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Le rédacteur en chef du Times of Israel David Horovitz, à droite, la correspondante politique Tal Schneider, deuxième à gauche, le correspondant politique Lazar Berman, à gauche, et le correspondant aux États-Unis Jacob Magid (via Zoom) rencontrent l'ambassadeur américain en Israël Tom Nides, deuxième à droite, à l'ambassade américaine de Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit :  David Azagury / US Embassy)
Le rédacteur en chef du Times of Israel David Horovitz, à droite, la correspondante politique Tal Schneider, deuxième à gauche, le correspondant politique Lazar Berman, à gauche, et le correspondant aux États-Unis Jacob Magid (via Zoom) rencontrent l'ambassadeur américain en Israël Tom Nides, deuxième à droite, à l'ambassade américaine de Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit : David Azagury / US Embassy)
Interview

Tom Nides s’entretient avec le ToI pour parler implantations, Iran et coalition

Dans une interview fleuve, l’ambassadeur américain en Israël a évoqué les questions qui ont le potentiel de tendre les liens américano-israéliens

Le rédacteur en chef du Times of Israel David Horovitz, à droite, la correspondante politique Tal Schneider, deuxième à gauche, le correspondant politique Lazar Berman, à gauche, et le correspondant aux États-Unis Jacob Magid (via Zoom) rencontrent l'ambassadeur américain en Israël Tom Nides, deuxième à droite, à l'ambassade américaine de Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit : David Azagury / US Embassy)

Pendant des décennies, les États-Unis ont été le plus proche allié d’Israël. La relation est à la fois profonde et large, allant de la sécurité militaire et nationale au commerce, à la culture et à l’innovation.

Dans le même temps, les deux alliés font face à des pressions nationales et internationales distinctes, et il existe des désaccords de fond sur des questions importantes.

L’ambassadeur des États-Unis, Tom Nides, qui a pris ses fonctions en décembre dernier, n’est pas néophyte en matière de relations américano-israéliennes.

En tant que secrétaire d’État adjoint, entre 2011 et 2013, Nides a établi des relations de travail efficaces avec plusieurs responsables clés israéliens et a joué un rôle majeur dans l’approbation par l’administration Obama d’une extension des garanties de prêt pour Israël, d’une valeur de plusieurs milliards de dollars.

Il a également aidé à mettre en œuvre l’opposition d’Obama aux efforts du Congrès visant à limiter le soutien américain aux agences de l’ONU considérées comme hostiles à Israël.

Maintenant, il est à nouveau un acteur central à un moment où un certain nombre de questions ont le potentiel de tendre les liens américano-israéliens : les pourparlers nucléaires avec l’Iran à Vienne, la campagne de l’Autorité palestinienne pour délégitimer l’État juif dans les forums internationaux, la croissance des implantations juives de Cisjordanie, l’absence d’un cessez-le-feu à long terme entre le Hamas et Israël et les relations solides qu’entretient Jérusalem avec la Russie et la Chine, rivaux des États-Unis.

Nides, âgé de 60 ans, a pris place dans son bureau de Jérusalem, un lundi de février, pour discuter de ces sujets, et bien plus encore, avec le Times of Israel.

La boussole de Nides

Avec sa stature imposante, son accent de l’Upper Midwest et son air affable, Nides est incontestablement un homme du Minnesota. Mais derrière le sourire facile et les plaisanteries, se cache un homme d’acier.

Il a la présence imposante d’un homme qui a dirigé Morgan Stanley, l’une des principales banques d’investissement au monde, a servi aux plus hauts niveaux de l’État, et n’a pas eu peur de dire ce qu’il pensait aux responsables israéliens sous l’administration Obama, comme l’ancien envoyé israélien aux États-Unis Michael Oren en a témoigné dans un livre sur son mandat à Washington.

Oren a néanmoins noté, dans une interview accordée au Times of Israel en 2015, qu’il considérait Nides comme l’un des « chers amis » d’Israël.

Dans notre interview, il déclare sans ambages être sioniste, et répète que son « étoile polaire » (peut-être pas par hasard, en ce qu’elle évoque également le nom de la bien-aimée équipe de hockey du Minnesota, disparue depuis longtemps) est le renforcement d’Israël en tant qu’État juif démocratique.

Il est tout aussi catégorique sur le fait qu’une partie de cette identité signifie que lui – et les États-Unis en tant qu’ami d’Israël – doivent travailler avec diligence pour améliorer le sort du peuple palestinien et continuer à pousser vers une solution à deux États.

Nides décrit une relation étroite et qui fonctionne bien entre le Premier ministre Naftali Bennett et le président américain Joe Biden, et entre leurs deux gouvernements.

Thomas Richard Nides, ambassadeur des États-Unis en Israël, lors de sa cérémonie de prestation de serment, à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il minimise les craintes que l’abus international des logiciels espions NSO puisse ébranler les relations américano-israéliennes, soulignant que la mise sur liste noire de l’entreprise par le Département du Commerce constitue une réponse aux actions d’une entreprise individuelle et non un problème avec la technologie israélienne dans son ensemble.

Sur des domaines de désaccord comme la Russie, la Chine, les Palestiniens et, bien sûr, les pourparlers sur le nucléaire iranien, Nides brosse le tableau de discussions ouvertes et franches, avec des désaccords inévitables mais sans réelle surprise.

Aucune grande surprise n’est venue émailler notre interview, mais beaucoup de passages se révèlent fascinants. Notamment, par exemple, lorsque Nides rend hommage à l’administration Trump pour les accords d’Abraham, qualifie la coalition israélienne actuelle de « belle chose » admirable, tout en soulignant ne pas pouvoir s’impliquer dans la politique intérieure israélienne, mais défendant et développant son intention de ne pas visiter les implantations.

L’interview a été légèrement modifiée à des fins de clarté.

The Times of Israel : Vous avez dit plusieurs fois depuis votre nomination, et peut-être même avant, que vous êtes arrivé à ce poste sans dogmatisme. Pour autant, vous vous êtes clairement présenté comme sioniste. Et vous avez parlé de votre judéité et de la façon dont cela vous a influencé. Nous sommes curieux de savoir comment votre lien personnel avec Israël, votre religion et vos antécédents ont un impact sur votre approche de ce travail.

