Israël en guerre - Jour 290

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Le rabbin Shimon Hartman avec des soldats ultra-orthodoxes de la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)
Le rabbin Shimon Hartman avec des soldats ultra-orthodoxes de la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

Une yeshiva, préparant les Haredim à l’armée, pleure son premier membre tombé à Gaza

Alors que le débat sur leur enrôlement se poursuit, la vie du sergent-chef Bezalel Kovach présente une nouvelle vision de ce que signifie appartenir à la communauté

Le mercredi 22 mai, le sergent-chef Bezalel Zvi Kovach, 20 ans, a été grièvement blessé lors de combats à Gaza. Quatre jours plus tard, il a succombé à ses blessures à l’hôpital Soroka.

Kovach a été le premier à tomber au champ d’honneur parmi les diplômés de Chedvata, une yeshiva qui prépare les hommes ultra-orthodoxes – ou haredim – à servir dans l’armée israélienne.

Si le nombre de victimes décédées indique quels segments de la société font leur juste part dans la défense d’Israël, la perte de la famille Kovach est un pas vers l’équilibre des inégalités entre les Israéliens ultra-orthodoxes et ceux qui ne le sont pas.

« Le soldat Bezalel Kovach a combattu à Gaza parce qu’il voulait faire partie de l’histoire israélienne, et il incarne l’héritage éducatif que je veux pour nos élèves », a déclaré le rabbin Yonatan Reiss, qui a créé et dirige Chedvata.

Ces derniers mois, alors que l’opposition intransigeante des dirigeants politiques haredim à un enrôlement obligatoire menace de faire tomber le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Reiss, membre du mouvement hassidique Belz, a fait de fréquentes apparitions dans les médias à la télévision israélienne, vêtu d’une tenue hassidique complète, avec de longues peot – mèches encadrant son visage.

Les députés ont voté la semaine dernière par 63 voix contre 57 en faveur de la « relance » d’un projet de loi consacré au service militaire des étudiants en yeshiva qui datait de la précédente Knesset, redonnant un nouvel élan à cette législation controversée dans le cadre de la guerre en cours avec le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza.

Le sergent-chef Bezalel Zvi Kovach (à gauche) et le rabbin Maj (Rés.) Shimon Hartman. (Crédit : Autorisation)

« En tant que membre de la communauté ultra-orthodoxe, je peux vous dire que nous excellons dans le bénévolat et c’est vraiment merveilleux, mais le bénévolat n’est pas la même chose que la prise de responsabilité, avec tout le respect que je vous dois », a souligné Reiss.

« Le jour où les membres de la communauté haredi s’engageront, s’engageront vraiment à faire trois ans de service, à faire partie de ce qui se passe ici – comme l’a fait Bezalel – le jour où ils commenceront à servir leur nation […] ou même s’engageront à travailler dans un hôpital, là où ils se sentent à l’aise, là où ils sentent que leur identité haredi est respectée, ce jour-là vous verrez des ultra-orthodoxes sur le marché du travail, ce jour-là les haredim seront pleinement intégrés et ce jour-là ils comprendront ce que signifie de faire partie intégrante du peuple juif », a-t-il poursuivi.

Les funérailles de Kovach se sont déroulées dans le strict respect des traditions de la communauté des Perushim (séparatistes) de Jérusalem, fondée par des disciples du Gaon de Vilna, Rabbi Eliyahu ben Shlomo Zalman, qui avait immigré en Israël depuis la Lituanie dans les années 1800.

Le salut à trois volées, les bouquets de fleurs et les autres obsèques prévues par le protocole d’enterrement de Tsahal étaient absents. Les funérailles ont eu lieu au cimetière de Givat Shaul, et non au cimetière militaire du mont Herzl.

Le commandant du bataillon de Kovach, le lieutenant-général Shlomo Shiran, a prononcé un éloge funèbre devant une foule essentiellement masculine, certains vêtus de costumes et de chapeaux noirs, d’autres en uniformes militaires vert olive.

