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Arthur en Israël. (Crédit : David Bachar/Haaretz)
Arthur en Israël. (Crédit : David Bachar/Haaretz)
Interview"Le rire fait partie de la résilience."

7-Octobre : Arthur se confie sur son livre

Dans un livre particulièrement touchant, l’animateur se confie sur son engagement, depuis deux ans, auprès des familles des otages, ainsi que sur la solitude des Juifs de France

« On est, enfin, le 8 octobre » a déclaré Arthur, le jour de la libération des 20 otages vivants. Cette phrase, lâchée comme une promesse en conclusion de son livre, on rêvait de pouvoir en faire l’incipit de l’entretien qu’il avait promis au Times of Israël.

Pendant deux ans, l’animateur-producteur a milité et œuvré sans faille aux côtés des familles des otages.

Le rencontrer après la date historique du 13 octobre a pris la saveur intense d’une joie partagée entaillée par le souvenir amer de celles et ceux qui ont été tués. Le jour de notre entretien dans les bureaux de sa société de production, toutes les dépouilles n’avaient pas été rendues à leur famille – il en reste à l’heure de publication 13 dont celle du soldat Hadar Goldin, enlevée à l’été 2014 lors de l’Opération Bordure protectrice.

Figure incontournable du PAF, connu pour des émissions cultes telles que Les enfants de la télé, la Fureur ou Vendredi tout est permis …, Arthur publie un livre très éloigné de la case « divertissement » qu’il occupe depuis plus de trente ans avec un succès quasi sans partage.

Le 7-Octobre a rebattu les cartes et plongé l’amateur de punchlines dans un état de sidération douloureuse qui s’extravase à chaque page de cet ouvrage écrit « pour survivre ».

Son récit est un cri tripal. Tribal. Un cri juif qui eut, brièvement, la naïveté de croire que le monde tétanisé allait en relayer l’écho. Avant de comprendre qu’il serait étouffé, comme le fut celui des assassinés, démembrés, violées, kidnappés de Nova et des kibboutzim.

Des maisons détruites lors de l’assaut du Hamas le 7 octobre, au kibboutz Beeri, le 20 décembre 2023. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP)

Un cri qui fut aussi parfois moqué, sur fond de mépris de quelques-uns de ses pairs.

Il s’est presque surpris à dire « je » et « juif » et est devenu, à son corps défendant, une sorte de porte-voix de la solitude juive. C’est ce que raconte ce livre.

L’écriture, tendue par l’urgence, la colère, la déception, l’impuissance et la peur, est portée par des phrases courtes qui semblent dessiner le tracé chaotique de l’électrocardiogramme d’un cœur en apnée cognant dans le vide. Mais elle dit aussi formidablement les solidarités, les amitiés, indéfectibles ou nouvelles, le sursaut et l’engagement qui ont, depuis, associé sa notoriété et son savoir-faire à de nombreuses actions, en France et en Israël.

De ces pages surgissent aussi, tels des résistants, des passages très drôles qui proclament que la vie et l’espoir sont là, malgré la blessure « qui ne cicatrise pas ».

Couverture du livre d’Arthur Essebag, « J’ai perdu un bédouin dans Paris »

J’ai perdu un Bédouin dans Paris est un livre intime qui touche au collectif. Une voix douloureuse et courageuse qui souffre d’entendre le mot « sioniste » brandi comme une insulte et qui interpelle ce qu’il reste d’humanité, de conscience, de réflexion et d’intelligence dans notre époque innervée d’une pensée radicale. Depuis deux ans, il livre un double combat. L’un d’eux -l’antisémitisme- reste encore à mener.

Arthur a accordé un long entretien au Times of Israël. Tout le reste est à découvrir dans le livre.

The Times of Israël : « On est, enfin, le 8 octobre » avez-vous déclaré le jour de la libération des 20 otages vivants. Cela faisait écho aux propos de Donald Trump : « Les otages sont rentrés, c’est merveilleux de pouvoir le dire ». Tout comme il est merveilleux d’entamer cette rencontre par cette phrase…

Arthur : C’est vrai. Je ne suis pas un fervent supporter de Donald Trump mais je dois reconnaître qu’il a su mettre la pression là et quand il le fallait. Quand l’Europe mettait la pression sur Israël, Trump la mettait sur le Hamas, ce qui a porté ses fruits. Il a réussi en moins d’un mois ce que personne ne pensait faisable.

Reste que le sentiment de joie procuré par le retour des vivants n’efface pas le souvenir de celles et ceux qui ont été assassinés. Vous savez l’importance qu’Israël accorde aux morts et tant que la dernière dépouille ne sera pas rentrée, les familles ne pourront pas commencer à faire leur deuil, et le pays ne pourra pas sortir de la torpeur dans laquelle il est plongé.

