Le Qatar et la Jordanie fustigent Netanyahu ; L’Indonésie dit « Shalom »
« Ils viennent chez nous et complotent pour nous attaquer », s'est plaint l'émir tandis qu'Abdallah a dit que le "Grand Israël" supposait une "entorse flagrante à la souveraineté" de ses voisins
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Mardi, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a déclaré qu’Israël avait choisi la guerre au détriment de la libération de ses 48 otages, et que son attaque « perfide » du 9 septembre contre la direction du Hamas à Doha avait vocation à faire achopper les pourparlers de cessez-le-feu à Gaza et de libération des otages, des négociations qui ont actuellement lieu sous médiation qatarie.
À la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, al-Thani a accusé Israël de génocide à Gaza et déclaré que le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, voyait la guerre de Gaza comme « une opportunité de construire davantage de colonies ».
Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et les dirigeants de la Jordanie et de la Turquie ont également condamné Israël pour sa conduite à Gaza, le roi Abdallah de Jordanie consacrant la quasi-totalité de son discours à une dénonciation du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui, selon lui, n’est pas un partenaire de paix et dont les appels au « Grand Israël » menacent la souveraineté et l’intégrité territoriale des voisins d’Israël.
En revanche, le président de l’Indonésie – le pays musulman le plus peuplé au monde, qui n’entretient pas de relations diplomatiques officielles avec Israël – a déclaré que le monde devait respecter le droit d’Israël à la sécurité, avant de conclure son intervention par la bénédiction en hébreu « Shalom ».
Certaines critiques d’al-Thani envers Netanyahu ont été reprises par les proches d’otages, qui ont promis de suivre Netanyahu cette semaine à l’Assemblée générale, d’où le Premier ministre s’exprimera vendredi, en signe de protestation contre la nouvelle opération militaire israélienne destinée à prendre le contrôle de Gaza-City.
Les familles d’otages ont en effet déclaré que cette opération, dont la phase terrestre a été lancée la semaine dernière, mettait en danger la vie de leurs proches et que la frappe sur Doha avait purement et simplement sabordé les négociations sur le cessez-le-feu et la libération des otages, depuis au point mort.
Au sujet de la frappe, l’émir du Qatar a dénoncé la violation de la souveraineté de l’État du Golfe et il a une nouvelle fois dénoncé « un acte de voyou … de terrorisme d’État », en accusant Israël de pratiquer des assassinats politiques.
« Ils viennent dans notre pays et ils complotent pour nous attaquer », a déclaré al-Thani à propos d’Israël, qui a envoyé plusieurs délégations négocier à Doha. « Ils négocient avec les délégations et complotent pour assassiner les membres des équipes de négociation. Il est difficile de coopérer face à une telle mentalité irrespectueuse des règles élémentaires de la coopération. C’est tout bonnement impossible. »
« Les négociations sont pour eux la continuation de la guerre par d’autres moyens et un moyen de tromper l’opinion publique israélienne », a-t-il poursuivi. « Si la libération des otages israéliens est effectivement [subordonnée] à la fin de la guerre, alors le gouvernement israélien a abandonné l’idée de faire libérer les otages », a ajouté al-Thani.
« L’objectif du gouvernement israélien est de détruire Gaza afin qu’elle soit invivable et que personne ne puisse y étudier ou s’y faire soigner », a-t-il souligné. En d’autres termes, Israël entend « mettre fin à la viabilité de la bande de Gaza, à déplacer sa population ».
Au sujet de Netanyahu, al-Thani a déclaré : « Le dirigeant israélien veut continuer la guerre. Il croit en ce qu’on appelle le Grand Israël. »
Al-Thani a déclaré que Netanyahu pensait « que la guerre est l’occasion de faire davantage de colonies et de changer le statu quo dans les lieux saints », comme sur le mont du Temple, un endroit stratégique, site des deux temples juifs de l’Antiquité et aujourd’hui siège de la mosquée Al-Aqsa, le troisième site le plus saint de l’islam. « Il prépare également des attentats en Cisjordanie », a assuré l’émir qatari.
