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Illustration : Une ville montrant l'effet du changement climatique. (BenGoode via iStock by Getty Images)
Illustration : Une ville montrant l'effet du changement climatique. (BenGoode via iStock by Getty Images)

Israël peut-il faire pour le climat ce qu’il a fait pour la cyber-sécurité ?

Pour les experts, Israël a du retard dans ce domaine, mais peut devenir un acteur clé ; les milliards de dollars en jeu pouvant contribuer à sauver la planète

En 1999, le professeur Isaac Ben-Israel, à l’époque responsable de la R&D au ministère israélien de la Défense, a écrit une lettre au Premier ministre Ehud Barak pour l’avertir que le passage rapide du pays à l’ère du numérique pourrait facilement devenir un handicap, – tout ce qui est numérique pouvant être piraté. Il a recommandé à Israël de préparer une stratégie pour se défendre dans le cyber-espace.

C’est ainsi qu’un organisme national a été créé, chargé de protéger les infrastructures critiques – production d’électricité, approvisionnement en eau, système de santé et transports. C’était il y a 20 ans, ce mois-ci. À la même époque, des anciens soldats des unités de cyber-sécurité de l’armée ont repéré des opportunités dans le contexte de la numérisation croissante du monde et ont entrepris de trouver des solutions pour le monde civil.

Aujourd’hui, Israël est une puissance en matière de cyber-sécurité. Les exportations de ses produits s’élèvent à environ 10 milliards de dollars, représentant 10 % des exportations mondiales de cyber-sécurité, et ses start-ups dans ce domaine recueillent plus de 40 % du total des investissements mondiaux. Le succès de l’industrie de la cyber-sécurité est né de l’alignement parfait entre l’initiative gouvernementale – la désignation du domaine comme stratégiquement important pour la sécurité et l’économie de la nation – et les développements sur le terrain.

Aujourd’hui, alors que le changement climatique se profile comme une menace mondiale, le Times of Israël a demandé à des experts si la magie de la cyber-sécurité en Israël pouvait opérer pour aider le pays à atteindre ses objectifs climatiques et, ce faisant, à faire du monde un endroit meilleur et plus sûr.

La réponse n’est pas simple : Israël est en retard dans le domaine du climat, mais peut encore rattraper son retard, estiment les experts. Le gouvernement s’efforce d’en faire une priorité nationale, mais le sérieux de ces mesures sera déterminé par la législation et le financement à venir.

Contrairement à la cyber-technologie, la technologie climatique nécessite généralement d’énormes investissements, des composants matériels qui requièrent des processus de fabrication et de longs délais de développement, ce qui décourage à la fois les investisseurs et les entrepreneurs.

Illustration. Technologie de cyber-sécurité. (Crédit : Stock Depot via iStock par Getty Images)

Néanmoins, l’intérêt ne cesse d’augmenter et les entrepreneurs israéliens voient une opportunité mondiale de plusieurs milliards de dollars se présenter. Mais des mesures d’incitation et un cadre réglementaire sont indispensables pour qu’Israël puisse vraiment réussir dans ce domaine, prédisent les experts.

Un temps pour pivoter

Lorsque Bill Gates a rencontré le nouveau Premier ministre Naftali Bennett en marge du sommet de Glasgow sur le climat en novembre, le cofondateur de Microsoft n’a pas mâché ses mots : Israël était connu pour son innovation, a-t-il dit, « mais pas tellement » dans le domaine des technologies climatiques.

« Compte tenu du talent que vous avez et de ce que nous avons vu dans l’espace numérique, comment pouvons-nous en tirer encore davantage ? », a-t-il demandé à Bennett. « Donc, j’aimerais prendre cette poussée d’innovation en matière de R&D et déterminer où Israël peut s’associer avec nous » sur le climat.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) rencontre le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, en marge de la conférence sur le changement climatique COP26 à Glasgow, le 2 novembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Alors que les géants mondiaux de la technologie – comme Microsoft, Facebook, Apple, Google, Amazon, Nvidia et Intel Corp – ont établi des centres de R&D en Israël et se sont emparés de start-ups locales, leurs activités se sont concentrées sur les logiciels, les cyber-technologies, l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs. Les technologies climatiques n’ont pas suscité un grand intérêt en Israël, jusqu’à présent.

