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Manifestants anti-Israël à l’université de Californie à Berkeley, le 2 mai 2024. (Crédit : Jeff Chiu/AP)
Manifestants anti-Israël à l’université de Californie à Berkeley, le 2 mai 2024. (Crédit : Jeff Chiu/AP)

Le manifeste d’un activiste anti-Israël rédigé en prison expose la haine post-7-Octobre

Casey Goonan, condamné pour des attaques aux cocktails Molotov en Californie, présente le pogrom du Hamas comme le point de départ d’une lutte révolutionnaire mondiale

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Lorsque de violents affrontements avaient éclaté, le 30 avril 2024, entre manifestants antisionistes et contre-manifestants pro-Israël à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Casey Goonan avait suivi la scène en direct depuis la région de la baie de San Francisco.

Des images prises sur place avaient montré les participants se bousculant, se frappant à coups de bâtons et se donnant des coups de pied, alors que plusieurs jours de tensions autour de la guerre à Gaza avaient dégénéré en violences ouvertes sur le campus.

Le lendemain, Casey Goonan, activiste d’extrême gauche, avait rejoint un campement de protestataires qui avait été installé sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley, proclamant être « en grève contre la vie ».

Quelques semaines plus tard, il avait commis une série d’attaques incendiaires qui allaient conduire à son arrestation. Finalement, au mois de septembre, un tribunal fédéral l’a condamné à plus de 19 ans de prison. La procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, l’a qualifié de « terroriste national » qui aurait pu causer « d’innombrables pertes humaines ».

Les procureurs fédéraux ont indiqué que Goonan avait placé un sac contenant six cocktails Molotov sous un véhicule de la police avant d’y mettre le feu, provoquant l’embrasement de la voiture. Une vidéo avait montré une silhouette toute vêtue de noir en train d’allumer l’incendie et prenant la fuite quelques minutes avant que les agents ne parviennent à maîtriser les flammes.

Selon les procureurs, Goonan avait également tenté de lancer une bombe incendiaire contre un tribunal fédéral à Oakland et il avait allumé trois incendies sur le campus de l’université de Californie à Berkeley. Il avait plaidé coupable de destruction de biens par incendie criminel.

Casey Goonan. (Crédit : Cal Fire)

Depuis sa cellule, dans l’attente de son procès, Casey Goonan a exposé son idéologie et il a retracé son parcours militant dans un document qui a été rendu public la semaine dernière, offrant un aperçu détaillé de la mouvance antisioniste radicale de l’extrême gauche américaine. Le texte revient sur ses motivations, la philosophie de certains activistes ainsi que sur le rôle joué par des agitateurs extérieurs, sur les campus universitaires.

Le document de 209 pages, intitulé Lines in the Sand – une référence à l’ouvrage de James Barr A Line in the Sand qui était consacré aux accords Sykes-Picot – a été publié par des partisans de Goonan à l’occasion de la Journée des prisonniers palestiniens. Selon eux, il a été rédigé par Goonan depuis la prison de Santa Rita.

Une grande partie du document est consacrée à Israël. D’autres sections rassemblent des poèmes écrits par Goonan, des critiques du monde universitaire, des analyses des tactiques de protestation ainsi que des réflexions sur la stratégie activiste au sein de son cercle. Les affirmations contenues dans le texte n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, même si plusieurs éléments du récit de Goonan correspondent aux déclarations qui ont pu être faites par les procureurs.

Manifeste extrémiste – avec notes de bas de page

Le mouvement antisioniste lié aux manifestations qui ont été organisées sur les campus s’inscrit dans une histoire idéologique complexe, nourrie notamment par la propagande soviétique, le postmodernisme et les théories universitaires du colonialisme de peuplement – des thèmes qui sont omniprésents dans le texte de Goonan.

Titulaire d’un doctorat en études afro-américaines obtenu à l’université Northwestern, Goonan a rédigé son texte dans un jargon universitaire dense, ponctué de références et de citations d’intellectuels comme Edward Said, Frantz Fanon et Michel Foucault.

Goonan s’y décrit comme un anarchiste anticolonialiste de 35 ans originaire de la région de San Francisco, ayant derrière lui un passé d’activiste engagé contre la police, le racisme et le système carcéral. Il affirme disposer de plus de dix ans d’expérience dans l’organisation politique sur les campus et explique que ce document vise à réfléchir au « contexte socio-historique » de son incarcération et de « l’intifada étudiante ».

Il présente les manifestations non seulement comme un mouvement lié à Gaza, mais aussi comme un « mouvement révolutionnaire mondial » visant à détruire Israël, le « colonialisme de peuplement », ainsi que « l’État capitaliste américain suprémaciste blanc », afin de parvenir à la décolonisation de l’Amérique et à la libération de tous les peuples opprimés.

