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Une cérémonie commémorative commune pour les familles israéliennes et palestiniennes endeuillées, organisée à Tel Aviv en 2025, avec une inscription en hébreu et en arabe : « Nous, qui avons perdu ce que nous avions de plus cher, choisissons de nous tenir debout, de pleurer et de nous souvenir ensemble. Et comme chaque année, nous appelons à la fin de la violence et à la recherche d’une solution diplomatique qui garantira la liberté, la justice et la sécurité pour tous. » (Crédit : Gilli Getz)
Une cérémonie commémorative commune pour les familles israéliennes et palestiniennes endeuillées, organisée à Tel Aviv en 2025, avec une inscription en hébreu et en arabe : « Nous, qui avons perdu ce que nous avions de plus cher, choisissons de nous tenir debout, de pleurer et de nous souvenir ensemble. Et comme chaque année, nous appelons à la fin de la violence et à la recherche d’une solution diplomatique qui garantira la liberté, la justice et la sécurité pour tous. » (Crédit : Gilli Getz)
"Le sang n’engendre que le sang"

Ces familles endeuillées du 7-Octobre restent attachées à la coexistence

Certains proches des victimes du Hamas se battent aux côtés de militants palestiniens pour la paix en faveur d’un changement politique, trouvant un réconfort dans le dialogue

Le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, a surpris le cinéaste Abraham « Abie » Troen, alors âgé de 37 ans, en pleine phase finale de la réalisation d’un documentaire musical intitulé « Just Sing ».

Ce jour-là, sa sœur, Deborah Shahar, et son beau-frère, Shlomi Matias, ont été assassinés au kibboutz Holit. Leur fils de 16 ans gisait sous le corps de sa mère, blessé par balle à l’abdomen Ses parents le protégeaient de leur corps. Il a été secouru de la maison dix heures plus tard.

À l’époque, Abie travaillait à la finalisation de son film, qu’il a co-réalisé et qui a depuis été présenté en avant-première au Festival du film de Tribeca 2025.

Ce n’est que maintenant que le cinéaste, basé à Los Angeles, commence à faire face aux conséquences de son deuil.

« Chaque seconde où je ne travaillais pas sur le projet, je devais être un oncle et un fils, ce qui, pour moi, était l’obligation la plus importante. Le rôle de ‘frère endeuillé’ a été relégué au bas de la liste », confie Abie au Times of Israel.

« Au cours de l’année qui a suivi, j’ai commencé à documenter ma famille – un projet dans lequel je suis profondément immergé et qui exprime une tension entre le désespoir et l’espoir. »

Dans une scène du documentaire sur lequel Abie travaille actuellement, « Un Israélien avec un accent », on voit son père Ilan, âgé de 83 ans et professeur émérite d’Histoire, donner un cours à des étudiants de l’université de Californie à Berkeley.

« Nous avons tous tendance à considérer ce territoire entre le fleuve et la mer à travers un filtre culturel. Ce n’est pas un ‘territoire neutre’. Cela ne l’a pas été depuis des millénaires. Cela a à voir avec ce que nous imaginons que cet endroit est et ce qu’il devrait être », explique Ilan Troen.

À l’instar de son père, Abie souhaite également participer activement à l’élaboration d’un avenir différent pour Israël, un avenir de coexistence entre les deux peuples.

Après avoir survécu au meurtre de ses parents, son neveu vit avec un autre oncle, le Pr. Aron Troen, qui s’exprime lui aussi publiquement sur le jour où les peuples palestinien et israélien pourront vivre côte à côte.

« Je puise beaucoup d’inspiration dans ma famille, chez mon beau-frère, mais surtout chez ma nièce et mes neveux, qui doivent faire face depuis trois ans à un monde sans parents ni foyer, ainsi qu’au traumatisme horrible de mon neveu qui s’est caché sous ma sœur », explique-t-il.

« Les événements dont on parle dans l’actualité me reviennent sans cesse à l’esprit, et je veux m’assurer que ma nièce et mes neveux iront bien », déclare Abie, qui s’est entretenu avec le Times of Israel jeudi dernier, quelques heures avant que ses parents n’organisent une soirée commémorative en mémoire de leur fille et de son mari, dans leur maison d’Omer, une petite ville du sud d’Israël.