« Israël est connu comme la nation des start-ups, et je pense qu’il est temps de pivoter et de canaliser notre énergie nationale – qui est l’énergie du peuple, la matière grise – vers la lutte contre le changement climatique », a déclaré Bennett à Gates lors de leur rencontre. « Nous allons prendre cela comme une mission nationale. »

L’échelon inférieur

Le gouvernement de Bennett, qui est entré en fonction en juin, communique une nouvelle urgence sur la crise climatique.

Le gouvernement a récemment fixé des objectifs de neutralité carbone d’ici 2050 et a adopté en octobre un programme environnemental qui prévoit la promotion de nouvelles technologies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et contribuer à freiner le changement climatique.

M. Bennett a également déclaré que la lutte contre le changement climatique était un intérêt de sécurité nationale, et son gouvernement a approuvé une série de résolutions dans le cadre d’un plan de 100 mesures établi par le ministère de la Protection de l’environnement. Ce plan prévoit l’affectation de quelque 15,5 milliards de shekels de fonds pour stimuler les initiatives dans ce domaine.

Les déclarations de Bennett au sommet mondial sont intervenues alors que le contrôleur d’État, Matanyahu Englman, a publié le même mois un rapport cinglant sur l’état de préparation du pays face à la crise climatique. Le rapport indiquait qu’au cours de la dernière décennie, Israël avait négligé les questions climatiques en ne les budgétisant pas correctement et en ne mettant pas en œuvre les décisions qui avaient été prises.

Le Premier ministre Naftali Bennett lors de la conférence sur le climat COP26 à Glasgow, en Écosse, le 2 novembre 2021. (Crédit : Oli Scarff/AFP)

« Israël n’est pas préparé à la crise climatique, et il n’y a pas encore eu de changement de perception dans les politiques israéliennes en la matière », écrit Englman. Les émissions par habitant en Israël sont élevées par rapport à d’autres pays, a-t-il ajouté, Israël, dont la taille est similaire à celle du New Jersey, émettant des gaz à effet de serre « à une magnitude similaire à celle d’un État de taille moyenne ».

Israël manque également ses objectifs climatiques, selon le rapport du contrôleur : l’efficacité énergétique est inférieure de 62 % à l’objectif fixé pour 2020, et l’utilisation des énergies renouvelables, qui ne représentent que 6,1 % de la production totale d’énergie en 2020, est bien inférieure à l’objectif de 30 % fixé pour 2030. Le fait de ne pas atteindre ces objectifs a coûté à l’économie un montant potentiel de 217 milliards de shekels, selon le rapport.

Israël est également « au bas de l’échelle » par rapport aux autres pays de l’OCDE en ce qui concerne les technologies liées au climat, selon le rapport. L’Autorité israélienne de l’innovation, chargée de favoriser l’écosystème technologique de la nation et de définir des politiques d’innovation, a investi seulement 4 % de son budget 2018 pour promouvoir les technologies de l’énergie, de l’eau, de l’environnement et de la durabilité, contre 14 % pour les logiciels, 32 % pour les technologies de la santé, 11 % pour les technologies de la communication et 8 % pour les technologies de la robotique et de l’automatisation, indique le rapport.

Sur cette photo prise le 3 octobre 2018, de la fumée s’élève de la cheminée de la principale centrale électrique au charbon de Serbie, près de Kostolac. Les entreprises chinoises sont les plus grands investisseurs au monde dans les centrales à charbon à l’étranger. (Crédit : AP Photo/Darko Vojinovic)

Les données présentées dans le rapport du contrôleur ont montré qu’en 2019, seulement 8 % de toutes les start-ups israéliennes traitaient des technologies liées au climat.

« La population et les politiciens ne prennent pas le sujet suffisamment au sérieux », a déclaré le professeur Yohay Carmel, professeur d’ingénierie civile et environnementale au Technion-Israel Institute of Technology, dans une interview. « Jusqu’à récemment, ils n’avaient pas l’impression que la terre brûlait sous leurs pieds. »

Cela semble changer, les écologistes affirmant que les actions du gouvernement sont un pas dans la bonne direction. Mais la mise en œuvre et le financement seront essentiels.