Tom Nides : J’ai grandi dans le Minnesota. J’étais le plus jeune de sept enfants -huit, diront certains car j’ai une demi-sœur-. J’ai grandi dans une famille juive traditionnelle, pas une famille particulièrement religieuse. Nous célébrions Shabbat le vendredi, mais c’était surtout culturel pour moi.

Mon père et ma mère étaient tous deux très impliqués dans la communauté juive de Duluth. La communauté était très petite, au plus fort, peut-être une centaine de familles. Mon père était le président du temple et le chef de la Fédération UJA. Ma mère était à la tête de la sororité Hadassah. Si vous êtes Juifs et que vous vivez dans le Minnesota, où il y a très peu de Juifs, vous êtes d’office impliqué dans la communauté. Et mes parents nous ont éduqué dans l’idée de rendre, de faire partie d’une communauté, de faire partie d’un plus grand ensemble.

Nous étions 13 à mon cours de préparation à la bar mitzvah. Je n’ai jamais fréquenté d’endroit où l’on faisait une différence entre Juifs et non-Juifs. J’ai grandi dans une communauté essentiellement non juive. Mon lycée était à 99,9 % chrétien, luthérien, que sais-je encore. Je savais que j’étais juif. Mais quand je suis allé à l’université du Minnesota, et que j’ai réalisé que beaucoup de jeunes juifs restaient ensemble, comme les non-juifs, ce fut un moment fort instructif pour moi.

Quand je suis venu en Israël pour la première fois, à l’âge de 15 ans, je suis allé à Ein Hashofet [un kibboutz dans le nord d’Israël] – ce qui, soit dit en passant, a été mon premier déplacement quand je suis devenu ambassadeur.

Je suis retourné au kibboutz parce que je voulais me rappeler cette expérience que j’avais vécue, quand je [suis venu pour la première fois en Israël], j’ai dormi dans le Sinaï, escaladé Massada au milieu de la nuit et fait tout un tas d’autres choses.

Je suis venu en Juif culturel. Je me soucie vraiment des gens. Je me soucie des communautés. Je me soucie de faire de bonnes choses. Et j’ai grandi dans cet environnement : faites ce qu’il faut, ne soyez pas un crétin et essayez d’être une personne gentille. Et en général, c’est ainsi que j’ai mené ma vie, et j’ai eu beaucoup de chance.

Écoutez, j’ai passé la moitié de ma carrière au gouvernement à travailler – heureusement, par la grâce de Dieu, quelqu’un prend soin de moi – au plus haut niveau du gouvernement, et la plupart diraient au plus haut niveau des affaires, ayant dirigé ou été chef de l’exploitation et directeur financier d’un groupe de banques d’investissement.

J’ai donc eu beaucoup de chance, et je crois vraiment en l’idée de donner aux suivants. Je ne sais pas si c’est un terme juif ou un terme chrétien. Ça n’a pas beaucoup d’importance. Il s’agit de faire ce qu’il faut.

Donc, je me retrouve ambassadeur, et quand je dis que je ne suis pas dans l’idéologie, cela signifie que je veux simplement faire la bonne chose, même si cela signifie aller de Bnei Brak à Nazareth dans les mêmes 48 heures. Je rencontre le grand rabbin à Bnei Brak, et tous les chefs religieux à Nazareth.

Mon premier jour en fonction, je me suis rendu au restaurant d’Uri Buri [à Akko] parce que je pensais que c’était vraiment une histoire intéressante, la façon dont il embauchait des Arabes et des Juifs pour les faire travailler ensemble. Et comment on a incendié son hôtel et son restaurant. Comment il l’a reconstruit.

Ce genre de choses pour moi, c’est ce qui est vraiment important. Et c’est pourquoi je passe tant de temps à m’inquiéter du peuple palestinien ainsi que de la force d’Israël.

Quand je suis arrivé ici, j’avais un objectif : renforcer l’État juif démocratique. Et tout ce que je fais y est lié.

Thomas Nides témoigne devant la Commission des Affaires étrangères du sénat au Capitole de Washington, le 20 décembre 2012. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

Donc, quand je dis que je vais travailler pour obtenir la régénération du Dôme de Fer et entretenir ce lien indestructible évoqué par Biden entre Israël et les États-Unis, c’est en quelque sorte ma priorité, parce que tout cela contribue à renforcer Israël.

La deuxième priorité est d’entretenir la perspective d’une solution à deux États, ce qui signifie aider le peuple palestinien, obtenir [des deux côtés] de ne pas faire des choses stupides.

Et la troisième priorité, ce sont toutes les questions économiques autour des Accords d’Abraham, les exemptions de visa notamment, parce que cela renforce Israël.

C’est un peu mon mantra. C’est ce que je suis en tant qu’être humain. Il se trouve que j’ai eu la chance d’être choisi pour faire ce travail.

Mais quand je dis que je n’ai pas d’idéologie… Écoutez, je suis un démocrate, un démocrate libéral. Je ne vous mentirais pas en vous disant que je ne le suis pas, cela n’aurait aucun sens, ici, en Israël. Cela ne veut rien dire. C’est ce que je suis en tant que personne. C’est ce que j’aimerais que les gens se disent, dans quelques années, « Je ne sais pas s’il a accompli beaucoup, mais il a essayé de faire de bonnes choses ». Il n’y a que cela qui m’importe vraiment.

Je rebondis sur un point. Je me demande dans quelle mesure est-ce si évident que vous ne l’ayez pas dit : êtes-vous à l’aise de vous définir comme sioniste ?

Nides : Bien sûr, je suis sioniste ! Je l’ai dit 100 fois : je suis sioniste. Je crois fondamentalement non seulement en l’État d’Israël, mais aussi en ce qu’il représente. Mon engagement ici – je suis 100 % sioniste. Vous pouvez être sioniste et aussi vous soucier profondément du sort du peuple palestinien. Vous pouvez être sioniste et vous soucier de la sécurité économique. Vous pouvez être sioniste et vous soucier profondément du fait qu’Israël demeure un État juif démocratique fort.

Le président Isaac Herzog, à droite, reçoit les lettres de créances du nouvel ambassadeur en Israël, Tom Nides, à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Et rien de tout cela n’est de l’ordre de l’idéologie pour vous ?

Aucunement. Parce qu’à mon sens, une idéologie impliquerait de renoncer à faire quelque chose pour une autre chose, ou de focaliser toute mon attention sur certains points au détriment de nombreux autres. Ce n’est pas ce que je suis.

