Avec un revenu annuel supérieur à 150 000 dollars bruts, une famille américaine devrait pouvoir mener une vie confortable de la classe moyenne. Pourtant, pour Rachel et son mari, un couple juif pratiquant du New Jersey qui a trois enfants, cela suffit à peine à joindre les deux bouts, même avec l’aide de ses parents.
« Je suis experte-comptable et je passe en revue mes dépenses chaque année », déclare Rachel (un nom d’emprunt) au Times of Israel.
« Je n’arrive pas à joindre les deux bouts. »
Ce n’est pas parce qu’ils mènent une vie fastueuse ou possèdent une maison trop grande, explique-t-elle.
C’est simplement le coût de la vie dans une communauté juive orthodoxe moderne : frais de scolarité, nourriture casher, fêtes religieuses et cotisations communautaires qui semblent, chaque année, engloutir une part de plus en plus importante des revenus de la famille.
L’année écoulée a été particulièrement coûteuse, confie Rachel.
Sa fille aînée est en Israël dans le cadre d’un programme d’année sabbatique, comme beaucoup de ses camarades, ce qui représente environ 35 000 dollars de frais de scolarité, d’hébergement et de dépenses. Les deux autres enfants fréquentent des écoles juives dont les frais de scolarité officiels s’élèvent à environ 25 000 dollars par enfant. Après déduction des aides financières et des avantages, ils ne paient « que » 11 000 dollars pour leur fille au lycée et 16 000 dollars pour leur fils à l’école primaire.
Coût total de l’éducation juive pour l’année, avant toute autre dépense : 62 000 dollars.
« Les gens se plaignent des frais de scolarité universitaires », déclare Rachel.
« Mais nous payons cela depuis des années, et ce, avant même que les études ne commencent. »
Et si l’on ajoute à cela le coût de la vie dans une communauté juive relativement aisée, il est difficile de joindre les deux bouts, même avec un salaire convenable, souligne-t-elle.
« Comment la communauté parvient-elle à continuer ainsi ? » s’interroge-t-elle.
« Je ne sais pas trop. »
Elle n’est pas la seule à se poser cette question. Avec la hausse constante des frais de scolarité ces dernières années, de nombreux membres de la communauté orthodoxe tentent de trouver comment vivre selon leurs moyens et sans transiger sur leurs principes religieux.
« Si l’on fait le calcul, une famille religieuse doit en réalité figurer parmi les 3 à 4 % des ménages les plus aisés aux États-Unis pour pouvoir faire face au coût de la vie », explique Zvi (nom d’emprunt), militant pour l’éducation financière dans le monde orthodoxe.
« Les besoins fondamentaux des Juifs coûtent très cher. »
Les coûts vont au-delà de l’éducation, explique Eli Langer, animateur du podcast Kosher Money consacré aux finances personnelles.
« Il y a aussi le coût de la nourriture casher et celui de la vie dans des quartiers qui doivent être situés à proximité d’une synagogue », précise Langer.
« Les mariages somptueux, les camps d’été et les programmes d’année sabbatique en Israël sont des attentes courantes. Tout cela crée une pression financière énorme que de nombreuses familles endurent en silence. »
« C’est un sujet d’une ampleur considérable qui comporte de nombreux aspects », souligne le rabbin Simon Taylor, directeur national de l’engagement communautaire de l’Orthodox Union (OU, ex-Union des congrégations juives orthodoxes américaines), qui supervise l’initiative « Living Smarter Jewish ».
Celle-ci propose un accompagnement en matière de gestion budgétaire et de responsabilité financière. Ce défi touche l’ensemble des États-Unis, même s’il est particulièrement ressenti dans les bastions orthodoxes de la côte Est, à New York et dans le New Jersey.
« Des études ont montré qu’il s’agit du problème le plus important auquel la communauté religieuse est confrontée », précise Taylor.
« Et nous cherchons à sensibiliser davantage la communauté afin de diffuser l’information et de promouvoir la culture financière par tous les moyens possibles. »
Comprendre la réalité
Une enquête phare menée en 2024 auprès de près de 3 000 Juifs orthodoxes aux États-Unis par le podcast de Langer a permis de mieux cerner l’ampleur du problème.