Yehuda Segal, un ami proche de Kovach qui a grandi dans le même quartier haredi, a étudié avec lui à la Yeshiva Chedvata et a servi dans le même bataillon du Corps d’Infanterie, Netzah Yehuda, conçu pour répondre aux us et coutumes ultra-orthodoxes, était présent à l’enterrement.

Segal a déclaré que Kovach, un commandant d’escouade, était la personne la plus désintéressée qu’il ait jamais rencontrée.

« C’était le genre d’homme que l’on pouvait réveiller à trois heures du matin et qui était là avec une cigarette et une canette de Coca et qui nous encourageait », a déclaré Segal. « Il avait un esprit extraordinaire, totalement désintéressé, toujours là pour les autres, en particulier pour ses soldats. Peu importe que la personne soit juive ou non juive. » « Qu’importe s’il s’agit d’un Gentil [non-juif] », disait-il quand on le lui faisait remarquer, « Hachem [Dieu] l’a créé lui aussi. »

Des ultra-orthodoxes étudiant le Talmud, à la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

Segal a raconté comment, alors qu’il rendait visite à la famille de Kovach pendant la shiva – la semaine de deuil rituel juif -, il a rencontré un jeune homme haredi qui n’avait jamais entendu parler du bataillon Netzah Yehuda.

« Je lui ai expliqué comment nous combinons l’engagement envers le judaïsme et le service militaire, le sacré et le profane, la contribution à la nation et l’apprentissage de la Torah – que les deux ne se contredisent pas », a indiqué Segal.

« Il m’a regardé comme s’il n’arrivait pas à croire ce que je lui disais. Je lui ai montré des photos de Bezalel – je suppose qu’il pensait voir quelqu’un avec des dreadlocks et des boucles d’oreilles, et soudain il a vu un type en uniforme portant un vêtement à quatre coins avec des franges, assis pendant son service de garde en train d’apprendre [les enseignements de Rabbi Nahman de Breslev] », a poursuivi Segal. « Le gars a dit : ‘Wow, je ne savais pas que c’était possible.' »

Segal a noté que dans les jours qui ont suivi la blessure de Kovach et son décès, des rassemblements de prières pour son rétablissement ont été organisés dans le quartier strictement ultra-orthodoxe de Ramot Dalet, à Jérusalem où vivait Kovach.

« On peut en déduire qu’il y aura des mecs du quartier, et pas juste un ou deux, qui suivront l’exemple de Bezalel et s’enrôleront dans l’armée. Les mentalités sont en train de changer », a assuré Segal.

Des « parasites » qui « profanent le nom de Dieu »

Mais si l’attitude des haredim à l’égard du service militaire évolue, c’est à un rythme insignifiant.

Au total, moins de 300 étudiants sont inscrits aux différents programmes de Chedvata. Soixante autres diplômés servent dans l’armée.

D’après les données fournies par l’Institut israélien pour la démocratie (IDI) et les déclarations des responsables de Tsahal lors des réunions de la Knesset, malgré une croissance démographique annuelle de 4 % – la plus rapide de toutes les communautés en Israël – l’enrôlement des haredim est resté relativement stable depuis 2018 à environ 1 200, soit seulement 10 % des personnes habilités à servir en 2023. Et beaucoup de ces hommes viennent des marges de la société ultra-orthodoxe – abandons de yeshiva, enfants de nouveaux arrivants à l’orthodoxie, garçons issus de familles à l’esprit moderne avec un diplôme d’études secondaires, olim hadashim – nouveaux immigrants – issus de communautés non religieuses.

Malgré les tentatives de Tsahal, de personnalités publiques et de militants sociaux – ultra-orthodoxes ou non – d’encourager l’enrôlement dans l’armée, un gouffre douloureux sépare les familles israéliennes qui vivent dans la crainte de voir un officier militaire frapper à la porte et la grande majorité des familles haredim qui ne le vivent pas.

