Marche de protestation de la Knesset à la résidence de Netanyahu pour les otages

'Si le Premier ministre ne les ramène pas, nous le ferons', dit la fille d'un otage mort ; des manifestants bloquent les axes à l'entrée de Jérusalem ; des universitaires manifestent devant la Cour suprême

Les familles des otages et leurs sympathisants marchant de la Knesset à la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des familles d’otages de Gaza ont organisé une marche de protestation depuis la Knesset jusqu’à la résidence du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, où elles se sont rassemblées mercredi soir pour clôturer une « journée de perturbation », appelant le gouvernement à négocier un accord pour libérer les 48 captifs toujours détenus par les groupes terroristes à Gaza.

Parallèlement, des manifestants ont temporairement bloqué plusieurs axes routiers dans le reste du pays, notamment la Route 1, l’autoroute principale reliant Tel Aviv à Jérusalem, et la Route 431, à hauteur de Modiin.

Les familles des otages ont quitté la Knesset après une réunion animée de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, au cours de laquelle le père de l’otage Rom Braslavski a accusé les députés « boire le sang des otages » en poursuivant les opérations militaires dans la bande de Gaza.

« Au lieu de porter un toast à Rosh HaShana, vous boirez le sang des otages », a hurlé Ofir Braslavski.

« Vous boirez leur sang parce qu’ils sont morts ! »

« Vous devez tous rentrer chez vous… Mon fils est en train de mourir, est-ce que cela intéresse quelqu’un parmi vous ? Cela s’est produit sous votre surveillance », a-t-il poursuivi.

Ofir Braslavski, le père de l’otage Rom Braslavski, détenu par le Jihad islamique palestinien à Gaza, s’exprimant lors d’une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, à la Knesset, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Rom, 21 ans, a été enlevé lors du festival de musique Nova au cours de l’assaut barbare et sanglant du groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Il est détenu dans la bande de Gaza par des terroristes du Jihad islamique palestinien.

Le groupe terroriste a publié une vidéo de Rom en juillet, affirmant qu’elle avait été enregistrée quelques jours avant de perdre tout contact avec ses geôliers, ce qui laisse son sort incertain.

Après cette réunion, et avant de se rendre à la résidence officielle du Premier ministre, les familles se sont adressées aux manifestants qui s’étaient rassemblés devant la Knesset pour les soutenir.

« Si le Premier ministre le voulait, les otages seraient de retour d’ici quelques jours, peut-être même avant les fêtes du Nouvel an juif », a déclaré Anat Angrest, dont le fils Matan est retenu en otage à Gaza.

Elle a déploré qu’une « routine des otages » se soit installée en Israël depuis le 7 octobre il y a près de deux ans, marquée par « une grande tristesse, de rassemblement en rassemblement ».

« Les décideurs, dont certains n’ont jamais servi un seul jour dans l’armée, trahissent Tsahal, envoient des soldats se battre et mourir », a-t-elle déclaré.

Angrest a exhorté les citoyens à se joindre aux manifestations et à se rallier à un objectif essentiel : « Mettre fin à la guerre et ramener tous les otages, jusqu’au dernier. »

Elle a souligné que la population ne devait manifester que « dans les limites de la loi », faisant probablement allusion à un incident survenu plus tôt dans la journée de mercredi, lorsque des militants ont incendié des bennes à ordures et des pneus près de la résidence de Netanyahu à Jérusalem, brûlant par inadvertance la voiture d’un réserviste.

Vicky Cohen, la mère du soldat Nimrod Cohen, a déclaré à la foule qu’elle n’avait « pas dormi depuis 698 jours » en raison de son inquiétude pour son fils, otage.

« Le moment est venu pour vous aussi de ne plus dormir », a-t-elle poursuivi, à l’adresse de Netanyahu.

« Monsieur le Premier ministre, je me dirige vers vous », a-t-elle ajouté.

« Je m’attends à ce que vous veniez nous saluer et nous expliquer quel sera le plan pour ramener Nimrod et tous les autres otages. »

Vicky et Yehuda Cohen, les parents du soldat otage Nimrod Cohen, marchant en tête d’un cortège se dirigeant vers la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Shani Tamim/Mouvement de protestation pour la démocratie)

La marche des familles et des centaines de manifestants s’est dirigée vers le domicile de Netanyahu, encadrée par un nombre plus important que d’habitude de policiers et d’agents de la police des frontières, en raison d’un incendie criminel survenu plus tôt dans la journée.

Parmi les personnes qui accompagnaient les familles figuraient des militants du groupe de protestation Mishmeret 101, vêtus de leur tenue blanche caractéristique et tenant des affiches à l’effigie des otages.

« Nous sommes avec vous, vous n’êtes pas seuls », ont-ils scandé.

Lorsque les manifestants ont traversé la Place de Paris, ils ont été accueillis par une rangée de 48 chaises jaunes, chacune portant la photo d’un otage différent. Une foule de manifestants s’était rassemblée là pour montrer sa solidarité, certains brandissant des drapeaux jaunes ou des drapeaux d’Israël. