Des immigrants russes partagent leurs triomphes solitaires
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Des immigrants russes partagent leurs triomphes solitaires

Des milliers de jeunes sont arrivés seuls en Israël depuis l'ex-Union soviétique, espérant que leurs familles suivraient – mais la réalité, plus pragmatique, en a décidé autrement

Des immigrants russes partagent leurs triomphes solitaires.
Des immigrants russes partagent leurs triomphes solitaires.

J’ai moi-même immigré en Israël, par mes propres moyens, à l’âge de 15 ans. J’ai vécu dans des internats et dans des résidences universitaires pendant des années, portant toutes mes possessions terrestres dans un sac à dos.

J’ai dû gérer – encore une fois, seule – les situations variées du quotidien où la famille vous vient habituellement en aide. Et cela me paraissait parfaitement normal parce que c’était, tout simplement, la réalité de mon existence. Après tout, j’étais venue ici par choix. J’étais restée ici par choix parce que j’y étais chez moi – il n’y avait donc rien qu’il me soit impossible de prendre en charge.

Et je n’ai jamais réalisé combien ma situation était anormale jusqu’à ce que je fonde ma propre famille.

Trois décennies se sont écoulées depuis le début d’un phénomène devenu connu sous le nom de « Grande immigration des années 1990 », durant laquelle des centaines de milliers de Juifs soviétiques ont émigré au sein de l’Etat juif au lendemain de la dissolution de l’Union soviétique.

Les vagues d’immigration initiales avaient compris des dizaines de milliers d’adolescents et de jeunes adultes, dont je faisais moi-même partie, venus en Israël par leurs propres moyens et par le biais de programmes gouvernementaux divers à destination des diplômés du lycée et des étudiants d’université.

Selon le Bureau central des statistiques, entre 1989 et 1999, environ 980 000 Juifs soviétiques ont émigré vers Israël, le millionième migrant faisant son entrée dans le pays au début de l’année 2000. L’Alyah depuis l’ex-URSS a continué depuis, quoique à un rythme considérablement plus lent.

Mes parents, Yelena et Nicholai, ne figurent pas parmi ces immigrants. Bientôt septuagénaires, ils travaillent et vivent encore dans ma ville natale de Khabarovsk, dans le sud-est de la Russie, à proximité de la frontière chinoise et à sept heures de vol de Moscou.

Ma mère est ingénieur en électricité et travaille sur des projets du gouvernement. Mon père, qui a toujours été un gestionnaire, travaille comme tuteur – et en ce qui le concerne, il est encore totalement en mesure de s’occuper de ces choses. Ils habitent encore l’appartement confortable de deux pièces dans lequel moi et mon plus jeune frère, Sergey, avons vu le jour.

Ils sont venus pour la première fois en Israël en 2010, 48 heures avant mon mariage. C’était au mois d’août, lors de l’une des journées les plus brûlantes et les plus stressantes de toute ma vie.

Mon excitation m’avait projetée dans un état second, pas seulement en raison du mariage qui s’approchait, mais parce que ma famille allait enfin rencontrer mon futur mari. Oui, mes parents devaient rencontrer celui qui allait devenir mon époux seulement deux jours avant le mariage.

Mon fils aîné était déjà âgé de dix mois lorsque ma mère était ensuite revenue en Israël. Je me souviens d’une matinée hivernale et pluvieuse à l’aéroport international Ben-Gurion. J’avais garé la voiture, mis le bébé dans la poussette et, tous les deux, nous étions allés à la rencontre de cette grand-mère qui venait tout juste d’atterrir.

Il avait été déconcerté quand cette femme étrange l’avait pris dans ses bras, qu’elle l’avait étreint et embrassé, versant des larmes de joie pendant de longues minutes.

Le fait que mes enfants grandissent loin de leurs grands-parents maternels et qu’ils ne puissent les voir qu’une fois par an m’arrache le cœur

Le fait que mes enfants grandissent loin de leurs grands-parents maternels et qu’ils ne puissent les voir qu’une fois par an m’arrache le cœur – et déchire également celui de mes parents, comme je l’ai appris récemment. Et je n’évoquerai même pas les difficultés physiques et financières entraînées par le fait d’élever des enfants sans aucune aide de votre famille.

Mes amis sabra – nés en Israël – ont toujours considéré que vivre à onze heures de vol de distance de ses parents était presque inconcevable – mais c’est là très exactement ma situation.

