Washington envisage d’imposer des sanctions pour terrorisme à l’UNRWA

Fustigeant l'agence onusienne, la qualifiant 'd'organisation corrompue ayant manifestement aidé et soutenu des terroristes', un responsable du Département d'État précise qu'aucune décision définitive n'a encore été prise

Un enfant assis devant l'entrée du complexe immobilier de l'Office très controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), à Gaza-City, le 6 septembre 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Des responsables de l’administration du président américain Donald Trump ont mené des discussions avancées sur l’imposition de sanctions pour terrorisme à l’Office très controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ont déclaré deux sources bien informées.

L’agence onusienne opère à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie et en Syrie, où elle est censée fournir une aide, une éducation, des soins de santé, des services sociaux et des abris à des millions de Palestiniens.

De hauts responsables de l’ONU et le Conseil de sécurité des Nations unies ont décrit l’UNRWA comme le pilier de l’aide humanitaire à Gaza, où la guerre – déclenchée il y a plus de deux ans par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – a provoqué une crise humanitaire.

Israël et l’administration Trump ont toutefois accusé l’agence d’entretenir des liens avec le Hamas, allégations que l’UNRWA nie. Or, Israël a publié des preuves montrant que des employés de l’UNRWA ont participé à l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre, ont enlevé et détenu des otages, et accuse les écoles de l’agence onusienne de glorifier systématiquement le terrorisme et de contester le droit d’existence de l’État d’Israël.

Washington a longtemps été le plus important contributeur de l’UNRWA, mais a suspendu son financement en janvier 2024, après qu’Israël a accusé douze employés de l’agence onusienne d’avoir participé au 7-Octobre.

En octobre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a ensuite accusé l’agence d’être devenue « une filiale du Hamas », que les États-Unis ont classé comme organisation terroriste en 1997.

On ignore si les discussions en cours aux États-Unis portent sur des sanctions visant l’ensemble de l’agence onusienne, certains de ses responsables ou certaines de ses activités. Les responsables américains n’ont pas encore décidé du type de sanctions qu’ils imposeraient à l’UNRWA.

Les douze employés de l’UNRWA soupçonnés d’avoir participé au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Les responsables du Département d’État envisageraient notamment de déclarer l’UNRWA comme « organisation terroriste étrangère » (FTO), ont indiqué les sources, bien qu’il ne soit pas certain que cette option, qui isolerait gravement l’UNRWA sur le plan financier, soit toujours sérieusement envisagée.

Toute mesure générale visant l’ensemble de l’agence pourrait perturber les efforts d’aide aux réfugiés et paralyser l’UNRWA, qui est déjà confrontée à une crise de financement.

« Sans précédent et injustifié »

Sanctionner l’UNRWA pour des motifs liés au terrorisme serait une mesure inhabituelle, car les États-Unis sont à la fois membres et pays hôte des Nations unies, qui ont créé l’Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient en 1949.

William Deere, directeur du bureau de l’UNRWA à Washington, a déclaré que l’agence serait « déçue » si les responsables américains discutaient effectivement d’une désignation comme organisation terroriste étrangère. Il a ajouté qu’une telle mesure serait « sans précédent et injustifiée ».

« Depuis janvier 2024, quatre entités indépendantes ont enquêté sur la neutralité de l’UNRWA, dont le Conseil national du renseignement américain. Bien qu’elles aient mené leurs enquêtes à des moments différents et selon des perspectives différentes, elles sont toutes parvenues à la même conclusion : l’UNRWA est un acteur humanitaire neutre et indispensable », a affirmé Deere.

En réponse à une demande de commentaires, un responsable du Département d’État américain a qualifié l’UNRWA « d’organisation corrompue ayant manifestement aidé et soutenu des terroristes ».

« Tout est sur la table. Aucune décision définitive n’a encore été prise », a déclaré le responsable.

Des véhicules de l’ONU escortant un camion détruit qui aurait été utilisé par des employés de l’UNRWA et qui aurait été pris pour cible par les troupes israéliennes, alors qu’il est remorqué par un camion sur la route principale Salah al-Din, à l’extérieur de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, le 23 octobre 2024. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

La Maison Blanche n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Le Département d’État et d’autres départements disposent de diverses options de sanctions, qui permettent généralement de geler les avoirs et d’interdire les déplacements de certaines personnes et entités. La désignation FTO serait l’une des mesures les plus sévères à la disposition de Washington. Ces désignations sont généralement réservées aux groupes qui tuent des civils, comme les branches du groupe terroriste sunnite État islamique (EI) ou d’Al-Qaïda.

Des dizaines d’alliés clés des États-Unis financent l’UNRWA, ce qui soulève la question de savoir si les responsables étrangers pourraient faire l’objet de sanctions pour avoir aidé l’agence, si Washington sanctionnait l’UNRWA ou l’un de ses responsables pour des motifs liés au terrorisme.

Les Nations unies ont déclaré que neuf membres du personnel de l’UNRWA auraient été impliqués dans le pogrom perpétré par Hamas le 7 octobre 2023 et qu’ils avaient été licenciés. Un commandant de groupe terroriste palestinien au Liban, éliminé par Israël en septembre, occupait également un poste à l’UNRWA. L’ONU s’est engagée à enquêter sur toutes les accusations portées et a demandé à plusieurs reprises à Israël de lui fournir des preuves, ce qu’il n’a pas fait selon elle.

Ces discussions soulèvent des préoccupations humanitaires et juridiques

Les sources, directement informées des discussions de l’UNRWA et ayant requis l’anonymat pour pouvoir divulguer des délibérations non publiques, ont exprimé diverses préoccupations humanitaires et juridiques en privé, compte tenu du rôle unique de l’agence dans l’aide aux Gazaouis déplacés.

Selon ces sources, ce sont généralement les fonctionnaires nommés à des postes politiques au Département d’État depuis le début du mandat de Trump qui ont mené la campagne visant à imposer des sanctions liées au terrorisme à l’UNRWA.

De nombreux fonctionnaires de carrière du Département d’État, notamment certains juristes chargés de rédiger les textes relatifs aux désignations, ont fait pression pour que cela n’arrive pas, ont ajouté ces sources.

Des employés des Nations unies et du Croissant-Rouge préparant l’aide à distribuer aux Palestiniens dans l’entrepôt de l’UNRWA, à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 23 octobre 2023. (Crédit : Hassan Eslaiah/AP Photo)

Ces dernières semaines, les sanctions potentielles ont été discutées par des responsables du Bureau de la lutte contre le terrorisme du Département d’État et des membres de son équipe de planification politique, une puissante entité interne chargée de l’élaboration des politiques, a déclaré l’une des sources.

Gregory LoGerfo, candidat au poste de responsable de la lutte antiterroriste au sein du Département d’État, s’est récusé des discussions sur l’UNRWA dans l’attente de la confirmation du Sénat, a ajouté cette source.

Depuis des années, le Premier ministre Benjamin Netanyahu réclame le démantèlement de l’UNRWA, qu’il accuse d’inciter à la haine anti-Israël. Depuis le 30 janvier, Israël interdit à l’UNRWA d’opérer sur son territoire, y compris à Jérusalem-Est, et de prendre contact avec les autorités israéliennes.

En octobre, Israël et le Hamas ont signé un accord de paix négocié par les États-Unis, mais des violations manifestes du cessez-le-feu ont été fréquentes et les progrès vers la mise en œuvre des termes généraux du plan de paix ont été lents. Selon l’agence onusienne, plus de 370 employés de l’UNRWA ont été tués à Gaza pendant la guerre.

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