Depuis les années 1950, un arrangement politique ancré dans une série de lois et de décisions politiques permet aux hommes ultra-orthodoxes de reporter leur service militaire obligatoire jusqu’à ce qu’ils soient trop âgés pour être enrôlés. Ils doivent déclarer que l’étude de la Torah est leur occupation à plein temps et s’engager à rester au chômage. L’État verse à ceux qui étudient de modestes allocations. Les yeshivot sont censées faire l’objet d’un audit de présence. Mais des dizaines de milliers d’hommes valides seraient fictivement inscrits dans une yeshiva afin de recevoir des subventions, sans jamais y mettre les pieds.

Pour l’État juif ébranlé, cet arrangement est devenu de plus en plus intenable.

Les proches du soldat israélien Nahman Natan Hertz, 31 ans, assistant à ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 7 mai 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël est confronté à une myriade de menaces militaires : la guerre à Gaza, l’escalade à la frontière libanaise, les attaques de drones et de missiles par les milices soutenues par l’Iran au Yémen et en Irak, la menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire, la recrudescence du terrorisme palestinien en Judée et en Samarie. Des charges de défense écrasantes sont supportées par ceux qui servent, ainsi que par leurs conjoints, leurs enfants et leurs parents, qui doivent faire face au stress économique, physique et émotionnel lié à l’éloignement prolongé d’un être cher, exposé à des dangers existentiels.

Depuis le 27 octobre, 311 soldats et un policier ont été tués au cours de l’opération terrestre contre le Hamas et lors des opérations menées le long de la frontière de Gaza. Un contractant civil du ministère de la Défense a également été tué dans la bande de Gaza. Le même nombre de soldats a été tué lors de l’assaut du 7 octobre, lorsque des milliers de terroristes ont brutalement assassiné près de 1 200 personnes dans le sud d’Israël, dont une grande majorité de civils, et en ont enlevé 251 autres pour les emmener de force dans la bande de Gaza, où environ 120 d’entre elles – dont de nombreux soldats – sont toujours détenues.

Dans le même temps, plus de 60 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 26 ans, dont beaucoup sont aptes au service militaire, se prévalent de l’exemption « la Torah est ma profession ». Tous ne consacrent pas leurs heures productives à l’étude de la Torah.

Cette différence a suscité un tollé général.

Une vidéo montrant des centaines d’hommes haredim en âge de faire leur service militaire, assis dans le parc national de Ramat Gan le soir du 1er juin, regardant une projection en plein air de la finale de la Ligue des champions de l’UEFA entre le Real Madrid et le Borussia Dortmund est devenue virale sur les réseaux sociaux. Plusieurs commentaires ont été publiés : « Parasites », « Profanation du nom de Dieu », « Mon fils fait son service militaire et n’a pas eu la permission de regarder le match » et « Le football a donc la priorité sur l’étude de la Torah ».

En 2017, la Haute Cour de justice, se fondant sur une Loi fondamentale quasi-constitutionnelle garantissant l’égalité devant la loi, avait statué que le statu quo était illégal parce qu’il était discriminatoire à l’égard de la population laïque.

Depuis lors, les gouvernements successifs ont demandé avec succès à la Haute Cour de retarder l’inscription des haredim, arguant que le succès dépendait de la coopération des dirigeants politiques et spirituels de la communauté ultra-orthodoxes.

Mais cette coopération ne s’est pas matérialisée et la Haute Cour n’est pas disposée à attendre davantage. À la fin du mois de mars, la Cour a rejeté une demande du gouvernement visant à obtenir une nouvelle prolongation de 30 jours et a émis une ordonnance provisoire interdisant au gouvernement de verser les allocations mensuelles d’au moins certains étudiants ultra-orthodoxes des yeshivot après le 1er avril.