Photo d’illustration : Des immigrants, des Israéliens et des stagiaires internationaux durant un séminaire de dialogue parrainé par Masa Israel à Ein Gedi. (Crédit : Louis Fisher/Flash90)

Un grand nombre de personnes, au sein d’une société israélienne tournée vers la famille, peuvent trouver que ma décision a été inhabituelle. La nature de la société israélienne – qui dérive, d’une certaine manière, de la taille du pays – est de rester à proximité des siens.

Ce qui n’est pas le cas dans de nombreuses autres parties du monde comme aux Etats-Unis, par exemple, où il est banal de vivre à des heures de distance – en voiture ou en avion – de celles et de ceux qui vous ont mis au monde.

Mais mon histoire n’est pas unique : des dizaines de milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes, venus de l’ex-Union soviétique, arrivent encore au sein de l’Etat juif, chaque année, dans le cadre de programmes gouvernementaux variés.

Pour ma part, je suis venue via le programme Naale, parrainé par le ministère israélien de l’Education et l’Agence juive, qui permet aux adolescents issus de la Diaspora de faire leurs études de lycée en Israël.

Tous ceux qui entrent dans l’un de ces programmes font le même choix : celui de quitter leur famille et de venir seul. La majorité des bénéficiaires de ces programmes choisit également de construire sa vie ici – seul.

Environ 90 % des diplômés de Naale restent en Israël mais 60 % seulement des familles finissent par les suivre ici. Pour les adolescents venant dans le pays par le biais d’autres programmes, le chiffre est beaucoup plus bas.

Actuellement, ni le ministère de l’Immigration, ni le ministère de l’Intégration, ni même l’Agence juive ne sont en mesure de fournir des chiffres exacts sur le nombre d’adolescents en provenance des nations de l’Union soviétique qui sont venus en Israël seuls, abandonnant derrière eux des parents et des fratries.

Un chiffre disponible cependant : chaque année, environ 2 000 soldats seuls – ces militaires qui n’ont ni proches, ni soutiens en Israël et dont la majorité sont issus des pays de l’ex-Union soviétique – terminent leur service militaire.

« Pour les Israéliens, l’idée même d’envoyer leurs enfants faire leurs études dans un autre pays est hautement inhabituel », commente auprès de Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel, la professeure Michal Frenkel du Département de sociologie et d’anthropologie à l’université hébraïque de Jérusalem.

« Tout, ici, repose sur la procréation, sur les enfants. Israël a une culture qui est également moins individualiste, et on est supposé rester étroitement lié à son environnement naturel », ajoute-t-elle.

« En même temps, si on observe les pays de l’ex-Union soviétique, on constate que l’idée d’envoyer son enfant dans le village de sa grand-mère a été très commune. Les petits appartements, les longues heures de travail et, en particulier, la situation sociale induite par la nécessité d’adopter un ‘mode de survie’ ont amené les familles à réfléchir à la meilleure manière de survivre au régime et aux conditions de vie », poursuit Frenkel.

« Ajoutez à cela les importantes distances géographiques au sein de l’ex-URSS et il est plus facile de comprendre qu’il était finalement assez banal de ne voir ses proches que tous les deux à trois mois. En général, l’idée d’éloigner des enfants de façon à ce qu’ils jouissent d’une vie meilleure est un concept survivaliste. Ce concept n’existe pas dans la société israélienne », note-t-elle.

De jeunes immigrants de France, d’Afrique du Sud, du Royaume-Uni et de Russie tiennent leurs nouvelles cartes d’identité israéliennes lors d’une cérémonie organisée par l’Agence juive à Jérusalem, le 14 octobre 2009. (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Héros incompris

En ce qui me concerne, je pense que les valeurs familiales étaient en fait très respectées en Union soviétique, où les familles étaient de taille modeste et très soudées.

Dans la majorité de ces familles, il reste habituel que des enfants s’occupent de leurs parents âgés et j’ai eu ma part de plaisanteries au sujet des immigrants russes « dont la grand-mère vit dans le salon ». Et, en effet, les grands-mères vivaient auprès de leurs familles, spécialement au cours de l’ère soviétique.

Quand j’ai pris la décision de m’installer en Israël, je ne suis pas certaine d’avoir pleinement appréhendé le sentiment d’isolement que je ressentirais et l’impact que cette initiative aurait sur ma vie. C’est dur de trouver les mots pour décrire la langueur et les difficultés qui ont marqué les premières années que j’ai passées ici. Je me rappelle que je pleurais beaucoup, que j’avais le mal du pays et que les miens me manquaient, mon petit frère et particulièrement ma mère – dont j’étais très proche.