Mon unique moteur est ce qui, selon moi, renforce l’État juif démocratique. Et je crois fondamentalement qu’une vision et une solution à deux États renforceront Israël en tant qu’État juif démocratique.

Je crois fondamentalement à ce que je fais autour des Accords d’Abraham – dont certains diront « Eh bien, c’est une initiative de Trump. Comment pouvez-vous…? » Parce que je crois, comme le président bien sûr, que cela renforce Israël en tant qu’État juif démocratique.

Quelqu’un m’a demandé pourquoi je m’occupais du programme d’exemptions de visas. Parce que fondamentalement, je pense que cela renforce Israël. Cela aidera aussi, je l’espère, les Américains arabes qui veulent voyager ici.

Il y a un sujet délicat pour les Américains qui vivent en Israël, les gens qui essaient d’obtenir leur passeport et les Israéliens qui essaient d’obtenir leurs visas. Avec toutes les difficultés qu’implique la prise de rendez-vous, je sais d’expérience que certains recourent aux services d’intermédiaires (un macher). Si une personne vient à l’ambassade et fait la queue, elle obtiendra un rendez-vous en juin. Le macher, lui, peut résoudre le problème de visa à l’ambassade américaine pour 400 $. [Il y a quelques semaines,] une personne a obtenu un rendez-vous en juin 2022, mais avec l’aide du macher, il a obtenu un rendez-vous dès le mois de janvier. Les gens vendent des rendez-vous, vous comprenez !

Tout d’abord, je ne connais pas cette pratique du macher. Je vais me renseigner; cela ne me semble pas juste.

De toute évidence, nous avons un problème. Presque toutes les ambassades du monde ont un problème à cause de la COVID. Peu de personnel. Des files d’attente compliquées parce que l’on ne peut recevoir qu’un petit nombre de personnes dans la salle d’attente en même temps. En plus, la situation est complexe ici, en raison de l’emplacement dans le bâtiment et des locaux à Tel Aviv. J’en suis très conscient.

Tous les jours, j’échange avec Andy Miller, qui dirige les affaires consulaires, pour connaître l’état de notre retard, savoir comment nous répondons aux demandes des gens ici. Je pense qu’ils vont mettre en place quelque chose le dimanche. Je lui en parle tout le temps.

Il n’y a rien de plus frustrant que de vouloir aller quelque part et d’en être empêché faute d’avoir pu obtenir un visa. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me concentre sur ce programme d’exemption de visa. J’ai été numéro deux au Département d’État, je suis bien conscient de l’émotion que cela suscite et je m’en soucie profondément.

Je veux que les Israéliens viennent aux États-Unis, aussi souvent qu’ils le peuvent et qu’il le veulent.

Le président Isaac Herzog, à droite, parle avec l’ambassadeur américain en Israël Thomas Nides à Beit Hanasi, à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Et où en est le programme d’exemption de visa justement ?

Je parle à la ministre [de l’Intérieur] [Ayelet] Shaked presque tous les deux jours à ce sujet. Et comme vous le savez, c’est compliqué, mais je mets en œuvre toute l’énergie de cette ambassade sur la question. Il y a aussi des choses que les Israéliens doivent faire. Nous travaillons ensemble en équipe, et j’espère que nous parviendrons à régler la question cette année. Je suis confiant.

Et la question des Américains d’origine arabe ?

C’est mon grand sujet. J’ai à cœur que les Américains porteurs de passeports bleus, désireux de venir en Cisjordanie, puissent emprunter l’aéroport Ben Gurion. Et que les Américains vivant en Cisjordanie, désireux de venir à Detroit, puissent également passer par l’aéroport Ben Gourion. C’est clairement une question prioritaire pour moi, au-delà, bien sûr, du soutien aux hommes d’affaires israéliens qui veulent venir aux États-Unis.

Ces deux choses devront être possibles, une fois toutes les questions techniques réglées, et rendre tangible le programme d’exemption de visa. Avec l’appui de la ministre Shaked et du gouvernement, nous y parviendrons.

Des chars de l’armée russe sont chargés sur des plates-formes ferroviaires pour retourner à leur base permanente après des exercices en Russie le 16 février 2022. (Service de presse du ministère russe de la Défense via AP)

En ce qui concerne l’Ukraine et la Russie, les relations d’Israël avec la Russie sont très différentes de celles des États-Unis. Y a-t-il eu une communication entre les États-Unis et Israël – les États-Unis essayant d’avertir ou éloigner Israël de certaines positions, ou Israël prenant des positions que les États-Unis n’approuvent pas? Les États-Unis utilisent-ils les liens d’Israël avec de hauts dirigeants russes pour envoyer des messages ?

Eh bien, il ne m’est pas possible de commenter les échanges entre nos dirigeants, entre Israéliens et Américains. Cela dit, les Israéliens ont été extrêmement utiles sur un grand nombre de questions de sécurité nationale, y compris les questions impliquant la Russie.

Une chose est vraie: la relation bilatérale sur l’ensemble des questions de politique étrangère, y compris, évidemment, les questions concernant l’Iran, l’Ukraine, la Syrie, le Liban, constitue un sujet global.

Le secrétaire Blinken s’est entretenu à plusieurs reprises avec le ministre [des Affaires étrangères] [Yair] Lapid et le Président vient de parler avec le Premier ministre Bennett. La Russie a évidemment été évoquée, comme vous l’avez vu dans les comptes rendus. Donc, la réponse à la question est qu’ils travaillent en étroite collaboration. Les relations bilatérales sont très solides, et toute l’aide que nous pouvons obtenir pour essayer de désamorcer cette question est extrêmement utile.

L’une des avancées obtenues par les Marocains sous l’administration précédente a été la reconnaissance du Sahara occidental et la promesse d’un consulat. Mais deux lois américaines semblent en saper le principe. Il y a la NDAA, qui touche à la relation militaire maroco-américaine, et le projet de loi de finances de Leahy, qui tente d’empêcher que les fonds ne soient utilisés pour ouvrir le consulat. Est-ce quelque chose qui inquiète les Israéliens ? Avez-vous été en contact avec des membres du Congrès au sujet de la façon dont cela pourrait faire bouger les choses ici? Avez-vous une idée de la raison pour laquelle cela se produit maintenant?

