Les mémoires d’Eli Sharabi, ex-otage du Hamas, désormais disponibles en français
L'ancien captif estime que son livre "devait être écrit", car "ce témoignage doit être gardé pour les générations futures comme un document historique", afin d'empêcher une réécriture de l'histoire
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« J’ai vu et touché le fond. Maintenant, je vis ». Otage à Gaza pendant 491 jours, après l’attaque du 7 octobre qui a coûté la vie à sa femme et ses deux filles, Eli Sharabi, dit désormais vouloir « aller de l’avant ».
Enlevé à son domicile au kibboutz Beeri, avec son frère aîné, décédé lui en captivité, Eli Sharabi, 53 ans, a été libéré en février à la faveur d’une précédente trêve entre Israël et le Hamas.
« C’est impossible d’oublier le moindre moment de ma captivité mais ça ne définit pas qui je suis », confie-t-il à l’AFP lors d’un entretien.
A l’occasion de la parution en français de son livre Otage, aux éditions Michel Lafon, il s’exprime après l’entrée en vigueur depuis le 10 octobre d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dévastée par deux ans de guerre déclenchée par l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
« Cet accord provoque chez moi des sentiments mitigés », affirme sans autre commentaire M. Sharabi, qui a rencontré Alon Ohel, un des otages libérés la semaine dernière grâce à la trêve, et avec qui il a partagé 14 mois dans un tunnel de Gaza.
En plus des 20 otages vivants libérés la semaine dernière, plusieurs corps ont été rendus à Israël par le Hamas, dont celui de son aîné, Yossi Sharabi.
« C’est une triste fin pour la famille Sharabi et ça rend la perte de mon frère vraiment concrète », dit-il.
Durant sa captivité, Eli Sharabi, ne savait pas que sa femme et ses filles avaient été tuées le même jour, ce qui, dit-il dans son livre, lui a permis de survivre. Il ne l’a appris qu’à sa libération le 8 février 2025 à la faveur d’une trêve.
Cachant ses émotions et sans exprimer de colère contre ses ravisseurs et geôliers, il préfère « aller de l’avant ».
« La tristesse de la perte de ma femme, de mes filles et de mon frère resteront en moi jusqu’à la fin de ma vie évidemment », dit cet ancien comptable du kibboutz. « Mais je suis un optimiste, je cherche toujours des solutions et je vais toujours de l’avant ».
L’écriture thérapie
« J’aime la vie et je vais vivre pleinement. Le deuil et la colère resteront dans une ligne parallèle à ma vie », ajoute cet homme au physique trapu, qui avait perdu 30 kilos pendant sa captivité.
par Eli Sharabi, aux éditions Michel Lafon.
Dans son livre, qu’il qualifie de « témoignage », il raconte sa captivité, la faim, les coups, les privations, l’absence d’hygiène, mais aussi ses conversations avec d’autres otages à qui il tente de remonter le moral.
Sa promesse à ses filles, Noya 16 ans et Yahel 13 ans, de revenir, il l’a tenu, dit-il.
Avant d’être trainé par ses ravisseurs hors de chez lui, il s’était tourné vers elles. « Je vais revenir, je vous le promets », leur avait-il lancé, une scène qu’il raconte dans son livre.
Ecrire « a été très très important pour mon processus de thérapie et aussi parce que je crois qu’on ne doit rien garder pour soi », dit-il.
Il souligne que son livre « devait être écrit », car « ce témoignage doit être gardé pour les générations futures comme un document historique », afin d’empêcher une réécriture de l’histoire.
Il dit ne pas vouloir revenir vivre au kibboutz Beeri, théâtre d’un des pires massacres le 7 octobre.
Selon l’armée israélienne, 340 membres des commandos palestiniens venus de Gaza s’y sont infiltrés, tuant plus de 100 civils, incendiant 150 maisons et prenant en otage 32 personnes.
Invité à témoigner devant le Conseil de sécurité de l’ONU peu après sa libération, Eli Sharabi avait interpellé la communauté internationale: « où étaient les Nations unies ? Où était la Croix-Rouge ? Où était le monde ? », avait-t-il lancé.
En Israël, son ouvrage est un best-seller, vendu à plus de 100 000 exemplaires. Après l’anglais et le français, M. Sharabi espère d’autres traductions.
Sur le pan de sa veste, le ruban jaune, symbole de la solidarité avec les otages qu’il porte depuis sa libération. Il le conserve pour les otages morts encore retenus à Gaza, dont Israël exige le retour en application de l’accord de cessez-le-feu.
Quand on lui demande comment il voit les relations futures entre Israël et les Palestiniens, il affirme « qu’il faudra deux générations pour leur redonner un peu de raison, et ils ont besoin d’un leadership sain. Sinon, ça ne changera pas ».
Son rêve d’avenir : « redevenir anonyme » et « marcher près de la mer le matin, avoir une vie normale, entouré de ma famille et mes amis ».
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