions de dollars de financement public.

Les propriétaires d’une autre série d’entreprises fournissant des services aux écoles hassidiques semblent avoir utilisé leur manne pour acheter des livres rares par l’intermédiaire de Genazym. Les propriétaires ont été inculpés en janvier pour avoir facturé au gouvernement plus d’un million de dollars de services de garde d’enfants qu’ils n’ont jamais fournis et pour avoir escroqué le gouvernement de plus de 2,8 millions de dollars.

Les procureurs cherchent à obtenir que les fraudeurs présumés renoncent à sept livres et autres documents énumérés dans l’acte d’accusation fédéral. Il s’agit notamment de manuscrits portant une signature rabbinique et de livres rares de prière et de la halakha, qui correspondent tous à des articles mis aux enchères sur Genazym, où ils ont été vendus pour un montant total d’environ 274 000 dollars.

L’achat de textes juifs aux enchères peut sembler être un investissement judicieux pour les acheteurs qui cherchent à sauvegarder ou à accroître leur patrimoine. Avant le lancement de Genazym, un acheteur moyen aurait pu investir dans des bons du Trésor américain ou sur le marché boursier, selon Wachtel, l’ancien consultant de Sotheby’s. « Je pense que Genazym a été un bon investissement pour les acheteurs de textes juifs. »

« Je pense que Genazym a réussi à convaincre les gens qu’il s’agissait d’un bon moyen de se constituer ou d’accroître son patrimoine », a-t-il déclaré. « Cela va également de pair avec votre capacité à, soyons honnêtes, vous mettre en avant. Si quelqu’un vient chez vous, vous pouvez lui montrer la première édition du Choulhan Aroukh. Alors que vous ne l’inviterez pas à voir vos bons du Trésor. »

Page d’une Haggadah de Pessah illustrée, imprimée à Vienne dans les années 1920. (Crédit : Genazym/via JTA)

La tactique de la maison de vente aux enchères semble taillée sur mesure pour ce marché en pleine expansion. Sa devise, « Appropriez-vous votre patrimoine », est imprimée sur les catalogues que la société distribue par le biais de magazines orthodoxes populaires tels que Ami ou Mishpacha ou de podcasts, des endroits où des personnes qui ne s’intéressent pas aux livres sont susceptibles de rencontrer ce battage médiatique. Les catalogues sont également distribués dans les synagogues des quartiers hassidiques comme Brooklyn ou Lakewood, mais sans les prix afin de ne pas enfreindre l’interdiction juive de discuter de questions financières pendant le Shabbat.

Les descriptions des catalogues mettent l’accent sur les liens entre les articles en vente et des rabbins notables de l’histoire, en particulier des personnalités qui ont établi des dynasties rabbiniques qui existent encore aujourd’hui et qui sont vénérées par les Juifs orthodoxes éduqués à la yeshiva. Le lien peut être la signature d’un rabbin dans un registre d’une ancienne tournée de collecte de fonds qui a eu lieu il y a 200 ans. Il se peut aussi qu’un rabbin important ait possédé le livre en question ou qu’il ait même prié avec ce livre. À l’instar du pantalon du rabbin israélien Chaïm Kanievsky qui a attiré l’attention lorsqu’il a été brièvement mis aux enchères le mois dernier, ces textes sont considérés par certains comme conférant une sainteté à ceux qui les possèdent. En vertu de leur pedigree, ces artefacts pourraient même être considérés comme une segoula, un talisman protecteur juif.

Dans ses documents promotionnels et ses ventes aux enchères en livestream, Genazym utilise également un langage plus familier et hyperbolique pour décrire ses objets que les maisons de vente aux enchères traditionnelles, qui ont tendance à s’en tenir au type de terminologie utilisé par les universitaires.