Près de 78 % des personnes interrogées ont déclaré que les finances constituaient une source majeure de stress pour elles, et seules environ la moitié des personnes gagnant entre 250 000 et 300 000 dollars ont affirmé avoir le sentiment de « s’en sortir ». Même au-delà de 300 000 dollars, plus de 30 % ont déclaré se sentir financièrement à l’étroit.
Les deux tiers des personnes interrogées ont déclaré avoir des dettes (hors prêts immobiliers) et 62 % ont indiqué compter sur le soutien de leurs parents pour au moins l’une de leurs principales dépenses. Beaucoup ont peu d’économies et peu de fonds de retraite.
Environ 80 % des personnes interrogées vivent dans la région des trois États de New York, ce qui correspond globalement à la répartition géographique des Juifs orthodoxes aux États-Unis. Environ 82 % d’entre elles ont déclaré un revenu brut annuel supérieur à 100 000 dollars.
À titre de comparaison, le revenu médian des ménages aux États-Unis était légèrement supérieur à 83 000 dollars en 2024, selon les données du recensement américain, et les salaires médians à New York et dans le New Jersey, deux États abritant d’importantes communautés juives, s’élevaient respectivement à 69 000 et 83 000 dollars.
Selon une étude de 2024 menée par SmartAsset, une famille moyenne de quatre personnes a besoin d’environ 107 000 dollars pour couvrir l’ensemble de ses besoins.
Selon le Pew Research Center, les Juifs orthodoxes représentent environ 9 % des quelque 7,5 millions de Juifs vivant aux États-Unis.
La différence peut être frappante.
Shana (nom d’emprunt), une mère de famille pratiquante vivant à Teaneck, une ville huppée à majorité juive du New Jersey, explique que sa famille se sent à l’étroit financièrement, avec un revenu annuel cumulé de 400 000 dollars (soit environ 260 000 dollars après impôts), alors que ses voisins non-juifs accumulent les richesses et achètent des résidences secondaires. La famille dépense 60 000 dollars par an pour scolariser un enfant ayant des besoins particuliers dans une école juive privée, 33 000 dollars pour son lycéen et 18 000 dollars supplémentaires pour un troisième enfant en primaire. Elle paie également 21 000 dollars de taxes foncières et rembourse un prêt immobilier mensuel de 2 000 dollars, ce qui porte le total de ces dépenses fixes à près de 160 000 dollars par an.
Shana et son mari ne bénéficient d’aucune aide pour les frais de scolarité, car les écoles les obligeraient à réduire d’autres dépenses qu’ils jugent essentielles, comme les cotisations de retraite, explique-t-elle.
Le couple essaie également d’économiser pour financer une année sabbatique en Israël et les mariages à venir. Ils font des économies sur l’achat de viande, car son coût est « astronomique », et ils partent rarement en vacances, précise-t-elle.
« Nous veillons à mettre suffisamment d’argent de côté pour ne pas avoir l’impression de ne pas pouvoir nous permettre de réparer la voiture ou d’autres dépenses de ce genre », confie Shana.
« Mais si notre budget était encore plus serré, nous commencerions à nous sentir mal à l’aise. »
La principale dépense : les frais de scolarité
Au cœur de ce défi financier se trouvent les frais de scolarité des écoles juives, qui représentent de loin la dépense la plus importante et la plus déterminante pour la plupart des familles orthodoxes.
Contrairement à la plupart des ménages américains qui envoient leurs enfants dans des écoles publiques financées par les impôts, de nombreuses familles orthodoxes inscrivent les leurs dans des écoles religieuses privées qui proposent un enseignement juif intensif, en plus des matières du tronc commun.
« L’éducation juive est une valeur fondamentale pour la plupart des familles pratiquantes, et elle est considérée comme encore plus essentielle aujourd’hui, compte tenu de l’antisémitisme qui sévit dans les écoles publiques », souligne Zvi.
« C’est la clé de la pérennité du judaïsme et du maintien de nos familles au sein de la communauté, et beaucoup la considèrent comme une nécessité non négociable. »
Les données le confirment.
Selon une étude réalisée en 2021 par l’institut de sondage Nishma Research, spécialisé dans les enquêtes auprès de la communauté orthodoxe, seuls 7 % des membres de la mouvance Modern Orthodox et 1 % des Haredim ont déclaré qu’il y avait de fortes probabilités qu’ils retirent leur enfant de l’école juive pour des raisons financières.
