Israël en guerre - Jour 193

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Adiel Ginzberg quittant sa maison du kibboutz Saad pour aller monter la garde, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)
Adiel Ginzberg quittant sa maison du kibboutz Saad pour aller monter la garde, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Les habitants du sud d’Israël sont impatients de faire revivre leurs localités désertées

Traumatisés mais déterminés, des milliers de personnes se réinstallent dans des villes qui vibrent encore au son de la guerre et qui offrent des services limités à leurs habitants

Résident du kibboutz Saad depuis trois générations, Adiel Ginzberg n’a pas l’intention d’être chassé par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Avec d’autres membres de l’équipe de premiers secours de Saad, Ginzberg s’est battu des heures durant, le 7 octobre, pour empêcher l’entrée de dizaines de terroristes du Hamas qui cherchaient à perpétrer les mêmes atrocités que celles commises par leurs complices dans d’autres villes proches de la frontière avec Gaza.

« Mes racines sont très profondes ici, je resterai donc quoi qu’il arrive », a déclaré Ginzberg, producteur laitier et père de quatre enfants, au Times of Israel début février à Saad, un kibboutz nationaliste-religieux. Ginzberg est revenu à Saad deux semaines seulement le début de la guerre et les évacuations qui se sont ensuivies. Il a réparé sa maison, qui avait été endommagée par une roquette en provenance de Gaza le 7 octobre.

Pourtant, même Ginzberg ne souhaitait pas encore que son épouse et ses enfants – qui vivent dans un hôtel près de la mer Morte – le rejoignent ici.

« Je ne me sens pas à l’aise à l’idée de perdre mes enfants de vue pour le moment », a-t-il expliqué au milieu des bruits sourds des tirs d’artillerie.

Cette situation difficile est partagée par de nombreux parents de la région, qui sont déchirés entre la nécessité d’assurer la sécurité de leurs enfants et le désir de retourner s’installer dans un endroit qu’ils aiment et auquel ils croient. Ce dilemme fait partie des obstacles qui retardent les efforts déployés par le gouvernement pour repeupler la zone de « l’enveloppe de Gaza » – la région connue en hébreu sous le nom d’Otef Azza – d’où des dizaines de milliers d’habitants sont toujours délogés quatre mois après leur évacuation.

Un chat traversant une route, au kibboutz Saad, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Le mois dernier, Ginzberg a demandé à sa femme Dikla et à leurs enfants de le rejoindre dans leur maison pour le week-end. C’était la première fois que la famille était de retour depuis leur évacuation. Cette expérience lui a fait prendre conscience que les conditions n’étaient pas réunies pour leur retour, a-t-il souligné.

« Deux d’entre eux ne voulaient pas aller seuls aux toilettes. Ils avaient trop peur qu’une sirène se déclenche pendant qu’ils y étaient », a expliqué Ginzberg, dont la mère et le grand-père de 90 ans font partie des résidents évacués de Saad.

Au fil de la conversation, Ginzberg, officier de réserve du Corps d’Infanterie dans la Brigade Golani, a admis qu’il avait lui aussi de nouvelles craintes suite au 7 octobre.

« Les matins brumeux, je me surprends à penser qu’ils pourraient faire atterrir un deltaplane motorisé juste devant chez moi », a-t-il dit à propos des terroristes de Gaza, situé à 3,2 kilomètres de Saad. (Le 7 octobre, plusieurs communautés ont été envahies par des terroristes à bord de planeurs).

Dikla, qui a grandi à Holon, au sud de Tel Aviv, s’interroge sur la pertinence d’un tel retour.

« Elle se demande pourquoi. Pourquoi devons-nous vivre ici, à côté des terroristes du Hamas avec leurs ballons incendiaires, leurs roquettes et leurs attaques qui, il est vrai, ne se produiront pas l’année prochaine, mais peut-être dans 12 ans ? », a précisé Ginzberg.

Un renouveau sous la contrainte ?