Des manifestants ultra-orthodoxes réunis alors que se tient une audience sur l’enrôlement des haredim, devant la Cour suprême, à Jérusalem, le 2 juin 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le 2 juin, un panel de neuf juges de la Haute Cour a entendu le conseiller juridique du gouvernement plaider en faveur des reports pour les jeunes hommes ultra-orthodoxes, affirmant qu’il était de la seule prérogative de Tsahal de les enrôler ou non et que la Cour n’avait pas à s’en mêler.

Plusieurs juges ont qualifié les arguments de « jeux de mots » et de manière de « tourner en rond », certains semblant se moquer des affirmations du conseiller juridique. Le besoin urgent de main-d’œuvre de l’armée a été au centre des préoccupations des juges, qui ont semblé favoriser un mouvement agressif de conscription des hommes haredim, mais n’ont pas encore statué sur la question.

Alors que les juges de la Haute Cour et le conseiller juridique du gouvernement échangeaient leurs arguments à Jérusalem, des dizaines d’hommes ultra-orthodoxes ont bloqué la Route 4 à l’entrée de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, juste à l’est de Tel Aviv, pour protester contre les tentatives de les enrôler.

Les deux partis politiques haredim – Shas et Yahadout HaTorah – préféreraient démissionner, et donc renverser la coalition Netanyahu, que d’appliquer une décision de la Haute Cour visant à enrôler de force les ultra-orthodoxes.

Une approche différente

Le campus haredi calme, bordé d’arbres et exclusivement masculin où se trouve Chedvata semble très éloigné de toute la controverse juridique et politique entourant la conscription ultra-orthodoxe. Niché dans un quartier résidentiel de Gan Yavne, une ville située à 40 kilomètres au sud de Tel Aviv et volontairement éloignée de toute communauté haredi afin de ne pas susciter d’opposition, le campus comprend une extension de l’Ashkelon College offrant aux hommes ultra-orthodoxes des diplômes universitaires utiles tels que la comptabilité, le commerce ou l’informatique. Le campus abrite également la Yeshiva Derech Haïm qui, comme Chedvata, prépare les jeunes hommes haredim à Tsahal.

Mais alors que les étudiants de Derech Haïm ont tous le niveau d’études et les inclinations nécessaires pour obtenir un diplôme en informatique, Chedvata s’adresse à un groupe d’étudiants plus diversifié. En plus d’un diplôme en informatique, les jeunes étudiants de Chedvata peuvent également obtenir un diplôme d’ingénieur en informatique.

Ces deux filières s’inscrivent dans une yeshiva Hesder – un programme sioniste religieux qui combine quelques années d’apprentissage de la Torah avec un service militaire écourté. Outre Derech Haïm et Chedvata, toutes les autres yeshivot Hesder, qui dépassent les 60, accueillent des étudiants de la mouvance Modern Orthodox.

Des étudiants, devant la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

Chedvata propose également une filière de combat comme celle suivie par Kovacs et Segal. Appelée Tzavta, il s’agit d’une académie prémilitaire où les jeunes hommes ultra-orthodoxes reçoivent une préparation de sept mois avant de s’enrôler.

Mais les deux filières technologiques de Chedvata, qui préparent les étudiants à intégrer l’une des unités high-tech de Tsahal, sont les plus populaires.

« Je ne voulais pas finir par travailler dans un supermarché en essayant de faire vivre une femme et des enfants avec un loyer à payer et sans avenir », a déclaré Baruch Linshe, 23 ans, qui a grandi dans la communauté hassidique Seret-Viznitz à Haïfa et qui termine sa dernière année d’études en vue de devenir ingénieur.

« Mon message aux haredim qui sont dans la même situation que moi il y a quatre ans est le suivant : ne gâchez pas votre vie en restant assis à ne rien faire, en dormant le jour et en errant la nuit, sans but ni objectif », a déclaré Linshe, qui passe actuellement des tests et des entretiens pour être accepté dans l’une des unités high-tech très convoitées de Tsahal.

