Alors qu’un calme relatif revient sur la plupart des fronts déchirés par la guerre, de nombreux projets de reconstruction ambitieux voient le jour en Israël.
Lors d’une conférence de presse mi-juillet, Zeev Elkin, chargé au ministère des Finances de la réhabilitation des zones frontalières du nord et du sud, a annoncé un plan d’un milliard de shekels pour reconstruire 28 communautés déplacées par les attaques du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran.
« Nous passons de la défense à l’offensive… avec une nouvelle vision pour un nord florissant et prospère », a déclaré Elkin, près de deux ans après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023 depuis Gaza, et rejoint dès le lendemain par le Hezbollah.
« Un jeune réserviste pourra acheter un terrain à un prix abordable et fonder une famille dans le plus bel endroit du pays », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas un rêve, c’est la nouvelle réalité. »
Des dizaines de milliers de bâtiments ont été endommagés sur les différents fronts israéliens, dont un grand nombre par des missiles tirés par la République islamique d’Iran lors de l’opération Rising Lion, une offensive de 12 jours menée en juin dernier. L’objectif du gouvernement est non seulement de réparer les dégâts, mais aussi de renforcer les infrastructures afin de stimuler la croissance stratégique à long terme du pays.
Bon nombre de ces programmes ont évolué avec le temps et sont devenus complexes. Voici un aperçu des derniers développements concernant les divers plans en cours, y compris ceux destinés aux Israéliens construisant des abris privés dans des zones non directement touchées par les combats.
Dommages causés par la guerre contre l’Iran
Plus de 45 000 propriétaires israéliens ont déposé des demandes d’indemnisation, pour un montant total d’environ 5 milliards de shekels, en raison des dommages matériels subis pendant les 12 jours de guerre entre Israël et l’Iran en juin. De son côté, le gouvernement a lancé une initiative baptisée « Unis pour la reconstruction », qui vise à coordonner les efforts entre entrepreneurs privés, autorités locales et représentants de l’État pour gérer les chantiers de reconstruction à grande échelle.
Dans le cadre du plan, les autorités locales commenceront par recenser les travaux nécessaires dans leur juridiction, puis l’ensemble des réparations pour chaque bâtiment ou complexe sera confié à une grande entreprise de construction unique. L’objectif est de rationaliser le processus en centralisant la gestion des travaux, sans qu’il soit nécessaire d’établir un devis ou de suivre individuellement l’avancement de chaque dossier d’indemnisation.
L’ensemble du dispositif est pris en charge et financé par l’État, et les sinistrés n’auront rien à payer. Dans de nombreux cas, le plan prévoit que les résidents d’un même immeuble s’entendent sur un design et des normes uniformes.
Les demandes d’indemnisation varient en fonction des zones, allant de bâtiments gravement endommagés jusqu’à des dégâts plus légers, comme des vitres brisées ou des façades abîmées. Le projet est géré conjointement par le ministère de la Construction et du Logement, l’administration fiscale et l’Association des entrepreneurs israéliens, en partenariat avec les autorités locales.
Les propriétaires dont les logements ont été endommagés peuvent choisir de ne pas intégrer ce dispositif et d’effectuer les réparations par leurs propres moyens, tout en étant remboursés par l’État. Le gouvernement a toutefois averti que cela risquait d’entraîner des retards considérables dans le traitement de leur dossier.
Même si les rénovations à ce niveau sont habituellement prises en charge par de petites entreprises, cette solution centralisée a été jugée la plus efficace pour faire face à l’ampleur des dégâts.
L’Association des entrepreneurs en rénovation, qui représente quelque 6 500 professionnels à travers le pays, a vivement critiqué ce modèle. Selon elle, confier ces travaux à de grandes sociétés revient à exclure les artisans spécialisés dans les rénovations, mieux adaptés à ce type d’intervention. L’organisation dénonce également le fait que chaque immeuble soit traité comme une entité unique, ce qui pourrait conduire à des rénovations inadaptées ou de moindre qualité pour certains logements.
La question de la main-d’œuvre mobilisable pour les chantiers reste également source d’inquiétude. Les travailleurs palestiniens étant interdits d’accès au territoire à l’intérieur de la Ligne verte, le secteur de la construction souffre d’un déficit estimé à 40 000 ouvriers, selon l’Association des constructeurs.
