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US : un plan en 21 points pour mettre fin à la guerre à Gaza et ouvrir la voie à un État palestinien

Le plan de Witkoff prévoit de libérer tous les otages dans les 48 premières heures, d'amnistier les membres du Hamas engagés pour la paix, d'encourager les Gazaouis à rester et de mettre en place un dialogue israélo-palestinien via les États-Unis

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio participe à une réunion avec les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe dans le cadre de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies à l'hôtel Lotte Palace, mercredi 24 septembre 2025, à New York. (Crédit : AP Photo/Stefan Jeremiah, Pool)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio participe à une réunion avec les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe dans le cadre de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies à l'hôtel Lotte Palace, mercredi 24 septembre 2025, à New York. (Crédit : AP Photo/Stefan Jeremiah, Pool)

NEW YORK — La proposition américaine visant à mettre fin à la guerre à Gaza encourage les Palestiniens à rester dans l’enclave côtière et prévoit la construction d’un futur État palestinien, selon une copie du plan obtenue par le Times of Israel.

Ce plan en 21 points que les États-Unis ont partagé avec quelques pays arabes et musulmans en début de semaine, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, contient également des clauses inspirées des diverses propositions élaborées par différentes parties au cours des derniers mois, allant de la libération de tous les otages à la destitution du Hamas.

Ce plan marque une évolution majeure pour Washington, avec l’encouragement explicitement adressé aux Palestiniens à rester à Gaza. En février, en effet, le président américain Donald Trump avait choqué une grande partie de la communauté internationale en évoquant la possibilité que les États-Unis prennent le contrôle de l’enclave côtière et déplacent de manière permanente l’ensemble de sa population, c’est-à-dire environ deux millions de personnes.

Des remarques qui avaient donné un élan significatif à l’idée parmi les partenaires de la coalition d’extrême droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu – et même chez quelques personnalités politiques israéliennes plus modérées -, qui ont depuis lors activement œuvré à « encourager la migration volontaire » des Gazaouis, toutefois sans grand succès à ce jour.

De plus, la mise en œuvre d’une voie conditionnelle vers un futur État palestinien, après que la reconstruction de Gaza aura progressé et que la réforme tant attendue de l’Autorité palestinienne aura été accomplie, marque également un écart considérable avec la politique menée jusqu’à présent par l’administration Trump, qui avait omis d’exprimer son soutien à une solution à deux États.

Dans ce plan obtenu par le Times of Israel — et authentifié par deux sources proches du dossier —, il est même prévu que les États-Unis engagent un dialogue avec Israël et les Palestiniens pour s’accorder sur un « horizon politique » en vue d’une « coexistence pacifique ».

De la fumée s’élève à la suite d’une frappe militaire israélienne à Gaza-City, vue depuis le centre de la bande de Gaza, le 26 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Si ces conditions représentent des arguments de poids pour les Palestiniens, la proposition, élaborée en grande partie par l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, inclut également des clauses réclamées de longue date par Israël. La proposition devrait en outre être retravaillée dans les prochains jours.

Parmi les conditions souhaitées par Israël, l’engagement du Hamas à déposer les armes, la démilitarisation de Gaza et la mise en place d’un processus de déradicalisation de la population de l’enclave.

Si l’ordre exact de ces étapes n’est pas précisé, il semble toutefois qu’elles soient destinées à entrer en vigueur de manière concomitante à la fin de la guerre.

Ces exigences de l’État juif risquent cependant de rendre la proposition difficile à faire accepter par le Hamas, et la création par ce plan d’une voie conditionnelle vers un futur État palestinien pourrait constituer une ligne rouge pour Netanyahu, qui a longtemps fait campagne contre toute solution à deux États. Vendredi, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre israélien a d’ailleurs déclaré : « Donner aux Palestiniens un État à un kilomètre de Jérusalem après le 7 octobre, c’est comme donner à Al-Qaïda un État à un kilomètre de New York après le 11 septembre. C’est de la pure folie. C’est insensé, et nous ne le ferons pas. Israël ne vous permettra pas de nous imposer un État terroriste. »

Trump, vendredi, s’est toutefois montré optimiste quant à ses chances de réussite, expliquant aux journalistes qu’un accord pourrait déjà être en place, avant de poster sur Truth Social un message qui indiquait que « des négociations intenses sont en cours depuis quatre jours. Elles se poursuivront aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que nous parvenions à un accord satisfaisant ».