« Genazym a trouvé une formule pour rendre les livres et les manuscrits vraiment intéressants pour les profanes, en particulier dans la communauté orthodoxe », a déclaré Yoel Finkelman, ancien conservateur de la collection Judaïque à la Bibliothèque nationale d’Israël. « Ils n’utilisent pas le vocabulaire des experts, mais un langage ordinaire, comme ‘très ancien’ ou ‘très rare’. Personne chez Sotheby’s ne parlerait ainsi d’un livre vieux de mille ans. »

Yoel Finkelman, conservateur des ouvrages judaïques à la Bibliothèque nationale d’Israël. (Crédit : Zack Rothbart/NLI)

L’approche unique de Genazym s’étend à la livraison des articles à ses acheteurs. Un acheteur traditionnel sur le marché des livres juifs rares, comme Michelle Margolis, bibliothécaire chargée des études juives à l’université de Columbia, peut se contenter de veiller à ce que le livre acheté soit livré en toute sécurité. Mais avec Genazym, les livres sont livrés dans un emballage adéquat et rangés dans un sac de velours. « J’ai levé les yeux au ciel lorsque ma livraison est arrivée, mais en même temps, il est vrai que c’est un gros investissement », a déclaré Margolis, ajoutant que de nombreuses autres maisons de vente aux enchères ont réduit leurs coûts, par exemple en supprimant leurs catalogues imprimés habituels.

Jacob Djmal, qui vit à Brooklyn, s’intéresse depuis de nombreuses années à la collection d’objets juifs, une passion qu’il lui vient de son grand-père. Il se souvient d’avoir soudain vu la publicité de Genazym partout. « Ils ont commencé à vous contacter de toutes les manières possibles, en trouvant un public qui n’était auparavant pas informé. À chaque vente aux enchères de Genazym, des gens m’envoient des SMS – ‘As-tu entendu parler de ceci ?’ – comme s’il se passait quelque chose qui n’avait jamais eu lieu auparavant. »

C’est parfois vrai. La vente aux enchères de décembre a permis à Genazym de réaliser un chiffre d’affaires de 4,4 millions de dollars, soit environ 2,6 millions de dollars de plus que le prix de départ total.

« S’il y avait le moindre doute sur le fait que Genazym était désormais la maison de vente aux enchères de livres rares la plus commercialement remarquable de la planète, les résultats de leur dernière vente aux enchères de judaïca de cette semaine y ont mis fin : pratiquement chaque lot a été vendu au moins deux fois [le montant estimé] », a déclaré en décembre un grand collectionneur britannique de livres vivant en France sur son compte Twitter anonyme, qui compte environ 110 000 abonnés.

Il reste à voir si Genazym peut concurrencer la division juive de Sotheby’s pour les vendeurs des livres les plus rares et les plus précieux. L’année dernière, un livre de prières médiéval a été vendu pour 8,3 millions de dollars chez Sotheby’s et cette année, la maison de vente aux enchères new-yorkaise accepte les offres pour le plus ancien exemplaire connu de la plus ancienne bible hébraïque – le Codex Sassoon – qui devrait atteindre 50 millions de dollars.

Mais ce que Djmal considère comme particulièrement remarquable à propos de Genazym, ce n’est pas seulement les prix élevés, mais aussi la manière dont les livres rares ont été perçus par les jeunes orthodoxes comme quelque chose de cool. « Mon fils et ses amis de la yeshiva parlent de ces objets », a expliqué Djmal. « Ces livres témoignent des rabbins dont ils ont entendu parler depuis leur plus jeune âge. »

L’équipe à l’origine du succès de Genazym est dirigée par trois frères de la famille Stefansky qui vivent à Jérusalem et à New York. Avant de créer une maison de vente aux enchères, ils ont travaillé pendant de nombreuses années comme négociants privés sur le marché des livres rares. Leurs noms, Chaïm, Moshe et Bezalel, apparaissent rarement et ils n’accordent presque jamais d’interviews. Chaïm Stefansky a fait une exception pour la Jewish Telegraphic Agency et a demandé que cet article ne le mette pas en vedette et ne présente pas le succès de Genazym comme le résultat de son sens des affaires.

