Rechercher
  • Le rabbin Yosef Khersonsky coupe le ruban lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)
    Le rabbin Yosef Khersonsky coupe le ruban lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)
  • Un homme devant la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point, le 26 août 2021. (Autorisation)
    Un homme devant la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point, le 26 août 2021. (Autorisation)
  • Un jeune garçon apprend à fabriquer des bougies maison pour Rosh HaShana lors de l'inauguration de la synagogue de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. Il s'agit de la première congrégation de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)
    Un jeune garçon apprend à fabriquer des bougies maison pour Rosh HaShana lors de l'inauguration de la synagogue de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. Il s'agit de la première congrégation de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)
  • Le rabbin Yosef Khersonsky, au centre, avec ses parents lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. Il s'agit de la première synagogue de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)
    Le rabbin Yosef Khersonsky, au centre, avec ses parents lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. Il s'agit de la première synagogue de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)
  • Les invités lors du cocktail sur le tapis rouge pour l'inauguration de la synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. (Autorisation)
    Les invités lors du cocktail sur le tapis rouge pour l'inauguration de la synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. (Autorisation)
  • Le rabbin Yosef Khersonsky lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)
    Le rabbin Yosef Khersonsky lors de l'inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)

Tel Aviv : La première synagogue russophone dit « da » aux jeunes progressistes

Avant-gardiste, Jewish Point, qui a inauguré sa nouvelle synagogue, remet en question les clichés selon lesquels les Israéliens des anciens États soviétiques ne sont pas spirituels

C’était un cadre plutôt improbable pour l’ouverture d’une synagogue. Plus de 100 personnes se sont rassemblées en sirotant des cocktails dans le quartier huppé de Sarona à Tel Aviv le 26 août dernier, alors qu’un saxophoniste donnait la sérénade avec des tons fluets de smooth jazz. Un tapis rouge menait au bâtiment de la synagogue, érigée au début du XXe siècle, dans l’ancienne colonie allemande des Templiers.

Les passants ont été surpris de voir l’événement fastueux se répandre jusque dans la rue. Ils ont été encore plus surpris de découvrir qu’ils assistaient à l’inauguration d’une synagogue.

Il y avait de nombreuses raisons de célébrer cette ouverture. Il y a quatre ans, en mai 2017, le rabbin Yosef Khersonsky, chef de cette nouvelle congrégation, a été sommé de quitter la Russie par un tribunal de district de Moscou. C’est ainsi que le rabbin Habad s’est retrouvé à inaugurer cet été la première synagogue de Tel Aviv destinée spécifiquement aux russophones.

Israël abrite environ 1,2 million de citoyens qui ont immigré des anciens États soviétiques – le président russe Vladimir Poutine a estimé ce nombre à près de 2 millions. L’État juif a également connu une forte résurgence de l’immigration en provenance des pays russophones ces dernières années, de nombreux arrivants citant l’autoritarisme de Poutine comme raison de leur déménagement en Israël.

Khersonsky a été ostensiblement expulsé de Russie pour « création d’une entité étrangère à but lucratif » sans autorisation – une accusation qu’il nie, affirmant qu’il a agi en tant que consultant sur les questions religieuses pour les institutions juives existantes. Et alors que le tribunal a qualifié Khersonsky de menace pour la sécurité nationale, lui estime que la véritable raison pour laquelle il lui a été ordonné de partir pourrait être liée à ses opinions sur l’évolution du paysage politique russe après l’annexion de la Crimée en 2014.

Après son expulsion du pays, Khersonsky, citoyen israélien, a déménagé à Tel Aviv et a formé une communauté religieuse russophone et orthodoxe nommée Jewish Point.

Pas de foi dans les vieux clichés

Depuis la première vague d’immigration post-soviétique en Israël dans les années 1990, il y a une perception générale dans l’État juif selon laquelle les gens de l’ex-Union soviétique sont non-Juifs, non-religieux voire anti-religieux. Ce point de vue persiste, bien qu’une nouvelle génération de russophones qui ont grandi après l’effondrement de l’Union soviétique, et qui ont été élevés avec un point de vue différent envers la religion, a émergé en grand nombre en Israël.

L’arrivée de ces jeunes se reflète dans la croissance des communautés juives russophones en Israël. Par exemple, trois congrégations juives orthodoxes russophones sont apparues à Jérusalem au cours de la dernière décennie – dans les quartiers de Ramot et Neve Yaakov, et à la synagogue Nahalat Yaakov dans le centre-ville.

La fondation d’une synagogue russophone dans le quartier de Sarona à Tel Aviv, le cœur battant de l’Israël laïc, est un signe que la communauté commence à sortir des enclaves religieuses traditionnelles. Cela reflète également une attente des jeunes professionnels russophones, qui ne veulent pas avoir besoin de vivre à Jérusalem pour avoir un endroit où prier lorsque la foi les anime.