Nous travaillons en étroite collaboration avec les Marocains, le Congrès, les Israéliens pour régler ces questions. Écoutez, le Maroc dans le cadre des Accords d’Abraham est très important pour nous et très important pour les Israéliens. J’étais justement au téléphone avec les Marocains avant que vous n’entriez. Le Département d’État fait le nécessaire pour résoudre ces problèmes, le Sahara occidental et les discussions au Congrès. Il y a beaucoup d’échanges en ce moment dans les deux sens.

La Chine a été un point d’achoppement, même sous l’administration précédente. Les relations d’Israël avec la Chine ont inquiété aux États-Unis. La donne a-t-elle changé ces des derniers mois? Avez-vous été en mesure de présenter des entreprises américaines qu’Israël peut approcher à la place de ces entreprises chinoises ?

La bonne nouvelle est qu’Israël comprend nos préoccupations. [Parce qu’] Israël est un leader dans le domaine de la technologie, avec de nombreuses technologies à double usage et nous travaillons évidemment en étroite collaboration avec le gouvernement israélien pour nous assurer que ces dernières fassent l’objet du niveau requis de contrôle et vigilance lors de la conclusion d’accords. Je pense que notre préoccupation est bien entendue.

Nous souhaitons qu’ils exercent la même vigilance que celle dont nous faisons preuve aux États-Unis.

Nous ne pouvons pas – et ne voudrions pas – dire aux Israéliens s’ils peuvent ou non répondre des appels d’offres ou investir à tel ou tel endroit. Mais nous exprimons nos préoccupations, ce qui focalise naturellement l’attention. Ils veulent continuer à obtenir des investissements de la Chine. Nous ne suggérons pas qu’ils ne le fassent pas. Nous n’avons aucun problème avec la manière dont les Israéliens envisagent leur stratégie d’investissement interne. Mais nous souhaitons qu’ils exercent la même vigilance que celle dont nous faisons preuve aux États-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (deuxième à partir de la gauche) s’exprime lors de la cinquième réunion du comité mixte Israël-Chine sur l’innovation, le 24 janvier 2022. (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

A l’occasion de la réunion du cinquième forum du Comité mixte Israël-Chine sur l’innovation, est-ce quelque chose dont vous avez pu parler au préalable?

Absolument, j’étais pleinement informé des sujets.

Une chose à propos de cette relation lorsque je dis qu’elle est indestructible [écoutez] : nous avons tous nos désaccords, évidemment, mais dans ce cadre, les conversations sont toujours positives. Elles sont précises. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais il ne fait aucun doute qu’il y a une transparence totale entre nous. Il n’y a pas de secret entre Israël et les États-Unis sur cette question, comme sur beaucoup d’autres. Mais évidemment, compte tenu de mon expérience, venant du monde des affaires, je suis très attaché aux questions commerciales.

Mon travail consiste à m’assurer que nous maintenons la relation entre nos deux pays aussi solide que possible. Et quand il y a des irritations, mon travail en tant qu’ambassadeur américain est de calmer les choses, pas de les faire monter en puissance et de nourrir cet échange permanent entre nos deux pays.

Nous avons eu les accords d’Abraham et l’autorisation de vendre des F-35 aux Émirats, mais la question est bloquée à Washington. Il est entendu qu’il est bloqué sur le bureau du président, approuvé par le Congrès mais dans l’attente de la signature du président.

Les relations avec les États-Unis et les Émirats sont très étroites. Je ne suis pas dans le Bureau ovale et je ne sais pas quelles signatures sont attendues. Je peux simplement vous dire que la relation entre les deux pays, et celle d’Israël avec les Émirats, ne pourrait pas être plus forte.

Je suis très confiant : ce que nous devons faire sera fait, et dans les meilleurs délais.

Je lui parle quasi-quotidiennement avec l’ambassadeur des Émirats arabes unis en Israël. J’ai une relation incroyablement étroite avec lui, surtout en ce qui concerne les Accords d’Abraham. Il y a trois semaines, j’ai lancé la première réunion de tous les ambassadeurs. Nous avons trois groupes de travail auxquels participent les Marocains, les Bahreïnis et les Émiratis.

Les Émiratis sont très attachés à la culture, au sport et aux questions pratiques. Les Bahreïnis, eux, se concentrent sur l’économie, la technologie, la santé et les questions économiques spécifiques. Et les Marocains ont pour priorités les voyages, le tourisme. Nous avons des objectifs très précis autour des Accords d’Abraham.

L’ambassadeur émirati en Israël Mohamed al Khajah (à droite) et le correspondant diplomatique du Times of Israel Lazar Berman, à gauche, après un entraînement de course à pied à Tel Aviv, le 18 novembre 2021. (Crédit : Maria Troyanker/UAE Embassy)

De toute évidence, les Jordaniens et les Égyptiens ont leurs propres relations bilatérales dans le cadre de la normalisation, mais je me concentre sur les objectifs, et c’est ainsi que je mets toute mon énergie sur les questions entourant les Accords d’Abraham.

Évidemment, il y a des questions bilatérales entre les États-Unis et les Émiratis, les Israéliens et les Marocains. Nous continuerons de traiter ces questions de façon bilatérale.

Une photo prise dans le bureau du ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita (en haut à droite) dans la capitale Rabat, le montre avec ses homologues israélien Yair Lapid (en haut à gauche) et américain Antony Blinken (en bas), participant à une réunion virtuelle, le 22 décembre 2021. (Crédit : AFP)

Sur les accords d’Abraham, je reconnais un grand mérite à l’administration Trump. Notre mission – ou comme j’aime à le dire, mon travail – consiste à approfondir les relations actuelles avec les pays actuels, les sept. Et la mission de la Maison Blanche est de l’élargir. Ils ajoutent de nouveaux pays. C’est leur mission. Mais mon travail en tant qu’ambassadeur est de m’assurer que nous obtenons vraiment plus d’engagement bilatéral et trilatéral entre les pays signataires des accords. D’ailleurs, j’étais en ligne avec eux trois il y a vingt minutes.

Je retourne à mon étoile polaire. Est-ce que je pense que les Accords d’Abraham sont bons pour Israël ? Oui à 100 %, 100 %. Et est-ce que je pense que cela en fait un État juif démocratique plus fort ? Oui à 100 % également. Donc, je ferai tout ce qui est nécessaire pour les renforcer, et en grande partie sur ce point, le travail doit être mené bilatéralement.

