Analyse

Le plan de Mamdani contre l’antisémitisme ignore l’antisionisme, décevant les groupes juifs

L’initiative prévoit des actions éducatives et de sensibilisation, mais n’évoque pas le lien entre les Juifs et Israël et ne met en avant que la violence des suprémacistes blancs à l'encontre des Juifs

Manifestants devant le siège des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En décembre 2025, alors que l’administration du maire de New York, Zohran Mamdani, prenait forme, un rapport avait révélé des messages sur les réseaux sociaux de certains de ses collaborateurs désignés.

L’une des futures collaboratrices de Mamdani avait fait référence aux « Juifs avides d’argent » et aux « Juifs riches », reprenant ainsi des clichés séculaires sur l’avidité et la richesse présumées des Juifs.

Mamdani avait immédiatement accepté sa démission et il avait déclaré qu’il ne l’aurait pas embauchée s’il avait eu connaissance de ces propos.

D’autres personnes nommées par Mamdani avaient tenu des propos antisémites, affirmant que les sionistes étaient pires que les nazis, que « les sionistes ne sont jamais juifs » et que le sionisme était une « idéologie génocidaire », selon le rapport qui avait été conçu par l’Anti-Defamation League (ADL).

Mamdani avait fait fi des critiques formulées à l’encontre de ces propos.

« Il faut distinguer l’antisémitisme de la critique du gouvernement israélien, et le rapport de l’ADL ignore souvent cette distinction ; ce faisant, il détourne l’attention de la crise bien réelle de l’antisémitisme », avait-il déclaré.

Illustration : Le maire de New York, Zohran Mamdani, faisant une annonce concernant la Coupe du monde de football, à New York, le 21 mai 2026. (Crédit : Adam Gray/AP)

Cet échange, survenu peu après sa victoire électorale, illustrait la conception qu’a Mamdani de la discrimination à l’égard des Juifs : selon lui, l’antisémitisme « classique » et la haine émanant de la droite sont inacceptables, mais la rhétorique de gauche diabolisant Israël ou le sionisme n’est pas discriminatoire.

Ce point de vue va à l’encontre de celui des principaux groupes juifs locaux. Le clivage réside dans le fait que de nombreux Juifs considèrent le lien avec Israël comme essentiel à leur identité, tandis que l’autre camp du débat voit dans le sionisme une idéologie politique à laquelle on peut renoncer, et estime que les opinions politiques ne sont pas protégées par les mesures anti-discrimination.

Les détracteurs de Mamdani ne cessent de faire valoir que sa rhétorique anti-sioniste, notamment ses accusations répétées de « génocide » à Gaza, est susceptible de mettre en danger les Juifs de New York, ce qui constitue un point de tension majeur entre la mairie et les principaux groupes juifs.

Le plan de lutte contre l’antisémitisme annoncé mardi par l’administration Mamdani ne répond pas à ces préoccupations, évitant la question d’Israël et de l’antisionisme. Cette omission a mécontenté les principaux groupes juifs et il est peu probable que ce plan permette d’apaiser leurs relations tendues avec la mairie.

Les Juifs représentent environ 10 % de la population new-yorkaise et ils sont la cible de plus de la moitié des crimes de haine confirmés dans la ville, selon les données du département de police de New York (NYPD). Les crimes de haine antisémites ont augmenté d’environ 8 % depuis l’entrée en fonction de Mamdani, parallèlement à une hausse des crimes de haine visant d’autres groupes.

Par le passé, Mamdani a défendu la distinction entre antisémitisme et antisionisme. Lors d’une manifestation en 2021, alors qu’il était député à l’Assemblée de l’État, il avait déclaré : « L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme, et dans le mouvement antisioniste auquel j’adhère et auquel j’appartiens, il n’y a pas de place pour l’antisémitisme. »

« On nous accuse souvent d’être antisémites, mais soyons clairs : l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme », avait déclaré Mamdani devant une foule en 2023.

« Nous ne céderons pas à la peur au point de croire que c’est le cas, car nous savons qu’il s’agit d’une accusation à motivation politique visant à nous réduire au silence. »

Des manifestants exigeant que les dirigeants mondiaux prennent des mesures contre l’antisémitisme devant le siège des Nations unies, à New York, le 23 septembre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le plan de 33 pages contre l’antisémitisme de son administration, publié mardi, s’inscrit dans cette lignée en ne mentionnant pas le sionisme. Ce plan met l’accent sur l’éducation et la communication publique, et regroupe généralement l’antisémitisme avec d’autres formes de haine.

La seule référence à Israël est la reconnaissance du fait que les Israéliens constituent l’une des communautés juives de la ville, et que New York abrite la plus grande communauté juive en dehors d’Israël. Le plan ne fait toutefois pas référence au lien des Juifs avec Israël. Or, une large majorité de Juifs américains affirment que ce lien avec Israël est important pour leur identité.

Le plan constate que les crimes antisémites ont augmenté depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, mais ne fait aucune autre mention de cette attaque ni de l’idéologie à l’origine de cette flambée de haine, telle que les idéologies d’extrême-gauche ou islamistes. Le document ne mentionne nulle part le mouvement antisioniste.