La tradition populaire israélienne du « Zikaron BaSalon », initialement instaurée pour Yom HaShoah – Jour de commémoration de la Shoah -, rassemble désormais de petits groupes de personnes dans des maisons privées pour partager des témoignages et rendre hommage lors de toutes les journées nationales dédiées à la mémoire.

Le cinéaste a participé pour la 21ᵉ fois à une cérémonie commémorative conjointe organisée par l’ONG de gauche Combatants for Peace et par le Parents Circle – Families Forum (PCFF), une organisation de coexistence qui regroupe des Israéliens et des Palestiniens ayant perdu des proches dans le conflit.

« Il est important d’organiser ces réunions et de prendre conscience de la souffrance de l’autre, car c’est seulement ainsi que nous pourrons créer un monde meilleur. »

Cette cérémonie alternative de Yom HaZikaron est un sujet national récurrent qui suscite souvent de vives protestations de la part des militants de droite, pour qui pleurer les Palestiniens aux côtés des victimes israéliennes est une trahison impardonnable.

Cette année, la cérémonie s’est déroulée dans un lieu tenu secret à Jaffa et a été retransmise en direct à Tel Aviv et à Jéricho, où se sont rassemblés les participants palestiniens, ainsi que lors de projections à travers le monde.

Parmi les proches israéliens présents figurait Ayala Metzger, la belle-fille de Yoram Metzger, qui a été enlevé au kibboutz Nir Oz le 7-Octobre, puis assassiné alors qu’il était détenu par le Hamas à Gaza.

« Face à cette dévastation, j’ai pris une décision : pour que sa mort ne soit pas vaine, je me battrai pour créer ici une réalité qui permette à chacun de vivre en sécurité », a déclaré Metzger sur scène.

Des Palestiniens et des Israéliens assistant à une cérémonie conjointe israélo-palestinienne de Yom HaZikaron, organisée par le Parents Circle-Families Forum (PCFF) et l’ONG Combatants for Peace, à la veille de Yom HaZikaron, à Tel Aviv, le 20 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« J’ai choisi de rejoindre le PCFF parce que je ne veux pas que quiconque endure la souffrance que nous avons vécue, et parce que je suis convaincue que le partenariat est la réponse au discours violent et à la haine qui nous entourent. »

« J’imagine que sur cette terre, de la mer Méditerranée au Jourdain, les garçons et les filles des deux nations grandiront en bonne santé, heureux, libres et en sécurité, en respectant chaque être humain pour ce qu’il est », a-t-elle poursuivi.

« Ce n’est pas un rêve lointain, mais un objectif réalisable, et chacun d’entre nous a le pouvoir de l’atteindre. »

Dans une vidéo pré-enregistrée, Kholoud Hushiah, originaire de Jénine, évoque la perte de son fils, Mohammed, tué par des tirs de l’armée israélienne en 2023, ce qui l’a poussée à rejoindre le PCFF.

Ayala Metzger s’exprimant lors d’une cérémonie conjointe israélo-palestinienne à l’occasion de Yom HaZikaron, à Tel Aviv, le 20 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Malgré toute cette douleur, je me tiens ici aujourd’hui pour dire que nous avons choisi la voie de la paix, malgré toutes ces pertes, car nous croyons que le sang n’engendre que plus de sang et que la mort et le deuil ne nous permettront jamais, ni à nous ni à nos enfants, de vivre en paix », a déclaré Hushiah.

Nahil Jamil Hanouna, une photographe de Gaza qui a perdu ses frères et sœurs ainsi que sa famille élargie lors de la guerre contre le Hamas, a déclaré dans une vidéo pré-enregistrée : « Nous, les Palestiniens, sommes des êtres humains comme tout le monde. Nous voulons vivre librement et en paix. Nous avons été créés pour construire ce monde, pas pour le détruire. »

Il est temps de sortir de l’ombre

Abie explique qu’il souhaite sortir du carcan étroit et paralysant que représente le fait d’appartenir à une famille endeuillée.

« Le PCFF est l’un des moyens d’y parvenir. Il y a aussi les manifestations contre le gouvernement et les actions auxquelles je participe contre l’antisémitisme, et rien de tout cela n’est contradictoire. »

« J’ai rencontré une Palestinienne qui a perdu son fils en bas âge lorsqu’ils ont été arrêtés à un poste de contrôle et qu’il n’a pas reçu de soins », raconte Abie.