Le rabbin Yosef Khersonsky coupe le ruban lors de l’inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)

« Les gens ont besoin [d’appartenir à une] synagogue », a déclaré Khersonsky. « L’éducation, les réseaux et les événements juifs sont biens – mais si vous n’avez pas de synagogue, c’est comme si vous étiez dans une mer mouvementée sans ancre. Par exemple, il y a beaucoup de Russes qui se disent laïcs, mais en même temps, ils ont besoin d’un endroit où ils peuvent venir pour Yom Kippour, Pessah ou Shabbat. Ces gens ont besoin d’une synagogue comme d’un phare, d’une maison où ils sont attendus et qui leur sourit, où ils ne sont pas réprimandés pour leurs péchés. »

Selon l’historien Konstantin Bondar, l’idée d’une synagogue russe dans le quartier à la mode de Sarona « aurait semblé incroyable jusqu’à
récemment ».

« Je ne pense pas que la synagogue russe de Tel Aviv dissipera le mythe selon lequel les Russes en Israël sont anti-religieux », a déclaré Bondar, venu assister à l’inauguration de la synagogue. « Mais cela peut donner au judaïsme, au mode de vie juif, une image ultramoderne basée sur les dernières tendances. La nouvelle génération ne veut pas voir d’étagères poussiéreuses. Les jeunes Russes veulent voir un rabbin qui connaît la musique contemporaine, qui s’habille avec style et qui reste en même temps un expert en textes sacrés. »

Hi-tech et majestueux

Jewish Point correspond parfaitement à cette description. Khersonsky comprend le langage technologique et les mèmes Internet, soutient le chef de l’opposition russe Alexei Navalny et fait du jogging pour rester en forme.

Il se spécialise également dans le développement d’outils éducatifs juifs par le biais des réseaux sociaux et d’Internet. Actuellement, il développe une plate-forme d’intelligence artificielle qui répondra aux questions que les congrégations posent généralement aux responsables religieux. Il surnomme en plaisantant ce projet celui du « salut du peuple juif ».

Khersonsky a lancé une campagne de financement participatif pour pouvoir louer « une petite maison à Sarona » en janvier de cette année. Pendant la pandémie de coronavirus, sa communauté s’est réunie en ligne. Le quotidien, soumis à une série de confinements successifs, a appris à Khersonsky et à son équipe à optimiser leur présence numérique, ce qui a entraîné une augmentation significative de l’audience : 50 000 utilisateurs uniques du monde entier ont accédé chaque mois à leur contenu.

Cette fidèle communauté a levé 20 % de l’objectif de financement participatif de Khersonsky en seulement 24 heures. Le rabbin a annoncé la fin de la campagne en juillet – alors que les dons de 748 personnes avaient permis de collecter 700 000 shekels afin de louer et d’entretenir la synagogue pour la communauté juive russe.

Les invités lors du cocktail sur le tapis rouge pour l’inauguration de la synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. (Autorisation)

Khersonsky a expliqué que le budget annuel d’un million de shekels pour sa communauté avait été collecté presque exclusivement grâce aux dons d’Israéliens russophones et de Juifs de la diaspora dans le cadre de la campagne participative. Le don moyen est de 946 shekels ; la médiane est de 200 shekels.

« Je suis fier que notre projet n’ait pas été financé par l’argent de riches sponsors », a déclaré Khersonsky. « Pas parce que ce n’est pas bien ou pas apprécié, mais parce que, lorsque chacun verse cent shekels, nous obtenons une véritable coopération sociale. C’est une vraie communauté. »

De l’ancien pays au nouveau

Khersonsky est né dans une famille juive de la ville ukrainienne de Dnepropetrovsk. En 1991, à l’âge de 13 ans, il a immigré en Israël avec ses parents. Il est diplômé d’un lycée religieux de la ville de Kfar Chabad, dans le centre du pays, puis a étudié dans un séminaire rabbinique à New York.

En 2002, Khersonsky a été nommé rabbin de la Fédération des communautés juives de Russie. Il a été un pionnier de la présence juive russe sur le Web et a été le premier rabbin en ligne de Jewish.ru, un centre juif mondial destiné aux russophones. En 2008, il a aidé à fonder une communauté juive nommée « Parmi les amis » à Moscou. Cette communauté est devenue bien connue après avoir attiré une foule de jeunes en grande partie issus des secteurs des affaires et de la technologie.

Le rabbin Yosef Khersonsky, au centre, avec ses parents lors de l’inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. Il s’agit de la première synagogue de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)

De nombreux membres du Jewish Point connaissent Khersonsky depuis Moscou.