Stefansky a déclaré que Genazym avait puisé dans le désir universel et profond des gens de renforcer leur identité en renouant avec le passé. Selon lui, la communauté juive a été mal servie dû à l’accent mis sur les persécutions historiques – et même actuelles.

« Nous sommes toujours victimes et nous pleurons », a déclaré Stefansky. « Ce que nous avons peut-être en commun, c’est que votre grand-mère et la mienne partageaient le même lit à Auschwitz. Donnez-moi quelque chose de positif de mon passé dont je puisse être fier. Votre héritage n’est pas seulement marqué par la douleur, mais aussi par une tradition intellectuelle heureuse, riche et immense. Genazym vient donc parler aux gens de leur héritage. C’est le vôtre. Il vous appartient. »

Une Haggadah de la famille Sassoon de France ou du sud de l’Espagne, vers 1320. (Crédit : Achetée par l’État d’Israël grâce à un donateur anonyme ; anciennement dans la collection David Solomon Sassoon/via le Musée juif)

Selon lui, la même chose peut être faite avec n’importe quel groupe ethnique ou religieux.

« Si vous vous adressez à la communauté irlandaise et que vous appuyez sur les bons boutons en termes de ce que vous savez et dont chaque Irlandais est extrêmement fier, je pense que vous aurez beaucoup de succès », a déclaré Stefansky.

Il rejette l’impression que les acheteurs de Genazym proviennent principalement des rangs des nouveaux riches du monde hassidique.

« Ils viennent de tous les horizons », a déclaré Stefansky. « Les gens diront qu’il y a beaucoup d’argent frais sur le marché. Mais nous avons aussi de très bons vieux fonds. Nous avons des institutions. Et aussi des ‘messieurs tout-le-monde’. Le plus souvent même, l’homme ordinaire, qui n’a jamais su qu’il pouvait avoir accès à tout cela. »

L’un des seuls clients à avoir accepté d’être identifié et interviewé pour cet article est Rick Probstein, qui dit avoir dépensé plus de 100 000 dollars dans les ventes aux enchères. Il ne se souvient pas quand il a commencé à voir les catalogues de Genazym, mais il n’avait jamais collectionné d’objets juifs auparavant, ce qui est peut-être surprenant étant donné qu’il est juif orthodoxe et qu’il travaille dans le secteur des objets de collection depuis qu’il était enfant et qu’il échangeait alors des cartes de base-ball.

Aujourd’hui, à 53 ans, Probstein est l’un des plus grands vendeurs d’articles de sport de collection au monde, grâce à un compte dédié sur eBay. « Je dirige une entreprise gigantesque, dont le chiffre d’affaires s’élève à environ 160 millions de dollars par an », a-t-il déclaré à propos de son volume de ventes.

Probstein, qui vit à Passaic, dans le New Jersey, se sentait depuis longtemps coupable du manque de contenu juif dans sa collection. « Je collectionne des choses, mais qu’est-ce que je possède de mon propre héritage ? », s’est-il souvenu avoir pensé. « Lorsque j’ai commencé à recevoir les catalogues, je me suis dit qu’il fallait que je sois un bon Juif. J’ai commencé à faire des offres et je me suis vraiment pris au jeu. »

Une fois Probstein lancé, les frères Stefansky ont commencé à prendre de ses nouvelles, à lui fournir un service de conciergerie et à le considérer comme un bon client.

