Guterres appelle à une trêve immédiate et met en garde contre la prise de Gaza-City

Israël annonce une série de visites de délégations pour lutter contre son isolement croissant ; la France, l'Allemagne et la Jordanie condamnent aussi les plans de Jérusalem pour Gaza

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, photographié lors de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD IX) à Yokohama, au Japon, le 20 août 2025. (Crédit : Franck Robichon/Pool Photo via AP)

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé jeudi à un cessez-le-feu immédiat à Gaza après qu’Israël a lancé les premières étapes d’une opération visant à prendre le contrôle de Gaza-City, tout en annonçant un plan pour lutter contre son isolement international croissant.

« Il est vital de parvenir immédiatement à un cessez-le-feu à Gaza » afin « d’éviter les morts et les destructions qu’une opération militaire contre Gaza-City causerait inévitablement », a déclaré Guterres depuis le Japon, où il assistait à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique.

Il a également appelé à la libération inconditionnelle des 50 otages détenus par le Hamas, dont près des deux tiers sont morts.

Israël, qui a mobilisé des dizaines de milliers de réservistes, poursuit son plan visant à prendre le contrôle du plus grand centre urbain de Gaza, malgré les critiques internationales concernant une opération qui pourrait provoquer le déplacement de nombreux habitants supplémentaires, et malgré les inquiétudes des hauts responsables de la sécurité qui craignent que cela ne mette davantage en danger les otages.

Israël contrôle actuellement environ 75 % de la bande de Gaza.

Guterres a également exhorté Israël à revenir sur sa décision d’étendre la construction « illégale » d’implantations en Cisjordanie. Israël a autorisé la construction de logements dans la zone E1, à l’est de Jérusalem, dans le but déclaré d’empêcher la création future d’un État palestinien.

Des tentes abritant des Gazaouis déplacés à Gaza-City, le 18 août 2025. (Crédit : Omar Al-Qattaa/AFP)

Mercredi, le Hamas a déclaré que les plans d’Israël visant à prendre le contrôle de Gaza-City témoignaient de son « mépris flagrant » pour les efforts de négociation d’un accord de cessez-le-feu et de libération des otages dans ce conflit qui dure depuis près de deux ans.

Le groupe terroriste Hamas a récemment déclaré accepter une proposition de cessez-le-feu de 60 jours et d’échange d’otages contre des prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël. L’État hébreu examine actuellement cette offre.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré mercredi que l’offensive militaire prévue à Gaza-City ne pouvait « conduire qu’à un désastre pour les deux peuples » et a appelé à un cessez-le-feu permanent, à un accord en vue de la libération des otages, au désarmement du Hamas et à une « mission internationale de stabilisation » pour la bande de Gaza.

Sur le réseau social X, il a indiqué s’être entretenu avec le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi, les trois dirigeants partageant la même conviction : la prochaine action militaire israélienne à Gaza, qui doit commencer par la prise de Gaza-City, « risque de plonger toute la région dans un cycle de guerre permanente ».

Selon les grandes lignes de sa feuille de route, la seule voie crédible pour aller de l’avant consisterait à désarmer le Hamas, à renforcer le rôle de l’Autorité palestinienne (AP) à Gaza et à fournir une aide humanitaire « à grande échelle ». Il a ajouté que la France, aux côtés de l’Égypte, de la Jordanie et de « tous nos partenaires régionaux et internationaux », soutenait le déploiement d’une « mission internationale de stabilisation » à Gaza, ainsi que la promotion d’une solution politique répondant « aux aspirations des deux peuples, israélien et palestinien ».

Au début du mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réaffirmé sa conviction qu’Israël ne pouvait pas remettre le contrôle de Gaza à l’AP après la guerre.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de vives tensions entre Paris et Jérusalem, ainsi qu’entre leurs deux dirigeants. Mardi, Netanyahu a accusé Macron d’attiser l’antisémitisme en annonçant le projet de la France de reconnaître un État palestinien en septembre. Cette annonce a été suivie par plusieurs autres pays qui ont déclaré leur intention de faire de même.

Dans sa lettre adressée au président français, Netanyahu a écrit que cette décision « récompense le terrorisme du Hamas, renforce le refus du Hamas de libérer les otages, encourage ceux qui menacent les Juifs français et attise la haine des Juifs qui sévit actuellement dans vos rues ».