La semaine dernière, une équipe interministérielle composée de représentants des ministères des Finances, de l’Intérieur et du Logement et de la Construction a recommandé une série de mesures destinées à accélérer la mise en œuvre du programme « Unis pour la Reconstruction », selon des informations relayées dans la presse israélienne. Ces propositions incluent l’élargissement des compétences des autorités locales en matière de planification, la réduction des délais de signature avec les entrepreneurs et la création d’un mécanisme d’indemnisation permettant aux propriétaires refusant de participer à la rénovation de vendre leur bien à un promoteur immobilier.
Plus de 11 000 personnes ont été évacuées de leur domicile pendant la guerre en raison des dommages directs et indirects causés par les missiles. Actuellement, plus de 7 000 personnes ne peuvent toujours pas regagner leur logement, a déclaré un porte-parole de la Fédération des autorités locales au Times of Israel. Le gouvernement continuera à prendre en charge leur hébergement à l’hôtel jusqu’au 1er août, à l’exception des cas dont la prolongation a été approuvée par une commission spéciale, a précisé le porte-parole.
La Knesset a également approuvé un programme d’indemnisation pour les entreprises ayant subi des pertes à cause du conflit avec l’Iran.
Le Néguev occidental
Un budget de 17,5 milliards de shekels a été alloué à la reconstruction des 47 implantations situées dans un rayon de sept kilomètres autour de la frontière israélienne avec Gaza. Quelque 6 500 bâtiments ont été endommagés lors du pogrom meurtrier perpétré dans le sud d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, déclenchant la guerre en cours. Le gouvernement cherche désormais à relancer cette zone, rebaptisée région de Tekuma (« renaissance » en hébreu), en lui apportant un soutien renforcé.
Israël entend doubler la population de cette région, qui compte aujourd’hui 62 000 habitants, pour atteindre 120 000. Le budget de 17,5 milliards de shekels financera un vaste programme de reconstruction intégrée, visant à combler des décennies de marginalisation politique et à favoriser le développement économique, l’éducation, l’agriculture, la culture et les infrastructures.
Ce plan comprend 1,1 milliard de shekels pour la reconstruction des dix localités les plus durement touchées lors de l’attaque, ainsi que 400 millions de shekels pour les 37 autres.
D’autres fonds ont été alloués pour soutenir la croissance. La semaine dernière, le gouvernement a annoncé qu’il subventionnerait la construction de 2 350 nouveaux logements dans l’ensemble de la région frontalière de Gaza, avec une réduction pouvant atteindre 280 000 shekels sur le prix du terrain pour toute nouvelle construction.
Dans le cadre de ce plan, les terrains destinés à la construction de maisons dans les 13 communautés les plus touchées par les attaques du 7 octobre pourront être achetés à un tarif préférentiel de 100 000 shekels pour un citoyen ordinaire et de 50 000 shekels pour un soldat de réserve active, alors que le coût de développement réel s’élève à 330 000 shekels.
D’autres localités de la région recevront des subventions comprises entre 210 000 et 250 000 shekels.
Ces annonces s’ajoutent au budget de 560 millions de shekels présenté plus tôt ce mois-ci pour financer la construction de 1 000 nouveaux logements.
Une forte demande a déjà été enregistrée pour ces projets, selon un porte-parole de l’administration de Tekuma.
La plupart des habitants évacués ont pu regagner leur domicile après la levée des restrictions de sécurité le 1er juillet, a précisé ce responsable. D’ici la rentrée scolaire, prévue début septembre, 42 des 47 localités devraient être prêtes à redémarrer.
Parmi les cinq restantes, les résidents de Kissufim devraient rentrer en novembre 2025, ceux de Holit en mars 2026, tandis que les habitants de Beeri, Nir Oz et Kfar Azza sont attendus pour l’été 2026.
Le nord
L’an dernier, le gouvernement a attribué 15 milliards de shekels à la réhabilitation et à la revitalisation du nord du pays, où de nombreuses villes ont été évacuées après le 7 octobre 2023, en prévision d’un conflit militaire avec le Hezbollah au Liban.
À ce jour, quelque 3,3 milliards de shekels ont été dépensés pour remettre les infrastructures en état et permettre le retour des 67 000 habitants évacués. Ce chiffre devrait atteindre 5 milliards de shekels d’ici la fin 2025, selon un porte-parole de Tenufa, le programme gouvernemental de reconstruction (le mot signifie « élan » en hébreu).
Alors que la plupart des habitants du sud n’ont été évacués que pour quelques mois, certains résidents du nord ne sont rentrés chez eux que ce mois-ci, soit après 21 mois d’absence. Une aide supplémentaire a donc été accordée pour couvrir les dommages liés à l’abandon prolongé des logements, tels que les infiltrations d’eau, les moisissures ou les infestations de rongeurs.