Comment avez-vous vécu les heures précédant le retour des otages ? On imagine que vous avez très peu dormi…

Comme des millions de personnes sur terre : en apnée, dans l’attente du moment où les hélicoptères allaient se poser. J’étais devant la télé, suspendu au téléphone avec ma famille en Israël – mes cousins, mes oncles, mes tantes – et avec les familles des otages.

Je pensais en même temps aux familles qui avaient reçu ou allaient recevoir le corps d’un proche, comme Ayelet Samerano, la mère de Yonatan, franco-israélien de 21 ans, tué lors du festival Nova. Le corps de son fils a été retrouvé par les forces spéciales israéliennes en juin 2025. Ayelet est devenue une amie.

Les membres de la famille et les amis assistant aux funérailles de l’otage assassiné Yonatan Samerano, à Tel Aviv, le 24 juin 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Alors, oui, ce fut une joie mâtinée de tristesse, mais j’y vois, pour Israël, le début de la reconstruction. C’est pour cela qu’il faut que tous les corps rentrent.

Des fêtes, relayées sur les réseaux sociaux, ont été organisées, notamment à Paris. Y étiez-vous ?

Je n’étais pas à ces évènements. J’ai préféré rester dans l’intimité. Depuis deux ans, je m’exprime beaucoup sur les réseaux. Les otages vivants revenus, ma joie, je l’ai gardée pour moi.

Avez-vous pu aller en Israël, depuis leur retour  ?

J’y vais à la fin de la semaine. J’avais prévu d’être là à l’arrivée des otages, en prenant un vol pour Tel-Aviv depuis Marrakech où j’étais pour un mariage. Mais quand le président Trump arrive, je peux vous dire que tout est bloqué et je n’ai pas pu rejoindre Israël, comme je l’avais prévu.

Des Israéliens célébrant sur la Place des Otages à Tel Aviv l’annonce d’un accord prévoyant la libération de tous les otages et la fin de la guerre à Gaza, le 9 octobre 2025. (Crédit : Ben Sales/Times of Israel)

Avez-vous parlé avec certaines familles d’otages depuis le retour de leur proche  ?

J’en ai eu certaines au téléphone.

J’ai perdu un bédouin dans Paris est un livre intime, dans lequel vous vous exprimez en tant que père de trois enfants, Samuel, Manava et Aaron et parrain de Noam, fils de votre ami d’enfance, qui vit à Tel-Aviv…

Quand on a peur, on a peur pour les autres avant d’avoir peur pour soi. Dans le monde complètement fou où nous vivons, j’ai peur pour les miens. Je suis arrivé à une période de ma vie où je veux transmettre. J’essaie de leur apprendre ce qu’est avoir peur, avoir mal et de leur faire comprendre qu’il n’est pas honteux de souffrir et de pleurer, pour peu qu’on transforme ses larmes en action.

« J’essaie d’apprendre à mes enfants ce qu’est avoir peur, avoir mal et de leur faire comprendre qu’il n’est pas honteux de souffrir et de pleurer, pour peu qu’on transforme ses larmes en action. »

Ce livre, je l’ai surtout écrit en tant qu’être humain.

En tant qu’époux aussi. Vous rendez hommage à Mareva qui, de votre propre aveu, « se cogne vos vannes de séfarades » et qui a compris votre besoin impérieux d’aller en Israël juste après le 7-Octobre, à une seule condition : que vous vous rasiez…

C’est elle qui m’a sorti de ma torpeur. J’étais en train de sombrer dans une profonde dépression, comme de nombreux Juifs du monde entier qui n’arrivaient plus à travailler, obnubilés par le décompte quotidien des morts et des otages. Chaque Juif sur terre connaît quelqu’un en Israël. Chaque Juif a l’angoisse d’apprendre qu’un proche a été tué ou enlevé. Chaque Juif a un neveu ou une nièce qui aurait pu être à Nova.

Ou un proche, soldat ou réserviste rappelé, comme ce fut le cas votre filleul ?

Exactement. C’est un conflit que nous vivons dans notre chair. C’est ce que beaucoup de gens ont du mal à comprendre.

J’ai plein d’amis non-juifs qui sont bouche bée devant l’unité qui a fait que, depuis le 7-Octobre, des femmes qui ne se connaissaient pas, se sont retrouvées chaque vendredi au Trocadéro, qu’il pleuve ou qu’il vente.

Manifestation de soutien aux otages, place du Trocadéro à Paris, le 17 janvier 2025. (Crédit : Caroline Dervil via Twitter)

Pendant deux ans, des affiches des otages ont été collées partout dans le monde par des gens qui ne se connaissaient pas. C’est un petit peuple mais c’est une immense famille. Et ça, c’est bouleversant. Ce n’est pas pour rien que les Juifs sont là depuis plus de 5 000 ans.