« Le noyau de notre communauté est constitué de personnes qui ont déménagé en Israël au cours des cinq dernières années », a déclaré Khersonsky. « En Russie, ils allaient dans un jardin d’enfants juif, une école juive ou un centre communautaire juif. Parfois, je réalise que c’est moi qui leur ai enseigné la Torah dans ce jardin d’enfants ou dans ce centre communautaire. C’est un sentiment extraordinaire. »

Spiritualité adaptée pour répondre aux besoins des électeurs.

Les jeunes russophones qui ont immigré en Israël pour réaliser leurs visions créatives ou commerciales constituent le fondement du Jewish Point (Point Juif). Beaucoup d’entre eux, comme Elina Levina, 26 ans, pensent que la division d’Israël en groupes religieux et laïcs est depuis longtemps dépassée.

« S’il y a des Juifs, alors il doit y avoir une synagogue », a déclaré Elina Levina. « Diviser les Juifs entre laïcs et religieux est une erreur. »

« Je vis à Jérusalem, et je comprends très bien à quel point il est important d’avoir une communauté religieuse russophone afin de comprendre ce qu’est le judaïsme dans une langue qui vous est familière », a-t-elle ajouté. « Pour Tel Aviv, la présence d’une telle communauté est encore plus pertinente, car la plupart des jeunes immigrants de Russie préfèrent vivre dans le centre d’Israël, à Tel Aviv ou à proximité. »

Khersonsky envisage le Jewish Point comme une ambassade pour les Juifs russes à Tel-Aviv. En plus des prières traditionnelles de la synagogue, des repas de Shabbat et des études de la Torah, la synagogue accueillera des événements éclectiques tels que des dégustations de vin avec une leçon sur la casheroute ou des cours de maître sur la fabrication de bougies.

Le rabbin Yosef Khersonsky lors de l’inauguration de la nouvelle synagogue de la congrégation de Jewish Point à Tel Aviv. (Autorisation)

« Nous sommes le YouTube du peuple russe-juif, et la synagogue de Sarona est une plateforme où toute personne qui n’est pas en guerre contre Dieu ou le judaïsme peut réaliser son projet ou son idée », a déclaré Khersonsky.

Le rabbin souligne l’ouverture de sa communauté. En effet, on trouve des militants des droits des LGBT et des féministes parmi les membres du Jewish Point.

« Notre synagogue est ouverte à tous, parce que nous pensons qu’il est normal de ne pas être d’accord », a déclaré Khersonsky. « Je crois que le judaïsme, comme une bonne tenue, doit être adapté au client. Il doit prendre en compte les particularités de votre silhouette, de votre âme. Interdire est facile, mais le vrai pouvoir est de chercher des options individuelles qui sont permissives, et non prohibitives. »

« Interdire est facile, mais le vrai pouvoir est de chercher des options individuelles qui sont permissives, et non prohibitive »

L’ouverture aux idées et aux opinions est le сoncept, a déclaré Khersonsky, qui peut conduire les gens vers la lumière du judaïsme et de Dieu.

« On pourrait dire que nous fonctionnons comme une poupée russe à l’envers », a expliqué Khersonsky. « D’abord, une personne viendra chez nous pour une master class ou une conférence, puis elle voudra travailler dans l’espace de coworking, et enfin elle voudra rester pour Shabbat. »

Un jeune garçon apprend à fabriquer des bougies maison pour Rosh HaShana lors de l’inauguration de la synagogue de Jewish Point à Tel Aviv, le 26 août 2021. Il s’agit de la première congrégation de la ville spécifiquement destinée aux russophones. (Autorisation)

La cérémonie d’ouverture a suivi un schéma similaire. Après une musique douce accompagnée de cocktails et la cérémonie d’inauguration, les invités, respectant les restrictions du COVID, sont entrés dans la synagogue, où ils ont écouté une conférence sur les synagogues de Tel Aviv, participé à une leçon sur la fabrication de bougies artisanales pour Rosh HaShana, et joué à un jeu de questions-réponses. À la fin, il y a eu un office pour la prière du soir.

« Le message que je veux transmettre aux personnes qui viennent dans notre synagogue peut sembler paradoxal », a déclaré le rabbin. « Vous recevez en donnant. Cela signifie que l’on investit et que l’on reçoit l’investissement de tous les autres membres de la communauté. C’est pourquoi, lorsque j’invite les gens à la synagogue, je leur demande de devenir plus prospères – dans tous les sens du terme. J’invite les gens à être surpris. À être surpris et à dire : ‘C’était fantastique’. »

« En fin de compte, » a déclaré Khersovsky, « une synagogue est une maison pour les sourires. Parfois, il peut ne pas y avoir de minyan [quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie (NDT)], mais il doit toujours y avoir des sourires. »

read more:
comments