« J’apporte ma contribution au pays et je me prépare également à la vie », a-t-il ajouté. « Lorsque j’aurai achevé mon service militaire, j’aurai acquis une formation théorique et une expérience pratique et je serai en mesure de trouver un bon emploi. »

Le rabbin Maj (Rés.) Shimon Hartman, 41 ans, responsable pédagogique de la Yeshiva Chedvata, a déclaré que contrairement aux étudiants des yeshivot Hesder sionistes religieuses qui, selon lui, ont tendance à être motivés par l’idéologie, ses jeunes hommes sont très pragmatiques.

« Si je proposais un diplôme d’enseignement, comme le font les yeshivot sionistes religieuses, au lieu d’un diplôme de high-tech, je serais assis ici tout seul », a noté Hartman.

Hartman explique que l’armée encourage les diplômés de sa yeshiva à se spécialiser dans le domaine qui les intéresse le plus, afin qu’ils puissent exceller.

« Vous pouvez choisir entre Full Stack, Cyber, Data, AI et QA – il y a beaucoup d’unités militaires qui ont des besoins en matière de technologie », a-t-il ajouté.

Des parcours éclectiques

Chedvata est installée dans une ancienne synagogue. Les étudiants apprennent la Torah le matin et poursuivent leurs études l’après-midi et le soir. Les hommes qui suivent le parcours du combattant s’entraînent physiquement ou apprennent l’arabe familier l’après-midi et le soir.

Les étudiants qui se sont entretenus avec le Times of Israel sont issus de milieux ultra-orthodoxes différents, souvent éclectiques, et quasi-ultra-orthodoxes.

Avreimy Grinblat, étudiant en première année d’informatique à Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

Avreimy Grinblat, étudiant en première année d’informatique, a grandi dans l’implantation haredi de Kiryat Sefer. Ses parents, qui ont eux-mêmes embrassé l’orthodoxie plus tard dans leur vie, appartiennent à la communauté Breslev. Il est diplômé de la Hasidic Midrasha, un établissement d’enseignement secondaire innovant qui combine un programme de mathématiques, de sciences et d’anglais de haut niveau avec l’étude de la Torah.

Grinblat a admis qu’il serait « embarrassant » de rentrer chez lui en uniforme dans son quartier ultra-orthodoxe.

« Mais je veux être ouvert sur ce que je fais et ne pas avoir l’impression de devoir cacher quoi que ce soit », a-t-il ajouté.

Grinblat a suggéré que son choix de faire le programme de Tsahal pourrait nuire à ses chances de trouver une épouse.

« Je cherche une femme qui me ressemble, quelqu’un qui n’est pas typiquement ultra-orthodoxe », a-t-il déclaré.

Natan Anter, également étudiant en informatique, dont les parents – eux aussi venus tardivement au mode de vie haredi – voulaient qu’il termine ses études secondaires, a déclaré qu’il avait hésité entre Chedvata et le prestigieux programme de formation Atuda de Tsahal, d’une durée de dix ans, qui combine un diplôme universitaire et une période de service en tant que soldat de carrière.

« J’avais de très bonnes notes et j’aurais pu aller à l’Université hébraïque, mais j’ai choisi Chedvata même si la partie académique n’est pas du plus haut niveau parce que je voulais apprendre la Torah et renforcer mon identité religieuse dans un endroit qui est à la fois ouvert d’esprit et exigeant », a expliqué Anter.

Parmi les autres étudiants figurent Eden Biton, qui a grandi dans une communauté du mouvement Habad Loubavitch, à Hadera, et Liam Amram, originaire de Netanya, qui a grandi dans ce qu’il appelle une famille traditionnelle, mais qui a embrassé une identité ultra-orthodoxe à l’adolescence.