« Israël n’est pas un pays démocratique entouré d’ennemis mais l’ennemi de ses proches voisins », a déclaré al-Thani.
Au moment où plusieurs pays occidentaux reconnaissent l’État palestinien, au grand plaisir d’al-Thani mais au grand désespoir d’Israël, l’émir a rappelé que Netanyahu avait juré d’empêcher la création d’un État palestinien et qu’Israël était coupable de génocide, ce que ce dernier dément catégoriquement.
Israël est « engagé dans un génocide, et son dirigeant est fier d’empêcher la création d’un État palestinien ; il a promis qu’un tel État ne serait jamais établi et il est fier d’empêcher la paix avec les Palestiniens. Il continuera de s’opposer à cette paix », a poursuivi al-Thani en accusant Israël de faire obstruction à la paix avec ses voisins arabes.
« Israël est entouré d’États signataires d’un accord de paix avec lui ou qui sont engagés dans l’Initiative de paix arabe.
Mais Israël ne se contente pas de trêves et de colonies. Il souhaite imposer sa volonté à ses proches voisins arabes », a-t-il ajouté. « Ceux qui s’opposent à sa volonté sont soit antisémites, soit terroristes. Même les alliés d’Israël s’en rendent compte et s’en éloignent. »
Il a assuré que le Qatar continuerait d’oeuvrer dans le champ de la diplomatie même si ses ennemis « trouvent plus facile d’utiliser les armes » et a dénoncé ce qu’il a qualifié de campagnes de désinformation contre son pays, accusé à plusieurs reprises par Israël de soutien au terrorisme, en raison de son financement d’Al Jazeera et de l’accueil de dirigeants du Hamas.
Avec l’accord de Netanyahu, le Qatar a, chaque mois, et des années durant, acheminé à Gaza des millions de dollars en espèces jusqu’à ce que l’organisation terroriste perpétue un pogrom dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a fait 1 200 morts et 251 otages, ce qui a déclenché la guerre à Gaza.
Les détracteurs de Netanyahu se sont servis de cet argent, qui avait vocation à payer les salaires des membres du gouvernement dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas, pour lui imputer la responsabilité du pogrom du Hamas.
Les proches collaborateurs de Netanyahu, actuels et anciens, font par ailleurs l’objet d’une enquête en raison de liens criminels présumés avec le Qatar.
Les familles d’otages avec le Premier ministre à l’Assemblée générale
Netanyahu devrait partir pour l’ONU mercredi soir, à la fin de Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, qui a commencé lundi soir.
Des proches d’otages et des centaines de partisans se sont rassemblés devant sa résidence à Jérusalem lors des fêtes, en y organisant des repas et des prières.
Dans une déclaration devant la résidence de Netanyahu mardi, Einav Zangauker, la mère de l’otage Matan Zangauker, a déclaré que les familles des otages suivraient le Premier ministre lors de son prochain déplacement.
« Nous irons nous aussi aux États-Unis lorsqu’il y sera », a déclaré Zangauker en parlant du déplacement de Netanyahu, qui devrait par ailleurs rencontrer le président américain Donald Trump la semaine prochaine.
« Il y a de cela une semaine, Netanyahu a donné l’ordre d’occuper Gaza-City, de faire exploser les otages vivants et de faire disparaître les morts, à tout jamais », a déclaré Zangauker en ajoutant que les familles des otages ne pouvaient pas rester sans rien faire alors que leurs proches étaient en danger.
« Pendant une semaine, nous avons crié pour faire entendre la détresse de nos enfants dans les tunnels. Mais au lieu de sortir et de nous tendre la main, Netanyahu a fermé son cœur et ses fenêtres », a poursuivi Zangauker. Mais les tentatives pour réduire les familles au silence ne fonctionnenent pas, a-t-elle ajouté.
Erdogan : Netanyahu ne s’intéresse ni à la paix ni aux otages
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui aussi qualifié la guerre d’Israël contre le Hamas de « génocide », lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, en montrant des images des destructions à Gaza.
