New York : 17 mois de prison pour un activiste antisémite bénéficiant d’un large soutien
Le juge fédéral inflige à Tarek Bazrouk une peine quasi maximale ; la victime se dit « reconnaissante », estimant que cette décision protégera d’autres Juifs
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK – Un tribunal fédéral de New York a condamné mardi un activiste anti-Israël, Tarek Bazrouk, à 17 mois de prison pour avoir agressé des Juifs, dans une affaire qui a galvanisé le mouvement pro-palestinien et anti-Israël aux États-Unis.
Bazrouk, 20 ans, avait agressé des Juifs à trois reprises lors de manifestations anti-Israël et avait plaidé coupable, en juin, de complot en vue de commettre des crimes de haine.
Les victimes de ces agressions, survenues lors de rassemblements anti-Israël en 2024 et au début de 2025, portaient toutes des symboles juifs ou israéliens, ou étaient identifiables comme telles.
Bazrouk, d’origine palestinienne, est devenu une cause célèbre parmi les militants anti-Israël à travers le pays après son arrestation. Des organisations influentes, telles que National Students for Justice in Palestine, ont appelé leurs partisans à signer une lettre adressée au juge chargé de son dossier pour demander une peine clémente.
Environ 200 sympathisants de Bazrouk se sont rendus mardi matin au tribunal fédéral du district sud de Manhattan pour assister au prononcé du jugement. Plusieurs dizaines d’entre eux, dont des membres de sa famille, étaient assis dans la salle d’audience, tandis que les autres ont été orientés vers une salle annexe pour suivre la séance en direct. Les victimes de l’agression et un petit nombre de leurs soutiens issus de la communauté juive étaient installés de l’autre côté du couloir.
Lorsque Bazrouk est entré dans la salle d’audience, vêtu d’une combinaison de prisonnier beige et les pieds enchaînés, il a adressé un geste en forme de cœur à ses partisans.
Le juge chargé de l’affaire, Richard Berman, a relevé plusieurs circonstances aggravantes, notamment des SMS découverts par les enquêteurs révélant l’hostilité marquée de Bazrouk envers les Juifs, son lourd casier judiciaire, son soutien à des groupes terroristes, ainsi que la découverte d’un « arsenal » d’armes et de plus de 750 000 dollars en liquide dans son appartement.
La défense a expliqué que Bazrouk avait gagné cet argent en travaillant dans des boutiques de tabac non agréées et n’acceptant que des paiements en espèces dans le Connecticut. Il a remis la somme aux autorités dans le cadre de son accord de plaidoyer.
Tarek Bazrouk, a 20-year-old Palestinian student, has been locked up for over five months for speaking out against genocide.
Sign the mitigation letter by Oct 13 to demand his freedom and stand against political repression.https://t.co/8jOC0Ejhqu pic.twitter.com/YfbUuOIEdX
— CU Apartheid Divest (CUAD) (@ColumbiaBDS) October 12, 2025
Bazrouk a été arrêté au moins neuf fois, en dehors des trois arrestations liées aux crimes de haine, pour des chefs d’accusation incluant le vol, l’agression, la possession de substances contrôlées en vue de les distribuer, la mise en danger d’autrui, le vol aggravé et la falsification de documents, ont indiqué les procureurs.
Berman a également évoqué certains éléments atténuants, tels que la jeunesse de Bazrouk, son repentir déclaré, le soutien de sa famille et la campagne menée en sa faveur.
Une lettre demandant la clémence dans la fixation de la peine a recueilli plus de 11 000 signatures. Les groupes pro-palestiniens qui ont fait campagne pour Bazrouk l’ont présenté comme un « prisonnier politique », sans mentionner ses agressions contre des Juifs.
La défense a soumis la lettre au tribunal, tout en précisant qu’elle n’était pas liée à la campagne sur les réseaux sociaux qui a diffusé la lettre et passé sous silence les crimes de haine et l’antisémitisme de Bazrouk.
« Il est évident que tous les signataires de cet appel ne savaient pas que l’accusé avait volontairement plaidé coupable de crimes de haine », a souligné Berman.
Né aux États-Unis dans une famille palestinienne, Bazrouk a vécu en Cisjordanie pendant dix-huit mois durant son enfance. Avant son arrestation, il résidait avec sa famille dans un appartement de Manhattan, a précisé le juge.
Dans une brève déclaration, Bazrouk a présenté ses excuses aux victimes. « Je suis désolé, les gars, et j’espère que vous pourrez me pardonner », a-t-il déclaré.
La sœur aînée de Bazrouk a déclaré à la cour que la famille « condamne fermement toute forme de violence » et n’a « jamais inculqué la haine envers le peuple juif ».