C’est aussi un hommage à votre mère, Olga, née au Maroc et qui a grandi en Israël…

Sur le compte Instagram d’Arthur, cette photo assortie de la légende dont il a fait la dédicace de son livre : « Prends ma main et oublie de la lâcher » (Crédit : autorisation)

Elle a grandi au kibboutz de Neve Ilan. Aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer, ma mère a une mémoire claire du temps où elle était adolescente.

Elle m’a récemment raconté qu’à l’âge de 14 ans, elle avait été chargée d’apporter les fruits et légumes du kibboutz à Golda Meir qui lui avait octroyé le prénom israélien Dafna. Ma mère en avait été très fière, jusqu’à ce les enfants marocains du kibboutz se mettent à l’appeler « Dafina » !

Cette anecdote, que je raconte dans le livre, ajoute à mon sionisme et au lien charnel que j’ai avec Israël. C’est au travers de ma mère que j’ai rencontré ce pays, que je l’ai découvert et que je l’ai aimé à ma manière. Il y a autant de Juifs que de manière d’aimer Israël. Mon sionisme n’est ni politique ni religieux.

« Il y a autant de Juifs que de manière d’aimer Israël. Mon sionisme n’est ni politique ni religieux. »

Ce pays, je l’ai traversé de long en large, j’en connais le désert, les collines, les couchers de soleil, les saveurs, les figues de Barbarie, la Tahana Merkazit, les bus sans clim, mes premières amours, mes copains et Gaza, aussi, où à l’époque, on allait jouer au foot et manger des glaces. Je suis d’une époque où il y avait du sable sur le tarmac de l’aéroport Ben Gurion et où les gens embrassaient le sol en débarquant.

J’ai grandi avec cette prière millénaire qui dit « L’an prochain à Jérusalem ».

Certains chapitres du livre ont pour titre le nom d’otages, avec des pages qui viennent trouer le cours de votre récit. Un dispositif formel pour dire combien la pensée des otages, dont vous avez reçu les familles et organisé pour elles des rencontres, ne vous a jamais lâché ?

J’ai voulu ponctuer la chronologie du livre par des portraits d’otages, pour qu’ils soient incarnés.

A travers leurs familles, je me suis attaché aux otages comme s’ils étaient des proches.

Un hommage également aux courageux, notamment des courageuses comme Caroline Fourest, laquelle vous a encouragé à écrire ce livre…

J’ai été bouleversé car il y a eu très peu de non-Juifs pour défendre les Juifs. Être juif et lutter contre l’antisémitisme est une sorte de tautologie, de pléonasme. Sophia Aram, Caroline Fourest, Abnousse Shalmani, Mona Jafarian sont des femmes qui n’avaient que des coups à prendre et rien à gagner.

Instinctivement, elles ont parlé pour rétablir la vérité. Elles se sont battues à nos côtés contre les fake-news.

(De gauche à droite) Mona Jafarian, Abnousse Shalmani, Caroline Fourest, Sophia Aram. (Crédits AFP/Librairie mollat — Youtube, CC BY 3.0 – Montage : Times of Israël Staff)

Caroline et son épouse Fiammetta m’ont donné l’impulsion d’écrire ce livre, qui n’était à l’époque que des notes et des photos. J’ai tout photographié pendant ces deux ans. Toutes les personnes et tous les lieux dont je parle dans le livre, je les ai pris en photo. Peut-être en ferai-je un livre, un jour…

Ce récit est le fruit d’un double choc : le 7-Octobre qui vous a plongé dans l’état d’anéantissement profond décrit dans le livre, puis, les jours suivants, la prise de conscience de l’indifférence du reste du monde…

Dans un premier temps, j’ai été totalement effondré. Les lecteurs que j’ai croisés m’ont dit qu’ils avaient eu cette même sensation physique d’avoir été touchés en plein cœur. J’ai traversé une période de sidération. J’étais paumé, abasourdi. Je ne sais même pas trouver le mot exact pour décrire cet état.

Le post-trauma est venu quand j’ai découvert que pour certains, l’empathie avait un drapeau. Pour moi, elle n’en a pas.

Datez-vous le point de bascule au 9 novembre, lors de la marche organisée au Trocadéro, « promesse républicaine oubliée » selon vos mots ?

Cette marche où personne n’est venu. On n’était sûrement même pas
5 000.

(De gauche à droite) Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Keren Shem, mère de Mia Shem, retenue en otage, et son fils, posent devant la Tour Eiffel (en arrière-plan) et une table présentant des images d’otages pris par le Hamas, lors d’une conférence de presse pour appeler à leur libération, à Paris, le 9 novembre 2023. (Crédit : STEFANO RELLANDINI / AFP)

Votre déception n’a-t-elle pas été d’autant plus vive que vous avez associé votre notoriété à de nombreuses causes ?