« Un génocide est en cours à Gaza ; au moment-même où nous sommes ici réunis, des innocents meurent », a déclaré Erdogan. « Nous ne pouvons pas parler de deux camps, à Gaza, parce que d’un côté, il y a une armée régulière avec les armes les plus modernes et les plus meurtrières qui soient, et de l’autre, des civils innocents, des enfants innocents. Il ne s’agit pas d’une lutte contre le terrorisme. C’est une occupation, une déportation, un exil, un génocide et une destruction de la vie. »
Il a également condamné les actions d’Israël en Cisjordanie, « où le Hamas n’est pas au pouvoir », ainsi que la frappe à Doha et « les attaques contre la Syrie, l’Iran, le Yémen et le Liban ».
« Netanyahu n’est manifestement intéressé ni par l’instauration de la paix ni par la libération des otages. Non seulement les voisins d’Israël, mais aussi tous les pays du Moyen-Orient, font les frais des menaces dangereuses du gouvernement israélien », a-t-il ajouté.
Les actions d’Israël menacent « les valeurs qui ont émergé après la Seconde Guerre mondiale » et sont responsables de la relégation des « droits humains fondamentaux » partout dans le monde, a poursuivi Erdogan.
Jordanie : La guerre à Gaza est l’un des moments les plus sombres de l’histoire de l’ONU
En dénonçant en des termes très durs Netanyahu et les autres dirigeants israéliens, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré, lors de son son discours à la tribune, que la guerre à Gaza était « l’un des moments les plus sombres de l’histoire de cette institution ».
« Combien de temps encore verra-t-on des condamnations successives sans aucune action concrète ? S’agissant du conflit israélo-palestinien, ce qui se déroule dans les arcanes du pouvoir parait très théorique mais les luttes et souffrances de terrain sont, elles, bien réelles », a-t-il ajouté en félicitant les pays favorables à un accord susceptible d’« assurer la libération de tous les otages, la mise à disposition d’une aide humanitaire sans entrave et le soutien au peuple palestinien sur le chemin de la reconstruction ».
Abdallah a également déclaré que les accords intérimaires entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine, qui domine l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, ont « servi de distracteurs, en permettant à Israël de s’arroger davantage de terres, de construire davantage de colonies illégales, de démolir des maisons et de déplacer des quartiers entiers. »
« Les lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem ont été vandalisés et profanés par des personnes agissant sous la protection du gouvernement », a accusé le roi, dont le pays est chargé de la garde des lieux saints chrétiens et musulmans à Jérusalem, y compris le mont du Temple.
« Et cela fait des années que les familles israéliennes ne vivent plus vraiement en sécurité parce que ce ne sont pas les actions militaires qui sont suceptibles de leur garantir la sécurité dont elles ont besoin. C’est encore plus évident à Gaza », a-t-il ajouté.
« Plus de 60 000 Palestiniens tués, 50 000 enfants blessés ou tués, des kilomètres de décombres calcinés. Quartiers, hôpitaux, écoles, exploitations agricoles et même des mosquées et des églises en ruines, une famine généralisée. Et ce que nous voyons n’est qu’un aperçu, car jamais dans notre histoire moderne, les appareils photo des médias internationaux n’ont été ainsi empêchés de capter la réalité du terrain », a déclaré Abdallah.
Les chiffres qu’il a cités proviennent du ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, lesquels sont invérifiables de manière indépendante. Ils ne font par ailleurs pas le distinguo entre civils et hommes armés. En août dernier, Israël a revendiqué la mort de 22 000 hommes armés auxquels s’ajoutent 1 600 terroristes tués en territoire israélien lors du pogrom du 7 octobre.
A l’instar de l’émir qatari, Abdallah a accusé Israël de bafouer le statu quo sur le mont du Temple et il a fait allusion au Grand Israël, concept utilisé pour parler d’un État juif couvrant tout ou partie de la Jordanie, de la Cisjordanie, de Gaza, du plateau du Golan et de la péninsule du Sinaï.