À ce jour, près de 75 % des habitants sont désormais rentrés chez eux et 90 % devraient être de retour d’ici la rentrée scolaire en septembre, a déclaré le porte-parole.
La semaine dernière, Elkin a présenté un nouveau programme de croissance visant la réhabilitation des zones frontalières du sud et du nord. Il s’inscrit dans une enveloppe de 8 milliards de shekels allouée au développement stratégique, avec pour objectif de stimuler durablement l’économie du nord du pays.
Dans le cadre de ce plan, 28 communautés situées le long de la barrière frontalière recevront environ 1 milliard de shekels à court terme, avec pour objectif d’attirer de jeunes familles et de renforcer la vitalité démographique du nord.
Le plan prévoit notamment la construction accélérée de quartiers de logements temporaires, ainsi que des subventions pouvant atteindre 450 000 shekels pour les personnes souhaitant acheter un terrain et y construire une maison permanente.
Les familles ne devront contribuer qu’à hauteur de 100 000 shekels pour acquérir un terrain ; les réservistes de Tsahal ne paieront que 50 000 shekels.
Les communautés rurales situées à proximité immédiate de la frontière recevront chacune 2,5 millions de shekels d’aide directe. Parallèlement, les villes de Kiryat Shmona, Shlomi et Metula bénéficieront ensemble d’un financement total de 120 millions de shekels.
Des aides seront également accordées aux agriculteurs et aux établissements scolaires locaux, ainsi qu’à la rénovation et au développement des institutions publiques et des infrastructures communautaires, tant dans les zones rurales qu’urbaines.
Parmi les projets d’envergure figure la construction d’une nouvelle université à Kiryat Shmona, qui vise à favoriser les investissements économiques dans les environs.
Le gouvernement a également désigné les villes situées dans un rayon de deux kilomètres de la frontière libanaise comme implantations prioritaires au niveau national. Elles bénéficieront d’un panier élargi d’avantages en matière de logement, d’emploi, d’éducation et de sécurité, dans le cadre d’un investissement global de 2,6 milliards de shekels, qui sera déployé sur les deux prochaines années.
Par ailleurs, les localités situées dans un rayon de neuf kilomètres autour de la frontière libanaise bénéficieront de mesures incitatives à long terme pendant une période de sept à dix ans.
Un second programme, annoncé la semaine dernière, prévoit l’allocation de 610 millions de shekels supplémentaires sous forme de subventions, de prêts et d’aides destinés à renforcer les entreprises locales et à les préparer à la croissance future.
« Il s’agit d’un plan de croissance et de renouveau. Ce n’est pas une aide ponctuelle, mais une base d’infrastructures pour l’avenir », a déclaré Zeev Elkin. « Le nord ne revient pas simplement à ce qu’il était, il revient plus fort. »
Construction d’abris privés
Après le pogrom du 7 octobre, de nouvelles réglementations ont été adoptées pour accélérer la construction d’abris privés, allégeant ainsi un processus d’autorisation notoirement long en Israël.
Une disposition réglementaire connue sous le nom de TAMA 40/A/1 permet désormais de construire des abris privés sans passer par la bureaucratie municipale, même lorsque ces constructions ne sont pas strictement conformes aux plans d’urbanisme existants.
Cependant, la TAMA 40/A/1 ne s’applique qu’aux bâtiments de deux étages ou moins, ce qui la rend inopérante pour la plupart des immeubles urbains.
La procédure a néanmoins été considérablement accélérée pour les bâtiments plus élevés, dans la plupart des villes. À Jérusalem, par exemple, il est désormais possible d’obtenir un permis de construire pour une pièce sécurisée en trois à quatre mois, contre un an auparavant, selon un porte-parole de la municipalité.
La construction d’une telle pièce coûte généralement entre 150 000 et 250 000 shekels, selon la taille et la structure du bâtiment. Dans certaines zones à haut risque, des aides financières sont disponibles.
Au début du mois, la Knesset a adopté une loi élargissant la superficie autorisée des abris privés (mamads) et permettant pour la première fois d’y intégrer des salles de bains. Cette décision intervient après que de nombreux Israéliens ont dû passer de longues heures, voire des journées entières, dans leurs abris lors de l’attaque du 7 octobre et des tirs de missiles iraniens.
Sue Surkes a contribué à cet article.
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