L’ex-secrétaire militaire de Netanyahu accuse son bureau de falsification d’archives du 7-Octobre

Avi Gil dénonce un 'comportement criminel systématique' visant à disculper le Premier ministre ; le Likud rejette des accusations 'motivées politiquement'

Le secrétaire général Avi Gil arrivant au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 3 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jeudi, l’ancien secrétaire militaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que ce dernier avait présenté un récit incomplet des événements entourant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, et que le chef de cabinet de Netanyahu avait tenté de modifier un compte-rendu officiel datant de ce matin-là.

Avi Gil, qui occupait le poste de secrétaire militaire de Netanyahu le 7-Octobre, a déclaré à Israel Hayom et à la chaîne N12 qu’il était resté silencieux jusqu’à présent dans l’espoir de témoigner devant une commission d’enquête nationale – dont la création est rejetée par Netanyahu et ses alliés.

Une version plus longue de l’interview sera diffusée jeudi soir sur N12.

« Il y a trop de mensonges qui circulent, et la population mérite de connaître la vérité », a déclaré Gil.

« Trois ans se sont écoulés depuis le 7-Octobre, et deux ans depuis que j’ai pris ma retraite de l’armée israélienne. J’espérais qu’une commission d’enquête nationale serait mise en place pour faire la lumière sur tout cela. Malheureusement, cela n’a pas été le cas, et je doute que cela arrive. »

« Ce qu’on raconte au peuple n’est pas ce qui s’est vraiment passé », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) s’entretenant avec le ministre de la Défense, Yoav Gallant (au centre), et les chefs militaires pour une évaluation de la situation sécuritaire, aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv , le 8 octobre 2023. (Crédit : Bureau de la presse gouvernementale)

« Ce n’est pas ma vérité. C’est la vérité du pays. »

Interrogé sur la question de savoir si l’Égypte avait averti Israël avant l’attaque, ce que Netanyahu réfute, Gil a répondu qu’il n’avait pas connaissance d’un tel message, mais a évoqué l’arrivée d’un avion des services de renseignement égyptiens fin septembre.

« Un avion des services de renseignement égyptiens a atterri en Israël et y est resté plus d’une heure. C’est un fait. Un avion comme celui-là n’apparaît pas par hasard », a-t-il indiqué, affirmant que la personne qui a accueilli l’avion ou qui a reçu un message de sa part « continue aujourd’hui encore de le dissimuler ».

Gil a ajouté qu’il avait également émis des soupçons quant à d’éventuelles altérations des transcriptions officielles deux semaines après le début de la guerre, après avoir remarqué une « collecte disproportionnée de documents » par les collaborateurs de Netanyahu. Il a contacté la procureure générale, Gali Baharav-Miara, et lui a demandé de « clarifier les règles régissant l’utilisation des transcriptions officielles ».

Trois mois plus tard, a-t-il poursuivi, une sténographe du cabinet du Premier ministre l’a informé que le chef de cabinet de Netanyahu, Tzahi Braverman, lui avait donné pour instruction de modifier l’heure enregistrée du premier appel de Gil à Netanyahu, le 7-Octobre.

Braverman fait l’objet d’une enquête pour suspicion de falsification et de fraude liée à la modification illégale présumée de documents, et a été interrogé par la police. Il est soupçonné d’avoir modifié l’heure indiquée à laquelle Netanyahu a reçu pour la première fois des informations sur l’invasion du Hamas du 7-Octobre par un appel téléphonique de Gil, la faisant passer, selon les allégations, de 6 h 40 à 6 h 29.

Gil a qualifié cette altération présumée de « comportement criminel récurrent » et a suggéré qu’elle aurait pu avoir pour but soit de présenter Netanyahu comme donnant des ordres dès le début de l’assaut, soit de laisser entendre que les renseignements transmis lors d’un deuxième appel étaient déjà connus lors du premier – ce qui aurait pu étayer les allégations de Netanyahu concernant une « trahison », selon lesquelles des informations cruciales lui auraient été dissimulées.

Gil a déclaré que toute future commission d’enquête devrait examiner les enregistrements originaux plutôt que de se fier à des comptes-rendus écrits, « car je ne sais pas ce qui a été modifié ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’une cérémonie nationale à la mémoire des civils assassinés lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, marquant le troisième anniversaire des massacres, au mont Herzl, à Jérusalem, le 5 octobre 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi/POOL)

« Le document remis au contrôleur de l’État ne reflète pas ce qui s’est vraiment passé », a-t-il ajouté à propos du récit de Netanyahu.

« C’est une partie de la vérité, mais pas toute la vérité. »

Le Likud a rejeté ces allégations, qualifiant l’interview de « volet d’une campagne de propagande mensongère et à motivation politique contre le Premier ministre Netanyahu et le Likud ».

Le parti a déclaré que Netanyahu « n’avait reçu aucun avertissement préalable avant le 7-Octobre concernant le pogrom perpétré par le Hamas ».

Il a ajouté que les responsables ayant détecté des signes avant-coureurs n’avaient pas alerté le Premier ministre, réitérant ses affirmations selon lesquelles « si le Premier ministre Netanyahu avait été informé en temps réel, tout aurait pris une autre tournure ».

Le 7 octobre 2023, le Hamas a mené des milliers de terroristes à l’assaut du sud d’Israël, tuant plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en prenant 251 en otage, déclenchant ainsi une guerre dévastatrice sur plusieurs fronts. La quasi-totalité des hauts responsables militaires et de la sécurité alors en fonction ont depuis démissionné, mais pas Netanyahu, qui était Premier ministre à l’époque.

Netanyahu a régulièrement imputé aux responsables de la sécurité la responsabilité des défaillances du 7-Octobre, et a affirmé qu’il aurait ordonné une intervention rapide et empêché l’attaque s’il avait été réveillé aux premières heures de cette journée, lorsque les chefs des services de sécurité auraient discuté de signes inquiétants en provenance de Gaza.

Il refuse également de mettre en place une commission d’enquête nationale – la plus haute instance d’enquête en Israël – sur cette catastrophe, arguant qu’une commission indépendante nommée par la Cour suprême serait partiale à l’encontre de son gouvernement, qui s’est efforcé de restreindre les pouvoirs du pouvoir judiciaire. Il préconise, en revanche, la mise en place d’une commission nommée par les législateurs, dont le mandat et le champ d’action seraient définis par les responsables politiques.

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