J’ai souvent été invité à marcher et je l’ai toujours fait : pour Charlie, pour les femmes iraniennes, pour les Afghanes, pour les victimes du tremblement de terre au Maroc, pour les Ouïghours…

Et pour les LGBT qu’on a vus dans des manifestations contre Israël…

J’ai compris ce qu’était la convergence des luttes dont la folie a conduit des LGBT à manifester aux côtés d’islamistes. « Queer for Palestine », c’est la preuve que le monde est devenu fou. Voilà des féministes qui marchent aux côtés d’islamistes… C’est du grand n’importe quoi, en grande partie liée à l’extrême gauche et à une forme de wokisme.

Sophia Aram est désormais islamophobe, Caroline Fourest, d’extrême droite et moi, un génocidaire…

« ‘Queer for Palestine’, c’est la preuve que le monde est devenu fou. Voilà des féministes qui marchent aux côtés d’islamistes… C’est du grand n’importe quoi, en grande partie liée à l’extrême gauche et à une forme de wokisme. »

J’y vois l’émergence d’un mal nouveau, auquel nous n’étions pas préparés : l’algorithme des réseaux sociaux. C’est ce qui est en train de détruire des générations entières de mômes qui arborent un keffieh palestinien sans savoir ce que cela veut dire. Ils voient pourtant tous les jours des vidéos des Palestiniens qui ne portent pas de keffieh. Mais ces jeunes portent ça fièrement, en guise de protestation anti-Israël, en proclamant « From the river to the sea », sans même savoir de quel fleuve et de quelle mer ils parlent.

C’est l’acculture crasse des réseaux sociaux qui fait qu’on se retrouve avec une génération de crétins qui défilent dans la rue. Je ne dis pas qu’il ne faut pas défiler et soutenir le peuple palestinien : moi-même je soutiens les Palestiniens qui vivent sous le joug d’un groupe terroriste qui s’appelle le Hamas qui, aujourd’hui, les tue à même la rue. Il faut s’instruire et comprendre ce qui se passe, d’autant que la région est très compliquée en termes géopolitiques.

Cette image extraite d’une vidéo diffusée par la chaîne Telegram Al-Aqsa TV, gérée par le Hamas, le 13 octobre 2025, montre des hommes armés du Hamas exécutant des hommes aux yeux bandés, ligotés et agenouillés, entourés d’une foule dans une rue de la ville de Gaza. (Crédit : Al-Aqsa TV / AFP)

Lors de cette manifestation, interpellé par un journaliste, vous avez spontanément déclaré : « Où êtes-vous, mes amis du métier ? Les artistes, les chanteurs, les comédiens ? Toujours prêts à l’ouvrir, quelle que soit la cause… ». Est-ce à partir de là que des artistes n’ont plus voulu participer à vos émissions ?

Certains. C’est une infime minorité qui n’a plus participé à mes émissions, peut-être parce que leur conviction faisait qu’ils me considéraient comme un soutien d’Israël – ce que je suis : je soutiens Israël, ce qui ne veut pas dire que je soutiens la politique de Netanyahu.

Il y a aussi des artistes qui ne sont plus venus parce qu’ils subissaient la pression de leur propre communauté.

Et d’aucuns qui postaient des messages anti-israéliens et vous écrivaient : ça n’a rien à voir avec toi…

En général, quand on dit « ça n’a rien à voir avec toi », c’est que ça à voir avec toi…

Autre point de bascule : l’interview chez Sonia Devillers, sur France Inter où vous étiez venu présenter une nouvelle émission…

Tout au long de ma carrière, je n’ai jamais mis ma judéité en avant. Sonia, qui est une professionnelle que j’admire, m’a amené sur ce sujet alors que je ne m’y attendais pas du tout. Peut-être l’effet de surprise a-t-il fait que je me suis ouvert. Je n’ai pas dit grand-chose, si ce n’est que la courbe de l’antisémitisme était devenue explosive, que les Juifs français avaient peur et qu’il fallait faire quelque chose.

Pour la première fois en 35 ans, je ne parlais pas en Français juif mais sous le prisme de ma judéité, comme c’est devenu le cas depuis le 7-Octobre, puisque certains voient manifestement aujourd’hui en chaque Juif un ambassadeur d’Israël.

La chanteuse israélienne Yuval Raphael lors de la finale du Concours Eurovision de la chanson 2025, à la St. Jakobshalle, à Bâle, le 17 mai 2025. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Vous n’avez pas manqué de souligner au micro de Benjamin Duhamel en septembre dernier, sur France Inter, le nombre de chroniques, de reportages, d’éditos et d’humoristes qui ont vilipendé Israël sur cette radio… C’est pourquoi on relève dans votre livre le passage concernant Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions et à la tête de l’Eurovision. Elle « aurait menacé de démissionner de son poste si Israël était exclu du concours » ?

C’est important. D’autant qu’à nouveau, je crois savoir que l’Eurovision pointe du doigt Israël et en appelle à un boycott.