Goonan décrit Israël et le sionisme comme des projets occidentaux – les Blancs et les impérialistes menant une « guerre coloniale permanente » contre les Palestiniens autochtones. Il accuse l’État juif de fascisme, d’apartheid et de génocide, des tropes récurrents de l’idéologie antisioniste.

Des étudiants anti-Israël manifestant au Sather Gate de l’université de Berkeley, en Californie, le 16 octobre 2023. Illustration (Crédit : Michael Liedtke/AP)

Il présente l’invasion d’Israël et le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023 comme le catalyseur d’un mouvement mondial – « une explosion insurrectionnelle de potentiel libérateur » et un « paradigme de décolonisation ».

Selon lui, l’intifada sur les campus ne constitue pas une « réaction isolée » à la guerre à Gaza, mais un maillon autonome de « l’insurrection anticoloniale révolutionnaire initiée par le Déluge d’Al-Aqsa », le nom donné par le Hamas aux attaques du 7 octobre.

Goonan affirme que l’invasion a été un succès parce qu’elle a affaibli Israël tout en servant des objectifs à long terme, en déclenchant une « guerre prolongée à l’échelle mondiale pour la libération nationale des Palestiniens ».

Expliquant le rôle central tenu par les campus dans le mouvement de protestation, il soutient que les universités jouent un rôle essentiel dans la « propagation et la normalisation » d’Israël à travers leurs liens universitaires avec l’État hébreu.

Les États-Unis et Israël ne constituent pas, selon lui, deux entités distinctes, mais un « appareil unique d’empire colonialiste de peuplement suprémaciste blanc », chacun dépendant de l’autre pour réprimer les populations opprimées.

« C’est pourquoi il est si important de participer à l’insurrection anticoloniale révolutionnaire initiée par le Déluge d’Al-Aqsa depuis le cœur même de l’empire colonialiste américain », écrit-il. « Nous partageons le même terrain de lutte que la résistance à Gaza et en Cisjordanie, même si nous opérons sur un autre théâtre. »

La police chargeant des manifestants qui ont défié l’ordre de quitter un campement anti-Israël, sur le campus de l’UCLA, à Los Angeles, en Californie, le 2 mai 2024. (Crédit : Jae C. Hong/AP)

Goonan décrit également le mouvement de protestation comme étant tout aussi symbiotique avec les ennemis d’Israël au Moyen-Orient, reprenant une rhétorique déjà utilisée par d’autres activistes qui ne se présentent pas simplement comme des soutiens à la « résistance » palestinienne, mais comme des acteurs à part entière du même combat.

« En tant qu’étudiants palestiniens en exil, nous faisons PARTIE de ce mouvement, nous ne sommes pas simplement solidaires de ce mouvement », avait ainsi déclaré l’organisation National Students for Justice in Palestine (SJP) après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Lors des manifestations, certains activistes ont utilisé le pronom « nous » pour désigner les terroristes du Hamas, tandis que plusieurs rassemblements ont été décrits comme un « déluge » – en référence au nom donné par le Hamas à son pogrom du 7 octobre.

Les groupes terroristes du Moyen-Orient ont également affiché leur soutien aux manifestations. En 2024, Khaled Meshaal, dirigeant du Hamas, avait encouragé les manifestations, tandis que Mohammad Raad, du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par la République islamique d’Iran, avait salué les étudiants occidentaux, déclarant qu’il leur fallait « pénétrer au cœur des sociétés occidentales. »

D’anciens otages israéliens ont affirmé que l’un de leurs ravisseurs leur avait assuré que le Hamas était « en contact et coordonnait activement ses actions avec ses affiliés dans les médias et sur les campus universitaires ». Aucune preuve directe d’une telle coordination n’a toutefois été rendue publique.

Goonan affirme que le mouvement antisioniste se compose de deux volets : une mouvance de protestation populaire, largement pacifiste, et un noyau plus restreint, qu’il qualifie de « proto-insurrectionnel », menant des attaques autonomes contre des cibles telles que les biens publics et les infrastructures.

Il présente le 7-Octobre comme une étape vers la « propagation de la guerre sociale au cœur de l’empire des habitants des implantations » et il appelle le mouvement international de solidarité à se coordonner plus étroitement avec les groupes terroristes du Moyen-Orient.

Ce n’est pas le seul spectacle farouchement anti-Israël en ville

Montage photos (de gauche à droite) : Audrey Carroll, Dante Gaffield, Zachary Page et Tina Cheng-Ting, les auteurs présumés d’un complot d’attentat à la bombe d’extrême gauche en Californie, sur des photos publiées en décembre 2025. (Crédit : Bureau du procureur fédéral du district central de Californie)

Outre les attaques incendiaires commises par Casey Goonan, un autre groupe anarchiste antisioniste de Californie, appelé Turtle Island Liberation Front, est accusé d’avoir préparé une vaste campagne d’attentats à la bombe incendiaire. Le groupe s’était lui aussi identifié au Hamas.