Baruch Linshe est en dernière année d’études pour obtenir un diplôme d’ingénieur en informatique à la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

Grinblat, Anter, Biton et Amram ne sont pas issus du courant haredi. Ils sont arrivés à Chedvata dans le prolongement naturel de l’éducation qu’ils recevaient à la maison, qui comprenait des études laïques. Sans ces jeunes hommes, le petit nombre d’étudiants de Chedvata serait encore plus réduit ou l’école devrait accepter des jeunes qui ont abandonné la yeshiva et qui manquent de motivation. Le bon équilibre entre les jeunes hommes sérieux ayant suivi des études laïques et les diplômés du système scolaire ultra-orthodoxe est important pour le succès de Chedvata.

« Il faut beaucoup de réflexion et d’énergie pour trouver le bon équilibre », a souligné Reiss. « Nous ne pouvons pas maintenir une yeshiva composée uniquement de personnes qui ont abandonné le cadre classique de l’école haredi. Nous avons essayé, mais ça ne marche pas. »

De déserteur à officier responsable

Reiss, 35 ans, a servi dans le Directorat de la Logistique et des Technologies (TIC) et a fini par être nommé responsable des soldats haredim de l’unité. Mais il n’avait pas prévu de servir. Il s’est marié à l’âge de 18 ans et a quitté Israël pour le Brésil avec son épouse afin d’y enseigner la Torah. Pendant son séjour au Brésil, il a créé une entreprise d’exportation.

À l’âge de 26 ans, alors père de trois enfants, Reiss retourne en Israël, où il est rapidement arrêté pour avoir déserté. Après une première tentative pour éviter de servir, il se réconcilie avec lui-même et décide de mettre son temps à profit.

Reiss rejette l’idée qu’il est un catalyseur de changement dans la communauté ultra-orthodoxe. Il considère plutôt qu’il est à la remorque des processus organiques qui se déroulent au sein de la société haredi.

« Nous nous considérons comme un cadre éducatif pour ceux qui veulent rejoindre l’armée, et non comme un service de conscription. Tout le monde n’est pas fait pour cela – la vérité est que la plupart des membres de la communauté ultra-orthodoxe ne sont pas faits pour le service militaire – mais pour ceux qui le sont, Chedvata les accompagne dans un processus éducatif important qui les prépare au monde laïc tout en favorisant une forte identité haredi, ce dont on ne parle pas beaucoup dans la communauté ultra-orthodoxe dominante », a-t-il expliqué.

Lorsqu’un haredi célibataire rejoint Tsahal, cela signifie souvent qu’il a déjà quitté la communauté ultra-orthodoxe traditionnelle. Or, le prix de cette sortie est élevé, ce qui explique pourquoi peu de jeunes hommes haredim se précipitent au centre d’incorporation de Tsahal.

Le rabbin Yonathan Reiss, fondateur de la Yeshiva Chedvata. (Crédit : Autorisation)

L’histoire de Linshe, qui a grandi dans la communauté insulaire de Seret-Viznitz, dans le quartier Hadar de Haïfa, est instructive. Son premier acte de rébellion, qui l’a mis sur la voie du service militaire – et de l’exode de Seret-Viznitz – a été son rejet, à l’âge de 17 ans, d’un mariage arrangé organisé par sa famille.

« Sur les 25 garçons avec lesquels j’ai fait mes études, il n’y a que moi et deux autres qui ne sont pas mariés », a-t-il indiqué.

Pendant plusieurs années, il a étudié dans différentes yeshivot hassidiques tout en faisant du bénévolat pour le service de secours du Magen David Adom (MDA) et d’autres organisations.

Un autre tournant pour Linshe a été l’achat d’un smartphone.

« Mes parents étaient très mécontents, car ce n’était pas leur façon de faire. Mais ils ont fini par apprendre à vivre avec », a-t-il raconté.

