Motion de censure, débat à la Knesset, guerre en Iran : Les chefs des partis d’opposition en colère contre la coalition
Yaïr Lapid a déposé une motion de censure contre le gouvernement ; 'Nous devons clairement redéfinir les objectifs de la guerre : renverser le régime iranien et éliminer le Hezbollah. Ce gouvernement est tout simplement incapable d'y parvenir', a dit Avigdor Liberman
Lundi, le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, a vivement critiqué la coalition pour avoir fait avancer des projets de loi controversés et partisans en pleine guerre, déclarant aux journalistes : « Nous gagnons à Téhéran et perdons à Jérusalem. »
« Au lieu de se concentrer sur le démantèlement du régime de Téhéran, la Knesset s’occupe de diviser le rôle de la procureure générale », a-t-il lancé avant la réunion hebdomadaire de son parti d’opposition à la Knesset, faisant référence à l’un des projets de loi controversés de la coalition.
« Au lieu de nous contenter d’empêcher le Hezbollah de s’approcher de la frontière, nous nous occupons de lois qui empêcheront les Juifs de se rendre au mur Occidental », a-t-il ajouté.
« Au lieu d’apporter une solution aux personnes vivant dans des abris dans le nord, nous nous occupons d’accorder des avantages aux chaînes de télévision proches du gouvernement. »
Abordant le conflit avec le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah dans le nord, Gantz a déclaré qu’il soutenait « des négociations directes avec le gouvernement libanais, mais celles-ci doivent se dérouler sous une pression militaire continue sur le Hezbollah [et] tant que le Hezbollah n’aura pas été démantelé, nous devons continuer à le démanteler militairement ».
« Si le gouvernement libanais souhaite prendre ses responsabilités, reconnaître l’État d’Israël et démanteler le Hezbollah, il est plus que bienvenu », a-t-il ajouté.
« En tant que personne ayant servi pendant 22 ans au Liban et ayant été le dernier soldat à quitter la zone de sécurité sur décision du gouvernement, j’appelle ce dernier à ne pas évacuer une seule communauté israélienne, mais plutôt à évacuer tout le sud du Liban », a-t-il ajouté, insistant sur le fait que « si nous faisons preuve d’une détermination militaire totale et d’une sagesse diplomatique, la normalisation est réalisable en quelques mois, tout en garantissant la sécurité de la population du nord d’Israël ».
Lundi matin, l’armée israélienne a annoncé avoir lancé une opération au sol « ciblée » dans le sud du Liban.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a lui aussi vivement critiqué la coalition pour avoir fait avancer des projets de loi controversés et partisans en temps de guerre. Il a insisté sur le fait que si l’opposition « continuera à soutenir les forces de sécurité », elle continuera également à s’élever contre le programme législatif du gouvernement.
« Le comportement de la coalition est une honte », a déclaré Lapid aux journalistes avant la réunion hebdomadaire de son groupe parlementaire à la Knesset, faisant valoir que si la Knesset avait dû se pencher sur l’indemnisation des petites entreprises ou sur l’approbation d’une aide aux réservistes et à leurs familles, « nous serions venus de bon cœur, mais ce n’est pas pour cela que vous avez rouvert la Knesset après une période d’activité restreinte due à la guerre ».
« Le plan du gouvernement est on ne peut plus clair : à cause de la guerre, nous resterons silencieux pendant qu’ils démantèlent le pays. Cela ne marchera pas pour eux. Nous continuerons à soutenir les forces de sécurité, mais ils ne parviendront pas à nous réduire au silence », a-t-il déclaré.
« Ils ne cessent de nous dire : ‘Soutenez-nous’, ‘Faites preuve d’unité’, ‘Vous ne soutenez pas assez Netanyahu’, et en même temps, sans sourciller, sans la moindre honte, ils mettent sur la table les lois les plus clivantes, les plus polarisantes, les plus destructrices. Le fait de présenter ces lois en temps de guerre est un manque de respect envers les personnes qui se trouvent dans les abris, envers les pilotes qui opèrent en Iran et envers les combattants au Liban. »
Après une interruption de deux semaines due à la guerre contre le régime iranien, les débats parlementaires ont repris dimanche, la coalition cherchant à faire adopter plusieurs projets de loi controversés, notamment un texte visant à réformer le marché des médias, à scinder les fonctions de la procureure générale et à mettre en place une commission composée de personnalités politiques chargée d’enquêter sur les défaillances qui ont entouré le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Jeudi, le bureau du président de la Knesset, Amir Ohana, avait annoncé son intention d’intensifier les travaux parlementaires, ouvrant ainsi la voie à une reprise des débats sur des projets de loi controversés.
Avant l’annonce d’Ohana, le gouvernement semblait faire quelques efforts pour retirer les projets de loi controversés de l’ordre du jour.
Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, avaient en effet déclaré qu’ils suspendraient plusieurs réformes économiques impopulaires ainsi qu’un projet de loi très controversé visant à exempter les Haredim étudiant en yeshiva du service militaire.