Des sondages récents ont par ailleurs révélé une plus grande tolérance à la violence au sein de la gauche américaine, ainsi qu’une progression du terrorisme d’extrême gauche.

Goonan appartient à l’aile la plus radicale du mouvement antisioniste, mais il ne constitue pas un cas isolé et il bénéficie du soutien de figures activistes influentes.

Nerdeen Kiswani, l’une des principales activistes antisionistes de New York, a affirmé que Goonan avait été arrêté pour avoir « résisté au génocide » et qu’il incarnait la « véritable solidarité ». Des activistes liés à l’université Columbia, qui ne sont pas reconnus par l’université, lui ont promis leur « soutien total ».

Le Palestine Solidarity Working Group, basé aux États-Unis, a dénoncé un « abus effroyable », tandis que des centaines de sympathisants ont versé plus de 60 000 dollars pour financer sa défense judiciaire.

D’autres activistes emprisonnés pour des actes de violence, comme Tarek Bazrouk et Jakhi McCray à New York City, ont bénéficié d’un soutien comparable.

Des tentes de protestation anti-Israël installées devant le Sproul Hall, à l’Université de Californie, à Berkeley, en Californie, le 2 mai 2024. (Crédit : Jeff Chiu/AP)

Après avoir assisté aux affrontements sur les campus, Goonan a passé plusieurs jours à imprimer des tracts destinés à être distribués dans les universités avant d’installer une table au campement de l’université de Californie à Berkeley, où il a noué des liens avec les organisateurs et où il a fini par s’installer.

Il a décrit ses activités au sein du campement comme un travail de « défense », d’entretien et de formation politique. Après deux semaines, il a quitté le site en raison de « l’épuisement, des blessures et du stress ».

Une fois le campement démantelé, Goonan a qualifié cette décision de « prématurée » et il a accusé les étudiants d’avoir capitulé.

Il a attribué le mérite d’avoir alimenté « l’insurrection » sur les campus à des activistes d’extrême gauche extérieurs aux universités qui, comme lui, n’étaient affiliés à aucun établissement. Selon lui, les étudiants ont au contraire freiné certaines des actions les plus radicales en instaurant une hiérarchie et un « antagonisme de classe ».

« Aucune de nos réalisations tactiques les plus célèbres issues de l’intifada du printemps sur les campus universitaires n’a été le fruit du seul travail des étudiants », a-t-il affirmé, soutenant que des personnes extérieures coordonnaient les actions entre les différents campus.

Des images de vidéosurveillance diffusées par les procureurs fédéraux montrent Casey Goonan en train d’incendier un véhicule de police, le 1ᵉʳ juin 2024. (Crédit : Capture d’écran/Bureau du procureur fédéral)

À l’Université Columbia, dont le campement a contribué à déclencher un mouvement mondial de protestation sur les campus, la police a indiqué que plus d’un quart des manifestants arrêtés lors de l’occupation d’un bâtiment universitaire n’étaient pas affiliés à l’établissement.

Goonan affirme, dans son document, qu’il disposait d’un « camarade » à Columbia et il soutient que l’occupation du bâtiment par les activistes n’avait rien eu de spontané, relevant d’une opération « chirurgicale et planifiée à la minute près ».

« Expression de la folie et de la rage »

Frustré par ce qu’il considérait comme l’absence de progrès du mouvement, Goonan dit avoir décidé de lancer une campagne de sabotage « afin de faire pression à la fois sur le système de l’université de Californie et sur le gouvernement américain ».

Après l’arrestation de manifestants sur le campus voisin de l’Université de Californie à Santa Cruz, il affirme avoir choisi de mener une attaque en représailles.

Le 1er juin 2024, il a lancé une bombe incendiaire contre une voiture de la police universitaire, qualifiant l’attaque « d’expression de la folie et de la rage », tout en affirmant qu’elle avait été menée de manière méthodique et calculée.

Il évoque également une tentative ratée d’incendier un bâtiment universitaire ainsi qu’un incendie criminel sur un chantier du campus, expliquant qu’il espérait que ces actions marqueraient le début d’une nouvelle phase d’attaques du mouvement.

Selon lui, son seul regret a été d’être revenu sur les lieux de l’attentat à la voiture de police piégée pour prendre une photo, ce qui aurait permis de le repérer puis de l’identifier comme suspect. Il écrit que le FBI a ensuite placé sa voiture sous surveillance, l’a suivi puis arrêté quelques semaines plus tard.

Goonan présente cette attaque comme une démonstration de solidarité avec les manifestants, la « résistance » au Moyen-Orient et « une bénédiction adressée à tous les Palestiniens ».

« Un couteau sous la gorge du sionisme. Mort à l’Amerikkka. Gloire aux martyrs », écrit-il.

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