Columbia prend des mesures pour lutter contre l’antisémitisme

Sous la pression de l'administration Trump, le bureau chargé de la discrimination utilisera la définition de l'IHRA et nommera des coordinateurs pour garantir le respect des droits civils

Des manifestants anti-Israël escortés hors de la bibliothèque Butler de l'Université de Columbia après avoir été arrêtés pour avoir occupé les locaux de la bibliothèque, à New York, le 7 mai 2025. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

La présidente par intérim de l’université Columbia à New York a annoncé mardi de nouvelles mesures pour lutter contre l’antisémitisme sur le campus, alors que l’administration Trump exerce une forte pression sur Columbia et d’autres universités prestigieuses.

Dans un courriel adressé à la communauté universitaire, Shipman a écrit que les négociations avec le gouvernement fédéral avaient « mis en lumière de nombreuses questions difficiles liées à la discrimination et au harcèlement que nous avons constatés sur nos campus ».

« Le fait que nous subissions des pressions de la part du gouvernement ne rend pas les problèmes sur nos campus moins réels ; une partie importante de notre communauté a été profondément affectée de manière négative », a-t-elle déclaré.

Shipman a annoncé que l’université « intégrait officiellement » la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) dans l’Office of Institutional Equity (Bureau de l’équité institutionnelle) de l’université, qui traite des questions de discrimination.

« Cette définition renforcera notre réponse à l’antisémitisme moderne et la compréhension de ce phénomène par notre communauté », a-t-elle ajouté.

L’université nommera des coordinateurs chargés de veiller à ce que Columbia respecte les lois fédérales sur les droits civiques protégeant les Juifs en tant que groupe identitaire. Ces coordinateurs feront également partie du Bureau de l’équité institutionnelle et auront des responsabilités en matière de conseil et d’application, a-t-elle indiqué.

Claire Shipman, présidente par intérim de l’université Columbia, s’exprimant lors d’une cérémonie de remise des diplômes, sur le campus principal de Columbia, à Manhattan, à New York, le 21 mai 2025,. (Crédit : Jeenah Moon/Pool Photo via AP)

Columbia mettra également en place une formation sur l’antisémitisme à l’intention des étudiants, des enseignants et du personnel. Pour cette formation, l’université s’associera à des groupes tels que l’Anti-Defamation League (ADL) et la Foundation to Combat Antisemitism.

« Il est désormais clair que le travail pédagogique continu sera le plus important et le plus déterminant de tous nos efforts pour lutter contre l’antisémitisme », a déclaré Shipman.

Elle a réaffirmé que Columbia avait « une tolérance zéro pour la discrimination et le harcèlement fondés sur des caractéristiques protégées, y compris l’identité juive et israélienne ».

« L’université renforcera ce message par des déclarations régulières à destination de la communauté du campus. »

L’université cessera également de reconnaître ou de rencontrer Columbia University Apartheid Divest, la coalition étudiante à l’origine des manifestations anti-Israël, ainsi que ses représentants ou ses organisations affiliées. Des dizaines de groupes étudiants font partie de cette alliance. L’administration de l’université avait été critiquée l’an dernier pour avoir négocié avec ce groupe, après que les militants avaient provoqué des troubles généralisés sur le campus, dont de nombreux actes antisémites.

« Les organisations qui encouragent la violence ou les perturbations de notre mission académique ne sont pas les bienvenues sur nos campus et l’université ne collaborera pas avec elles », a ajouté Shipman.

Ces changements font suite à la publication d’articles indiquant que Columbia était sur le point de conclure un accord avec l’administration Trump, qui a supprimé des centaines de millions de dollars de financement fédéral à l’université.

Certains étudiants juifs se sont montrés sceptiques face à cette annonce, estimant qu’elle n’allait pas assez loin ou qu’il s’agissait d’une manœuvre visant à s’attirer les faveurs du gouvernement fédéral.

Un membre juif du corps enseignant de Columbia a déclaré au Times of Israel avoir parlé à Shipman peu avant l’annonce et lui avoir fait part de ses recommandations. Shipman a retenu bon nombre de ces suggestions, mais l’annonce n’allait pas assez loin, selon ce membre du corps enseignant, qui a souhaité garder l’anonymat en raison des menaces qu’il a reçues pour son implication dans cette affaire d’antisémitisme.

« Ce sont des mesures faciles à mettre en œuvre », a déclaré le membre du corps enseignant à propos des réformes annoncées.

« Elles ne sont pas à l’origine du problème et ne le régleront pas. »

Le membre du corps professoral a appelé Columbia à apporter des changements, notamment à la structure de gouvernance de l’université qui a rendu difficile la sanction des manifestants anti-Israël qui ont enfreint les règles du campus, ainsi qu’au Center for Palestine Studies (Centre d’études palestiniennes) de l’université. Le Pr. Joseph Massad, par exemple, avait salué le pogrom perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le qualifiant de « formidable », mais il fait toujours partie du personnel et a donné un cours sur l’histoire d’Israël au semestre dernier.

Un groupe de manifestants anti-Israël quittant l’université Columbia, à New York, le 21 mai 2025. (Crédit : Heather Khalifa/AP)

Ari Shrage, cofondateur de l’Association des anciens élèves juifs de Columbia, qui milite pour des réformes sur le campus, a déclaré que cette annonce ne constituait pas une « action concrète ».

« Il s’agit d’une tentative superficielle pour répondre à la réaction négative de l’administration Trump », a-t-il déclaré.

Brian Cohen, directeur de la branche Hillel de Columbia, se réjouit de cette annonce, « notamment de la reconnaissance sans équivoque qu’il existe un problème d’antisémitisme sur le campus et que celui-ci a eu un impact tangible sur le sentiment de sécurité et d’appartenance des étudiants    juifs ».

« J’espère que cette annonce marque le début d’un changement significatif et durable », a écrit Cohen sur le réseau social X.

La semaine dernière, le Barnard College de New York, affilié à Columbia, a annoncé des mesures similaires pour lutter contre l’antisémitisme tout en réglant un procès pour antisémitisme intenté par des étudiants juifs. Columbia était également défenderesse dans ce procès, mais n’a pas pris part à cet accord.

Shipman est devenue présidente par intérim de l’université en mars, après la démission de ses deux prédécesseurs immédiats dans un contexte de troubles sur le campus. Elle était considérée comme une défenseure plus efficace des étudiants juifs jusqu’à ce que des SMS rendus publics au début du mois révèlent qu’elle avait pris pour cible une membre juive du conseil d’administration de Columbia qui s’était élevée contre le harcèlement dont sont victimes les étudiants juifs. Shipman a présenté ses excuses après la publication de ces SMS.

La semaine dernière, Shaï Davidaï, professeur assistant à Columbia, Israélien au franc-parler, a démissionné, déclarant avoir « perdu toute confiance dans l’institution et tout respect pour ses collègues ».

Columbia a été l’épicentre de manifestations anti-Israël généralisées et, dans certains cas, antisémites, qui ont eu lieu sur les campus américains l’an dernier. Un groupe de travail sur l’antisémitisme à Columbia a fait état d’une discrimination « écrasante » à l’encontre des Juifs et des Israéliens dans un rapport publié l’an dernier.

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