« Elle voulait me rencontrer en tant qu’Israélien, alors ne devrais-je pas le faire ? Au contraire. Il est important d’organiser ces réunions et de prendre conscience de la souffrance de l’autre, car c’est seulement ainsi que nous pourrons créer un monde meilleur. En même temps, je n’ai aucun problème à dénoncer comme antisémites ceux qui s’opposent à ma présence même ici. »

Abie est actif sur plusieurs fronts dans la lutte pour définir le caractère du pays et le droit d’exister de l’État, et selon lui, ces fronts se complètent plutôt qu’ils ne se contredisent : « Mes neveux veulent retourner chez eux, à Holit, là où leurs parents ont été assassinés. Comment puis-je m’assurer que [ce massacre] ne se reproduise plus jamais ? »

Abraham (Abie) Troen. (Crédit : Andrew H. Walker/Shutterstock)

« Je manifesterai donc contre le gouvernement et en faveur de la création d’une commission d’enquête nationale, car si nous ne découvrons pas la vérité, comment pourrons-nous empêcher la prochaine catastrophe ? », dit-il.

« Et oui, des initiatives comme le forum [Parents Circle-Families] existent également pour veiller à ce que le nombre de victimes israéliennes et palestiniennes soit le plus faible possible. Cela m’aidera à dormir la nuit, sachant qu’il y a d’autres personnes qui se soucient de moi et d’elles-mêmes. »

Un pied dans les deux mondes

Abie, qui partage son temps entre Israël et les États-Unis, s’inquiète également de la montée du sentiment anti-Israël aux États-Unis.

« J’étais absolument certaine de deux choses : que le monde entier autour de moi avait changé, et que je n’allais pas le laisser me changer. »

« Cela est lié à l’antisémitisme et à différentes formes de haine, comme l’homophobie ou le racisme, qui refont surface », explique-t-il.

« Et il n’y a pas moyen d’y échapper, cela refait surface tout au long de ma vie. La question est donc de savoir ce que nous faisons. Ce n’est pas seulement ‘l’image de marque d’Israël’, mais aussi les politiques menées par les dirigeants de l’État qui ont un impact négatif sur la façon dont nous sommes perçus. »

« Quand [le ministre de la Sécurité nationale, Itamar] Ben Gvir fait son apparition et sabre une bouteille de champagne pour célébrer l’adoption d’une loi visant à exécuter les terroristes, alors que la plupart des pays du monde évitent de telles lois, cela rejaillit sur les personnes vivant en Cisjordanie, à Tel Aviv, à Ofakim, et sur tous les Juifs, où qu’ils se trouvent. »

« Ben Gvir est devenu la figure que les gens associent aux Juifs, et c’est un véritable problème », poursuit Abie.

Shlomi Matias et son épouse, Deborah (Shahar) Troen Matias, assassinés le 7 octobre 2023 lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas au kibboutz Holit, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

« Ce sont ces personnes qui sont mises au pouvoir, et plus nous écartons ces éléments, ou plus nous les gérons de manière intelligente – car nous n’avons pas le choix – mieux ce sera pour nous, en tant que Juifs et Israéliens. »

« Je dois arranger les choses »

Liora Eilon, 73 ans, a également choisi de rejoindre le forum binational des familles endeuillées cette année. Son fils, Tal Eilon, a été tué le matin du 7-Octobre, alors qu’il commandait l’escouade d’intervention rapide du kibboutz Kfar Aza. Elle-même est restée bloquée dans son mamad jusqu’au lendemain après-midi, lorsque la communauté a enfin été délivrée de la tuerie perpétrée sur place par quelque 250 terroristes. La veuve de Tal et leurs trois enfants sont retournés à Kfar Aza, avec une quarantaine d’autres habitants.

Une centaine d’autres résidents se trouvent à Shefayim et environ 500 à Ruhama, dont Liora elle-même. Sa maison a été complètement détruite et est actuellement en cours de reconstruction ; les travaux devraient être achevés d’ici la fin de l’année.

