La Knesset reprendra avec un projet d’annexion, que Netanyahu ne soutiendra probablement pas
Malgré un soutien important, les textes visant à appliquer la souveraineté à la Cisjordanie ne seront probablement avancés : une élue de la coalition parle de 'manœuvre politique'
La commission des Lois devrait examiner dimanche plusieurs projets de loi visant à appliquer la souveraineté à tout ou partie de la Cisjordanie, lorsque la Knesset reprendra ses travaux, après près de trois mois de vacances parlementaires.
Malgré un large soutien au sein de la coalition, ces textes ont peu de chances d’aboutir en raison de l’opposition du président américain Donald Trump. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait donc probablement reporter toute décision.
Deux projets de loi identiques demandant l’annexion de toute la Cisjordanie ont été présentés par les députés Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), et Avi Maoz (Noam). Parallèlement, un troisième projet de loi visant à appliquer la souveraineté à Maale Adumim en Cisjordanie est parrainé par Avigdor Liberman, chef du parti d’opposition Yisrael Beytenu, connu pour ses positions tranchées.
Le texte proposé par Har-Melech stipule que « la loi, la juridiction, l’administration et la souveraineté de l’État d’Israël s’appliquent à toutes les zones où des Juifs se sont installés en Judée-Samarie » et insiste sur le fait que ces implantations constituent « une partie indissociable de l’État souverain d’Israël ».
La loi proposée par Liberman stipule que « la législation, la juridiction et l’administration de l’État d’Israël s’appliquent à la région de Maale Adumim ».
Les membres de la coalition de Netanyahu ont appelé de leurs vœux l’annexion en réponse à la reconnaissance d’un État palestinien par les puissances occidentales le mois dernier. Début septembre, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a publiquement appelé à annexer 82 % de la Cisjordanie, alors même que les Émirats arabes unis avaient averti qu’une telle mesure signifierait la fin de l’intégration d’Israël au Moyen-Orient.
Selon un porte-parole du parti HaTzionout HaDatit de Smotrich, le député Ohad Tal travaille actuellement sur un projet de loi similaire. Le Times of Israel n’a pas pu joindre Tal pour obtenir un commentaire.
D’autres membres influents du cabinet, notamment le ministre de la Justice, Yariv Levin, et le ministre de la Défense, Israel Katz, ont également approuvé l’annexion. Cet été, la Knesset a approuvé à une écrasante majorité une motion non contraignante en faveur de l’application de la souveraineté israélienne en Cisjordanie.
Les États-Unis s’y opposent
Néanmoins, Trump a exclu une telle décision, déclarant le mois dernier qu’il ne permettrait pas à Israël d’annexer la Cisjordanie, ce qui avait incité les alliés de la coalition à insister pour que Netanyahu fasse abstraction de Washington.
Selon la chaîne publique Kan, le bureau du Premier ministre craint que les efforts visant à annexer la Cisjordanie ne déclenchent une crise diplomatique avec Washington.
Interrogée sur son inquiétude face à une telle éventualité, Har-Melech a répondu au Times of Israel : « Avec tout le respect que je dois au président Trump, le peuple israélien est maître et souverain sur sa propre terre, et le rôle du président des États-Unis est de veiller à ce que cela reste ainsi, et non, Dieu nous en préserve, le contraire. »
Affirmant que l’application de la souveraineté à la Cisjordanie est un prélude à l’annexion de la bande de Gaza (scénario également exclu par Washington), Har-Melech a exprimé son scepticisme quant à la possibilité que le gouvernement fasse réellement avancer son projet de loi « par crainte de la réaction de l’administration Trump ».
Le député Oded Forer (Yisrael Beytenu), co-auteur du projet de loi de Liberman, a également exprimé ses doutes quant au soutien du gouvernement au texte proposé par son parti, alors même que celui-ci a récemment approuvé le projet très controversé d’extension de la « zone E1 », qui prévoit la construction de milliers de nouveaux logements à Maale Adumim.
« Malheureusement, la coalition actuelle a jusqu’à présent prouvé qu’elle était douée pour parler de souveraineté, mais faible dans l’action », a déclaré Forer, soulignant qu’elle avait rejeté à deux reprises des projets de loi visant à annexer la vallée du Jourdain.
Ils soutiennent cette initiative, mais…
L’idée d’appliquer la souveraineté en Cisjordanie est extrêmement populaire et « il existe aujourd’hui une majorité à la Knesset en faveur de l’annexion », a déclaré jeudi un membre de la coalition au Times of Israel.
« La raison pour laquelle ce point ne figure pas à l’ordre du jour est que Netanyahu a clairement indiqué qu’il ne soutiendrait rien de tel. On peut dire que c’est à cause de Trump », a-t-il expliqué.
« Peut-être est-ce sa propre peur de l’isolement sur la scène internationale, d’une guerre régionale, ou de… qui sait ce qu’il a en tête. Mais s’il y avait un vote à bulletin secret à la Knesset aujourd’hui, une majorité serait assurément favorable à l’annexion. »
Selon cette source, Netanyahu ne devrait pas rejeter complètement les projets de loi, mais plutôt reporter leur vote de quelques mois, ce dont sont conscients leurs promoteurs, qui se livrent à une « campagne politique » en prévision des prochaines élections législatives, prévues pour octobre 2026, mais qui pourraient avoir lieu avant.
« Liberman peut attaquer le gouvernement depuis la droite. Ben Gvir peut dire : ‘Écoutez, c’est le moment de le faire’ », a-t-il poursuivi, faisant référence au chef du parti Otzma Yehudit et ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.
« Je suis un fervent partisan de la souveraineté, mais celui qui pense que ce type de mesure peut être prise sans l’accord du Premier ministre se couvre tout simplement de ridicule », a déclaré au Times of Israel un député du Likud qui a souhaité garder l’anonymat.
« Le vrai travail consiste à faire pression sur le Premier ministre pour qu’il agisse dans ce sens. »
Un autre élu du Likud a abondé dans ce sens, affirmant que le gouvernement « trouvera probablement un moyen de reporter cette mesure sans pour autant dire qu’il y est opposé », même si la plupart des députés du Likud y sont favorables.
Aucun porte-parole de Likud n’a souhaité répondre à nos demandes de commentaires.
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