« L’appel provocateur de l’actuel gouvernement israélien à un prétendu Grand Israël implique la violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de ses voisins. Et il n’y a rien de grand à cela », a-t-il déclaré. « Je ne peux m’empêcher de me demander si la communauté internationale serait à ce point apathique si un pareil appel, proprement scandaleux, était lancé par un dirigeant arabe ? »
« La communauté internationale doit cesser de se bercer de l’illusion que ce gouvernement est un partenaire de paix de bonne volonté. Loin s’en faut. Ses actions sur le terrain sont en train de démanteler les bases-mêmes de la paix et d’enterrer sciemment l’idée même d’État palestinien », a ajouté Abdallah.
« Sa rhétorique hostile appelant à cibler la mosquée Al-Aqsa ne fait qu’inciter à un affrontement religieux qui pourrait s’étendre bien au-delà de la région et mener à un affrontement total auquel aucun pays ne pourrait échapper », a-t-il poursuivi.
Depuis son premier poste de ministre de la Sécurité intérieure en 2022, le ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir ne cesse d’affirmer qu’il souhaite autoriser les prières juives sur le mont du Temple, en violation du statu quo, ce que le cabinet du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, conteste avec force.
António Guterres : Bientôt la « monstrueuse » 3e année des horreurs à Gaza
Au moment d’ouvrir l’Assemblée générale, mardi, M. Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que « la monstrueuse troisième année des horreurs » à Gaza était proche, accusant Israël de pratiquer une « punition collective » hors de toute proportion.
« Voilà les conséquences de décisions qui défient les fondements-mêmes de l’humanité », a-t-il déclaré en évoquant « des morts et des destructions d’une ampleur sans commune mesure lors d’autres conflits » depuis neuf ans au poste de Secrétaire général.
António Guterres a réitéré sa condamnation du massacre et de la prise d’otages du 7 octobre, tout en déclarant que « rien ne justifie de punir collectivement le peuple palestinien et de détruire sciemment et méthodiquement Gaza ».
António Guterres a appelé à la mise en oeuvre totale et immédiate du droit international, à un cessez-le-feu permanent, à la libération de tous les otages et à un accès humanitaire. « Et nous ne devons pas reculer d’un pouce sur ce qui est la seule réponse viable pour une paix durable au Moyen-Orient : une solution à deux États », a-t-il ajouté.
L’Indonésien Subianto et son « Shalom »
Loin des discours de condamnations, le président indonésien Prabowo Subianto a déclaré à l’ONU que son pays « reconnaîtra immédiatement l’État d’Israël » lorsqu’Israël reconnaîtra l’État palestinien.
« Nous devons par ailleurs reconnaître, respecter et garantir la sûreté et la sécurité d’Israël. Ce n’est qu’alors que nous pourrons avoir une paix véritable », a déclaré Subianto lors de son discours, qu’il a terminé par le mot « Shalom », qui signifie paix en hébreu.
Bien que l’Indonésie n’ait pas de relations diplomatiques officielles avec Israël, elle s’est coordonnée avec Israël en vue de largages aériens d’aide humanitaire à Gaza et l’an dernier, il s’est dit qu’elle réfléchissait à l’établissement de relations diplomatiques avec Israël, dans le cadre d’une tentative d’adhésion à l’OCDE.
Lundi, à l’occasion du sommet de l’ONU sur la solution à deux États au conflit israélo-palestinien, Subianto avait une nouvelle fois dit que l’Indonésie était prête à envoyer des soldats dans le cadre d’une mission de maintien de la paix d’après-guerre à Gaza.
Il a réitéré cette offre à l’Assemblée générale, mardi, en expliquant que l’Indonésie souhaitait une paix capable de montrer que « la force ne fait pas le droit ».
« Nous croyons en l’ONU. Nous continuerons à intervenir là où la paix a besoin de gardiens – pas seulement avec des mots, mais avec des bottes, sur le terrain », a-t-il ajouté.
« Si – et quand – le Conseil de sécurité de l’ONU et cette grande assemblée le souhaitent, l’Indonésie pourra mettre à disposition 20 000 de ses fils et filles, voire plus, pour assurer la paix à Gaza », a-t-il poursuivi avant de conclure en disant que l’Indonésie était par ailleurs prête à envoyer des soldats de la paix ailleurs, notamment en Ukraine, au Soudan ou en Libye.
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