« Israël est en retard dans le domaine », a déclaré le professeur Yoav Yair, doyen de l’école de durabilité de l’université Reichmann (anciennement IDC). Ce que le gouvernement fait maintenant « aurait dû être fait il y a dix ans », a-t-il déclaré. « Nous avons perdu 10 ans. Mais il n’est pas trop tard. Nous pouvons rattraper notre retard. Le plan en 100 étapes est un plan efficace, mais il sera testé par des actions et non par des mots. »

Le plan des 100 mesures prévoit la création d’un groupe de travail qui contribuera à faire décoller le développement de nouvelles technologies climatiques et à lever les obstacles réglementaires à la fois à la recherche et au développement et à la mise en œuvre de ces technologies au niveau local. Ces mesures aideront Israël à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à se préparer au changement climatique, selon un communiqué du gouvernement. Le bureau du Premier ministre encouragera les investissements dans la R&D sur les technologies climatiques et promouvra les fonds binationaux de R&D dans ce domaine, selon le communiqué.

Israël a un double objectif, a déclaré Ari Siegmann de l’Autorité israélienne de l’Innovation : amener ses entrepreneurs à créer des technologies qui peuvent aider à guérir le monde et à le préserver des pires colères de la nature, et en même temps permettre à Israël d’atteindre ses objectifs climatiques. « C’est l’impulsion donnée par le nouveau gouvernement », a déclaré M. Siegmann. Les plans sont encore balbutiants et la voie à suivre est « toujours en cours », a-t-il ajouté.

‘Imaginez un peu’

L’industrie technologique israélienne a connu une année exceptionnelle en 2021, les entreprises ayant levé 25,6 milliards de dollars auprès d’investisseurs, soit 146 % de plus qu’en 2020, qui était elle-même une année record, selon un rapport du Centre de recherche IVC et des avocats de Meitar Law Offices. Les sorties de la tech – définies comme des offres publiques initiales d’actions, des opérations de fusion et d’acquisition et des rachats – ont également bondi, pour atteindre 22,2 milliards de dollars l’an dernier.

Les trois secteurs qui ont attiré le plus d’investissements l’année dernière sont les sociétés de technologie financière, les infrastructures informatiques et de données d’entreprise et les sociétés de cyber-sécurité, selon les données compilées par Start-Up Nation Central, qui suit le secteur. Ces trois secteurs ont attiré 66 % du total des capitaux investis dans les entreprises technologiques israéliennes l’année dernière.

Un récent rapport de PwC intitulé « State of Climate Tech 2021 » mentionne cinq grands centres d’investissement mondiaux dans les technologies climatiques. Il s’agit de San Francisco, Londres, Berlin, New York et Boston. Il est à noter qu’Israël est absent de cette liste.

« Il y avait une lacune dans la compréhension de l’importance du climat », a déclaré Jonathan Aikhenbaum, directeur de Greenpeace Israël. « Aujourd’hui, Israël est une puissance en matière de cyber-sécurité. Imaginez à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si nous avions fait pour le climat ce que nous avons fait pour la cyber-sécurité. »

Les technologies climatiques sont définies par PwC comme des technologies axées sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou sur la lutte contre les effets du réchauffement climatique. Il peut s’agir de technologies visant à atténuer ou à supprimer les émissions, à aider les nations à mieux s’adapter à l’impact du changement climatique et à améliorer notre compréhension du climat, indique le rapport de PwC.

Image d’illustration de la sécheresse et du réchauffement climatique. (Crédit : neenawat ; iStock by Getty Images)

Israël est peut-être loin derrière les autres nations, mais Avi Hasson, PDG de Start-Up Nation Central, est optimiste.

Cela « en raison de notre agilité et de notre capacité, prouvée à maintes reprises, à créer une masse de solutions dans un court laps de temps. En effet, tout comme pour le cyber-espace, nous savons comment nous surpasser », a déclaré M. Hasson.

