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Nora Bussigny Paris, le 28 août 2023. (Crédit : Samuel Kirszenbaum pour Albin Michel)
Nora Bussigny Paris, le 28 août 2023. (Photo : Samuel Kirszenbaum pour Albin Michel)
Interview"créer une intifada des campus"

Nora Bussigny : « le Juif est considéré comme un sur-blanc »

Après son livre « Les nouveaux inquisiteurs », la journaliste d’investigation livre une nouvelle enquête sur l’ultra-gauche : « Les nouveaux antisémites »

Nora Bussigny Paris, le 28 août 2023. (Photo : Samuel Kirszenbaum pour Albin Michel)

Avant même sa sortie, le dernier livre de Nora Bussigny était annoncé comme un événement. Journaliste d’investigation pour Le Point, Franc-Tireur ou Marianne, elle s’est infiltrée dans les milieux d’ultra-gauche pour raconter les tropes antisémites qui infusent ces milieux militants. Depuis la sortie de son livre, couronné par le prix de littérature politique Edgar-Faure, elle sillonne la France pour provoquer une prise de conscience. Entretien.

Times of Israel : Après votre premier ouvrage d’immersion, Les Nouveaux Inquisiteurs, pourquoi avoir décidé de repartir enquêter pour écrire Les Nouveaux Antisémites ?

Nora Bussigny : Le 7-Octobre, comme beaucoup de gens, j’ai été saisie par un état de stupeur et de sidération. Mais j’ai immédiatement eu un réflexe journalistique très simple : j’ai réactivé un des faux comptes que j’avais utilisés lors de ma précédente immersion, pour observer ce que publiaient certains collectifs et militants LGBT et féministes que j’avais côtoyés. Et là, au-delà d’un silence très pesant, j’ai vu des gens se réjouir ouvertement, se féliciter de ce qu’ils appelaient la révolte du colonisé contre le colon.

J’ai été effarée. Et je me suis dit qu’il fallait impérativement raconter cela à nouveau sous forme de caméra embarquée. D’autant que depuis la sortie de mon précédent livre, on me refuse systématiquement le contradictoire. Sous prétexte que j’écrirais pour de la presse fasciste, d’extrême droite, ou que je serais une sale sioniste. Donc à partir du moment où le débat m’est refusé, j’ai décidé d’aller chercher la vérité moi-même, en retournant sur le terrain.

Le titre de votre livre est Les Nouveaux Antisémites. Pourquoi parler aujourd’hui de « nouveaux » antisémites ? Qu’est-ce qui les rend différents selon vous ?

Nora Bussigny : L’antisémitisme n’a évidemment rien de nouveau, il ne date pas d’hier. Ce qui est nouveau, ce sont les vecteurs. Pendant la première et la seconde Intifada, il n’y avait pas les réseaux sociaux tels qu’on les connaît aujourd’hui. Instagram, TikTok, Twitter, Snapchat. Aujourd’hui ces plateformes offrent des mégaphones surpuissants à ces discours. Et comme je travaille beaucoup sur la génération Z, qui est la cible principale de cette propagande, j’analyse longuement dans le livre l’impact massif des réseaux sociaux sur leur radicalisation et sur la diffusion internationale de la haine antijuive.

INTERVIEW A LIRE – 7-Octobre : Arthur se confie sur son livre

Dans son livre, J’ai perdu un Bédouin à Paris, l’animateur Arthur décrit les raids numériques dont il est victime et la façon dont ils sont organisés. À quel point cette mécanique est-elle structurée ?

La couverture de « J’ai perdu un Bédouin dans Paris », par Arthur Essebag, publié aux éditions Grasset.

Nora Bussigny : Elle l’est énormément. Cela fonctionne par sortes de bataillons coordonnés. Tout commence sur des boucles Telegram ou Signal. Ils sont beaucoup moins sur WhatsApp ou Instagram désormais. Ils ne disent jamais qu’il faut harceler, car pour eux, ils ne harcèlent pas. Ils disent qu’il faut alerter. Concrètement, quelqu’un poste un lien et dit aux autres d’aller en masse commenter sous un post pour alerter sur le fait que telle personne soutiendrait le génocide en Palestine. Et là, tout s’emballe.

