177 millions de shekels supplémentaires octroyés aux écoles privées haredi
Le total des fonds alloués au secteur ultra-orthodoxe dépasse les 300 M de shekels, fonds prévus au budget compris, mais aussi des millions de fonds publics pour les écoles 'exemptées' de contrôle
La commission des Finances de la Knesset a approuvé mardi, lors d’une session d’urgence, une enveloppe supplémentaire de 177 millions de shekels destinée aux écoles et programmes scolaires ultra-orthodoxes, accordant ainsi de nouveaux avantages aux partis haredim, bien qu’ils aient quitté le gouvernement.
Ces allocations comprennent des fonds destinés aux écoles ultra-orthodoxes privées et aux systèmes scolaires religieux affiliés à des partis comme Shas et Yahadout HaTorah, y compris des fonds qui n’étaient pas prévus dans le budget.
Même si la Knesset est en vacances jusqu’en octobre et que les partis ultra-orthodoxes ont quitté le gouvernement, un vote d’urgence a été convoqué lundi pour approuver, entre autres, le transfert de fonds d’un montant total de 138 millions de shekels aux secteurs haredi et nationaliste religieux, conformément à des accords de coalition antérieurs.
Outre ces fonds, la commission a également adopté une enveloppe de 177 millions de shekels comprenant des allocations qui dépassent ce qui avait initialement été approuvé dans le budget de l’État.
Ces fonds sont destinés à payer les salaires des enseignants des écoles maternelles haredi reconnues mais non officielles, à financer les programmes des « écoles d’été » dans les institutions haredi (même si la plupart de ces programmes ont cessé en juillet) ainsi qu’à assurer l’administration et le fonctionnement des systèmes scolaires haredi, alors que le ministère de l’Éducation interdit explicitement l’utilisation de fonds publics pour ces systèmes scolaires non publics.
« Même en ces temps difficiles, avec l’aide de Dieu, nous avons désormais approuvé les budgets essentiels pour garantir la poursuite du fonctionnement des établissements d’enseignement, dans l’intérêt des enseignants de maternelle, des professeurs et des élèves », a déclaré le député Moshe Gafni (Yahadout HaTorah), ancien président de la commission des Finances qui a démissionné en juillet lorsque son parti a quitté la coalition.
Les établissements « exemptés », ou écoles privées en hébreu, reçoivent environ 55 % des fonds alloués aux écoles publiques, à condition qu’ils enseignent 55 % du programme scolaire de base – les connaissances fondamentales que l’État estime que chaque enfant scolarisé doit acquérir : langue, mathématiques et sciences, et anglais. Ils font l’objet de peu de contrôle ou de sanctions de la part du ministère de l’Éducation.
Une deuxième catégorie, les institutions « reconnues mais non officielles » – connues sous l’acronyme en hébreu « Mou’hshar » – s’engagent à enseigner 75 % du programme scolaire de base et reçoivent 75 % du financement. Toutefois, beaucoup enseignent bien moins que cela.
Enfin, les écoles « en réseau » sont affiliées à l’un des deux principaux partis politiques ultra-orthodoxes : le réseau Bnei Yosef est aligné sur le parti séfarade Shas et le réseau Hinou’h Atzmaï est associé au parti ashkénaze Yahadout HaTorah. Ces écoles sont entièrement financées par l’État et doivent enseigner l’intégralité du programme scolaire de base.
Des députés de l’opposition ont fait valoir que ces transferts contournent les procédures d’approbation appropriées et pourraient enfreindre les directives visant à garantir l’équité budgétaire et la responsabilité financière.
Au cours de la réunion de mardi, ils ont insisté pour que les allocations budgétaires proposées soient justifiées alors que le conflit militaire se poursuit et que les tensions économiques s’aggravent.
La députée Orit Farkash-Hacohen (HaMahane HaMamlahti), qui a voté contre ces mesures, a vivement critiqué la commission pour avoir approuvé de tels transferts « en pleine pause parlementaire, à la veille de l’occupation de Gaza ».
« Le transfert de dizaines de millions de shekels de fonds politiques à l’éducation privée haredi, qui encourage l’ignorance et le refus de faire son service militaire, est une preuve supplémentaire du décalage incompréhensible du gouvernement minoritaire avec les problèmes fondamentaux de la société israélienne », a déclaré au Times of Israel le député Vladimir Beliak (Yesh Atid).
Au cours de la réunion, Gafni a exprimé sa frustration face à ce qu’il considérait comme une indignation sélective de l’opposition lorsque la conversation a porté sur les allocations budgétaires destinées à la communauté arabe.
« Je suis tout à fait favorable au transfert de fonds à la communauté arabe, en particulier aux Bédouins. Je pense que le budget doit être équitable », a-t-il déclaré.
« Mais je ne peux pas supporter ce comportement ; les gens sont restés assis ici pendant deux heures à parler des enseignants haredim de maternelle qui ont faim, nous bombardant de questions. Pourtant, lorsqu’il s’agit de transférer des fonds à la communauté bédouine, soudainement, plus personne ne pose de questions. »
« Si les enseignants haredim des jardins d’enfants ont faim, cela signifie que Gafni a très mal fait son travail pendant ses [années] à la tête de la commission des Finances », a répondu Beliak.
Le vote a eu lieu alors que le gouvernement annonçait son intention de mobiliser davantage de réservistes à la suite de la déclaration du Premier ministre Benjamin Netanyahu concernant une prise de contrôle imminente de Gaza-City, ainsi que de l’indignation générale suscitée par l’éviction du député Yuli Edelstein (Likud) de la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, une décision directement liée à son refus de faire avancer le projet de loi exemptant les ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva du service militaire.
« La coalition dirigée par le Likud a décidé de convoquer deux « audiences d’urgence » aujourd’hui pendant la pause de la Knesset », a déclaré Yesh Atid dans un communiqué.
« L’une d’elle pour faire avancer leur projet de loi visant à accorder une exemption massive du service militaire aux ultra-orthodoxes, et l’autre pour transférer 177 millions de shekels aux systèmes scolaires ultra-orthodoxes. »
Alors que la commission des Finances de la Knesset votait l’allocation de fonds principalement à la communauté ultra-orthodoxe, la commission des Affaires étrangères et de la Défense s’est réunie pour faire avancer un projet de loi d’exemption pour les ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva, sous la houlette de son nouveau président, le député Boaz Bismuth, qui a remplacé le député Edelstein, évincé pour n’avoir pas fait avancer le projet de loi.
« Le Likud travaille pour les déserteurs », poursuit le communiqué.
Faisant le lien entre les deux questions, Yaïr Lapid, le chef du parti Yesh Atid, a déclaré : « La commission des Finances vient de transférer 177 millions de shekels de notre argent à des camps d’été ultra-orthodoxes, où l’on enseigne aux enfants qu’ils ne doivent en aucun cas servir dans l’armée. »
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