Cependant, en pleine guerre, le gouvernement a également décidé d’allouer plus de 5 milliards de shekels de fonds discrétionnaires de la coalition aux institutions ultra-orthodoxes, aux implantations de Cisjordanie et à d’autres priorités de la coalition dans le budget de l’État 2026, ce qui a suscité de vives critiques de la part de l’opposition.
En outre, Lapid a déposé une motion de censure contre le gouvernement à la Knesset, une semaine après l’annonce par son parti, Yesh Atid, de sa ligne de conduite consistant à « ne pas voter en faveur des motions de censure » pendant la guerre en Iran.
« Je ne voulais pas déposer de motion de censure aujourd’hui, mais vous ne m’avez pas laissé le choix », a-t-il expliqué, affirmant qu’il se sentait contraint de prendre une telle mesure parce que la coalition fait avancer des projets de loi controversés sans rapport avec l’effort de guerre et transfère des milliards de shekels de fonds de la coalition à la communauté haredi, en pleine guerre.
« Je ne voulais pas déposer de motion de censure. Non pas parce que j’ai confiance dans le gouvernement – je n’ai aucune confiance en lui -, mais parce qu’il n’est pas d’usage de déposer des motions de censure en temps de guerre, et encore moins pendant une guerre dont j’approuve les objectifs [et] que je soutiens depuis deux semaines et demie », a-t-il ajouté, s’engageant ainsi à soutenir la guerre à l’étranger tout en s’opposant au programme législatif du gouvernement sur le plan intérieur.
Après le déclenchement de la guerre, le 28 février, l’opposition s’est ralliée au gouvernement et à l’armée israélienne. Dans un premier temps, il semblait que la coalition allait réduire ses activités politiques partisanes. Toutes les discussions et tous les votes à la Knesset ont été suspendus après le déclenchement des hostilités ; l’activité parlementaire n’a repris que plusieurs jours plus tard, initialement limitée aux discussions sur la législation liée à la guerre, aux questions budgétaires et aux réunions nécessaires de la commission des Affaires étrangères et de la Défense.
Cependant, après une interruption de deux semaines, les débats parlementaires ont repris dimanche.
Yaïr Golan, le chef du parti Les Démocrates, a quant à lui estimé que le gouvernement n’avait aucun plan pour mettre fin à la guerre d’Israël contre l’Iran et le Hezbollah, dans l’une des premières déclarations d’un chef de l’opposition contestant les politiques du gouvernement depuis le lancement, il y a plus de deux semaines, de la campagne conjointe des États-Unis et d’Israël contre la République islamique.
« En Iran, il n’y a ni stratégie de sortie ni plan pour mettre fin à la campagne. Sans coopération régionale et sans soutien américain soutenu, nous ne serons pas en mesure de transformer les succès militaires en un abandon par l’Iran de son programme nucléaire et en une limitation de sa capacité à déstabiliser la région », a déclaré le dirigeant de gauche, s’exprimant avant une réunion de faction à la Knesset.
« Ce gouvernement ne sait pas gagner les guerres. Il ne sait qu’une seule chose : comment ouvrir un nouveau front, un nouveau round, un nouveau cycle de carnage sans objectifs, sans horizon et sans stratégie capable de traduire les succès militaires en sécurité réelle », a-t-il poursuivi, qualifiant Netanyahu « d’obstacle » à la sécurité nationale.
« Il se vante et tire fierté des succès de Tsahal, mais il manque à son devoir de les transformer en décisions politico-stratégiques », a-t-il ajouté.
Golan a évoqué la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza, notant que malgré les succès militaires, les pertes importantes et plus de deux ans de combats, le groupe terroriste palestinien reste actif.
« Nous ne devons pas laisser cet échec se reproduire en Iran et au Liban », a-t-il affirmé, faisant suite à l’annonce d’une « opération terrestre ciblée » dans le sud du Liban.
Golan, qui a combattu au Liban lors de la guerre de 1982 et des conflits qui ont suivi, puis a occupé les fonctions de chef du Commandement du Nord de Tsahal et de chef d’état-major adjoint, a déclaré : « L’option militaire au Liban existe toujours, mais il faut le dire clairement : avant d’envoyer des divisions dans le bourbier libanais, l’option diplomatique doit être épuisée au maximum. Nous ne devons pas laisser ce gouvernement nous entraîner dans une guerre sans fin là-bas également. »
Le gouvernement Netanyahu est « incapable » de mener Israël à la victoire contre l’Iran ou le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, a aussi affirmé Avigdor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu.
Israël est « en guerre depuis deux ans et demi et tous les fronts contre l’Iran, le Hamas et le Hezbollah sont toujours ouverts », a déclaré lundi le chef de l’opposition aux journalistes avant la réunion hebdomadaire de son groupe parlementaire à la Knesset.
Faisant référence à l’assaut barbare et sanglant du groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023, il a déclaré : « Le gouvernement du 7-Octobre nous ramène à la case départ. »
« Où est la ‘victoire absolue’ contre le Hamas ? Nous assistons ces jours-ci à la même ‘victoire absolue’ dans le nord également. Nous devons clairement redéfinir les objectifs de la guerre : renverser le régime iranien et éliminer le Hezbollah. Ce gouvernement est tout simplement incapable d’y parvenir », a-t-il ajouté.