Dans certains cas, comme celui d’Arthur que j’évoque, on est monté jusqu’à mille messages de haine par minute. Et cela ne se limite pas aux réseaux sociaux. J’ai vu des appels très concrets à aller physiquement perturber des dédicaces ou des événements pour faire pression publiquement.

Vous commencez votre ouvrage par une immersion dans les milieux féministes et LGBT, que vous décrivez comme profondément traversés par la question palestinienne. Pourquoi avoir choisi de repartir précisément dans ces milieux-là ?

Nora Bussigny : Parce que ce sont des milieux que je connais déjà très bien depuis ma précédente enquête. Et surtout parce qu’à chaque fois que je participe à une rencontre ou à un débat, on me demande comment il est possible que des militants féministes ou LGBT puissent soutenir le Hamas.

Je précise immédiatement que soutenir les civils palestiniens est évidemment légitime et humain. Mais là, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de soutenir ce qu’ils appellent la résistance armée, alors même que le Hamas applique la charia et traque, torture et tue les personnes LGBT.

Des militantes du collectif « Nous Vivrons », né après le 7 octobre contre l’antisémitisme, lors d’une marche dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, à Paris, le 8 mars 2024. (Crédit : Dimitar Dilkoff/AFP)

C’est pour cela que j’ai tenu à laisser largement la parole aux militants eux-mêmes. J’ai recueilli plus de cent témoignages au total, dont beaucoup au sein de ces milieux. Ils racontent les scissions internes, les tensions, les ruptures. Dans mon premier ouvrage, je voyais déjà que l’antisémitisme était l’angle mort des luttes intersectionnelles. Un éléphant au milieu de la pièce dont personne n’osait parler. Le 7-Octobre a agi comme un révélateur : tout a éclaté autour de la question anti-sioniste, qui est passée au-dessus de toutes les autres luttes.

Pourtant, ces milieux ont développé une forme d’ultra-sensibilité envers toutes les minorités… sauf pour les Juifs.

Nora Bussigny : Exactement. L’antisémitisme de l’extrême droite est dénoncé, bien sûr. Mais dès que l’antisémitisme se trouve dans leurs propres rangs, il devient tabou. Dans cette grille de lecture construite autour des privilèges, le Juif, ou plutôt ce qu’ils appellent le sioniste, est considéré comme un sur-blanc. Au-dessus du blanc. Il serait privilégié parce qu’il contrôlerait les médias, la politique, l’économie.

« Le 7-Octobre a agi comme un révélateur : tout a éclaté autour de la question anti-sioniste, qui est passée au-dessus de toutes les autres luttes. »

Ce sont des tropes antisémites classiques. Et à partir du moment où l’on range les Juifs dans la case des dominants, leur antisémitisme n’est plus perçu comme du racisme, mais comme une forme de lutte légitime.

Vous consacrez ensuite un long passage aux campus universitaires, en France, en Belgique et aux États-Unis. Comment cette jeunesse a-t-elle pu, selon vous, être aussi rapidement radicalisée ?

Nora Bussigny : Pour ce livre, j’ai voulu parcourir plusieurs campus, justement pour comprendre ce qui s’y joue. J’ai mené des immersions à Sciences Po, à Toulouse Jean-Jaurès, à l’Université Libre de Bruxelles, et à Columbia aux États-Unis. Je voulais montrer les connexions internationales et identifier ceux qui manipulent et radicalisent cette jeunesse. Il faut comprendre que leur objectif déclaré est de créer une intifada des campus. C’est le titre d’un de mes chapitres.

À Columbia, par exemple, le collectif Students for Justice in Palestine, SJP, est central. Il a été fondé par Hatem Bazian, accusé par les autorités américaines d’être proche des Frères musulmans et d’avoir un lien financier avec le Hamas. Et après le 7-Octobre, SJP a publié immédiatement une boîte à outils qui expliquait que les attaques du Hamas étaient légitimes, et comment contrecarrer ce que dirait la presse. Une antenne SJP a été créée dans la foulée à Sciences Po.