Des années plus tard, ma mère m’a confié qu’elle avait traversé une dépression profonde après mon départ. Je n’ai pu comprendre l’intensité de son chagrin que lorsque je suis devenue mère moi-même.

Après mon départ – et même si nous parlions de tout – aucune de nous n’avait évoqué les difficultés que nous subissions toutes les deux

« Je me souviens avoir rencontré tes camarades de classe et avoir parlé avec eux », m’a-t-elle raconté à l’issue de trop nombreuses années où elle avait tenté de se montrer forte. « Ils me disaient comment ils allaient et je leur donnais de tes nouvelles. Je rentrais ensuite à la maison et je m’asseyais dans la cuisine, là où nous prenions toutes les deux place pour discuter, et je ressentais le manque de nos conversations. »

Même alors, je considérais le fait qu’elle ait accepté de me laisser vivre cette aventure que je voulais désespérément vivre, comme un acte d’héroïsme de sa part. Mais après mon départ – et même si nous parlions de tout – aucune de nous n’aura jamais évoqué les difficultés que nous subissions toutes les deux.

Car aucune de nous deux, semble-t-il, ne souhaitait accabler l’autre. Ma mère ne voulait pas saboter ma tentative d’assimilation en Israël et, sachant que les choses étaient dures pour elle, je ne voulais pas qu’elle souffre à cause de moi non plus.

Ira Tolchin Immergluck, à droite, avec ses amies Yulia et Lana au Kibbutz Yotvata, dans le sud d’Israël, où elles étaient restées après avoir immigré en Israël. (Autorisation)

Et pourtant, en dépit de tous les défis que j’ai dû relever, la pensée de retourner en Russie ne m’est jamais venue à l’esprit. Jamais je n’aurais pu la décevoir – ou me décevoir moi.

Mon père, un homme introverti – mentalité classique en Union soviétique – ne m’a jamais fait part de la manière dont mon départ l’avait affecté. Lui et moi n’évoquons guère nos sentiments.

« La plupart des parents qui ont pris la décision d’envoyer leurs enfants en Israël l’ont prise parce qu’ils pensaient que leurs filles et leurs fils, là-bas, auraient une opportunité unique de faire des études supérieures et de connaître une vie plus réussie que cela n’aurait été le cas dans la situation connue par les pays post-soviétiques dans lesquels tous les systèmes d’Etat – et notamment celui de l’enseignement – s’étaient désintégrés, ce qui avait créé une incertitude générale face à l’avenir », note la professeure Larissa Remennick, cheffe du Département de sociologie et d’anthropologie à l’université Bar-Ilan.

« L’expérience était audacieuse mais elle comprenait l’option du retour en cas d’échec », ajoute-t-elle. « Il faut également comprendre que, contrairement à l’approche adoptée par les parents en Israël, l’approche soviétique soulignait le besoin, pour l’enfant, de devenir indépendant et responsable dès un jeune âge. Il fallait aussi que les adolescents relèvent des défis et affrontent des difficultés et qu’ils apprennent à les dépasser eux-mêmes pour grandir ».

Douleurs grandissantes et dîners sur Skype

Leo Golod, 39 ans, père de quatre enfants, a quitté l’Ukraine pour Israël quand il avait 15 ans. Avec le recul, dit-il, il aurait fait les choses différemment.

« J’étais sioniste. Je voulais vivre en Israël, faire mon service militaire et protéger le pays », explique-t-il. « Tant que je me suis trouvé dans le cadre du programme Naale et ensuite à l’armée, j’ai été bien – j’avais un endroit où vivre et de quoi me nourrir – mais dès que j’ai quitté Tsahal, il n’y a plus eu personne pour me venir en aide. J’arrivais à gagner suffisamment d’argent pour payer la location de mon appartement, mais pas pour aller à l’université. Je ne pouvais pas survivre à ça financièrement. »

Leo Golod, à droite, avec sa mère et son frère. (Via Zman Yisrael)

Et pourtant, Golod ne pense pas que la situation aurait été forcément différente si ses parents l’avaient suivi en Israël.

« Ils ne pouvaient pas m’aider à l’époque – pas au niveau financier. Aujourd’hui, ils peuvent le faire parce qu’ils ont leur propre entreprise en Ukraine mais c’est vrai, je serais plus heureux si on m’aidait davantage avec les enfants. C’est impossible de faire avancer une carrière ou de gagner suffisamment quand vous avez des enfants petits et que vous n’avez pas l’option de les laisser auprès de leurs grands-parents s’ils sont malades ou s’ils sont en vacances », explique Golod.