Montage photos créé le 15 avril 2025 (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée au tribunal de Tel Aviv avant le début de son procès pour corruption, le 9 avril 2025 ; le président français Emmanuel Macron attendant d’accueillir Nechirvan Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien (non visible sur la photo), pour un déjeuner de travail à l’Élysée, à Paris, en France, le 14 avril 2025. (Crédits : Miriam Alster/Flash90 ; Ludovic Marin/AFP)

Le ministre jordanien des Affaires étrangères a déclaré mercredi que la politique menée par Israël dans la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza avait provoqué « des massacres et la famine » et que ses actions plus générales « détruisaient toute perspective » de paix au Moyen-Orient.

S’adressant à son homologue russe Sergueï Lavrov lors d’une réunion à Moscou, le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi a déclaré qu’il espérait discuter « des efforts visant à mettre fin à l’agression contre Gaza, ainsi qu’aux massacres et à la famine qu’elle engendre ».

Cela s’ajoute aux « mesures illégales qui continuent de saper la solution à deux États et de tuer toute perspective de paix dans la région », a-t-il ajouté.

Le gouvernement allemand a également déclaré qu’il « rejetait l’escalade » de la campagne à Gaza. Son porte-parole, Steffen Meyer, a déclaré aux journalistes qu’il était « de plus en plus difficile de comprendre comment ces actions pourraient conduire à la libération de tous les otages ou à un cessez-le-feu ».

Israël prévoit une offensive diplomatique pour redorer son image

Face à la condamnation internationale croissante, le ministère des Affaires étrangères a annoncé jeudi une initiative « sans précédent » visant à accueillir des centaines de délégations étrangères avant la fin de l’année, « afin de contribuer à diffuser le discours israélien dans les médias internationaux ».

« Dans le cadre de la bataille contre la perception négative anti-Israël dans le monde », a déclaré le ministère dans un communiqué, « d’ici la fin décembre, environ 400 délégations comptant plus de 5 000 participants devraient arriver en Israël pour contribuer à diffuser le discours israélien dans les médias internationaux et auprès du public mondial ».

À titre de comparaison, le ministère a indiqué qu’il n’avait accueilli en moyenne que 25 délégations par an au cours des années précédentes.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar s’exprimant lors d’une conférence de presse, à Jérusalem, le 29 juillet 2025. (Crédit : Sivan Shachor/GPO)

Le plan prévoit un budget d’environ 135 millions de shekels, qui s’inscrit dans le cadre d’un budget plus large de 545 millions de shekels consacré aux efforts de diplomatie publique, annoncé par le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar à la fin de l’année dernière. Bien qu’aucun plan de dépenses complet n’ait été rendu public, les responsables ont indiqué que le budget avait ensuite été ramené à 543 millions de shekels, puis publié en avril, ce qui a retardé le lancement des programmes. Ils ont souligné qu’une grande partie de ces efforts serait consacrée à l’accueil de délégations en Israël, afin de contourner les canaux diplomatiques officiels et d’atteindre directement le public étranger, principalement par le biais des médias.

Selon le communiqué, ces délégations devraient comprendre des responsables gouvernementaux, des parlementaires, des journalistes, des personnalités influentes, des universitaires et des personnalités du monde juridique, religieux, culturel et sportif. Chaque groupe bénéficiera d’un programme « sur mesure », conçu en fonction de son parcours et de son influence. Les activités prévues comprennent des visites dans les communautés du sud touchées par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, des rencontres avec des survivants, la projection d’images des massacres, ainsi que des visites à Jérusalem et dans le nord du pays, et des réunions avec de hauts responsables israéliens.

Le ministère a dressé la liste de plusieurs délégations à venir, provenant en grande partie des États-Unis : un important contingent de 250 législateurs américains, une délégation de 1 000 pasteurs et chefs religieux de quatre régions des États-Unis, ainsi que 160 représentants des 16 États fédéraux allemands. Des journalistes en provenance d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine arrivent désormais « presque chaque semaine », a ajouté le ministère.

La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités, utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.

Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.

Plus de 62 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes. Israël affirme avoir tué 22 000 terroristes au combat depuis janvier, et 1 600 autres terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre 2023.

L’armée israélienne assure prendre « de nombreuses mesures » pour minimiser les atteintes aux civils et souligne que le groupe terroriste viole systématiquement le droit international et exploite brutalement les institutions civiles et la population en les utilisant comme autant de boucliers humains pour ses activités terroristes, combattant depuis des zones civiles, notamment depuis des maisons, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.

Depuis le début de l’incursion terrestre à Gaza menée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas et lors des opérations menées le long de la frontière de Gaza, le bilan israélien s’élève à 459 morts. Ce bilan comprend également deux policiers et trois civils qui travaillaient pour le ministère de la Défense.

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