Plus que l’indifférence, on vous sent meurtri par les sarcasmes. Vous rapportez dans le livre : « J’apprends par un proche qu’un célèbre humoriste juif, lui aussi resté silencieux depuis le 7 octobre un soir, avec ses collègues, a balancé, hilare : ‘Alors, toi aussi tu as condamné le 7 octobre ? Comme a demandé Arthur ?’ Rires. Rires gras. Et puis, cette phrase : ‘ Dis donc, Arthur… il vit sa meilleure vie de Juif en ce moment…Il doit bien kiffer’ ». Peut-on savoir de qui provient ce trait d’humour ?

Si j’avais voulu que ça se sache, j’aurais donné son nom ! Il ne s’agit pas de juger cette personne mais de montrer l’absurdité et la folie dans lesquelles nous sommes. La lâcheté, parfois la couardise de certains, également.

Je ne reproche rien, à quiconque. Mais tout de même, un artiste juif ? Il a eu des proches, des parents, des grands-parents qui ont connu la Shoah, les pogroms, partout. La diaspora est née comme ça. À ceux-là, j’en voulais de s’être tus. Par clientélisme ? Parce qu’ils sont des petits boutiquiers qui ont eu peur ?

Après tout, je m’en fous de connaître la raison. Reste que je connais plein d’artistes juifs qui n’ont pas dit un seul mot depuis le 7-Octobre, et ça n’a pas empêché leurs affiches d’être taguées « Free Palestine ». S’ils ont pensé avoir une protection ou un blanc-seing grâce à leur silence, c’est raté : aux yeux des antisémites, un Juif reste un Juif.

« S’ils ont pensé avoir une protection ou un blanc-seing grâce à leur silence, c’est raté : aux yeux des antisémites, un Juif reste un Juif. »

« Votre meilleure vie » dont s’est gaussé cet « humoriste » : 1 000 messages d’insultes par minute à un certain moment, une incommensurable vague de haine sur les réseaux sociaux et une protection 24 H sur 24 pour vous et votre famille…

Il y a, dans sa phrase, de la jalousie et du mépris. Il est toujours facile, quand on n’assume pas sa lâcheté, de se moquer de l’autre.

Aimer Israël, avez-vous écrit et dit lors d’interviews, ne signifie pas épouser chacun des politiques au pouvoir…

Les déclarations de certains ministres israéliens ont donné du grain à moudre aux journalistes et à ceux qui nous détestaient. Après, je suis Français et je n’ai pas à juger la politique d’un pays dans lequel je ne vis pas. Quand on est en dehors d’Israël, on observe et on peut donner son avis. Mais on ne juge pas.

Après l’effondrement est venu un sursaut créatif, une forme de résilience dont les Juifs sont les grands spécialistes. Vous avez alors fait preuve d’un grand courage en continuant « à l’ouvrir ». On sait la surveillance dont font l’objet la part de marché et les audiences. La Direction vous a-t-elle soutenu ?

Je n’ai aucune pression de mes clients, que ce soit les chaines de télé, les diffuseurs ou les producteurs. Personne n’exerce une quelconque pression. D’autant que les appels au boycott n’ont eu aucun effet : au contraire, mes audiences ont augmenté, les écrans pub ont été pleins à craquer, mon groupe fonctionne très bien et les salariés qui travaillent avec moi ont été très respectueux de cette période.

Il faut bien comprendre que ce que l’on voit est le reflet d’une infime minorité bruyante et surtout très active sur les réseaux sociaux. Et de nombreux Français ne sont pas sur les réseaux. Leur préoccupation est d’abord de savoir ce qu’ils vont avoir dans leur assiette à la fin du mois et si leurs enfants vont pouvoir étudier correctement et être en sécurité.

Je le dis : la France n’est pas du tout un pays antisémite. Il y a, certes, des antisémites en France. Ils font du bruit mais l’immense majorité des Français n’est pas antisémite. Je le vois chaque jour dans la rue : les gens me saluent avec bienveillance et continuent à regarder mes émissions. C’est le fait d’une minorité islamiste et de gauche. Ceux que l’on nomme les islamo-gauchistes…

Quelques jours après le pogrom, avait lieu la remise, à Cannes, du prix du meilleur producteur mondial de l’année. Une consécration remise pour la première fois à un producteur français. Peut-on revenir sur l’incroyable réaction du lauréat, vous en l’occurrence ?

Je ne voulais pas aller à cette cérémonie et je tournais des émissions de télévision que je ne voulais pas tourner. On était 72 heures après le massacre et je n’avais qu’une seule envie : m’affaler dans mon canapé et regarder les infos. Mais l’événement était organisé depuis longtemps, alors on me met dans un avion et on me conduit. J’arrive dans un état second, avec le sentiment que seul mon corps est là… Le prix étant remis à la fin, j’écoute les discours et j’attends. J’attends que quelqu’un dise un mot sur Israël, qui est quand même le poumon de la production mondiale, avec des séries et des émissions de télé-réalité dont le monde entier raffole.