Moria Kantor, pour sa part, est venue en Israël à l’âge de 26 ans, dans le cadre de Masa Israel — un programme d’immersion financé par le bureau du Premier ministre en collaboration avec l’Agence juive. Il offre aux jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans une grande variété de stages, d’études et de possibilités de bénévolat partout en Israël pour des périodes allant de cinq à douze mois.

Kantor, 35 ans, mère d’une fillette de deux ans, déclare que « le fait que ma mère ne vive pas ici, qu’elle ne puisse pas côtoyer ma fille, est très dur pour moi. Je n’aime pas la laisser avec sa nounou plus longtemps que nécessaire à cause du travail. Ce serait formidable de pouvoir la laisser avec sa grand-mère… Mais la réalité de la vie quotidienne est qu’elle se trouve aux côtés d’une étrangère à laquelle je verse les deux-tiers de mon salaire », déplore-t-elle.

Kantor confie qu’elle et sa propre mère, Tamara, ne sont devenues proches qu’après la naissance de sa fille. Tamara vient en Israël une fois par an et Kantor et sa famille se rendent chez elle pendant les vacances.

Moria Kantor et sa mère Tamara (Autorisation/via Zman Yisrael

Le processus d’assimilation n’est pas facile pour la majorité des Juifs originaires de l’ex-Union soviétique. La plupart ont découvert que leurs études officielles n’étaient pas reconnues par la majorité des employeurs israéliens, même si elles le sont par les établissements d’enseignement supérieur.

Ils doivent accepter des emplois qui ne correspondent pas à leurs domaines d’expertise.

La nature insulaire de cette vague d’immigration, attribuée à son ampleur massive, a initialement résulté, pour la communauté, en ce qui a été appelé des « quartiers russes » dans les villes israéliennes.

Selon des données de CBS, ce phénomène a plutôt concerné les immigrants plus anciens, qui voulaient conserver leur culture autant que possible. En comparaison, la génération plus jeune – les adolescents venus par eux-mêmes en Israël et la première génération d’Israéliens russes – a choisi de s’immerger dans son nouvel environnement culturel, tout en conservant sa culture d’origine.

Toutefois, dans l’ensemble, les immigrants de l’ex-Union soviétique semblent heureux au sein de l’Etat juif.

En 2015, pour célébrer le 25e anniversaire de la dite « Grande immigration des années 1990 », CBS a diffusé une étude évaluant le bonheur des immigrants russophones au fil des années.

Selon les conclusions de l’enquête, en 2002, seuls 72 % des sondés indiquaient être satisfaits de la vie qu’ils menaient dans le pays et 29 % de leur situation financière. Environ 50 % disaient qu’ils parvenaient à répondre à leurs besoins et 21 % reconnaissaient vivre dans la pauvreté.

Mais les choses se sont améliorées au cours du temps : en 2014, 83 % des immigrants russophones indiquaient être satisfaits de leur existence en Israël dans leur ensemble, un pourcentage légèrement inférieur aux vétérans israéliens exprimant le même sentiment (91 %).

« Nous pouvons vous avoir rendu les choses plus difficiles »

La présentatrice de télévision et journaliste Noa Lavie, arrivée en Israël depuis l’Ukraine à 22 ans et qui vit dans le pays depuis 14 ans, n’a pas de regrets.

« Cette distance me permet d’être flexible dans ma nouvelle vie », dit-elle. « D’un côté, je ne peux faire confiance à personne mais de l’autre, je n’ai à répondre de rien à personne. J’entretiens une excellente relation avec mes parents, et ils me manquent énormément, mais j’ai la conviction que j’ai fait le bon choix », s’exclame Lavie.

Noa Lavie et sa mère, Sophia. (Courtesy /via Zman Yisrael)

Les difficultés émotionnelles et financières mises de côté, l’ère d’internet et des smartphones rend la distance physique plus tolérable dans la mesure où elle permet des interactions faciles, quotidiennes, par le biais d’appels téléphoniques, de messages texto et de chats en vidéo. La nature de ces échanges dépend néanmoins des relations préexistantes.

Lavie, par exemple, se souvient d’un dîner familial organisé à distance avec ses parents. « J’avais commandé des sushis ici et à la maison de mes parents, en Ukraine, et nous avons partagé un repas ensemble sur Skype », raconte-t-elle.

