La faculté Barnard de NY applique les conclusions du procès contre l’antisémitisme
Une faculté affiliée Columbia instaure un coordinateur de la discrimination, une politique de tolérance zéro envers la haine anti-Juifs et un refus des demandes de boycott d'Israël
Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — Le Barnard College de New York, une faculté affiliée à l’université Columbia, a accepté de prendre des mesures pour lutter contre l’antisémitisme dans le cadre du règlement d’une action en justice impliquant des étudiants juifs, a annoncé lundi le cabinet d’avocats représentant les étudiants.
Intenté l’année dernière, ce procès américain a assigné les administrateurs de Columbia et de Barnard devant le tribunal fédéral du district sud de New York. Il a fait valoir que Columbia et Barnard avaient échoué à assurer la protection des étudiants israéliens et juifs ainsi qu’à faire appliquer les règles de l’université aux manifestants, dans un contexte de troubles créés sur les campus par des militants anti-Israéliens à la suite de l’invasion et de l’assaut du Hamas, en octobre 2023.
Selon les plaignants, le harcèlement visant des Juifs constitue une violation du Titre VI de la Loi fédérale sur les droits civils de 1964, qui interdit la discrimination dans les institutions financées par le gouvernement fédéral. Cette loi est largement invoquée par les défenseurs pro-israéliens contre les universités bénéficiaires de subventions fédérales, comme le sont Columbia et Barnard.
Barnard est une faculté d’arts libéraux réservée aux femmes et affiliée à Columbia. Les deux établissements fonctionnent de manière distincte, mais sont profondément liés – et situés l’un à côté de l’autre à Manhattan. Le groupe de militants étudiants anti-israéliens à l’origine des manifestations, le Columbia University Apartheid Divest, est actif sur les deux campus. La plupart des étudiants présents parmi les plaignants étaient des étudiants de Columbia.
Le procès a statué que les étudiants avaient été victimes de harcèlement, avec l’utilisation d’expressions comme « F*** the Jews », et avaient subi les moqueries de leurs professeurs alors qu’ils contre-manifestaient sur le campus. Ces traitements ont causé chez certains un « stress immense » venant interférer avec leurs études. Certains ont abandonné les cours ou choisi d’y assister à distance. D’autres ont évité les cours dispensés par des professeurs actifs dans les manifestations anti-Israël.
Les étudiants plaignants ont reçu le soutien de groupes de défense comme le Students Against Antisemitism et le StandWithUs Center for Legal Justice. Le cabinet d’avocats Kasowitz LLP s’est chargé de les représenter.
Le cabinet d’avocats a annoncé la décision de la cour dans un communiqué publié lundi. Columbia, bien qu’accusée dans le procès, n’est pas apparue dans la décision de la cour. L’université a refusé de répondre aux demandes de commentaires. Les dossiers du tribunal ont confirmé que le rejet des poursuites contre Barnard.
Laura Ann Rosenbury, la présidente de Barnard, a affirmé que « l’antisémitisme, la discrimination et le harcèlement sous toutes leurs formes sont contraires aux valeurs défendues par le Barnard College ».
« Le règlement d’aujourd’hui est à l’image de notre engagement continu à maintenir un campus sûr, accueillant et inclusif pour tous les membres de notre communauté », a-t-elle fait savoir dans un communiqué partagé avec le Times of Israel.
Conformément à ce règlement, Barnard a accepté de mettre en œuvre des mesures pour lutter contre l’antisémitisme et la discrimination visant les Israéliens. La faculté désignera un coordinateur du Titre VI chargé de répondre aux accusations de non-respect de la loi, d’éduquer la communauté du campus sur l’antisémitisme et la politique anti-discrimination, ainsi que d’obliger les étudiants et les professeurs à suivre une formation sur les politiques de discrimination en vigueur sur le campus.
Au début du semestre d’automne, le bureau du président publiera la première édition d’un message annuel, indiquant aux étudiants l’instauration sur le campus d’une règle de tolérance zéro concernant la discrimination, notamment contre les Juifs et les Israéliens.
Barnard élargira ses relations avec le séminaire théologique juif affilié. À partir du semestre d’automne, les étudiants de Barnard pourront ainsi suivre des cours au séminaire gratuitement, a rapporté le communiqué.
La faculté s’est de surcroît engagée à appliquer ses règles limitant les manifestations sur le campus et le port de masques dissimulant les visages. Elle ne reconnaîtra ni ne négociera avec le groupe Columbia University Apartheid Divest.
Le communiqué a également expliqué que la dotation de la faculté « ne constitue pas un outil visant à exprimer des positions politiques, ce qui inclut de prendre des mesures dans le but de pénaliser le gouvernement d’un pays ou l’activité commerciale/financière de ce pays », dans un rejet apparent des appels à boycotter Israël.
Cette décision intervient dans un contexte de fortes pressions exercées par l’administration du président américain Donald Trump sur les universités, dont Columbia, pour renforcer la lutte contre l’antisémitisme sur les campus.
Les tribunaux servent de champ de bataille pour les affaires d’antisémitisme aux États-Unis – dans les universités et dans d’autres domaines – depuis bien avant la guerre à Gaza. Cette lutte a toutefois pris de l’ampleur depuis l’attaque du Hamas, en octobre 2023. Certaines universités, comme Columbia, sont même malmenées par des groupes pro comme anti-Israéliens.