Contrairement à ses amis, qui ont été expulsés de chez eux parce qu’ils possédaient un smartphone, les parents de Linshe ont été plus tolérants, peut-être parce que six des sept frères et sœurs de Linshe sont plus âgés et moins influençables.

Peu à peu, Linshe a cessé d’étudier à la yeshiva et a commencé à travailler à plein temps pour MDA en tant qu’ambulancier salarié.

« Chaque fois que j’avais un appel pendant Shabbat, les enfants du quartier me traitaient de ‘shegetz' », a raconté Linshe, citant un mot péjoratif pour un non-Juif.

Parce qu’il a reporté son service militaire sous prétexte qu’il apprenait la Torah à plein temps, il était illégal pour Linshe de travailler. Il se souvient avoir eu peur de se faire prendre.

C’est à cette époque que Linshe a découvert Chedvata par l’intermédiaire d’un ami.

« Sans Chedvata, je n’aurais jamais rejoint Tsahal. Je n’avais aucune idée de la marche à suivre », a-t-il déclaré.

Chedvata a aidé Linshe à se préparer à l’environnement laïc de l’armée et lui a fourni un cadre pour apprendre une profession pendant ce qu’il appelle « les années les plus significatives de toute ma vie ».

Linshe a déclaré qu’aujourd’hui, il ne pourrait pas trouver une femme avec laquelle se marier au sein de la communauté de Seret-Viznitz.

« Ils voudraient me marier avec quelqu’un dont personne d’autre ne veut », a-t-il déclaré.

Mais Linshe a dit s’être réconcilié avec ses décisions de vie.

« Je veux une épouse qui pense comme moi et je veux quelque chose de mieux pour mes enfants. Je veux qu’ils reçoivent une éducation religieuse, mais [également] une éducation qui les prépare au marché du travail », a-t-il précisé.

C’est comme se jeter du haut d’une falaise

La plupart des hommes haredim ne sont pas prêts à payer le prix de l’abandon de leurs réseaux familiaux et sociaux et de tout ce qui leur est familier pour s’aventurer dans l’inconnu.

Le rabbin Reiss estime que sur plus de 60 000 ultra-orthodoxes âgés de 18 à 26 ans qui reportent indéfiniment leur service militaire parce que « la Torah est leur profession », environ 30 % ont complètement abandonné et « ne savent même pas comment retrouver la yeshiva où ils sont inscrits en tant qu’étudiants à plein temps ».

Reiss recommande de commencer par ces jeunes hommes. Mais au lieu d’exiger des quotas, il a suggéré un programme en deux étapes : tout d’abord, vérifier soigneusement l’assiduité dans les yeshivot où les jeunes haredim prétendent étudier.

Le fondateur de la Yeshiva Chedvata, le rabbin Yonathan Reiss s’entretenant avec un étudiant. (Crédit : Autorisation)

« Les institutions qui mentent sur l’assiduité devraient être sanctionnées », a estimé Reiss. « Lorsque leurs budgets seront en jeu, vous verrez qu’ils se ressaisiront rapidement. »

La seconde étape consiste à fournir des fonds publics, des bâtiments gratuits et d’autres ressources à des projets tels que Chedvata, qui aident à préparer les jeunes hommes ultra-orthodoxes au service militaire.

Hartman, qui effectue son service de réserve en tant que rabbin de Tsahal lorsqu’il n’enseigne pas et ne guide pas ses élèves à Chedvata, a mis en garde contre des attentes trop élevées.

« Vous ne verrez pas des dizaines de milliers d’étudiants quitter les yeshivot pour rejoindre Tsahal », a déclaré Hartman. « Les élèves de Ponevezh et de Hébron qui apprennent 16, 17, 18 heures par jour continueront d’être présents. Cela ne changera pas. La question est de savoir ce qu’il advient de ceux qui n’étudient pas. »

Selon Hartman, les parents ultra-orthodoxes sont plus sensibles aux besoins de leurs enfants que par le passé et sont donc plus ouverts à d’autres options scolaires. De plus, Tsahal est de plus en plus considéré par les Israéliens laïcs et par les haredim comme une passerelle vers le progrès économique, que ce soit par le biais de la formation professionnelle, d’avantages particuliers, d’aides financières ou de pensions.

