Rechercher

Tom Nides « ne se rendra absolument pas » dans les implantations

Rompant avec son prédécesseur qui soutenait l'annexion, l'envoyé US dit prendre son poste "sans idéologie", ajoutant que Biden pense que l'Amérique doit s'occuper des Palestiniens

Thomas Richard Nides, ambassadeur des États-Unis en Israël, lors de sa cérémonie de prestation de serment, à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Thomas Richard Nides, ambassadeur des États-Unis en Israël, lors de sa cérémonie de prestation de serment, à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le nouvel ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, a indiqué vendredi qu’il n’avait jamais visité d’implantation en Cisjordanie et qu’il n’avait aucune intention de le faire, soucieux de ne pas prendre d’initiatives susceptibles d’attiser les tensions sur le terrain.

Lors de sa toute première interview avec un média israélien depuis son arrivée dans le pays, alors qu’il lui était demandé avec insistance s’il effectuerait une telle visite dans les implantations, Nides a déclaré au quotidien Yedioth Ahronoth : « Je ne m’y rendrai absolument pas ».

L’entretien – qui s’est déroulé en anglais – a été publié en hébreu. Un porte-parole de l’ambassade américaine à Jérusalem a confirmé l’exactitude des propos rapportés de l’envoyé. Les propos présentés dans cet article ont été traduits à partir de l’interview publiée en hébreu.

Les paroles de Nides marquent un retour à la politique d’avant Trump, quand les ambassadeurs américains ne se rendaient pas dans les implantations. L’envoyé de l’ancien président Donald Trump au sein de l’État juif, David Friedman, avait bousculé cette norme en se rendant à plusieurs reprises dans les villes israéliennes qui se trouvent de l’autre côté de la Ligne verte pendant son mandat.

L’ambassadeur en Israël David Friedman (4è à droite) en visite dans l’implantation d’Efrat avec les leaders du mouvement pro-implantations, le 20 février 2020. (Autorisation)

Soutien de longue date du mouvement pro-implantations, Friedman avait su exploiter ses liens proches avec Trump pour encourager la Maison Blanche à soutenir l’annexion de la Cisjordanie par Israël – même si le président n’avait pas autorisé, en fin de compte, la concrétisation de ce projet. Néanmoins, l’envoyé avait tenu un rôle dans la décision prise par le secrétaire d’État de l’époque, Mike Pompeo, d’abroger une note juridique de son département qui considérait que les implantations israéliennes étaient illégales.

Alors qu’il lui était demandé d’expliquer sa décision de ne pas emboîter le pas à son prédécesseur, Nides a répondu que « parce que, tout comme je demande aux Palestiniens et aux Israéliens de ne pas prendre d’initiatives susceptibles d’attiser les tensions, je ne veux pas faire intentionnellement de choses qui impliqueraient un manque de respect ou qui pourraient mettre en colère les populations ».

« Maintenant, entendez-moi bien, je vais faire des erreurs. Je vais dire des choses qui vont fâcher certains. Je suis sûr que dans cette interview, je vais dire quelque chose qui va fâcher quelqu’un. Mais je ne veux pas intentionnellement mettre en colère », a-t-il ajouté.

Nides est arrivé en Israël à la fin du mois de novembre après un long processus de confirmation qui avait été ralenti par le refus opposé par les républicains, au sénat, de prendre en considération un grand nombre de candidats proposés par le président Joe Biden.

L’ambassadeur américain en Israël Thomas Nides, à droite, présente ses lettres de créances au président israélien Isaac Herzog à Beit Hanasi à Jérusalem, le 5 décembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Expliquant son approche du poste, faisant encore la différence entre lui et son prédécesseur de manière subtile, Nides a déclaré que « s’agissant d’Israël, je n’ai aucune idéologie. Tout ce qui m’importe, c’est qu’Israël reste un État juif, démocratique et un État fort ».

Il a déclaré que son soutien à la solution à deux États était sa boussole à son nouveau poste.

« Mon soutien à une solution à deux États – une solution que soutient également, bien entendu, le président Biden – mon soutien au bien-être des Palestiniens, tout cela émane de ma certitude que c’est ainsi qu’Israël sera renforcé », a-t-il continué.

L’envoyé a précisé qu’il aurait l’impression d’avoir mené à bien sa nouvelle mission s’il parvenait à garder en vie la solution à deux États en persuadant les deux parties de ne pas prendre d’initiatives unilatérales susceptibles d’aggraver encore le conflit.

Le président américain Joe Biden s’exprime depuis la salle à manger d’État de la Maison-Blanche, à Washington, le 3 septembre 2021. (AP Photo/ Susan Walsh)

Il a par ailleurs clairement établi que le soutien apporté par l’administration Biden à la solution à deux États se traduirait « par des actes, pas seulement par des paroles ».

« Est-ce que cela signifie que nous allons reprendre le processus de paix demain ? Non. La destinée de la région est une problématique qui nous tient à cœur mais il ne faut pas attendre de nous que quelque chose puisse arriver demain », a poursuivi Nides.

Mettant en exergue une autre différence entre l’administration américaine actuelle et la précédente, l’envoyé américain a dit que l’administration Biden pense qu’elle doit s’occuper des Palestiniens, et que « c’est là la différence entre nous et l’administration Trump ».

Nides a aussi souligné la reprise des versements d’aides humanitaires américaines, à hauteur de centaines de millions de dollars, aux Palestiniens – des aides qui avaient été supprimées par Trump lorsque Ramallah avait refusé tout contact avec son administration.

Alors qu’il lui était demandé s’il avait rencontré des responsables palestiniens depuis son arrivée, l’ambassadeur a indiqué qu’il n’avait pas encore franchi la Ligne verte mais qu’il le ferait si cela devait lui être demandé au cours des prochaines semaines.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...