« Il y a un silence de mort. »

Chaque année au MIPCOM, les gens se précipitent pour voir les Fauda ou Les Shtisel… Il y a bien quelqu’un qui va le dire ? Eh bien non, pas un mot. Alors quand je monte sur scène, je dis ce que j’ai sur le cœur. Et je plombe l’ambiance. Il y a un silence de mort. Le grand producteur israélien Avi Armoza vient vers moi et tombe dans mes bras, en pleurs. Et je me barre. Je ne vais pas au cocktail donné en mon honneur.

Avi Armoza (Crédit : capture d’écran Instagram)

Je me suis excusé par la suite auprès des organisateurs qui l’ont d’ailleurs très bien compris et qui m’ont même remercié d’avoir fait ce discours.

Compte tenu de votre notoriété et de vos engagements publics, vous avez été sollicité par les Israéliens. À leur façon : sans chichis, sans circonvolutions. N’est-ce pas ce qui a contribué à transformer votre dépression et à agir « là où vous êtes le meilleur : la production » ?

Après le 7-Octobre, il n’y avait plus de zone de confort. Dans l’urgence, on met de côté les « salamalecs ». On ne dit plus « comment ça va », parce que ça ne va pas. Et quand on s’appelle, on se dit bonjour et on annonce ce dont on a besoin. C’est l’action, l’instinct de survie. En Israël, tout le monde se tutoie et ça fait du bien.

Emilie Moatti, l’une des responsables du Forum des otages, m’a prévenu dès le début. Elle m’a dit « Quand tu m’appelles, tu me dis ce dont tu as besoin ». La nuit, je recevais des textos disant « J’ai besoin du numéro de ce mec-là ». Très vite, je suis devenu comme ça et je peux vous dire que cela fait gagner beaucoup de temps.

La députée du parti travailliste, Emilie Moatti, assistant à une réunion du comité des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 9 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Vous avez produit, avec Danna Stern, fondatrice de Yes Studios en Israël (Fauda, Les Shtisel…) le documentaire Supernova : The Music Festival Massacre. Un témoignage essentiel, comme l’est OTAGE, le livre de l’ex-otage Eli Sharabi qui affirme que son témoignage devra être gardé pour les générations futures comme un document historique, afin d’empêcher une réécriture de l’Histoire  ?

Danna a fait un documentaire extraordinaire et nous avons aidé à le faire voyager dans le monde entier. Il faut que le monde sache ce qui s’est passé.

C’est aussi pour cela que j’ai monté l’exposition « I Don’t want to Forget », pour laquelle nous avons rassemblé les œuvres créées après le 7-Octobre. Cette collection va être offerte à un musée qui est en train de se construire à Beeri. Nous avons décidé d’offrir toute la collection afin qu’elle puisse être exposée de manière permanente.

Seuls les artistes peuvent transcrire la vérité, la douleur et parfois l’horreur. Je pense que le trauma va traverser plusieurs générations et que par l’art, la lecture, les documentaires, on pourra rappeler aux générations futures ce qui s’est passé.

Et le spot, visant à alerter sur l’augmentation des actes antisémites en France et qui a été diffusé juste avant la finale de l’Euro 2024 ? Vous en êtes à l’origine avec Maurice Lévy, président d’honneur de Publicis Groupe qui vous a immédiatement soutenu. Par contre, votre livre en décrit la genèse parsemée de difficultés…

Rien n’est facile, c’est aussi ce qui fait que c’est satisfaisant quand on y arrive. Et nous y sommes arrivés. Mais on ne trouvait pas de réalisateur et on ne trouvait pas de comédiens…

Même le réalisateur juif – « l’un des plus bankables du cinéma français » – vous a finalement plantés ?

Oui. Les gens ont peur. D’autant qu’il y a, dans le cinéma, une forte pression. Une petite recherche suffit à montrer qu’un boycott est à l’œuvre dans ce milieu. En vérité, je ne veux là non plus même pas en connaître les raisons. Je me dis juste que faire un spot publicitaire pour la lutte contre l’antisémitisme sous l’égide de la Licra ne me semble pas très risqué. Le risque est d’être félicité, voire chaleureusement remercié. C’est vous dire la peur, la pression ou la lâcheté.

Jusqu’au casting infructueux, qui vous a valu de découvrir le rôle central campé par votre cousine gynéco ?

Oui, parce qu’on n’avait pas trouvé de comédiens. Ils avaient peur d’être associés à l’image de la lutte contre l’antisémitisme ! Vous imaginez notre sidération…

En faisant état, dans ce livre, de vos engagements courageux et généreux, ne craigniez-vous pas de tendre le bâton aux détracteurs et malveillants déjà si actifs sur les réseaux ?

Je m’en fous. Franchement, j’ai 59 ans, j’ai fait ma carrière, je n’ai plus rien à perdre. Que peut-il m’arriver à part, quand je me lève, de pouvoir me regarder dans le miroir ?