Beaucoup considèrent qu’offrir une éducation juive est essentiel pour transmettre les traditions et l’identité à la génération suivante, une idée que de nombreuses études universitaires ont corroborée. Ces derniers mois, divers dirigeants ont également vanté les mérites des écoles juives en tant qu’élément clé de la lutte contre l’antisémitisme.
Cependant, les frais peuvent rapidement s’accumuler, en particulier au sein des communautés ultra-orthodoxes ou « yeshivish », où les familles nombreuses sont souvent considérées comme un idéal religieux.
« La mitzvah [le commandement] d’avoir des enfants coûte très cher », souligne Eli Fried, conseiller en investissement auprès de familles religieuses.
« Pour les personnes qui craignent Dieu, nous croyons qu’Il en tient compte. »
« Cela représente pratiquement un salaire américain entier rien que pour couvrir les frais de scolarité. »
Dans de nombreuses écoles, en particulier dans les grandes communautés, les frais de scolarité peuvent facilement varier entre 20 000 et 30 000 dollars, voire plus, par enfant et par an. Les coûts peuvent être un peu moins élevés dans certaines régions, notamment dans les communautés ultra-orthodoxes de villes comme Lakewood, dans le New Jersey, mais les frais de scolarité pour une famille de quatre enfants ou plus peuvent facilement atteindre entre 50 000 et 100 000 dollars par an.
Les frais de scolarité ont augmenté régulièrement ces dernières années, en raison de la hausse des coûts liés aux salaires des enseignants, à l’entretien des locaux, au transport et à d’autres dépenses. La concurrence entre les écoles incite également les établissements à élargir leurs programmes et leurs services. Malgré le coût élevé des frais de scolarité, de nombreuses écoles fonctionnent avec des marges très serrées, affirment les administrateurs.
« Il faut pratiquement un salaire américain entier rien que pour couvrir les frais de scolarité », fait remarquer Zvi.
Cette situation contraste fortement avec celle d’Israël, où le système scolaire public propose des filières d’enseignement religieux et haredi financées par les contribuables.
Dans la plupart des cas, des aides et des subventions sont disponibles. Les écoles proposent en effet un système complexe de bourses et de soutien communautaire permettant d’adapter les frais de scolarité en fonction de la situation financière de chaque famille. Cela signifie souvent que les familles aux revenus plus élevés subventionnent celles qui ne peuvent pas assumer la totalité des frais.
« Les gens considèrent cela comme une responsabilité collective, et c’est incroyable qu’il existe un filet de sécurité aussi solide », explique Fried.
« Mais cela crée aussi une pression intense, car beaucoup de ceux qui subventionnent ne se sentent pas eux-mêmes en sécurité financière. »
Un monde de dépenses supplémentaires
Outre les frais de scolarité, la vie religieuse engendre de nombreux autres coûts.
La nourriture en est un exemple frappant. Les aliments casher sont généralement beaucoup plus chers en raison des besoins spécifiques en matière de production et de supervision, et la viande casher coûte largement plus cher que la viande non casher. Et les repas copieux pour le Shabbat, les fêtes et autres rassemblements finissent par peser (très) lourd.
Selon l’enquête Kosher Money, la moitié des personnes interrogées déclarent dépenser plus de 400 dollars par semaine pour la nourriture, et un tiers plus de 500 dollars. À titre de comparaison, un ménage américain moyen dépense environ 270 dollars par semaine pour les courses, selon une analyse de 2023 réalisée par HelpAdvisor à partir des données du recensement américain.
« Quand on cuisine chaque semaine pour une grande famille et des invités, les dépenses s’accumulent rapidement », explique Shalom Goodman, qui dirige une organisation à but non lucratif qui conseille les familles juives de la classe moyenne en difficulté.
Le logement constitue également un facteur de tension majeure. De nombreux Juifs pratiquants préférant vivre à proximité des lieux de vie communautaire, tels que les synagogues, les quartiers « religieux » atteignent souvent des prix élevés, en particulier dans les quartiers aisés, où même les maisons les plus modestes peuvent avoisiner le million de dollars.
« Quand on cuisine chaque semaine pour une grande famille et des invités, les dépenses s’accumulent rapidement. »
Selon plusieurs sources, les maisons situées à quelques pas des synagogues peuvent souvent coûter 20 à 30 % plus cher que des maisons identiques situées à quelques pâtés de maisons de là.