Alors qu’elle admet que la distance a des conséquences négatives (« mes deux grands-parents sont morts et je n’ai pas pu leur faire mes adieux. Tout ce que j’ai pu faire, c’est aller à leurs funérailles », dit-elle), Lavie indique qu’elle a eu le sentiment qu’il fallait qu’elle parte en Israël.

« Jamais je ne me suis sentie chez moi en Ukraine. Je me suis toujours sentie différente. Ici, je suis chez moi. Mais mes parents ne ressentent pas les mêmes affinités et ils ne veulent pas quitter un pays où ils ont des emplois stables et leur propre appartement », explique-t-elle.

Ses parents, ajoute-t-elle, ne l’aident pas financièrement.

« Au contraire : c’est moi qui les aide. À l’époque de l’Union soviétique, mon père avait un bon travail mais dans les années 1990, quand tout s’est écroulé, il y a eu des moments durs. »

« Mes parents ont tous les deux l’âge de la retraite mais ils continuent à travailler pour ne pas tomber dans la pauvreté. Mais leurs salaires sont minimes et, avec ce que je gagne en Israël, je peux les aider et payer leurs dépenses médicales, par exemple », poursuit-elle.

Ira Tolchin Immergluck avec ses parents et son fils. (via Zman Yisrael)

Même avec leur lutte au quotidien pour répondre à leurs besoins, Lavie insiste sur le fait que ses parents ne seraient pas mieux lotis s’ils immigraient en Israël.

« Ils sombreraient dans la pauvreté ici. Ils n’ont pas d’économies pour la retraite, ils ne pourraient pas travailler et ils n’auraient pas de logement. Leur allocation mensuelle de sécurité sociale atteindrait quoi, 5 000 shekels pour tous les deux ? Et dans quelle mesure est-ce que je pourrais les aider ici ? Je serais incapable de garantir que mes parents jouissent de la qualité de vie que je souhaite pour eux et au-delà de ça, eux refuseraient de devenir un fardeau », dit-elle.

Je peux très certainement comprendre Lavie. Je n’ai personnellement jamais voulu voir mes parents, des ingénieurs qui gagnent bien leur vie en Russie, venir en Israël pour y découvrir qu’ils devront rejoindre des équipes de nettoyage pour s’assurer un revenu. Et pour cette raison, je ne les ai jamais encouragés à immigrer en Israël.

J’ai eu d’innombrables conversations avec mes parents au sujet d’une éventuelle immigration au sein de l’Etat juif. Ce sont des discussions très rationnelles, dépouillées de toute émotion. Les émotions restent en marge lorsque nous évoquons la vie en soi.

Je n’ai personnellement jamais voulu voir mes parents, des ingénieurs qui gagnent bien leur vie en Russie, venir en Israël pour y découvrir qu’ils devront rejoindre des équipes de nettoyage pour s’assurer un revenu

Et pourtant, je m’interroge en permanence – le manque entraîné par l’absence d’une fille n’est-il pas suffisant pour tenter de dépasser les difficultés de l’immigration ?

Récemment, et pour la toute première fois, j’ai posé cette question directement à ma mère.

Elle m’avait appelé avec le téléphone de mon frère, en utilisant WhatsApp, assise avec lui dans ce qui était, dans le passé, ma chambre d’enfant – à laquelle ils se réfèrent encore comme à la « chambre d’Ira ».

« Je ne suis pas sûre que si nous étions venus en Israël, les choses auraient été plus faciles pour toi. Peut-être même qu’elles auraient été plus dures », m’a-t-elle répondu, avec sa logique habituelle.

« Les parents qui ne connaissent pas une langue ne peuvent pas gagner leur vie – moi, personnellement, je ne m’adapte pas bien aux changements. J’ai le même travail depuis 1976 et je suis mariée depuis 40 ans à ton père. Le sionisme laissé de côté, c’est très difficile de vivre en Israël. Mais maintenant que nous avons des petits-enfants, nous avons le sentiment de rater beaucoup de choses », a-t-elle poursuivi.

J’ai été surprise. Je n’avais jamais entendu ma mère exprimer des regrets auparavant.

« Nous ne les voyons qu’une fois par an et lors des appels par Skype, et ce n’est réellement pas suffisant », a-t-elle continué. « Nous aurions dû venir en Israël pour être proches d’eux et pour pouvoir t’aider. »

Cet article est une adaptation d’une version originale en hébreu, parue sur le site en hébreu du Times of Israël, Zman Yisrael.

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