« Que peut-il m’arriver à part, quand je me lève, de pouvoir me regarder dans le miroir ? »

Ce livre m’a également donné l’occasion de remercier celles et ceux, anonymes et personnalités, qui ont été dans l’action, à nos côtés pendant ces deux ans. Je suis bouleversé par les gens qui me disent « Vous avez mis des mots sur nos maux ». Des Juifs et des non-Juifs me disent que le livre leur a fait du bien, ce qui prouve que beaucoup n’avaient pas pris la mesure de notre état de solitude, de peine, de douleur et d’angoisse. La libération des otages entraîne un mouvement de balancier qui va dans l’autre sens. Après avoir blâmé Israël pendant deux ans, les gens en viennent à comprendre que le Hamas est un groupe terroriste.

La tristesse, la colère, la peur affleurent dans ces pages qui sont cependant traversées de scènes inopinées et drôles, comme la consultation préopératoire improvisée avec l’anesthésiste en vue de votre coloscopie, sur le tapis roulant des bagages à Ben Gurion. Ou la scène cocasse du Bédouin, qui a inspiré le titre du livre…

Le rire fait partie de la résilience. Et puis, il y a eu des moments burlesques dans cette période. Et heureusement d’ailleurs. Avec le recul, ils sont drôles à lire mais au moment où je les ai vécus, il n’y avait rien d’amusant !

Vous avez été signataire, avec d’autres personnalités, d’une pétition parue dans Le Figaro demandant au président Macron de respecter les conditions qu’il avait lui-même posées à la reconnaissance de l’État de Palestine : la libération des otages et le désarmement du Hamas. L’une des signataires, Charlotte Gainsbourg, a fait l’objet d’insultes et est depuis menacée d’un boycott lancé par l’Humanité, notamment pour incarner le rôle de Gisèle Halimi.

C’est n’importe quoi ! Que dit-elle dans cette lettre sinon qu’elle veut la paix au Moyen-Orient et la reconnaissance de l’Etat palestinien ? Mais elle en appelle aussi à la libération des otages.

Où en sommes-nous ? Mais vous savez, Charlotte Gainsbourg est une icône. Et les icônes sont indestructibles.

L’actrice et chanteuse française Charlotte Gainsbourg assiste à la cérémonie d’ouverture de la « Maison Gainsbourg », la première institution culturelle dédiée à son père, le regretté artiste Serge Gainsbourg (1928-1991) dans son ancienne maison à Paris le 14 septembre 2023. (Photo par ALAIN JOCARD / AFP)

Si c’était à refaire, Arthur, en sachant ce à quoi vous alliez être confronté, le referiez-vous ?

Non seulement je le referais, mais je le referais en mieux.

Après être allé sur les sites des kibboutzim attaqués, vous avez déclaré : « Je ne dors plus depuis que j’ai vu ». La photo du bandeau de couverture du livre, serrée sur vos yeux, montre-t-elle « les yeux qui ont vu », pour reprendre la grammaire lanzmannienne ?

J’ai voulu une photo qui ressemble au livre : elle devait être brute, authentique et donc non retouchée. C’est la tête que j’avais le jour de l’inauguration au Musée de Tel-Aviv. La photo a été prise par un photographe du journal Haaretz. Elle traduit une forme de mélancolie qui ne nous quitte plus depuis 2 ans.

Arthur en Israël. (Crédit : David Bachar/Haaretz)

Parlons de la mélancolie, justement. Dans le chapitre « Qu’est-ce qu’on va devenir », vous et votre meilleur pote Steeves partagez la crainte de « devenir comme eux », « pâles, silencieux, avec des lunettes trop grandes, en train d’écrire des poèmes tristes sur des carnets Moleskine »… Eux ? ce sont les Ashkénazes. Alors aujourd’hui, Arthur, comment ça va ?

Je reste Séfarade, je continue d’être optimiste ! À cet instant, les lunettes que je porte ne sont pas des lunettes d’Ashkénaze mais de mec complètement miro, c’est tout à fait différent ! Mais c’était une boutade. Mon pote est juif tunisien, il est lumineux, tout le temps dans la joie, tout va toujours très bien. Il peut y avoir un tremblement de terre, il va trouver la lueur positive. J’adore ce genre de personne. Ce jour-là, pour la première fois, j’ai senti qu’il allait se plaindre…

Votre livre, très bien classé dans les ventes, est un succès d’édition, dépassant de fait le cercle du lectorat uniquement juif. Pourquoi alors écrire que le Bédouin perdu dans Paris, c’est vous ?