Les camps d’été, désormais considérés comme indispensables dans de nombreux milieux orthodoxes, représentent une dépense supplémentaire importante. Les centres aérés peuvent coûter plusieurs milliers de dollars par enfant, tandis que les programmes avec hébergement sont encore plus onéreux, selon les parents.
« Il y a une certaine attente », explique Rachel.
« Si tous les amis de vos enfants y vont, il est très difficile de dire non. »
D’autres dépenses varient en fonction de la taille de la famille : des véhicules plus grands, des factures de services publics plus élevées, ainsi que des coûts accrus en matière de santé et d’habillement.
À cela s’ajoutent les dépenses liées au « cycle de vie » : les mariages, les programmes d’études post-lycée en Israël et, dans certains cas, le soutien financier continu aux enfants après leur mariage.
« Nous ne parlons pas d’une situation où l’on peut simplement dire aux gens de dépenser moins pour vivre selon leurs moyens », déclare Zvi.
« On peut toujours pointer du doigt quelqu’un qui prend de plus belles vacances ou organise un mariage plus coûteux. Mais même si l’on fait abstraction de tout cela, on se retrouve toujours avec un niveau de vie de base très élevé. »
« Les gens ont tendance à croire qu’il faut faire comme les voisins », explique Fried.
« Il ne fait aucun doute que cette dynamique existe dans une certaine mesure, en particulier dans un monde où des personnes de tous niveaux de revenus sont liées par des écoles et des synagogues communes. »
Mais la réalité est plus nuancée que ce que les personnes extérieures comprennent généralement, note Fried.
« Ce n’est pas parce que beaucoup d’entre nous vivent parmi des gens riches et envoient leurs enfants dans des écoles privées que nous sommes nous-mêmes riches. »
À la recherche de solutions
Pendant des années, les Juifs orthodoxes ont rarement évoqué publiquement leurs difficultés financières. Cela a commencé à changer pendant la pandémie de COVID-19, en particulier après que l’enquête Nishma, mentionnée précédemment, a identifié l’argent comme le principal défi auquel sont confrontés les Juifs orthodoxes.
En 2021, Eli Langer a lancé son émission « Kosher Money » sur le réseau de podcasts Living LChaim fondé par son frère, Yaakov. Grâce à un financement initial de l’OU, il s’agissait de la première émission consacrée aux finances personnelles des Juifs orthodoxes, et elle a touché une corde sensible.
« Je pense que nous étions un peu en avance sur notre temps », explique Langer.
« Nos conversations aident les gens à réaliser qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation, et beaucoup sont désormais plus ouverts à l’idée de demander de l’aide. »
Langer a notamment interviewé Dave Ramsey, le pape de la finance, ainsi que des milliardaires juifs, des dizaines de rabbins et de membres de la communauté. Ses conversations mêlent points de vue religieux et éthiques sur l’argent à des conseils pratiques sur la gestion budgétaire, l’investissement et les dons caritatifs. Selon Langer, l’émission compte « bien plus de 50 millions » de vues et d’écoutes sur l’ensemble des plateformes.
« Je pense que l’une des solutions les plus importantes au problème du coût de la vie est l’éducation financière. »
« Lorsque nous incitons les gens à parler et à réfléchir à leurs finances, ils adoptent des comportements plus responsables, et c’est là le meilleur point de départ. »
C’est à peu près au moment du lancement du podcast que l’OUa mis en place son initiative « Living Smarter Jewish », qui propose un accompagnement financier gratuit en matière de gestion budgétaire, d’épargne et de planification à long-terme.
« Nous essayons de changer le discours », explique Ilana Pleeter, coordinatrice du programme « Living Smarter Jewish ».
« Au lieu de simplement parler de dépenses, nous voulons que les gens réfléchissent de manière proactive à la planification et à la viabilité. »
Avec l’aide de conseillers bénévoles à travers le pays, le programme affirme avoir aidé plus de 4 000 couples, dont de nombreux jeunes mariés.
Les conseils prodigués reflètent les recommandations courantes en matière de finances personnelles : éviter l’endettement, épargner régulièrement et dépenser de manière réfléchie. Cependant, « Living Smarter Jewish » tient également compte des réalités de la vie communautaire orthodoxe, sans remettre en cause les valeurs religieuses fondamentales telles que l’éducation juive et les familles nombreuses.