Hasson est un ancien scientifique en chef du ministère de l’Économie et de l’Industrie, et il a été le président fondateur de l’Autorité israélienne de l’Innovation, l’entité gouvernementale chargée de définir les politiques technologiques du pays.

Selon M. Hasson, la base de données de Start-Up Nation Central comprend déjà quelque 700 entreprises liées au climat, dont beaucoup disposent de solutions technologiques existantes qui « évoluent rapidement pour se repositionner face au défi climatique. Nous ne partons pas de zéro ».

Selon lui, les technologies climatiques sont désormais à l’ordre du jour en Israël, ce qui est une bonne chose à la fois pour l’écosystème d’innovation local et pour la « diplomatie de l’innovation », dans le cadre de laquelle Israël travaille avec d’autres pays et des entreprises étrangères pour trouver des solutions communes.

La question de savoir si Israël peut faire pour le climat ce qu’il a fait pour la cyber-sécurité est toutefois « une grande question », a déclaré M. Hasson.

« Dans le domaine de la cyber-sécurité, nous avons obtenu des résultats impensables. Je ne peux pas dire que nous obtiendrons la même part de marché dans le domaine du climat. Mais il y a des choses avec le climat qui sont similaires à la cyber-sécurité : c’est un grand problème général qui concerne presque tout le monde et qui est là pour durer. Ce n’est pas quelque chose qui va disparaître dans deux ans. C’est le problème de la prochaine génération », a déclaré M. Hasson.

Une fenêtre de plusieurs milliards de dollars

À l’approche de la conférence COP26 de Glasgow, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait lancé un avertissement sans équivoque : l’homme est en train de réchauffer l’atmosphère de la planète et la marge de manœuvre dont nous disposons pour limiter le réchauffement à 1,5 °C au cours du siècle et éviter un changement climatique catastrophique se réduit rapidement.

Des militants pour le climat organisent une manifestation sur le site du sommet climatique de la COP26 à Glasgow, en Écosse, le vendredi 12 novembre 2021. (Crédit : AP/Alastair Grant)

Par ailleurs, au milieu des inondations et des incendies, les gouvernements, les entreprises et le public sont de plus en plus attentifs, et le climat est désormais un sujet qui fait partie du discours politique, commercial et social. « Lorsque cela se produit, les entrepreneurs le remarquent », a déclaré M. Hasson. « Soudain, les spécialistes de la technologie se disent : ‘Hé, voilà une opportunité commerciale importante.’ Et ils réalisent qu’Israël peut jouer un rôle dans ce domaine. »

Un total de 87,5 milliards de dollars a été investi dans la technologie climatique dans le monde entier au cours du second semestre de 2020 et du premier semestre de 2021, selon le rapport de PwC, le premier semestre de 2021 affichant des niveaux d’investissement record de plus de 60 milliards de dollars, soit une hausse de 210 % par rapport aux 28,4 milliards de dollars investis au cours des 12 mois précédents, selon le rapport.

Les technologies climatiques représentent désormais 14 cents de chaque dollar de capital-risque, et les méga-rachats et les licornes – des entreprises privées évaluées à plus d’un milliard de dollars – sont de plus en plus courants dans le secteur, selon le rapport.

Malgré le bond des investissements, le rapport de PwC indique qu’il « existe encore d’importantes zones de potentiel inexploité – ce que l’on appelle les « billets de 5 dollars en carbone qui traînent par terre ».

« Cela nous indique qu’une opportunité est manquée, car le capital n’est pas déployé en fonction du potentiel d’impact climatique, une poignée de domaines technologiques matures attirant au contraire la majorité des investissements », poursuivent les auteurs du rapport de PwC. « Bien que des financements soient nécessaires dans tous les domaines de défi, le fait de cibler les financements sur les domaines technologiques naissants peut permettre des innovations révolutionnaires, déclencher des points de basculement sectoriels pour accélérer l’adoption et obtenir des retours financiers significatifs ainsi qu’une décarbonisation sectorielle. »

Bill Gates a déclaré l’année dernière que les technologies climatiques donneront naissance à « huit, dix » innovations comme Tesla à l’avenir. Larry Fink, PDG de BlackRock, a déclaré en octobre que « les 1 000 prochaines licornes, c’est-à-dire les entreprises dont la valorisation boursière dépasse le milliard de dollars, ne seront ni un moteur de recherche, ni une société de médias, mais des entreprises développant de l’hydrogène vert, de l’agriculture verte, de l’acier vert et du ciment vert ».