Le Bédouin, c’est celui dont je parle dans le livre. Nous avons fait venir en France plusieurs familles de Bédouins dont un proche avait été enlevé, afin de leur faire rencontrer la presse et des élus. Le Bédouin est aussi une façon de montrer l’universalisme juif car Israël a été autant bouleversé par les otages juifs que par les otages musulmans. C’est aussi une manière de rappeler qu’en Israël, 21 % de la population est musulmane, qu’elle travaille, et qu’elle occupe des postes importants. La cohabitation existe. Au début, j’avais pensé que les Bédouins enlevés allaient être relâchés. Pas du tout. Ils les ont gardés et les ont tués. Le Bédouin, c’est aussi moi. Celui qui a une identité qui voyage, comme nous tous depuis 5 000 ans et qui se construit chaque jour un peu plus.

« Je suis passé d’animateur à géopolitologue » avez-vous déclaré avec humour sur l’un des nombreux plateaux télé où vous avez été invité. Le plan de paix de Donald Trump vous incite-t-il à l’optimisme ? La trêve semble fragile et on peut lire, sous la plume de Stéphanie Bitan dans The Times of Israel que « tant que le Hamas arrivera à se reconstituer dans la bande de Gaza, le peuple israélien ne pourra pas passer au 8 octobre »…

Un conflit de 75 ans ne va pas s’arrêter en un mois. Cela va prendre du temps. Mais je suis optimiste. C’est en bonne voie. Ce qui m’a fait le plus plaisir et qui a été quelque peu passé sous silence, c’est la déclaration du président d’Indonésie [Prabowo Subianto] qui a reconnu l’Etat d’Israël et son droit à la sécurité.

Le président indonésien Prabowo Subianto s’adressant devant la 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre 2025. (Crédit : Yuki Iwamura/AP Photo)

La solution passera par les Accords d’Abraham. Ces accords-là vont remettre, comme on dit, l’église au centre du village et faire enfin advenir la paix au Moyen-Orient. J’y crois beaucoup.

Et je crois en Israël : au-delà de la guerre et de ses tragédies, depuis deux ans, Israël n’a jamais trouvé autant de vaccins, créé autant de start-up, été aussi dynamique avec une croissance 6 fois plus importante que celle de la France. Ce pays plus petit que la Bretagne en a encore sous le pied. Vivement la paix pour qu’Israël continue son chemin, et pour que les Palestiniens mènent une vie normale, sans guerre et sans terrorisme. Oui, il faut que le Hamas soit désarmé.

Mais je ne suis évidemment pas politologue, c’était là encore une boutade. Par contre, je lis et je m’informe. Je ne me contente pas des infos qui pullulent sur les réseaux sociaux.

« Vivement la paix pour qu’Israël continue son chemin, et pour que les Palestiniens mènent une vie normale, sans guerre et sans terrorisme. »

Vous vous apprêtez à lancer prochainement une série de courtes vidéos s’attachant à démonter les clichés antisémites par l’absurde ?

Le concept, dont le titre est Klichés, met en scène deux collègues de travail. L’un est un peu bébête, l’autre lui répond. Il nous reste à poser les voix dont l’une sera celle de Gérard Darmon. Il y aura 40 épisodes, diffusés sur tous les réseaux. [ndlr : deux épisodes montrés par Arthur attestent d’emblée de l’humour et du piquant de ces programmes]

Vous avez pointé une communauté juive « fermée comme une huître » face à Emmanuel Macron auquel vous vous êtes adressé à l’Elysée le 2 avril dernier, dans un discours flamboyant dont vous reproduisez l’intégralité dans votre livre, enjoignant « Monsieur le Président, Cher Emmanuel » de « tenir la ligne […] avant que les dernières digues ne cèdent ». Vous avez dit un peu plus tôt que la France n’était pas antisémite, tout en confiant votre inquiétude devant l’instrumentalisation des étudiants et les propagandes distillées dans les universités. Pensez-vous qu’il soit possible d’éduquer les futures élites de la France ?

Que ce soit à Columbia ou à Sciences Po, il s’agit encore d’une minorité, bruyante et visible, qui bloque les campus. Je pense qu’il faut aller là où ces jeunes passent le plus de temps : sur les réseaux sociaux. C’est là qu’il faut leur montrer combien ils ont tort. J’ai le sentiment que le mal du siècle relève de l’éducation. Si j’avais prononcé la moindre phrase raciste, mon père m’aurait dézingué. Ça n’existait pas chez moi. Dès notre arrivée, nos parents nous ont appris à respecter la France et à chanter la Marseillaise. Mon père, Meyer, est devenu Michel. Je pense qu’il y a un vrai problème d’éducation. Tout passera par là.

Avez-vous recommencé à manger casher, après avoir
« rompu le deal » jusqu’au retour des otages ?

Je vais être de très mauvaise « foi » : tous ne sont pas encore rentrés. Reste que je n’ai plus d’appétit depuis deux ans.

_____________

Arthur Essebag, J’ai perdu un Bédouin dans Paris, 336 pages, Grasset, 22 €

Le livre sera disponible en Israël dans les librairies Steimatzky dès le 5 novembre, et les pré-commandes sont déjà ouvertes.

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