Les seuls actes antisémites spécifiques évoqués sont des attaques motivées par une idéologie suprémaciste blanche clairement identifiée : les manifestations de 2017 à Charlottesville, en Virginie, les meurtres de 2018 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, et la fusillade de Poway, en Californie, en 2019.

Le plan passe sous silence des meurtres de Juifs plus récents motivés par la haine d’Israël, tels que l’attaque à la bombe incendiaire perpétrée l’an dernier contre une manifestation en faveur des otages dans le Colorado, ou encore le meurtre de deux membres du personnel de l’ambassade d’Israël à Washington.

Le projet de Mamdani soutient à plusieurs reprises l’éducation sur la Shoah, une stratégie centrale des groupes juifs depuis des décennies, mais que certains dirigeants juifs jugent désormais insuffisante pour lutter contre l’antisémitisme contemporain. Les nazis étaient animés par une haine raciale envers les Juifs, une idéologie aujourd’hui largement considérée comme de la discrimination, tandis que l’antisionisme est souvent présenté comme un discours politique protégé.

Des groupes antisémites prônant la suprématie blanche, tels que la Goyim Defense League, sont actifs dans d’autres régions des États-Unis, mais l’activité organisée des suprémacistes blancs est quasi inexistante à New York.

Les manifestations antisionistes dans la ville reprennent souvent de vieux clichés antisémites, comme le fait de présenter les dirigeants israéliens comme des êtres sataniques ou de qualifier les Israéliens de « tueurs de bébés ».

Des manifestants devant le siège des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le document ne fournit aucune définition de l’antisémitisme, ce qui aurait pu clarifier cette distinction.

Dès son premier jour en fonction, Mamdani avait rejeté la définition de l’antisémitisme proposée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). Cette définition stipule que certaines formes de rhétorique anti-Israël sont discriminatoires, tout en précisant que « les critiques à l’égard d’Israël, similaires à celles formulées à l’encontre de tout autre pays, ne peuvent être considérées comme antisémites ».

« La ville de New York peut et va mettre à profit tous les outils à sa disposition pour lutter efficacement contre l’antisémitisme sans avoir besoin d’adopter une définition pour cette forme spécifique de haine », indique le plan.

Cette définition revêt une importance particulière, car elle permettrait de déterminer la manière dont la ville réagit face aux activités antisionistes, telles que les cours visant à délégitimer Israël dans les écoles, le militantisme des enseignants ou les manifestations devant les synagogues organisant des événements liés à Israël. Certaines de ces manifestations ont donné lieu à des manifestations explicites d’antisémitisme et de soutien à des groupes désignés comme terroristes par les États-Unis.

Manifestants contre l’antisionisme, à New York, le 5 mai 2026. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

Le plan de Mamdani fait également l’impasse sur les manifestations et le militantisme sur les campus universitaires. La seule mention des manifestations figure dans une note de bas de page précisant que les agences fédérales ne considèrent pas « la manifestation politique comme un crime et que cette administration soutient le droit de tous les New-Yorkais à manifester ».

Mamdani a condamné le Hamas et le soutien aux groupes terroristes dans la ville, et la NYPD contrôle étroitement les manifestations devant les synagogues depuis son entrée en fonction.

Le prédécesseur de Mamdani, Eric Adams, fervent défenseur d’Israël, avait publié à la fin de l’année dernière un plan de lutte contre l’antisémitisme qui décrivait Israël comme un « centre spirituel et un refuge concret » pour les New-Yorkais juifs et affirmait : « La conséquence concrète de la rhétorique anti-juive est la déshumanisation des sionistes (la grande majorité du peuple juif). »

Les dirigeants juifs ont maintes fois demandé à Mamdani de modérer son discours anti-Israël, arguant que, même s’il fait la distinction entre les Juifs et l’État juif, ce n’est pas forcément le cas de tous ceux qui l’écoutent.

Le mois dernier, des rabbins ont imploré Mamdani de cesser de « dénigrer Israël », car ses propos portaient préjudice aux Juifs.

Les principaux groupes et dirigeants juifs ont salué certains aspects du plan de lutte contre l’antisémitisme, notamment ses mesures en matière d’éducation et de sécurité, mais ils ont exprimé leur insatisfaction quant à l’absence de prise en compte de l’antisionisme.

Eric Dinowitz, conseiller municipal et coprésident du groupe de travail du conseil municipal chargé de lutter contre l’antisémitisme, a déclaré : « La stratégie du maire comporte de nombreux aspects positifs, notamment l’accent mis sur l’éducation, la prévention et la garantie que les New-Yorkais juifs puissent vivre ouvertement et fièrement dans notre ville. »

« Cette stratégie passe toutefois à côté d’une occasion d’affronter la réalité du lien entre antisionisme et antisémitisme », a ajouté Dinowitz.

« Nous ne pouvons ignorer que s’en prendre aux ‘sionistes’ ou les exclure peut devenir – et est déjà devenu – un moyen pratique de déguiser l’antisémitisme en désaccord politique. »

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