La secrétaire d’État américaine au Trésor, Janet Yellen, a estimé que la transition mondiale vers le changement climatique offrait aux entreprises une opportunité de 100 à 150 000 milliards de dollars au cours des trois prochaines décennies.

Israël « possède un atout » qui constitue la base de son secteur technologique florissant, a déclaré M. Hasson de SNC – son esprit d’entreprise. « Il y a quelque chose de très bon chez nos entrepreneurs, qui savent comment identifier les opportunités et changer, réorienter leur attention vers cette nouvelle direction. »

Mais le gouvernement doit jouer un rôle clé dans la promotion de l’écosystème, a-t-il ajouté, en étant à la fois un consommateur de ces solutions et un régulateur – tout comme il l’a fait pour la cyber-sécurité. Le gouvernement doit définir des réglementations claires et permettre aux entreprises de mettre en œuvre leurs technologies au niveau local, afin de prouver leur validité et leur efficacité.

Pour sa part, Start-Up Nation Central (SNC) nommera pour la première fois un responsable des technologies climatiques, a déclaré M. Hasson, et a mis en place un certain nombre d’initiatives liées au climat, notamment un festival de l’innovation climatique qui aura lieu en Israël en octobre de cette année, et un prix d’un million de dollars, en collaboration avec le Fonds national juif du Canada, pour motiver les chercheurs et les organisations à but non lucratif en Israël à travailler sur des idées exécutables. SNC a également mis en place un concours à plusieurs volets pour les jeunes entreprises israéliennes, dans le cadre duquel les gagnants travailleront avec des entreprises partenaires pour tester leurs technologies liées au climat.

Toute cette activité bouillonnante sur le terrain a été cartographiée par un premier rapport de ce type.

Le rapport State of Climate Tech 2021, publié par l’Autorité israélienne de l’Innovation et PLANETech, montre qu’il existe quelque 1 200 entreprises, dont 637 sont des start-ups, la plupart ayant moins de sept ans, qui s’occupent actuellement de technologies climatiques, notamment d’agriculture intelligente, de systèmes énergétiques propres, de mobilité intelligente, de protéines alternatives, de déchets alimentaires et de construction écologique.

Vue aérienne de panneaux solaires dans le désert près d’Eilat, en Israël. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Le nombre de nouvelles start-ups israéliennes liées à la technologie climatique a bondi en 2014 et leur part de toutes les nouvelles start-ups a augmenté chaque année, pour atteindre 9 % en 2020, selon le rapport.

« Le message clé de notre rapport est qu’il existe déjà un écosystème d’innovation climatique en Israël, et un bon, et qu’il y a des opportunités de croissance, mais aussi de nombreux défis importants à relever », a déclaré Uriel Klar de PLANETech, l’un des auteurs du rapport.

Les start-ups de la technologie climatique en Israël ont reçu des investissements de plus de 560 groupes d’investissement, dont les deux tiers ont leur siège à l’étranger. En 2018-2020, les investissements dans la technologie climatique ont atteint 2,97 milliards de dollars, avec un taux de croissance annuel de 14 %, indique le rapport Climate Tech.

Les premières données suggèrent que le capital investi dans les start-ups de la climate tech au cours du premier semestre 2021 était près de 40 % supérieur au montant total investi au cours des trois années précédentes, indique le rapport.

Parmi les plus importantes transactions dans le domaine de la technologie climatique, selon IVC, figure celle de SolarEdge Technologies Ltd, un fabricant d’onduleurs pour systèmes solaires basé à Herzliya, en Israël, qui a levé 550 millions de dollars dans une transaction PIPE en 2020. L’expression « Private Investment in Public Equity » (PIPE) désigne l’achat d’actions par un investisseur institutionnel ou accrédité directement auprès d’une société publique, à un prix inférieur à celui du marché. En décembre, SolarEdge est devenue la première entreprise israélienne à entrer dans l’indice S&P 500.