« Je vais y retourner même s’il n’y a aucune raison logique de faire un geste aussi insensé », a-t-elle déclaré au Times of Israel lors d’une récente conversation.

« Quand ils m’ont sortie du mamad après 35 heures, j’ai commencé à comprendre ce qui se passait autour de moi en voyant d’autres personnes qui avaient été secourues de Kfar Aza à peu près au même moment que moi, dimanche vers 16 heures. Nous sommes montés dans un bus qui nous a emmenés dans un hôtel à Shefayim. Et je me souviens que pendant le trajet, j’étais absolument certaine de deux choses : que le monde entier autour de moi avait changé, et que je n’allais pas le laisser me changer. »

« J’étais déjà militante pour la paix avant cela », dit-elle.

« J’ai participé à Road to Recovery, j’ai conduit des Palestiniens pour qu’ils reçoivent des soins médicaux, et j’ai pris part aux réunions du Forum des familles endeuillées. À l’époque, je n’étais pas membre car je n’avais pas perdu un proche. Et dès la shiva [semaine de deuil traditionnelle], lorsque des membres de l’organisation sont venus me rendre visite, je leur ai dit que j’étais avec eux. C’était clair pour moi dès le départ. »

Liora Eilon prenant la parole lors d’une cérémonie conjointe israélo-palestinienne de commémoration, organisée par le Parents Circle-Families Forum (PCFF) et l’ONG Combatants for Peace à la veille du Yom HaZikaron, à Tel Aviv, le 20 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’organisation Road to Recovery a été profondément bouleversée le 7-Octobre, plusieurs de ses bénévoles âgés les plus éminents ayant été assassinés ou emmenés en otages à Gaza, ce qui a renforcé l’engagement sans faille de Liora en faveur de la paix.

« Au cours des deux dernières années et demie, il m’est apparu de plus en plus clairement que le pays se trouve dans un état si déplorable que je me dis que Tal n’a pas été tué pour ce pays – pas pour ce qu’il est aujourd’hui – et que je dois changer les choses. Pour moi, redresser la situation signifie, d’une part, exiger le remplacement d’un gouvernement qui ne se soucie en rien de ses citoyens, et d’autre part, exiger que le gouvernement parvienne à des accords politiques et mette fin à ces guerres sans fin », explique Liora.

Dans une série documentaire intitulée « 95 % Paradise » consacrée à Kfar Aza et au pogrom du 7-Octobre, l’un des membres du kibboutz s’en prend violemment à Liora, lui disant qu’elle ne représente pas la communauté et se demandant comment il est possible de parler de paix après tout ce que le kibboutz a traversé.

« Au sein du kibboutz, nous avons traversé un traumatisme et une crise si profonds que nous essayons de ne pas mêler nos positions politiques aux choses afin d’éviter de créer des conflits », explique Liora.

Le sergent-major (Rés.) Tal Eilon, assassiné au kibboutz Kfar Aza le 7 octobre 2023, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

« Nous essayons de préserver la communauté, et ce n’est pas le lieu pour ce genre de discours. Quand cela éclate, comme on le voit dans cette série, je sais comment y mettre un terme. »

« À cette jeune femme qui était en colère contre moi, j’ai dit que je comprenais sa colère, mais que nous devions adopter des positions différentes pour continuer à exister en tant que communauté. Elle n’est pas obligée d’être d’accord avec moi, mais elle doit comprendre que sa voix et la mienne doivent toutes deux avoir leur place. »

Tsahal ne veut pas entendre

Liora estime que l’armée n’est pas intéressée par les réflexions d’une personne ayant été l’une des victimes directes de son incapacité à protéger les citoyens israéliens le 7 octobre 2023.

« Je donne des conférences partout où je suis invitée, principalement devant des élèves d’académies pré-militaires et des jeunes. L’armée n’apprécie pas ce que j’ai à dire, et cela ne correspond pas à ce qu’elle enseigne aujourd’hui », explique Liora.

Selon une enquête de Tsahal, quelque 250 terroristes ont envahi le kibboutz Kfar Aza, une communauté frontalière de Gaza. Ils ont assassiné et enlevé des dizaines de résidents, tandis que les soldats israéliens peinaient à atteindre la zone pendant plusieurs heures, dans ce qui allait devenir l’une des plus longues batailles de cet assaut.