Des manifestants reprenant les « mains ensanglantées » issues du lynchage de soldats israéliens à Ramallah en 2000, alors qu’ils participent à une manifestation anti-Israël, devant l’Institut d’études politiques (Sciences Po Paris) occupé par des étudiants, à Paris, en France, le 26 avril 2024. (Crédit : Dimitar Dilkoff/AFP)

Ils sont même allés jusqu’à organiser à Columbia une réunion où ils ont proposé aux étudiants une rencontre en visio avec Khaled Barakat, une figure du FPLP, qui les a félicités pour leur mobilisation.

En France, on a vu très récemment des scènes très tendues à l’université Paris 8, avec des slogans favorables au Hamas et des intimidations d’étudiants et de journalistes. Est-ce que cette mécanique est toujours active selon vous ?

Nora Bussigny : Oui, et Paris 8 ne m’étonne absolument pas. J’y avais déjà mené une immersion durant plusieurs mois pour mon précédent livre, en me faisant passer pour une étudiante grâce à un statut d’auditrice libre. Il y avait déjà sur les murs des affiches clairement anti-israéliennes, appelant au boycott, et elles n’étaient pas retirées par l’administration.

On retrouve toujours les mêmes collectifs problématiques dans les universités. À Paris 8, je cite notamment Le Poing Levé, lié à Révolution Permanente, qui est présent dans de nombreux campus. Leur stratégie consiste à fédérer toutes les causes : antiracistes, féministes, LGBT, et bien sûr la question palestinienne, pour mobiliser un maximum d’étudiants.

Face à cette situation, quel rôle jouent les présidences d’université ? Y a-t-il une faillite institutionnelle ?

Nora Bussigny : Cela dépend des établissements. Il existe des présidents d’université qui réagissent immédiatement en cas d’acte antisémite, qui sanctionnent, qui publient des communiqués, qui protègent les étudiants. Cela, il faut le dire.

Mais il y en a d’autres qui sous-estiment complètement les alertes venues du terrain. Les alertes viennent de la part d’étudiants juifs, mais aussi d’étudiants non juifs, simplement témoins directs. Ils voient ce qui circule dans les groupes WhatsApp, Telegram, sur les réseaux.

Des étudiants participent à un rassemblement de soutien au peuple palestinien et au terroriste libanais Georges Abdallah à l’université Jean Jaurès de Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 8 octobre 2024. Le leader du parti La France insoumise, qui avait appelé le 4 octobre 2024 à « placer des drapeaux palestiniens partout où cela est possible » en réaction à une circulaire du ministre français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Patrick Hetzel, relative au « maintien de l’ordre » dans les universités, a réitéré cet appel le 8 octobre 2024. (Crédit : Lionel Bonaventure / AFP)

Le cas le plus frappant est à mon sens celui de l’Université Toulouse Jean-Jaurès. J’ai respecté le contradictoire : la présidente considère avoir agi correctement. Mais les étudiants juifs, eux, racontent une réalité bien différente, la présence constante de Samidoun, l’arrivée de figures radicales, des alertes ignorées.

Même chose à l’Université Libre de Bruxelles, où la rectrice elle-même a été menacée personnellement, et où pourtant des alertes très précises avaient été envoyées à l’avance, indiquant qu’un intervenant public, connu pour prêter allégeance à l’État islamique, allait entrer sur le campus.

Souvent, les présidences hésitent trop à faire intervenir les forces de l’ordre, par peur d’image ou d’enjeux électoraux internes, et réagissent trop tard.

Vous revenez ensuite sur le rôle central joué par les réseaux sociaux dans la radicalisation, notamment avec le mouvement « Blockout ». De quoi s’agit-il exactement ?

Nora Bussigny : « Blockout » est un tournant très révélateur. Il s’agit d’une stratégie qui s’inspire explicitement des méthodes d’influence et de réputation utilisées par les célébrités elles-mêmes. C’est une sorte de guillotine numérique.