La société de technologie alimentaire Future Meat, qui développe des poulets, des agneaux et des bœufs cultivés, a levé plus de 300 millions de dollars en décembre, ce qui représente le plus gros investissement dans le secteur de la viande cultivée. Aleph Farms, également fabricant de viande cultivée, a levé 105 millions de dollars auprès d’investisseurs en juillet 2021.

Tomorrow.io, une plateforme de sécurité météorologique, anciennement ClimaCell, va s’introduire en bourse sur le Nasdaq avec une valorisation de 1,2 milliard de dollars via une transaction SPAC, et H2Pro, basée à Césarée, qui cherche à produire de l’hydrogène à faible coût en grandes quantités, a déclaré avoir levé 22 millions de dollars auprès de Gates, du constructeur automobile coréen Hyundai, du japonais Sumitomo et du milliardaire hong-kongais Li Ka-Shing.

Laisser le marché décider

Selon M. Klar, de PLANETech, beaucoup de choses se sont passées depuis la publication du rapport. « Au cours des deux derniers mois, les choses ont évolué à un rythme incroyable », a-t-il déclaré. « On a l’impression que tout le monde comprend que le climat est un domaine qui doit être abordé. »

En 2021, Israël a enregistré des investissements records dans les technologies climatiques de plus de 2,2 milliards de dollars, soit 57 % de plus qu’en 2020, a-t-il déclaré.

Et au cours de la première semaine de 2022, quatre tours de financement ont eu lieu pour un total de 340 millions de dollars, a-t-il ajouté. Parmi ceux-ci, Remilk a levé 120 millions de dollars pour développer du lait et des produits laitiers sans animaux ; StoreDot, un fabricant de batteries de voitures électriques à charge rapide, a levé 80 millions de dollars ; et Tipa, un fabricant d’emballages compostables, a levé 70 millions de dollars.

La start-up israélienne Remilk utilise un processus de fermentation à base de levure pour produire des protéines de lait sans animaux qui, selon l’entreprise, ne se distinguent pas des protéines de lait de vache en termes de goût et de fonction, mais sont exemptes de lactose, de cholestérol et d’hormones de croissance. (Crédit : Remilk)

« Je crois que nous allons assister à la fusion de deux écosystèmes, le numérique et celui du climat », a déclaré Klar. « Et si vous parlez de reproduire notre succès dans la cyber-sécurité, alors ce que nous avons construit dans la cyber-sécurité et l’écosystème numérique peut être orienté vers l’écosystème du climat. »

« Les fondateurs qui se sont retirés du secteur de la cyber-sécurité devraient créer des start-ups dans le domaine du climat, non seulement pour l’impact [social], mais aussi pour l’opportunité commerciale, qui représente 150 000 milliards de dollars. Nous avons besoin de leaders dans le domaine de la cyber-sécurité et d’autres secteurs numériques, des investisseurs aux fondateurs, qui viennent dire ‘le climat est le domaine auquel je veux m’attaquer’. C’est le type de leadership dont nous avons besoin en ce moment. »

Pour saisir l’opportunité qui se présente, toutefois, selon le rapport PLANETech, les start-ups israéliennes du secteur doivent avoir un meilleur accès aux capitaux pour développer leurs solutions, les obstacles réglementaires doivent être supprimés et les start-ups doivent pouvoir tester leurs technologies localement. Les entreprises ont également besoin de conseils professionnels et d’aide pour modéliser leur impact sur le climat, selon le rapport.

Selon les auteurs du rapport, l’un des principaux moyens de stimuler l’écosystème local des technologies climatiques est d’attirer l’attention des fonds mondiaux dédiés au climat, tels que le fonds de capital-risque « Climate Pledge » d’Amazon, doté de 2 milliards de dollars, et le fonds d’innovation climatique de Microsoft, doté d’un milliard de dollars, qui sont actuellement absents du terrain de jeu local.