Les victimes, dont les noms ont été tenus confidentiels par la cour, ont expliqué que les agressions avaient profondément marqué leur vie et qu’elles doutaient de la sincérité des regrets exprimés par Bazrouk.
« Jamais de ma vie, je n’aurais imaginé que marcher dans les rues de New York puisse devenir une expérience effrayante et terrifiante », a déclaré l’une d’elles.
« Mon expérience en tant que Juif en Amérique a été bouleversée à jamais », a ajouté la victime, précisant que Bazrouk s’était vanté de ses agressions dans des SMS envoyés à ses amis, preuve selon elle qu’il ne regrettait rien.
La victime a exhorté le tribunal à imposer « la peine la plus sévère possible » afin de « me protéger, moi et les Juifs de New York ».
« Si vous agressez quelqu’un sans provocation simplement parce qu’il est juif ou perçu comme tel, a déclaré Berman, parce que vous, l’agresseur, détestez les Juifs, vous risquez fort d’aller en prison. C’est aussi simple que cela. »
« Et cela fonctionne dans les deux sens », a-t-il ajouté, précisant que les Palestiniens et les membres d’autres groupes victimes d’agressions bénéficieraient de la même protection au titre de la loi.
Outre les dix-sept mois de prison, Bazrouk devra purger trois années de liberté surveillée après sa libération.
Bazrouk avait été arrêté en mai et avait plaidé coupable quelques semaines plus tard. L’accord de plaidoyer prévoyait une peine comprise entre douze et dix-huit mois d’incarcération et une liberté surveillée de un à trois ans, ce qui signifie que la décision du juge s’est approchée de la peine maximale. Bazrouk est détenu depuis son arrestation en mai, période qui sera déduite de sa peine totale.
À la lecture du verdict, plusieurs partisans de Bazrouk ont éclaté en sanglots à l’extérieur de la salle d’audience.
L’une des victimes, Elisha Baker, s’est dite « reconnaissante » envers le juge pour sa décision.
« Le message que la cour a envoyé aujourd’hui est clair : si vous agressez des Juifs en raison de leur religion ou de leur appartenance au peuple juif, vous devrez en répondre », a déclaré Baker au Times of Israel.
Selon les données du NYPD, les Juifs sont davantage visés par les crimes de haine que tout autre groupe à New York. Les condamnations restent cependant rares, les procureurs devant prouver la motivation discriminatoire, un obstacle juridique souvent difficile à franchir. Dans le cas de Bazrouk, l’accusation s’est appuyée sur ses SMS antisémites et sur la répétition des agressions contre des Juifs pour établir l’existence du préjugé.
Les crimes de haine sont considérés comme plus graves que les autres crimes, car ils sont perçus comme une attaque contre une communauté dans son ensemble, semant la peur parmi ses membres.
L’affaire Bazrouk est devenue l’une des plus médiatisées de la ville en matière de crimes de haine antisémites depuis l’agression en 2021 de Joey Borgen, un militant juif pro-Israël, survenue elle aussi à proximité d’une manifestation anti-Israël et qui avait conduit à plusieurs condamnations et peines de prison.
L’accusation a également cité le cas de Saadah Masoud, un autre activiste anti-Israël condamné pour crime de haine antisémite par le même tribunal pour des agressions commises en 2021 et 2022. Comme Bazrouk, Masoud avait attaqué trois Juifs, s’était vanté de ses agressions auprès de ses amis et avait été condamné à 18 mois de prison.
La première agression de Bazrouk remonte à avril 2024. Arborant un bandeau du Hamas, il s’était battu avec des manifestants pro-Israël devant la Bourse de New York. Interpellé sur place, il avait asséné un coup de pied dans le ventre d’un étudiant juif alors qu’il était escorté vers un véhicule de police, selon les documents judiciaires.
En décembre 2024, lors d’une manifestation près de l’université Columbia, Bazrouk avait arraché un drapeau israélien des mains de deux frères juifs tout en les insultant de « nazis ». Alors qu’ils tentaient de récupérer leur drapeau à travers la foule, il les avait pris à revers et avait frappé l’un d’eux au visage.
En janvier 2025, au cours d’une autre manifestation, Bazrouk avait bousculé un contre-manifestant juif. Ce dernier l’avait repoussé, et Bazrouk lui avait alors asséné un coup de poing au nez.
Toutes les victimes portaient une kippa, une étoile de David ou un drapeau israélien, ou participaient à des chants en hébreu au moment des attaques.
la Communauté du Times of Israël !