Son objectif était de forcer des influenceurs ou des stars à prendre clairement position en faveur de la Palestine, sous peine de boycott massif. Désabonnements, blocages, effondrement de leur taux d’engagement, donc perte de contrats.

« C’est une sorte de guillotine numérique. »

Et cela a fonctionné. J’ai interviewé des influenceurs qui n’avaient jamais pris position, qui étaient restés totalement en retrait, et qui se sont mis du jour au lendemain à publier des messages très radicaux, parfois en reprenant les mots exigés par le mouvement, comme le terme génocide, simplement parce qu’ils voyaient leur carrière menacée.

Pour une majorité de jeunes qui jusque-là ne s’intéressaient pas au conflit, le raisonnement est simple : si même leurs idoles s’en mêlent, c’est que c’est grave. Et l’effet domino démarre.

Vous décrivez aussi une porosité très inquiétante entre une partie de la classe politique française et des mouvances islamistes, notamment autour de la question palestinienne. De quoi s’agit-il concrètement ?

Nora Bussigny : J’ai été auditionnée dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur les liens entre islamisme et partis politiques. Ce que j’observe, c’est que certains élus, notamment à La France insoumise, mais aussi chez Europe Écologie Les Verts, apportent un soutien public, parfois physique, à des collectifs qui sont pourtant très controversés, voire en procédure de dissolution.

Je cite par exemple Thomas Portes, que j’ai vu personnellement dans des salles municipales aux côtés de Samidoun, collectif classé comme terroriste dans plusieurs pays. Je montre aussi les liens de certains élus avec un agent d’influence lié au régime iranien.

Le problème se situe souvent au niveau local, dans l’accès aux salles municipales. Les collectifs comme Samidoun ou Urgence Palestine bénéficient d’accès privilégiés, parfois avec la bénédiction d’élus portant l’écharpe tricolore. Cela crée une caution républicaine. Et à l’approche des élections municipales de 2026, c’est un levier très puissant pour instrumentaliser la jeunesse.

Après le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, on a senti un certain malaise chez ces élus.

Nora Bussigny : Oui, on a vu un malaise très net. Certains élus ont simplement relayé, du bout des lèvres, des communiqués d’ONG soulignant la libération des otages. D’autres n’ont pas réagi du tout. Et une frange plus radicale, comme Rima Hassan, a refusé de reconnaître la moindre forme de trêve, estimant que la mobilisation devait non seulement continuer mais se durcir.

Pour eux, une paix ou même un début d’accalmie pose un problème stratégique. Sans images permanentes de bombardements sur les réseaux sociaux, vraies ou parfois fausses, c’est documenté dans le livre, comment maintenir la colère et l’engagement ?

C’est exactement ce qui inquiète ces figures : la possibilité que le public se désengage et passe à un autre sujet.

Vous consacrez une longue séquence à Rima Hassan, dont vous décrivez la radicalisation progressive, voire une forme de fascination-répulsion envers les Juifs et Israël. Qu’avez-vous découvert exactement ?

Nora Bussigny : J’ai retracé intégralement son parcours depuis son arrivée en France, en enquêtant également sur certaines sources syriennes et sur son environnement personnel. On découvre effectivement une relation très ambivalente. Elle a passé une partie de sa vie entre une famille musulmane et, en cachette, une famille juive laïque, via un fiancé. Elle suivait même des cours d’hébreu en secret, et manifestait un certain attachement à la culture juive.

Jean-Luc Mélenchon (à droite), fondateur du parti radical français d’extrême-gauche La France Insoumise (LFI), s’apprête à prendre la parole aux côtés de Rima Hassan (à gauche), eurodéputée LFI, lors d’un rassemblement de soutien à Rima Hassan place de la République à Paris le 12 juin 2025, suite à son expulsion d’Israël alors qu’elle était à bord d’une flottille en route vers Gaza. (Crédit : Thibaud Moritz / AFP)

En parallèle, dès 2014, après un séjour au Liban, son entourage constate une bascule radicale. Elle retweete Alain Soral, elle partage des contenus antisémites. Et en 2022, alors qu’elle est au Collège Citoyen [au Canada], elle publie un post où elle accuse Israël du meurtre d’une journaliste palestinienne, qui devient sa première grande viralité. Elle ne modère aucun des commentaires antisémites qui affluent.

