Manifestations devant les domiciles d’élus avant un vote sur l’enquête « politique » du 7-Octobre
Devant le domicile d'Amir Ohana, un homme arrêté, soupçonné d'avoir agressé un policier ; le père d'un soldat tué le 7-Octobre accuse le gouvernement de 'cracher au visage' des endeuillés
De petits groupes de militants réclamant la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 ont manifesté mercredi matin devant les domiciles de plusieurs hauts responsables du Likud, avant le vote préliminaire à la Knesset sur la proposition du gouvernement de créer à la place une commission d’enquête nommée par les autorités politiques.
Des rassemblements ont eu lieu devant les domiciles du ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, à Hod HaSharon, du président de la Knesset, Amir Ohana, à Tel Aviv, du ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, à Ness Ziona, du ministre de la Justice, Yariv Levin, à Modiin, et du ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, au kibboutz Hanaton.
Des militants du groupe « Conseil d’octobre », parmi lesquels des proches des personnes tuées ou prises en otage lors du massacre, ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que « Nous avons enterré suffisamment de morts, vous ne pouvez pas enterrer la vérité ».
Un homme a été arrêté devant le domicile d’Ohana, soupçonné d’avoir agressé un policier et d’avoir enfreint les consignes de la police, selon un groupe qui recense les arrestations lors des manifestations anti-gouvernement.
« Où était l’armée ? Où était le gouvernement ? Deux ans et deux mois après le début de la guerre, je crie le cri du peuple d’Israël », a déclaré Shimi Calderon, dont le neveu Ofer Calderon a été pris en otage par le Hamas le 7-Octobre, lors de la manifestation devant le domicile de Kisch.
« Yoav, nous nous connaissons. Nous ne nous rencontrerons probablement pas ici, mais peut-être nous croiserons-nous aujourd’hui à la Knesset », a-t-il ajouté.
Ces manifestations ont éclaté après l’approbation par la commission d’un projet de loi controversé créant un nouveau type de commission d’enquête, dont les membres seraient désignés par la Knesset plutôt que par le président de la Cour suprême, comme le prévoit la loi actuelle sur les commissions d’enquête nationales.
La législation relative à l’enquête menée par des personnalités politiques devrait être soumise à la Knesset pour une première lecture mercredi.
Lors d’une conférence de presse à la Knesset avant le vote, Rafi Ben Shitrit, père endeuillé, a accusé la coalition de « cracher au visage » de ceux qui ont perdu des êtres chers.
Shitrit est le père du sergent-chef Shimon Alroy Ben Shitrit, tué lors d’un combat contre des terroristes à la base militaire de Nahal Oz le 7 octobre 2023.
« Le gouvernement se dérobe à ses responsabilités et recourt à toutes sortes de manœuvres et de subterfuges. Les députés du Likud vont soutenir cette proposition délirante et répugnante », a-t-il déclaré.
« J’appelle tous les citoyens dotés d’une conscience saine dans l’État d’Israël à ne pas coopérer avec cette commission. »
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a assuré que la population ne ferait pas confiance à une commission d’État, car sa composition serait déterminée par le pouvoir judiciaire, que son gouvernement a cherché à affaiblir par le biais d’une série de lois pour le moins controversées.
En 2022, il avait pourtant soutenu la création d’une commission d’enquête d’État sur la conduite du gouvernement précédent.
Lundi, Netanyahu, qui a refusé d’assumer sa responsabilité dans l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre, aurait déclaré que la commission devait inclure un examen des Accords d’Oslo de 1993, du désengagement unilatéral de Gaza en 2005 et du mouvement de protestation de 2023 contre la refonte judiciaire largement controversée du gouvernement.
Malgré les affirmations de Netanyahu, les sondages d’opinion montrent systématiquement qu’une commission d’enquête nationale serait soutenue par une grande majorité de la population.
Selon les termes du projet de loi, proposé par le député Ariel Kallner (Lkud), les membres de la commission d’enquête seraient nommés par un vote de la Knesset à la majorité d’au moins 80 députés, ce qui signifie que le panel proposé aurait besoin d’au moins un certain soutien de l’opposition pour être adopté.
Si l’opposition refuse de soutenir le panel proposé, comme on peut s’y attendre, la coalition et l’opposition pourront nommer un nombre égal de membres de la commission.
Et si l’opposition boycotte l’ensemble du processus, comme elle s’y est engagée, le président de la Knesset – en l’occurrence Amir Ohana (Likud) – choisira en fin de compte tous les membres de la commission.
Les dirigeants des partis d’opposition ont dénoncé les efforts du gouvernement pour créer un nouveau mécanisme d’enquête plutôt que d’établir une commission d’enquête nationale.
Lundi, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré que cette mesure visait à « enterrer la vérité » et à tromper la population israélienne.