Les habitants ont dû se débrouiller seuls pendant les deux premières heures de l’assaut. L’armée, plongée dans le désarroi total par l’attaque surprise contre des dizaines de villes et de postes militaires, n’est pas parvenue à leur porter secours alors que les terroristes passaient de maison en maison, kidnappant, brutalisant et massacrant des civils jusque tard dans l’après-midi.

L’enquête a conclu que l’armée « avait failli à sa mission de protection » des habitants de Kfar Aza.

Liora Eilon (à droite) traversant les décombres de sa maison avec sa fille Hadas Eilon-Carmi, au kibboutz Kfar Aza, le 18 août 2024. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

« Dans l’enquête menée par Tsahal sur les événements qui se sont déroulés au kibboutz Kfar Aza, il y a tout un chapitre consacré à la famille Eilon, en raison de toutes les erreurs commises chez moi pendant les 35 heures où j’étais piégée là-bas. À part un cours destiné aux commandants de compagnie qui est venu écouter mon témoignage sur la conduite de l’armée, personne ne souhaite m’entendre. Je me contente donc des académies pré-militaires et des lycéens, autant que je le peux. »

Quand elle s’exprime devant un groupe, « ils sont pour la plupart stupéfaits », dit Liora.

« Comme j’ai le ‘privilège’ d’être une mère endeuillée, personne ne peut me dire : ‘Vous êtes une traîtresse et une ennemie d’Israël’, alors ils se demandent comment je peux être une militante pour la paix après tout ce que j’ai vécu, et cela les trouble et les met en colère. »

« Comme je viens du monde du dialogue complexe, je sais répondre de manière à ne provoquer ni résistance ni colère, mais plutôt à inciter les gens à s’arrêter et à réfléchir un instant. Je n’ai pas le talent de certains orateurs au débit rapide, mais je possède d’autres compétences qui correspondent à mon âge et à ma capacité à m’adresser à des jeunes. »

Des soldats israéliens inspectant les dégâts causés par les terroristes du Hamas au kibboutz Kfar Aza, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 15 octobre 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Exclus des écoles

Les voix d’Abie et de Liora ne résonnent plus dans les écoles. Le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch (Likud), a en effet ordonné à plusieurs reprises l’exclusion des représentants du « Parents Circle-Families Forum » du système scolaire.

« Pendant des années, le forum a animé un programme de dialogue dans les écoles, mais lorsque l’actuel ministre de l’Éducation est arrivé, il nous a écartés, et nous avons engagé une action en justice à ce sujet », explique la codirectrice exécutive du forum, Ayelet Harel.

« Nous sommes prêts à parler à quiconque est disposé à nous écouter, et nous intervenons dans les académies pré-militaires qui nous invitent. Nous souhaitons que l’armée choisisse de nous inviter. En fin de compte, nous exprimons une position morale et éthique dont l’objectif est de veiller à ce qu’il n’y ait plus de familles comme la nôtre, et de montrer qu’il y a des êtres humains des deux côtés », ajoute-t-elle.

Ayelet Harel, codirectrice exécutive du Parents Circle – Families Forum. (Crédit : Autorisation)

Le ministère de l’Éducation a répondu au Times of Israel : « La position du ministère dans ce contexte est claire et sans équivoque. Les contenus présentés dans le cadre de ce programme sont inappropriés, portent préjudice aux soldats de Tsahal et sont contraires à la loi sur l’éducation publique. Par conséquent, il n’y a pas de place pour autoriser cette activité au sein du système scolaire. »

Harel est la sœur en deuil de Yuval, tombé lors de la Première Guerre du Liban, et elle refuse d’accepter que le deuil soit inévitable. « Malheureusement, il est difficile de faire passer ce message aux médias, qui ne mettent pas en avant les personnes qui veulent la paix, y compris les Palestiniens. »

Harel dit comprendre les difficultés – tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens – à saisir la persistance des efforts de coexistence.

« Mais la société doit soutenir ceux qui, malgré ce qui leur est arrivé, œuvrent pour cette cause, plutôt que de se concentrer uniquement sur la ‘vengeance et l’héroïsme’, le ‘nous vaincrons et les écraserons’, et tout cet univers conceptuel », déclare-t-elle au Times of Israel.