Sur les accords d’Abraham, je reconnais un grand mérite à l’administration Trump.

Nous n’avons pas besoin d’être présents lors de tous les événements avec eux. Mais nous pouvons être des facilitateurs. Je peux être l’organisateur. J’ai des groupes de travail. J’ai des personnes dédiées à la manœuvre dans chacun des groupes de travail.

Injecter du contenu ?

C’est ce que je fais. Je rends mon équipe folle à force de leur demander « Quelle action concrète pouvons-nous livrer ? »

Nous voulons favoriser le tourisme. Je veux un vrai contenu culturel avec les Accords d’Abraham. Mon idée est d’organiser, peut-être en août, une série d’événements culturels, de rock et de danse, avec des chanteurs israéliens. Un événement culturel de grande ampleur, parce que les activités populaires sont essentielles à la bonne application des Accords d’Abraham.

Je rêve d’une Coupe Abraham — du sport pour les enfants, du football, du basketball, au sein de tous les pays de l’Accord d’Abraham. Parce que si les gens se connaissent, comprennent la culture de l’autre, alors tout le reste s’efface.

De gauche à droite : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan et le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, sur le balcon du salon bleu lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

L’administration précédente avait évoqué la perspective de voir de nombreux voyageurs des Émirats et d’autres pays visiter le Mont du Temple. Est-ce quelque chose qui vous préoccupe ?

Bien sûr. Évidemment, avec les contraintes qui s’imposent à la situation locale, mais ces personnes doivent pouvoir voyager dans les centres culturels en Israël et en Cisjordanie. Et nous allons travailler tous ces sujets. Je ne suis pas ministre du Tourisme, mais je sens une vraie volonté d’accueillir les Marocains en Israël.

Le tourisme est dynamique entre Israël et les Émiratis, avec tous les Israéliens qui se rendent à Dubaï et les Émiratis qui effectuent le déplacement jusqu’ici.

Les sites religieux sont une partie importante de l’expérience culturelle. Je ne suis pas au fait de toutes les mesures d’ordre juridique ou culturel qui doivent être prises au préalable, mais à mon sens, ils devraient être autorisés à s’y rendre et y prendre part.

Le dossier NSO est une énorme ici en ce moment. Et il y avait aussi une grande histoire dans le New York Times sur la façon dont la CIA utilisait le logiciel Pegasus avant que la société ne soit mise sur liste noire par le département du Commerce. Les gens ici se demandent ce qu’il y a sur la table avec l’entreprise ici en Israël, parce qu’elle est très alignée avec le gouvernement… Il semble parfois être presque un bras diplomatique du gouvernement, avec des réalisations concernant l’Arabie saoudite et le Mexique. Que pensez-vous de l’affaire NSO ?

Le logo du NSO Group sur un smartphone placé sur un clavier. (Crédit : Mundissima/Alamy)

Il ne m’appartient pas de commenter spécifiquement l’affaire NSO. Le département du Commerce s’en occupe plus spécifiquement… NSO est une entreprise qui est examiné avec beaucoup d’attention par mon gouvernement, mais il n’y a aucune obsession américaine sur les industries israéliennes.

Je ne suis pas partie à toutes ces réunions sur l’utilisation de ces technologies. Le département du Commerce, oui, et il sait clairement ce que nous et Israël pourrions faire, ou ce que la Maison Blanche peut faire. Donc, là, ils vont examiner l’ensemble de la question.

Mais il est clair qu’il n’y a aucune intention américaine d’effectuer un suivi de la technologie israélienne avec des a priori négatifs.

La technologie est l’épine dorsale de l’économie israélienne et nous n’avons aucun intérêt d’y porter atteinte. Les entreprises agissent en toute indépendance. Les faits seront examinés à cette lumière. Mais il n’y a aucune obsession sur la technologie israélienne.

En ce qui concerne les Palestiniens, vous avez clairement indiqué que vous vouliez être impliqué, et j’espère que vous irez à Ramallah, quand vous le pourrez, s’ils souhaitent vous rencontrer, pour faciliter la consolidation de la paix israélo-palestinienne. Iriez-vous jusqu’à pousser le Premier ministre Bennett à rencontrer le président de l’Autorité palestinienne Abbas ?

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas écoute le secrétaire d’État américain Antony Blinken lors d’une déclaration conjointe à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon, Pool, File)

Je ne suis pas en mesure de dire au Premier ministre ce qu’il devrait faire ou ne pas faire.

Tout ce qui m’importe, c’est d’entretenir la vision et la perspective d’une solution à deux États. Cela signifie plusieurs choses.

La première est de prendre soin du peuple palestinien, ce qu’ont fait les États-Unis sous la direction du président Biden. Nous donnons aujourd’hui près de 450 millions de dollars directement au peuple palestinien pour l’éducation, les soins de santé et l’eau. Nous soutenons l’UNRWA pour tout ce qui concerne les questions relatives aux réfugiés.

Nous travaillons constamment avec les Palestiniens pour nous créer des opportunités économiques. Et cela ira crescendo, tant de la part de l’ambassade que de l’UAP (Unité des affaires palestiniennes), car en fin de compte, je crois fondamentalement que le renforcement du peuple palestinien fera d’Israël un État juif démocratique plus fort encore. Donc, je suis très investi sur la question.

J’applaudis lorsque le ministre de la Défense [Benny] Gantz rencontre Abbas. J’applaudis tout ce que les gens font pour renforcer le peuple palestinien, parce que je pense que cela aide la région, le peuple palestinien et Israël. Dans chaque réunion ou conversation à ce sujet, j’évoque l’importance de garder la perspective d’une solution à deux États et de faire progresser la question.

Vous ne voyez pas votre rôle comme un facilitateur du rapprochement?

Bien sûr que si, j’adore le faire. Je suis un facilitateur convaincu. Je pense simplement qu’il est important que nous, les États-Unis, joignions l’acte à la parole. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes en faveur d’une solution à deux États et ensuite nous désintéresser du peuple palestinien. Au final, aider le peuple palestinien nous rapproche de notre objectif.

Je crois fermement aux mesures de renforcement de la confiance, qui font des choses qui permettent aux Palestiniens de vivre plus facilement dans la sécurité et la liberté qu’ils croient mériter, et je crois qu’ils le méritent.