Ces craintes sont largement partagées dans la région d’Otef Azza, dont le nom officiel est désormais Tekuma – ou « réveil » en hébreu – ainsi que le long de la frontière avec le Liban, où les tirs de missiles répétés des terroristes, principalement du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, qui ont débuté le 8 octobre, ont contraint des dizaines de milliers de personnes à quitter les lieux. Mercredi, une soldate a été tuée et huit autres ont été blessées lorsqu’une salve de roquettes tirée depuis le Liban s’est abattue sur Safed et sur une base militaire de la ville septentrionale.

Les habitants évacués retournant chez eux, à Shokeda, le 8 février 2024. (Crédit : Nehoraï Samimi)

Sur les quelque 60 000 habitants du sud et le même nombre d’habitants du nord hébergés dans des logements mis à disposition par l’État, seule une petite minorité – généralement des personnes âgées sans enfants – est retournée chez elle, malgré une généreuse aide gouvernementale à la réinstallation mise à la disposition des rapatriés depuis le 1er janvier. Seuls quelques milliers de personnes vivent actuellement dans la région évacuée de Tekuma.

Une résolution gouvernementale prévoyant des logements subventionnés par l’État pour les quelque 50 000 personnes évacuées à une distance de quatre à sept kilomètres de Gaza doit expirer le 29 février. Plusieurs maires de communautés évacuées font pression pour une extension du financement, mais si cela ne se produit pas, plusieurs milliers d’évacués seront contraints de retourner dans des endroits où ils ne se sentent pas en sécurité.

Le ministère de l’Éducation a annoncé que les écoles de Sderot reprendront leurs activités le 3 mars. Cette déclaration est survenue une semaine après que le maire de cette ville du sud a rejoint ses homologues locaux dans une manifestation demandant au gouvernement de confirmer officiellement que les habitants qui ont été évacués de leurs maisons en raison de la guerre à Gaza pouvaient rentrer chez eux en toute sécurité. Cette confirmation n’a pas encore été donnée.

Certaines communautés bravent ces craintes par conviction idéologique. Des centaines d’habitants de Shokeda, un moshav nationaliste-religieux, sont revenus en masse le 8 février, en fanfare, mais non sans inquiétude.

« Malgré les ballons et les festivités, la crainte est là. Nous sommes tous conscients de ce qui se passe et nous avons peur. Mais quelles sont nos options ? Le Portugal ? L’Ouganda ? L’Australie ? », a déclaré Hana Cohen Aloro, une personne rapatriée, à la chaîne publique Kan à Shokeda, qui se trouve à environ sept kilomètres de Gaza.

« Pas de clients. Il n’y avait que les chiens et moi »

D’autres communautés de la région constatent également un retour, bien qu’il s’agisse d’un filet d’eau plutôt que d’un déluge comme à Shokeda.

À Zimrat, un autre moshav nationaliste-religieux, aussi près de la frontière que Shokeda, environ 40 % de la population est revenue, mais la réouverture de l’école élémentaire de la ville « va certainement accélérer les choses », a déclaré Avichaï Saadon, le propriétaire de la seule épicerie de la ville, au Times of Israel.

Amichaï Saadon servant une cliente dans son épicerie, à Zimrat, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Il a ouvert ses portes à Zimrat depuis le mois de décembre, alors que l’endroit était une ville fantôme et que pratiquement tous ses occupants vivaient dans des hôtels à Eilat. Environ la moitié de la population est encore sur place.

« Je n’avais pas de clients. Il n’y avait que les chiens et moi. J’ai quand même ouvert parce que c’était bon pour mon moral », a expliqué Saadon.

L’absence de cadres éducatifs opérationnels entrave la réinstallation, a déclaré Yishay Kreutzer, un père de famille local qui est retourné à Zimrat la semaine dernière avec sa famille après avoir effectué plusieurs semaines de service de réserve en combattant dans la bande de Gaza.