« Parfois, c’est une question de ‘faire comme les Jones’ ou de ‘faire comme les Cohen’», déclare le rabbin Simon Taylor, faisant référence aux pressions sociales liées aux dépenses dans les communautés orthodoxes.
« C’est ce qu’on appelle la ‘frum inflation’ – l’augmentation insidieuse du coût de ce qui finit par être considéré comme normal dans les communautés religieuses. »
Dans le même temps, poursuit Taylor, de nombreux problèmes financiers sont moins dus à un excès qu’à un manque de planification à long-terme.
Il cite l’ancien président de l’OU, le rabbin Moshe Hauer : « Une bar mitzvah n’est pas une fête surprise. C’est un événement que les familles connaissent depuis des années et pour lequel elles devraient commencer à se préparer à l’avance, au lieu de se démener lorsque le moment arrive. »
Repenser les coûts des mariages
Il existe néanmoins des initiatives visant à réduire les coûts pour la communauté, en particulier pour les événements communautaires tels que les mariages et les bar mitzvot.
Il n’est pas rare que ces événements haut de gamme coûtent jusqu’à 100 000 dollars, voire plus, dans certaines régions, ce qui crée une pression sociale excessive sur les familles moins aisées. Mais ces dernières années, une nouvelle approche a gagné du terrain alors que les coûts s’envolent.
Le « mariage Takana » – un concept qui implique une mise en scène communautaire, est une option standardisée proposée par de nombreuses salles orthodoxes. Elle permet aux invités de choisir un forfait prédéfini et à prix réduit comprenant des menus standardisés, un choix limité de musique et d’équipements, ainsi qu’un nombre d’invités limité. Selon certaines sources, la clé de ces forfaits réside dans le volume.
« Tout le monde continue de gagner de l’argent, car les salles concluent des accords avec les musiciens et les photographes en leur disant : ‘Nous vous donnerons du travail tous les soirs si vous baissez vos prix’ », explique Fried.
« Vous pouvez donc désormais proposer des tarifs plus bas, car vous organiserez probablement une dizaine d’événements par mois au lieu d’un seul. »
Ces mariages peuvent coûter entre 50 % et 75 % moins cher que d’autres événements et sont devenus si populaires au sein des communautés ultra-orthodoxes de Lakewood et de Brooklyn que des personnes venant de l’extérieur de la ville y célèbrent désormais leurs mariages, note Fried.
L’objectif, souligne-t-il, n’est pas seulement de réduire les coûts, mais aussi de créer des normes communautaires plus saines en matière de dépenses.
« Une famille qui réduit ses dépenses toute seule peut se sentir gênée », explique Fried.
« Mais si toute la communauté le fait ensemble, cela devient la norme. »
Une initiative politique sur les frais de scolarité
Dans le même temps, les efforts visant à réduire les frais de scolarité s’intensifient, sous l’impulsion d’une nouvelle politique gouvernementale mise en place par l’administration Trump.
Fondée en 2013 par l’OU, l’organisation Teach Coalition œuvre à aider les écoles juives à accéder à des sources de financement public historiquement sous-utilisées. Le groupe est présent dans sept États qui représentent ensemble environ 90 % de la population scolaire des écoles juives aux États-Unis.
« Nous sommes en première ligne pour tout financement et toute ressource gouvernementale visant à réduire les frais de scolarité », explique Sydney Altfield, directrice nationale de la Teach Coalition.
Jusqu’à présent, l’organisation s’est principalement concentrée sur des programmes au niveau des États, comme le financement des filières STEM à New York, les programmes de bourses universelles en Floride ou encore les subventions destinées à des programmes de sécurité, d’arts et de musique dans plusieurs États.
Mais les défenseurs de cette cause se concentrent désormais sur une initiative fédérale récemment approuvée, le « crédit d’impôt pour la liberté d’éducation », créé dans le cadre de la loi « One Big, Beautiful Bill Act », et qui devrait entrer en vigueur en 2027.
Dans le cadre de ce programme, les particuliers qui font un don à des organismes agréés octroyant des bourses peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt fédéral pouvant atteindre 1 700 dollars. Ces organismes peuvent ensuite distribuer des aides pour les frais de scolarité et d’autres aides à l’éducation.