Ma première rencontre a été avec des hommes d’affaires arabes, quand je suis arrivé ici, pour parler des opportunités d’affaires. J’attends de nos gens de l’UPA qu’ils viennent me voir avec des idées sur ce que je peux faire, en ce qui concerne l’innovation technologique, les possibilités d’utiliser ces 500 permis de travail que Shaked avait et comment nous pouvons les utiliser efficacement et même plus, 500, 1 000, 2 000, quel que soit le nombre – à la recherche d’opportunités pour aider les Palestiniens à sentir que nous faisons des choses pour renforcer leurs capacités et, espérons-le, nous rapprocher d’une vision d’un deux États solution.

Quand Bennett dit qu’il ne veut pas rencontrer Abbas, jugez-vous que cela vaille la peine de tenter de le convaincre du contraire ?

Une fois encore, je ne suis pas en position de dire au Premier ministre qui il doit rencontrer et qui il ne doit pas rencontrer – mais je vais dire que je salue vraiment les personnes qui travaillent comme Gantz le fait, ou comme d’autres ont pu travailler.

C’est une coalition, n’est-ce pas ? Et il est évident que je soutiens cette coalition de toutes mes forces. Je pense que cette coalition, comme l’a dit le Premier ministre, est une belle chose. Si vous m’aviez seulement dit, il y a trois ans, qu’il y aurait une coalition qui réunirait les personnalités suivantes : Bennett, Lapid, Gantz, Shaked, Mansour Abbas… Cette alliance, c’est quelque chose pour lequel je ferai tout ce que je suis en mesure de faire. Il est manifeste que je ne peux pas m’impliquer dans la politique intérieure d’Israël mais je peux assurément vous affirmer la chose suivante : nous la soutenons. Énormément.

Je pense que cette coalition, comme l’a dit le Premier ministre, est une belle chose

Le Premier ministre a noué une relation spectaculaire avec le président Biden. Tous les responsables de ce gouvernement m’ont ouvert leur porte. Depuis que suis arrivé ici, j’ai été accueilli à bras ouvert. Le président [Isaac] Herzog a organisé un dîner en mon honneur avec mon épouse. Nous avons dîné et nous avons passé du temps ensemble dans une atmosphère réelle d’amitié. J’ai déjeuné ou dîné avec presque tous les leaders de ce pays.

Ma mission, ici, c’est de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour préserver cette relation et pour continuer à la développer, encore et toujours.

Un vigneron inspecte sa vigne à proximité de Shiloh, en Cisjordanie, après un incendie présumé palestinien, lre 27 mai 2018 (Autorisation : Conseil de Yesha)

Suis-je dans le vrai en disant que vous avez fait savoir que vous ne vous rendriez pas dans les implantations ?

Oui. Ce que j’ai déclaré dans une interview, c’est que je veux m’appliquer à moi-même les règles que j’exige par ailleurs des autres – à savoir, tenter de ne pas faire de choses susceptibles d’entraîner des agitations ou d’enflammer la situation. Il ne s’agit donc pas d’idéologie. Je pense qu’ en ce qui me concerne, aller dans les implantations aujourd’hui – et ceci de mon point de vue personnel – créerait des agitations et je m’efforce de ne pas en entraîner. De la même manière, je tente de ne pas faire de choses au mur Occidental qui entraîneraient des troubles.

Mais cela dit, je vais continuer à passer du temps avec les gens. Avec tous ceux qui voudront me voir. Je suis plus qu’heureux d’accueillir les gens ici. Si quelqu’un vient pour me parler, je lui parlerai. Qui qu’il soit. Je verrai absolument tout le monde. Mais est-ce que je pense qu’il est nécessaire que je me rende aujourd’hui dans les implantations ? Non, je ne le pense pas.

Cela n’envoie-t-il pas le signal que vous pensez qu’elles ne sont pas légitimes ?

Non, absolument pas. Cela n’a rien à voir avec ça.

Je pense qu’ en ce qui me concerne, aller dans les implantations aujourd’hui, de mon point de vue, créerait des agitations et je m’efforce de ne pas en entraîner

Mon point de vue est très simple. J’ai un message clair. Celui d’essayer, dans la mesure du possible, de ne pas faire de choses susceptibles d’entraîner des agitations. Il y a énormément d’occasions où je serai forcé de le faire… Je n’ai pas besoin de le faire de surcroît intentionnellement.

Je m’inquiète profondément de ce que pensent les gens. Je veux me montrer respectueux de tous. Si quelqu’un veut venir me rencontrer ici, je rencontrerai tout le monde. Comme les faits l’ont déjà prouvé et j’ai toujours été très clair à ce sujet.

Je me suis montré de manière générale très ouvert – avec la communauté ultra-orthodoxe, avec laquelle j’ai passé des jours entiers, avec la communauté chrétienne, avec la communauté arabe. Je ne veux pas dire que je suis l’ambassadeur de tous – cela peut paraître un peu présomptueux – mais, une fois encore, je veux faire ce qui est juste. Et je n’ai pas besoin de faire intentionnellement des choses qui, je le sais, entraîneront des troubles si je peux l’éviter.

Le Premier ministre Naftali Bennett allume une bougie pour marquer la première nuit de Hanoukka au Mur occidental à Jérusalem, le 28 novembre 2021. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Expliquez-nous ce que ce signifie : « je tente de ne pas faire de choses au mur Occidental qui entraîneraient des troubles ».

Je suis allé au mur pour allumer des bougies de Hanoukka au mur Occidental, et j’y suis retourné. Est-ce que je vais y aller et nécessairement passer la journée en déambulant autour des tunnels du mur Occidental ? Probablement pas. Ce que je veux dire, c’est juste que je veux être respectueux du rabbin du Mur. Je veux me montrer respectueux de tous ces gens pour qui le mur est tellement important, mais je ne veux pas non plus le placer à un autre niveau, et risquer de blesser certaines personnes intentionnellement. Ce n’est pas mon objectif.

Ce que je veux dire en fait, c’est que tout ce que je vais faire, tout ce que je vais dire va forcément gêner quelqu’un. Mais je ne vais pas me lever le matin en me disant : « Oh, et si je faisais ça, ça et ça pour voir jusqu’à quel point ça va mettre en colère les Juifs ou les Arabes ? » Je ne le fais pas. Ce n’est pas ainsi que je mène ma mission. Je veux faire des choses qui aideront l’État juif démocratique à se renforcer.