La seule solution pour se sentir en sécurité dans la région de Tekuma « est de retourner à Gaza », a-t-il affirmé, reflétant un sentiment largement répandu dans la région, en particulier dans les communautés religieuses.

Yishaï Kreuzer tenant son fils dans ses bras, à Zimrat, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

À la question de savoir s’il pense que la société israélienne a la force et la volonté de reconstruire les implantations israéliennes à Gaza, avec le nombre de morts et les frictions constantes que cela implique, il a répondu « qu’il n’y a pas d’autre option : nous devrons trouver la force et la motivation nécessaires, faute de quoi nous perdrions non seulement Otef Azza, mais aussi le pays tout entier ».

D’autres habitants de la région souhaitent que la bande de Gaza soit dépeuplée ou qu’au moins la zone frontalière avec Israël soit entourée d’une large zone tampon stérile.

D’autres rapatriés ne sont pas d’accord avec cette vision. Shahar Schnorman, qui est l’une des trois personnes vivant au kibboutz Kfar Aza, affirme qu’il est favorable à « une frontière claire et solide ».

« Les zones tampons ne serviront à rien, car les roquettes peuvent nous atteindre à quatre kilomètres aussi bien qu’à trois kilomètres. Il s’agit de disposer d’une frontière défendable. Les zones tampons ne signifient rien et les implantations ne font que compliquer la défense de la frontière », a-t-il ajouté.

Oren Sharabi, à gauche, sa mère Nira et sa sœur Ofir marchant dans leur kibboutz, à Beeri, le 1er janvier 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Kfar Aza, l’une des communautés les plus touchées, fait l’objet d’un plan de reconstruction intensif, tout comme le kibboutz Beeri, où des entrepreneurs gouvernementaux ont commencé la semaine dernière à déblayer une partie des décombres. La réinstallation de Beeri n’est pas prévue avant 2025.

« Je ne peux pas rester éloignée, cet endroit est toute ma vie. »

Ailleurs dans la région de Tekuma, les habitants poursuivent une sorte de retour progressif.

L’avocat Uzi Dori fait chaque jour la navette entre l’hôtel financé par l’État à Tel Aviv, où il dort, et le kibboutz Zikim, où il travaille à domicile. Zikim se trouve à 2,8 kilomètres de la limite nord de la bande de Gaza.

Uzi Dori s’adressant aux journalistes dans le jardin de sa maison, à Zikim, le 6 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

« Je ne peux pas rester à l’écart, cet endroit est toute ma vie », a déclaré Dori, un commandant de bataillon de réserve de 65 ans, père de trois enfants, qui était auparavant maire de Netiv HaAsara, un moshav qui a été l’une des communautés les plus touchées le 7 octobre.

Ce jour-là, quelque 3 000 terroristes du Hamas ont envahi Israël, tué près de 1 200 personnes et enlevé 253 autres, déclenchant ainsi la guerre qui se poursuit encore aujourd’hui. Plus de 28 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Tsahal dit avoir éliminé 12 000 terroristes palestiniens dans la bande de Gaza, en plus d’un millier de terroristes qui ont pris d’assaut Israël le 7 octobre.

Dori se garde toutefois d’appeler les familles à revenir.

« Cet endroit est actuellement parfait pour les irréductibles comme moi, mais il ne convient pas pour élever une famille », a-t-il déclaré à propos de Zikim. Cette acceptation est visiblement difficile pour Dori, qui a construit une villa de sept pièces dotée d’une véranda avec jacuzzi chauffé donnant sur les dunes dorées et la plage où elles se terminent. Selon les estimations, 19 civils auraient été tués sur la plage de Zikim le 7 octobre.

Dori a des paroles d’encouragement pour lui-même et pour ses auditeurs, qu’il exprime en termes quantifiables.

« J’avais l’habitude de penser que cet endroit était composé à 99 % de paradis et à 1 % d’enfer. Je dirais que nous sommes à environ 60 % de paradis en ce moment. Mais nous allons faire remonter ces chiffres. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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