« Tous les pays de la région sont impliqués. Le Hamas est parfaitement au courant de ces discussions. Israël a été informé à tous les niveaux, y compris Bibi Netanyahu », a-t-il précisé, évoquant le Premier ministre par son surnom.

La proposition américaine reste cependant assez vague sur de nombreux points. Des négociations supplémentaires seront vraisemblablement nécessaires, même si les parties s’accordent sur le plan.

Le président américain Donald Trump se rend au bureau ovale de la Maison Blanche à son retour du tournoi de golf de la Ryder Cup à Washington, le 26 septembre 2025. (Crédit : Allison Robbert/AFP)

Quels sont ces 21 points ?

Voici ce que contient ce plan. Chaque point a fait l’objet d’une réécriture par paraphrase, conformément à la demande des sources qui l’ont fourni.

1. Gaza devra être une zone déradicalisée et exempte de terrorisme, ne représentant aucune menace pour ses voisins.

2. Gaza sera reconstruite, conformément aux intérêts de sa population.

3. Si Israël et le Hamas adhèrent à cette proposition, la guerre prendra fin immédiatement, l’armée israélienne mettra un terme à l’ensemble de ses opérations et procèdera à un retrait progressif de la bande de Gaza.

4. Dans les 48 heures suivant l’adhésion publique d’Israël à l’accord, tous les otages vivants et décédés devront être libérés.

5. Une fois les otages libérés, Israël devra relâcher plusieurs centaines de prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité pour des raisons de sécurité ainsi que plus de 1 000 Gazaouis arrêtés depuis le début de la guerre. Il devra également restituer les corps de plusieurs centaines de Palestiniens.

Des manifestants protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et réclament la libération des otages détenus à Gaza, à l’aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, avant le départ de Netanyahu pour l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 24 septembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

6. Une fois les otages libérés, les membres du Hamas qui s’engagent à coexister pacifiquement bénéficieront d’une amnistie. Ceux qui souhaitent quitter la bande de Gaza se verront accorder un passage sûr vers les pays d’accueil.

7. Une fois cet accord conclu, l’aide sera acheminée dans la bande de Gaza, dans des quantités qui ne devront pas être inférieures aux critères de référence fixés dans l’accord sur les otages de janvier 2025, qui prévoyait 600 camions d’aide par jour. Seront également mis en oeuvre la remise en état des infrastructures essentielles, et l’entrée d’équipements destinés à déblayer les décombres.

8. L’aide sera distribuée, sans ingérence d’aucun des deux camps, par les Nations Unies et le Croissant-Rouge, ainsi que par d’autres organisations internationales qui ne sont associées ni à Israël, ni au Hamas.

La formulation volontairement vague de cette clause semble laisser à la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) la possibilité de poursuivre ses activités. La GHF reste en effet, techniquement, une organisation américaine, même si elle a été créée à l’initiative d’Israéliens liés au gouvernement et conçue pour s’adapter aux conditions d’une guerre menée par le gouvernement israélien.

9. Gaza sera administrée par un gouvernement provisoire et transitoire composé de technocrates palestiniens, qui seront chargés de fournir les services du quotidien à la population de l’enclave côtière. Le comité sera placé sous la supervision d’un nouvel organisme international créé par les États-Unis en consultation avec leurs partenaires arabes et européens. Il mettra en place un cadre pour le financement de la reconstruction de Gaza, jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait achevé ses réformes.

Les membres de la délégation palestinienne regardent le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies par vidéo lors de la 80e session de l’événement annuel, le 25 septembre 2025, à New York. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Ce point marque la première mention de l’Autorité palestinienne basée à Ramallah dans le plan américain. Israël a pour sa part exclu l’AP comme possible autorité dirigeante de Gaza, rejetant ainsi l’élément essentiel conditionnant l’aide des pays arabes dans la gestion de l’enclave après la guerre. La communauté internationale considère en effet que l’unification de la Cisjordanie et de Gaza sous une seule autorité réformée est un élément indispensable pour la stabilité et la paix à long terme.