« Le recours à la coercition ne fonctionnera pas, car il ne fera que renforcer l’opposition des haredim. En outre, ce n’est pas pratique. Il y a des dizaines de milliers d’ultra-orthodoxes qui bénéficient d’une exemption. Qu’allez-vous faire, les mettre tous en prison ? »

Hartman a déploré que la dynamique politique empêche une approche plus pragmatique.

« Le chef de HaMahane HaMamlahti et ancien ministre de la Défense, Benny Ganz, avait l’habitude de soutenir un plan d’intégration des haredim qui n’incluait ni quotas, ni coercition, mais il est devenu plus dur parce que c’est la chose la plus populaire à faire et que c’est ce qui lui apportera le plus de votes », a estimé Hartman.

Des Juifs ultra-orthodoxes étudiant à la Yeshiva Ponevezh, à Bnei Brak, le 11 mai 2010. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

« Les partis ultra-orthodoxes n’accepteront jamais la conscription pour les hommes haredim, même ceux qui ne sont pas dans les yeshivot. De leur point de vue, c’est une pente glissante. Si vous laissez certains s’enrôler, vous aurez ensuite un glissement de terrain », a-t-il ajouté.

Reiss, qui bénéficie du soutien moral du rabbin Yissachar Dov Rokeach, chef du mouvement hassidique de Belz, a des projets ambitieux pour l’avenir. Il a créé Chedvata il y a six ans avec un prêt personnel de 2 millions de shekels et six étudiants.

Cette année, Chedvata a ouvert une nouvelle yeshiva à Nesher, non loin de Haïfa, qui s’adresse à une population majoritairement séfarade, dont beaucoup sont venus au judaïsme orthodoxe plus tard dans leur vie. Il prévoit d’ouvrir deux autres yeshivot l’année prochaine, l’une à Netivot et l’autre à Jérusalem.

En outre, il a ouvert cette année une yeshiva à Jérusalem pour un groupe d’élite qui étudie la Torah huit heures par jour pour satisfaire aux exigences de la loi et qui, le soir, s’assure l’obtention d’un diplôme en informatique à l’Open University.

Des rabbins haredim de premier plan avaient signé une interdiction de fréquenter sa yeshiva, publiée dans le quotidien ultra-orthodoxe Yated Neeman.

« J’étais certain que les gens ne viendraient pas, mais ils sont venus », a raconté Reiss.

Reiss a affirmé qu’il ne regrettait pas d’avoir fondé Chedvata et d’avoir ouvert une voie pour que les hommes ultra-orthodoxes puissent rejoindre les unités de combat, même après la tragédie de Kovach, qui a été tué par un tir ami.

« J’aurais pu mener une vie plus simple en tant qu’homme d’affaires », a reconnu Reiss. « Mais cela fait partie de mon engagement envers l’État. Et cet engagement n’a fait que se renforcer à la suite du 7 octobre. »

« Bezalel n’a pas eu à servir. En raison de difficultés personnelles, il a été exempté par Tsahal. Mais il s’est battu pour être accepté dans une unité de combat. Il m’a demandé de l’aider et je l’ai fait. Il était important pour lui de contribuer au peuple juif. Lorsqu’il a participé à l’opération à Gaza, il était conscient des risques et je suis très fier de lui et de tous les étudiants qui choisissent de se battre », a déclaré Reiss.

« C’est très douloureux et triste, mais nous vivons ici dans l’État d’Israël et si quelqu’un n’apprend pas la Torah, servir dans l’armée fait partie de l’histoire d’Israël, du partage du fardeau », a-t-il ajouté en référence au surnom du service militaire en Israël.

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