Elle comprend à ce moment-là qu’un discours très radical déclenche un écho massif. Et depuis, elle assume totalement une ligne qui s’oppose à la solution à deux États. Elle ne veut plus être sur la ligne officielle de La France insoumise. Elle cherche à incarner la figure la plus radicale possible, parce qu’elle sait que c’est ce qui capte la jeunesse sur les réseaux.

Dans votre livre, vous décrivez ce que vous appelez la « preuve par la Palestine ». Pouvez-vous expliquer ce concept ?

Nora Bussigny : C’est une expression qu’on m’a expliquée au cœur même des luttes. Elle a été théorisée par Youssef Boussoumah et mise en lumière par Houria Bouteldja juste après le 7-Octobre.

Houria Bouteldja, du mouvement des Indigènes de la République. (Crédit : Wikimedia Commons/Claude Truong-Ngoc)

L’idée est simple : la question palestinienne sert de test d’authenticité. On évalue un entourage, un militant, un parti, à la manière dont il va être capable d’adopter la position la plus radicale possible sur la Palestine. Plus il est dur, plus il est jugé fiable. Appeler à libérer des otages est déjà perçu comme une position molle. Cela sert de filtre politique et moral.

Vous écrivez aussi que le Juif, ou plutôt le sioniste, est aujourd’hui devenu l’ennemi commun qui fédère toutes les luttes à l’ultra-gauche. Pourquoi ?

Nora Bussigny : C’est au cœur de leur stratégie. Le concept de convergence des luttes a besoin d’un ennemi central. J’étais persuadée avant le 7-Octobre que ce serait la haine du policier, surtout après les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk. Mais cette colère ne se maintient pas dans la durée.

Le sioniste, lui, cristallise une haine plus large et plus continue. Et ce schéma n’est pas nouveau. À chaque grande fracture sociétale, l’antisémitisme ressurgit, comme le montrent de nombreux historiens. Le Juif, ou le sioniste dans leur langage, devient un catalyseur idéal de haines multiples.

Votre livre a eu un impact très fort. Il a reçu le prix Edgar-Faure du livre politique, et vous avez été auditionnée à l’Assemblée nationale. Comment vivez-vous cette réception ?

Nora Bussigny : Le livre fonctionne extrêmement bien, ce qui me touche beaucoup. Il est acheté bien au-delà des cercles juifs, et cela me semble très important. J’ai reçu énormément d’invitations en France et à l’étranger pour venir le présenter, je pense dépasser la centaine de rencontres programmées.

« On me traite de traîtresse, parce que je ne suis pas juive et d’origine marocaine. On me fantasme comme agent du Mossad, on me menace physiquement. »

Mais cela va de pair avec un cyber-harcèlement d’une violence extrême. Sexiste, raciste et antisémite. On me traite de traîtresse, parce que je ne suis pas juive et d’origine marocaine. On me fantasme comme agent du Mossad, on me menace physiquement. Je ne supprime aucun commentaire sur mes réseaux sociaux, je laisse les gens constater. Chaque rencontre publique aujourd’hui est sécurisée, avec présence des forces de l’ordre si nécessaire.

Malgré cette hostilité, pensez-vous que votre livre puisse provoquer une prise de conscience utile ?

Nora Bussigny : Oui. C’est tout l’espoir. Et j’observe déjà une vraie prise de conscience, à la fois citoyenne et institutionnelle. J’ai été auditionnée par la DILCRAH, par des organes politiques, et je continue à documenter ce que j’ai vu partout en France.

Mon rôle n’est pas d’apporter des solutions. Je suis journaliste d’investigation. Mon rôle est de montrer, caméra embarquée, ce que beaucoup ne veulent pas voir. Ensuite, c’est aux chercheurs, aux intellectuels, aux politiques, de s’en saisir et de construire des réponses.

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