Avant que le Codex Sassoon, la Bible ancienne la plus ancienne et la plus complète, ne soit vendue aux enchères à New York, le musée Anu de Tel Aviv l’exposera du 23 au 29 mars 2023. (Crédit : Le musée Anu de Tel Aviv)

« Il s’agit d’une boutique gérée par une famille juive avec une touche personnelle », a expliqué Probstein. « Ils m’appellent au téléphone pour me dire : ‘Rick, avez-vous reçu le catalogue ? Qu’en pensez-vous ? Voici quelques articles qui pourraient vraiment vous plaire’. »

Pour Probstein, enchérir sur les articles de Genayzm n’est pas purement émotionnel. « J’y investis de l’argent parce que je pense que, du point de vue de l’investissement, c’est très prometteur », a-t-il expliqué.

Néanmoins, les objets qu’il achète ont tendance à avoir une signification personnelle.

« J’ai un faible pour les objets liés au Chofetz Chaïm », a déclaré Probstein, en référence au rabbin et sage juif Yisrael Meïr Kagan, décédé en 1933. Le fils aîné de Probstein s’appelle Yisrael Meïr en son honneur. Le Chofetz Chaïm intéresse également Probstein en raison de ses écrits sur le Lashon hara, l’interdiction, d’après la halakha, de parler sur les gens. « Je pense que la parole est importante et il en est en quelque sorte l’incarnation », a déclaré Probstein.

Genazym a vendu six lettres et une bénédiction manuscrite signées ou écrites par le Chofetz Chaïm à des prix allant de 16 000 à 68 000 dollars.

Depuis que Probstein a commencé à collectionner des objets juifs, ces articles ont suscité l’intérêt de sa famille et amis qui venaient chez lui.

« Les membres de ma communauté qui viennent pour le kiddoush savent que je possède ces objets et ils veulent toujours les voir », a déclaré Probstein. « Personne ne regarde jamais ma collection de souvenirs sportifs parce qu’elle est à mon bureau, mais ma collection d’objets juifs est dans ma maison. Ils regardent les lettres et parlent du contexte historique. Les gens adorent ça. »

La révélation que tant de Juifs semblent fascinés par leur propre histoire et veulent s’engager dans la tradition savante survient à un moment où de nombreuses bibliothèques juives sont en difficulté.

Illustration : Un ensemble de 12 volumes du Talmud de Babylone avec des commentaires, imprimé à Amsterdam par Immanuel Benveniste, 1644-47. (Crédit : Kestenbaum & Company)

La bibliothèque du Jewish Theological Seminary de Manhattan, qui possède la collection la plus complète et la plus importante de livres juifs en dehors d’Israël, a vu son espace réduit en raison des restrictions budgétaires imposées au séminaire du mouvement massorti (conservateur). Également sous pression financière, l’American Jewish University a été contrainte de vendre son campus de Bel Air à Los Angeles, qui abritait une bibliothèque. Le Hebrew Union College, quant à lui, a choisi de mettre fin à son programme de formation rabbinique réformé à Cincinnati et, même si la bibliothèque du campus a survécu aux coupes budgétaires, l’incertitude financière demeure.

L’approche populiste de Genazym pourrait servir de leçon aux institutions juives et aux bibliothèques universitaires qui possèdent d’importantes collections de livres juifs et qui espèrent attirer le public autour des livres.

« La leçon est qu’il faut cesser d’être snob », a déclaré Finkelman, ancien conservateur des ouvrages juifs à la Bibliothèque nationale d’Israël, qui devrait rouvrir ses portes dans un nouvel espace plus accessible dans le courant de l’année. « L’objectif des institutions publiques est de permettre la préservation, mais aussi l’accès et l’éducation du public. Il y a de grandes histoires dans les livres et les archives. »

Finkleman dit avoir rencontré des réactions narquoises sur la manière dont Genazym promeut les livres, similaires à la réaction aux États-Unis lorsque la pop star Lizzo a joué d’une flûte en cristal ayant appartenu à James Madison sur la scène de la bibliothèque du Congrès.

« Il y a des échos de la même chose ici », a-t-il déclaré. « Descendez de votre snob tour d’ivoire et réalisez que vous préservez l’histoire pour les autres. »

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