Cette décision, qui semble reporter à une date ultérieure non précisée l’entrée en scène de l’Autorité palestinienne, pourrait se révéler difficile à accepter pour Ramallah. Mais celle-ci ne dispose que d’un pouvoir de négociation limité dans ces discussions.

Le point numéro neuf semble largement inspiré du plan conçu par l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair pour mettre fin à la guerre, un plan révélé pour la première fois par le Times of Israel au début du mois.

Tony Blair et Jared Kushner, l’ancien conseiller principal de la Maison Blanche, travaillent depuis des mois sur le dossier de la bande de Gaza, tout en conseillant Witkoff.

10. Un plan économique sera élaboré pour la reconstruction de Gaza, via l’implication d’experts ayant une expérience dans la construction de villes modernes au Moyen-Orient et l’examen des plans existants visant à attirer les investissements et à créer des emplois.

11. Une zone économique sera créée, avec des tarifs douaniers réduits et des taux d’accès négociés par les pays participants.

Des Palestiniens déplacés se dirigent avec leurs biens vers le sud sur une route dans la zone du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 18 septembre 2025. (Crédit: Eyad BABA / AFP)

12. Personne ne devra être contraint de quitter Gaza. Ceux qui choisiront de partir seront autorisés à revenir. Les Gazaouis seront de surcroît encouragés à rester dans la bande de Gaza, et se verront offrir la possibilité d’y bâtir un avenir meilleur.

13. Le Hamas n’aura aucun rôle à jouer dans la gouvernance de Gaza. Il s’engagera à détruire et à cesser l’éventuelle construction de toute infrastructure militaire offensive, notamment les tunnels. Les nouveaux dirigeants de Gaza s’engageront à coexister de manière pacifique avec leurs voisins.

14. Les partenaires régionaux fourniront une garantie de sécurité afin de s’assurer que le Hamas et les autres factions de l’enclave respectent leurs obligations, et que Gaza cesse de représenter une menace pour Israël et pour son propre peuple.

15. Les États-Unis collaboreront avec leurs partenaires arabes et internationaux à la mise en place d’une mission internationale temporaire de stabilisation chargée d’assurer la sécurité dans la bande de Gaza. Cette mission sera immédiatement déployée dans l’enclave côtière. Elle instaurera et formera une force de police palestinienne qui, à long terme, se verra confier la sécurité intérieure.

16. Israël devra renoncer à toute occupation ou annexion de Gaza. L’armée israélienne devra céder progressivement les territoires qu’elle occupe actuellement, à mesure que les forces de sécurité de remplacement entreront en fonction et se chargeront de la stabilité dans la bande de Gaza.

17. Si le Hamas retarderait ou rejetterait cette proposition, les points susmentionnés seront mis en œuvre dans les zones de la bande exemptes de terrorisme, des zones que l’armée israélienne remettra progressivement au contrôle de la mission internationale de stabilisation.

Dans ce point 17, la possibilité d’une mise en oeuvre au moins partielle de l’accord, même si le Hamas s’y oppose, est évoquée pour la première fois.

De la fumée s’élève après une explosion causée par une frappe israélienne contre des dirigeants du Hamas, à Doha, au Qatar, le 9 septembre 2025. (Crédit : UGC via AP)

18. Israël s’engage à ne plus mener d‘attaques au Qatar. Les États-Unis et la communauté internationale reconnaissent l’importance du rôle de médiateur joué par Doha dans le cadre de la guerre à Gaza.

19. Un processus de déradicalisation de la population sera mis en place. Ce processus inclura un dialogue interconfessionnel visant à faire évoluer les mentalités et les discours en Israël et à Gaza.

20. Une fois que la reconstruction de Gaza aura progressé et que le programme de réformes de l’Autorité palestinienne aura été mis en œuvre, alors les conditions pourraient être réunies pour ouvrir une voie crédible vers la création d’un État palestinien. La création d’un tel État est reconnue comme l’aspiration du peuple palestinien.

Dans cette clause, on ne trouve pas de détails concernant le programme de réforme palestinien. Aucune définition claire du moment où ouvrir la voie vers la création d’un État n’est non plus fournie.

21. Les États-Unis mettront en oeuvre un dialogue entre Israël et les Palestiniens, afin de convenir d’un horizon politique en vue d’une coexistence pacifique.

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