Les deux organisations à l’origine de cette cérémonie conjointe – « Combatants for Peace » et le « Parents Circle-Families Forum » – ont connu une croissance modérée depuis le 7-Octobre : elles indiquent qu’environ 150 Israéliens et Palestiniens ont rejoint leurs activités, programmes et rencontres binationales au cours de l’année écoulée. Les deux tiers de ces nouveaux participants sont des Israéliens, dont certains issus de la communauté nationaliste-religieuse, et la moitié d’entre eux n’ont aucune expérience du militantisme.

Les Israéliens expliquent aux organisations qu’ils recherchent des communautés et un espace commun en cette période de radicalisation politique. Du côté palestinien, on constate une augmentation du nombre de jeunes souhaitant s’engager.

Un nombre croissant d’entre eux tentent d’assurer une « présence protectrice » au sein des communautés palestiniennes, notamment dans le nord de la vallée du Jourdain, où des militants israéliens servent de boucliers humains pour les bergers et les agriculteurs palestiniens victimes de harcèlement et de violences de la part de résidents d’implantations extrémistes. Cependant, alors que la situation continue de se détériorer en Cisjordanie pour les Palestiniens, cela porte un coup dur à la confiance et aux partenariats de coexistence.

D’un autre côté, les militants de ces groupes se sentent plus engagés que jamais dans le projet, même s’ils rapportent pour la plupart subir des critiques, des pressions, voire des incitations à la haine en raison de leur participation. En conséquence, beaucoup préfèrent désormais minimiser leurs efforts de paix, même au sein de leurs propres communautés. Par le passé, ce phénomène s’observait principalement chez les Palestiniens.

Des Palestiniens et des Israéliens assistant à une cérémonie commune en hommage aux familles endeuillées à l’occasion de Yom HaZikaron, organisée par « Combatants for Peace » et le « Parents Circle – Family Forum », à Tel Aviv, le 21 avril 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Chaque personne qui rejoint le forum et franchit ce pas est extraordinaire », déclare Harel.

Elle explique que le forum rassemble des personnes aux histoires poignantes des deux côtés, notamment des Palestiniens qui ont perdu toute leur famille à Gaza et en Cisjordanie, et bien sûr, des victimes du 7-Octobre.

Harel souligne également que la crainte de certains Israéliens de révéler leur engagement provient parfois de l’opposition au sein de leur propre famille, mais aussi du discours public hostile.

« Ça a toujours été comme ça », dit-elle.

« Au lieu de soutenir ceux qui choisissent le dialogue, la paix et le partenariat dans la douleur, la tendance générale est de laisser entendre qu’il est inapproprié de rejoindre le forum, et en ce moment, cela demande vraiment plus de courage. Ceux qui s’engagent ne veulent pas être sous le feu des projecteurs, et ils rapportent que certains voient d’un mauvais œil cette initiative. »

Harel préfère ne pas « invalider » les opinions des autres, mais trouve exaspérant que la société en général ne reconnaisse qu’une seule perspective.

« Le deuil n’est pas une affaire privée », dit-elle.

« En réalité, il est exploité par l’État pour servir ses objectifs de poursuite de la guerre, et c’est précisément ce que nous aimerions changer. »

Abraham « Abie » Troen lors de la projection de quelques extraits de son documentaire sur son père, Ilan Troen, dans le cadre de « Where You From? », une soirée organisée par l’Olim Artists Lab, à Neve Schechter, à Tel Aviv, le 5 janvier 2025. (Crédit : Yaïr Meyuchas)

En ce Yom HaZikaron, Israël est encore sous le choc et pleure ceux qui ont été tués le 7 octobre 2023, ainsi que ceux qui sont tombés au cours des guerres qui ont suivi. À travers sa participation au dialogue avec les Palestiniens, le cinéaste Abie espère toutefois susciter un débat national plus nuancé.

« Israël se portera mieux et sera dans une situation plus saine si les gens sont capables de gérer la complexité », dit-il.

« Nous devons trouver un moyen de faire passer ce message », insiste-t-il.

« Je comprends le rejet suscité par ce qui peut sembler relever de l’angélisme ou d’un renoncement à nous-mêmes, mais en parallèle, nous devons nous battre pour notre âme et notre humanité. »

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