Sur l’Iran, nous avons cette relations très chaleureuse dans laquelle nous nous accordons sur la finalité, avec de grosses différences sur les moyens à employer pour garantir que l’Iran, même sans acquérir une arme nucléaire, ne se rapprochera jamais de la fabrication d’une arme nucléaire. Etes-vous inquiet vous-même ? Etes-vous inquiet que ce soit sous l’autorité de cette administration que l’Iran devienne un État du seuil nucléaire, mettant potentiellement Israël face à un danger terrible ? Cette inquiétude est réelle, même de la part d’un Premier ministre entretenant une relation aussi formidable avec le président – avec ce souci que vous ne mesuriez finalement pas le danger tel qu’il est réellement.

Affiche du général iranien Qasem Soleimani (à droite) et du commandant principal des Hachd Abu Mahdi al-Muhandis, à l’approche du deuxième anniversaire de leur mort, à Téhéran, le 31 décembre 2021. (Crédit : AFP)

Oh, mais nous le comprenons. Nous le comprenons.

Le président des États-Unis a été très clair : nous ne laisserons pas les Iraniens se doter d’une arme nucléaire. Je ne sais pas comment nous pouvons nous montrer plus clairs encore. Et il est indubitable que les Israéliens et les États-Unis travaillent ensemble sur la question iranienne au quotidien. Tous les jours. Il a été très clairement établi dès le départ que les États-Unis aimeraient apporter une solution diplomatique à la crise. Mais le président a aussi été très clair : il ne laissera pas les Iraniens se doter d’une arme nucléaire.

J’ai été impliqué dans les discussions des deux côtés, et je pense que la majorité des Israéliens diront – comme c’est le cas aussi de leurs dirigeants – que la relation entre les États-Unis et Israël à ce sujet est inébranlable.

Je ne suggère pas pour autant que tout le monde est content – mais notre travail collectif est colossal, nous partageons des informations et nous communiquons au quotidien. Il n’y a pas de surprise. Personne n’est pris au dépourvu. Un tel cas de figure ne se présentera pas avec cette administration.

La réponse d’Israël, ce serait précisément cette inquiétude que vous ne réalisiez pas vraiment les choses parce que le pays constate que cette administration cherche à réintégrer un accord qui, selon tous les responsables qui sont au pouvoir ici, ne garantit rien et n’est pas suffisant. Alors comment expliquez-vous cette contradiction ? Est-ce que les Israéliens se trompent ?

Les États-Unis et Israël travaillent de concert, sur le partage d’information, en se concentrant sur ce qui doit être fait…

Avec un peu de chance, nous pouvons trouver une solution diplomatique. Mais les choses sont claires, comme le président l’a dit à de multiples occasions, nous n’allons pas rester à ne rien faire et laisser les Iraniens se doter d’une arme nucléaire.

Mohammad Eslami, chef de l’Agence nucléaire iranienne (à gauche), et le gouverneur de l’Iran auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Kazem Gharib Abadi, quittent la Conférence générale internationale de l’énergie atomique à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner, archive)

Puis-je vous poser une question qui m’est inspirée par des propos tenus par votre prédécesseur ici même, dans ce bureau, quand moi et mon collègue l’avions interviewé (en anglais) en 2018. Il avait dit : « Il n’y a aucun doute sur le fait que les républicains soutiennent Israël bien davantage que ne le font les démocrates. Les démocrates… n’ont pas été capables de créer une vague de soutien à Israël chez leurs électeurs, un soutien aussi fort que chez les républicains. » J’ignore si vous pensez que ces paroles sont justes.

Et j’ai une question plus concrète encore – c’est de savoir si vous vous inquiétez de ce que l’État juif, qui a plutôt glissé à droite au cours des dernières décennies, et l’Amérique qui – c’est assurément le cas avec le parti démocrate – présente un visage politique très différent, n’en viennent à devenir deux mondes qui s’éloignent l’un de l’autre ?

Pas d’un iota.

Je pense que le soutien, parmi les démocrates comme parmi les républicains, est inébranlable concernant Israël. L’immense, l’immense majorité des membres démocrates de la chambre, du sénat, et l’immense majorité des membres du parti républicain soutiennent un État juif fort et démocratique. Ils soutiennent pleinement le réapprovisionnement du Dôme de fer. Ils soutiennent la Défense, le protocole d’accord qui unit Israël et les États-Unis.

Israël est une question bipartisane, point barre, et mon travail est de continuer à faire valoir ce point de vue

Selon moi, les choses sont très simples. Israël est une question bipartisane, point barre, et mon travail est de continuer à faire valoir ce point de vue. Je respecte donc mon prédécesseur, l’ambassadeur [David] Friedman. Nous pouvons ne pas toujours être d’accord, mais je ne doute ni de son engagement en faveur des États-Unis ni de son attachement à Israël. Mais je ne m’implique pas moi-même en politique. Mon point de vue, c’est que je soutiens tout ce qui favorisera un État juif démocratique. Et il est indubitable que cette administration s’est pleinement engagée en faveur du renforcement d’Israël, et ce à chaque occasion possible.

De gauche à droite : Rashida Tlaib, (Démocrate-Michigan, Ilhan Omar, (Démocrate-Minnesota), Alexandria Ocasio-Cortez, (Démocrate-N.Y.), et Ayanna Pressley, (Démocrate-Massachusett), prennent la parole au Capitole à Washington, le 15 juillet 2019. (AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

Pouvons-nous aller un petit peu plus loin dans l’essence de ce que sont votre philosophie, votre compréhension des choses et votre approche ? Vous avez montré un grand dédain à l’égard du rapport diffusé par Amnesty International [qui a accusé Israël d’apartheid à l’égard des Palestiniens]…

Juste pour être clair : je n’ai jamais de dédain à l’égard des personnes qui exposent un point de vue. En revanche, je suis gêné par les individus qui utilisent un langage susceptible d’enflammer les choses. Il est évident que j’ai du respect pour les personnes qui ont un point de vue et qui souhaitent l’exprimer. En revanche, utiliser des mots comme apartheid… Je trouve que c’est un mot terrible. Je ne pense pas que ce soit le cas ici. Et j’ai donc répondu à l’utilisation de ce terme, comme le département d’État l’a fait également.