L’Autorité israélienne de l’Innovation cherche à mettre en place un modèle qui permette au gouvernement de « partager le risque » avec ces fonds afin de les inciter à venir en Israël, a déclaré M. Siegmann.

Lors d’une conférence d’investisseurs organisée par PLANETech à Tel Aviv ce mois-ci, Idan Mor de HSBC a annoncé un nouveau fonds de 200 millions de dollars qui investira dans les technologies climatiques, y compris en Israël.

Anath Levine, PDG de BlackRock Israël, a déclaré que les membres de la communauté israélienne des investisseurs en capital-risque qui « ne prennent pas conscience de l’urgence d’investir dans une perspective de changement climatique manqueront l’occasion de suivre le changement tectonique du monde financier », selon un message publié sur les réseaux sociaux de PLANETech.

Les récentes mesures prises par le gouvernement en matière de climat vont dans la bonne direction, a déclaré Amit Bracha, directeur exécutif du groupe de défense de l’environnement Adam Teva VeDin, dans une interview. Mais sans réglementation, législation et financement ciblé, « toutes ces déclarations resteront sur la glace et n’obligeront personne à s’y conformer ».

Il est essentiel qu’Israël adopte une législation sur le climat qui créerait des incitations économiques et des allégements fiscaux pour l’adoption de technologies vertes, a déclaré Bracha. En outre, il devrait mettre en place une agence environnementale spécialisée et une autorité gouvernementale chargée du climat pour suivre la mise en œuvre et s’assurer que les objectifs sont atteints, a ajouté M. Bracha.

Le professeur Ben-Israel, le gourou qui a contribué à la création de l’industrie florissante de la cyber-sécurité en Israël, pense que les entrepreneurs israéliens peuvent avoir un impact sur le climat, mais qu’il sera beaucoup plus difficile de reproduire le succès de l’industrie de la cyber-sécurité.

Dans le domaine du climat, a déclaré M. Ben-Israel dans une interview accordée au Times of Israël le mois dernier, « nous pouvons faire beaucoup. Mais si vous pensez que nous pouvons être un acteur majeur dans le monde, je n’en suis pas du tout sûr. Nous pouvons contribuer, c’est vrai. C’est un objectif noble et bon, mais il ne fera pas d’Israël l’un des centres tels qu’il l’est aujourd’hui en matière de cyber-sécurité ».

Dans le domaine de la cyber-sécurité, a-t-il dit, tout ce qu’il faut pour faire décoller une idée, c’est quelques esprits brillants, 100 000 dollars de capital de départ et un ordinateur. Dans le domaine du climat, a-t-il ajouté, il faut souvent du matériel, ce qui peut nécessiter de grandes installations industrielles, par exemple pour la fabrication de turbines et de rotors, le développement prend plus de temps et il faut plus d’argent pour démarrer, ainsi que plus d’employés et d’infrastructures, comme des champs solaires massifs et des espaces ouverts.

Pour une nation comme Israël, limitée par un manque de ressources naturelles, de petits espaces et une population d’un peu plus de 9 millions d’habitants, la cyber-sécurité est plus adaptée que les technologies climatiques, a conclu M. Ben-Israel.

Mais M. Hasson, de Start-Up Nation Central, a déclaré que la technologie climatique avait « de très nombreuses applications. Il ne s’agit pas seulement de champs solaires ».

« Il y a aussi beaucoup de solutions informatiques qui sont climatiques », a déclaré Hasson. « Et il se pourrait que notre créneau spécifique soit dans ces mondes de l’informatique… Laissons les forces du marché décider de ce que nous faisons de mieux. »

« Le timing actuel est unique », a ajouté Hasson. « Je pense qu’Israël n’est pas un vainqueur avéré dans les technologies climatiques, mais qu’il a de bonnes chances d’y parvenir, de sorte que dans cinq ans, nous pourrons dire – comme nous l’avons dit pour la cyber-sécurité – qu’Israël se classe parmi les trois premiers pays au niveau mondial dans les technologies climatiques également. Nous pouvons y arriver. »

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