« En d’autres termes, les personnes qui font don de ces fonds ne perdent en réalité rien, puisqu’elles récupèrent cet argent grâce aux crédits d’impôt », explique Altfield.
« Nous espérons que cela encouragera les dons à une échelle bien plus grande. »
Selon Teach Coalition, ce cadre pourrait débloquer de nouvelles sources de financement philanthropique importantes pour l’éducation juive, et l’organisation a fait de la conviction des États à adhérer au programme l’une de ses priorités.
« C’est un programme qui, nous l’espérons, changera non seulement le cours de l’éducation juive, mais aussi celui de la continuité juive », déclare Altfield.
Quitter la ville
Face à un coût de la vie si élevé, certaines familles estiment que la solution la plus simple est de déménager.
Ayelet (nom d’emprunt) et sa famille ont déménagé dans une ville du nord d’Israël il y a sept ans, alors qu’ils attendaient leur cinquième enfant, et qu’ils se sont rendu compte qu’ils n’en avaient plus les moyens.
« Une grande partie du problème tient au nombre d’enfants que l’on a », explique-t-elle.
« Avec une petite famille, la vie est généralement moins chère aux États-Unis, mais il y a un certain seuil au-delà duquel la situation s’inverse. »
Le logement, l’alimentation et les biens de consommation sont généralement moins chers aux États-Unis qu’en Israël, et les salaires y sont généralement plus élevés, souligne Ayelet. En revanche, l’éducation juive et les soins de santé sont presque entièrement pris en charge par les impôts en Israël.
« Il y a tellement de variables qui influent sur chaque famille, comme le lieu de résidence, le nombre d’enfants ou le niveau de revenus », explique-t-elle.
« Il n’existe pas de feuille de route claire qui convienne à tout le monde. »
D’autres, dans la région très chère des trois États, recherchent des communautés moins chères aux États-Unis.
Les villes des États de l’Ohio, de la Floride et du Texas attirent de plus en plus de familles orthodoxes à la recherche d’un coût de la vie plus abordable. Dans certaines régions, le prix des logements est une fraction de celui des propriétés comparables dans la région de New York, et certains États proposent des programmes qui aident à compenser les frais de scolarité des écoles privées grâce à des bons, des crédits d’impôt ou des bourses. Certaines communautés, comme celle de Tulsa, dans l’Oklahoma, vont même jusqu’à recruter de nouveaux arrivants en leur proposant une aide au logement et en les aidant à s’intégrer dans les écoles et les synagogues.
« Il existe de nombreuses communautés à travers les États-Unis que les gens n’envisagent pas parce qu’ils ne les ont jamais visitées, mais elles sont ravies de vous accueillir pour Shabbat », assure Langer. Les jeunes familles, en particulier, auraient tout intérêt à mieux se familiariser avec ces communautés, ajoute-t-il.
Pourtant, déménager implique d’importants compromis sur les plans émotionnel et social. La vie orthodoxe est profondément communautaire et de nombreuses familles hésitent à laisser derrière elles leurs proches, leurs écoles, leurs rabbins et leurs réseaux sociaux de longue date.
« D’un point de vue financier, déménager pourrait être tout à fait logique », explique une mère orthodoxe qui a envisagé de déménager, mais qui est finalement restée dans le New Jersey.
« Mais toute ma vie est ici. »
Selon certaines sources, les petites communautés peuvent également offrir moins de choix scolaires et des infrastructures casher moins développées.
Pour l’instant, de nombreuses familles orthodoxes restent sur place et sont généralement satisfaites. L’enquête Nishma de 2021 a révélé que 70 % des personnes de la mouvance Modern Orthodox interrogées et 89 % des Haredim estimaient que les coûts supplémentaires liés à l’orthodoxie « en valaient la peine ».
Le défi ne consiste pas seulement à rester à flot financièrement aujourd’hui, mais à savoir si la vie de la classe moyenne orthodoxe en Amérique demeurera viable pour les générations futures.
« Nous aimons cette communauté et ce mode de vie », affirme Rachel à propos de sa famille du New Jersey.
« La question est de savoir comment des familles ordinaires peuvent, de manière réaliste, continuer à le faire. »
la Communauté du Times of Israël !