Laissez-moi poser cette question de manière plus concrète. J’ai lu ce rapport et j’ai pensé : « Un apartheid en Israël ? C’est ridicule. » La bande de Gaza – elle est dirigée par le Hamas. Nous n’avons pas un seul civil là-bas. Notre armée n’y est pas présente. On nous accuse même de pratiquer l’apartheid en-dehors de ces territoires – au Liban, je présume, et ailleurs. Mais en Cisjordanie, la situation est plus compliquée. Et je sens chez vous également cette conscience aigue de la difficulté posée par la présence continue d’Israël en Cisjordanie. Qu’en pensez-vous ?

Il y a eu une focalisation de la part des États-Unis sur le ressortissant américano-palestinien qui a été tué, et un désir de faire la lumière sur le cas de ce travailleur humanitaire qui est en prison depuis de nombreuses années dans l’attente de son procès. Il y a à l’évidence des problèmes qui inquiètent les États-Unis – sur ce que va faire Israël à l’égard des Palestiniens et en particulier en Cisjordanie.

Je veux passer du temps à apporter mon aide aux Palestiniens, ce qui implique de souligner la nécessité de leur apporter une assistance, de convaincre le congrès de l’importance de cette assistance aux Palestiniens pour qu’ils puissent accéder à la santé, à l’éduction, à des programmes d’aide. Parce que, j’en suis convaincu, ça renforcera aidera in fine à renforcer aussi les Israéliens.

Je ne suis pas là pour mettre en doute les intentions d’autrui. Nos intentions sont très simples : c’est d’envoyer véritablement un message très fort à la communauté internationale, à Israël, le message que nous soutenons pleinement la solution à deux États.

Nous avons été très clairs – ne prenez pas d’initiatives unilatérales qui compliquent la mise en œuvre d’une solution à deux États – en élargissant les implantations, les avant-postes. Les Israéliens savent très bien ce sur quoi nous nous centrons. Et à chaque fois qu’un problème se pose s’agissant des implantations ou des avant-postes, ils savent qu’ils auront un coup de téléphone de ma part

Je ne nourris aucune illusion et je sais que je ne signerai pas un accord de paix demain à la Maison Blanche. Ce qui serait bien évidemment intéressant, mais je ne pense pas qu’une telle éventualité se présentera avant un moment. Ce qui ne signifie pas pour autant que je n’ai, de mon côté, rien à faire.

Ce n’est pas une mauvaise chose de faire les choses petit à petit, par palier. Cela ne me dérange absolument pas. Si je réussis, chaque jour qui passe, à améliorer un petit peu les choses pour les gens, que ce soit en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ou où que ce soit à Tel Aviv, ce sera formidable. Mon travail, en tant qu’ambassadeur américain, est de continuer à me concentrer sur la trajectoire que je veux suivre – c’est ce que je fais – et de tenter de rassembler les pièces du puzzle de manière à faire aller de l’avant cette relation.

Certains Palestiniens disent que si vous voulez améliorer la vie des Palestiniens, ce sont les implantations et en particulier les avant-postes qui sont les meilleures opportunités de le faire. Il y a l’exemple actuellement d’Evyatar, que le gouvernement s’est engagé – au moins sur le papier – à légaliser, parce qu’il s’est avéré qu’une partie de cet avant-poste n’avait pas été construit sur des terres privées palestiniennes…

Nous avons été très clairs – ne prenez pas d’initiatives unilatérales qui compliquent la mise en œuvre d’une solution à deux États – en élargissant les implantations, les avant-postes. Les Israéliens savent très bien ce sur quoi nous nous concentrons. Et à chaque fois qu’un problème se pose s’agissant des implantations ou des avant-postes, ils savent qu’ils auront un coup de téléphone de ma part. Nous travaillons ensemble sur le sujet très étroitement. Nous avons été très clairs concernant notre positionnement à l’égard de problèmes relatifs à l’élargissement des implantations et des problèmes qui rendent plus difficiles la possibilité d’une solution à deux États, notamment ces problèmes que vous venez de mentionner… Vous nous jugerez sur nos actions – sur ce que nous faisons et sur ce que nous disons.

Agnes Callamard, secrétaire-générale d’Amnesty international, à gauche, pendant une conférence de presse à Jérusalem, le 1er février 2022. (Crédit : RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Terminons cet entretien avec votre sentiment sur la bonne santé de la démocratie israélienne. Nous avons eu une information majeure – qui n’est pas prouvée au moment où je vous parle – au sujet de la technologie de NSO qui aurait été utilisée contre les citoyens israéliens, d’un logiciel-espion qui aurait été utilisé pour surveiller des citoyens israéliens. Nous avons aussi un ancien Premier ministre qui est actuellement traduit en justice et qui a déclaré que les forces de l’ordre et le système judiciaire avaient ourdi un complot à son encontre. Etes-vous confiant en ce qui concerne la bonne santé de cette démocratie israélienne dans laquelle vous servez aujourd’hui ? Quel est votre sentiment concernant l’épanouissement de la démocratie israélienne ?

Oui ! Écoutez-moi, les choses sont-elles parfaites aux États-Unis ? Non ? Je crois fondamentalement qu’Israël est un pays démocratique qui s’épanouit et qui, comme tous les autres pays, rencontre des difficultés. L’Europe rencontre des difficultés. Ce n’est pas parfait. Mon travail est de continuer à me concentrer sur tout ce qui rendra inébranlable, comme l’a dit le président Biden, notre relation avec Israël et de travailler avec les responsables israéliens. Et quand des questions nous tiennent à cœur, nous devons nous assurer que nous comprenons bien les choses.

La bonne nouvelle avec les Juifs, c’est que nous pouvons nous montrer très francs les uns à l’égard des autres. Comme vous l’avez probablement remarqué, je peux être très franc. Et vous savez, c’est une chose formidable.

Je ne suis pas là à vous donner un point de vue si borné qu’il n’a pu être déterminé qu’en observant un seul côté des choses : ce n’est tout simplement pas qui je suis. Quand je constaterai que les choses sont susceptibles de dérailler, je serai plus qu’heureux de le dire clairement à nos amis. Parce que je pense qu’ils respectent les États-Unis. Et que nous les respectons nous-mêmes très certainement.

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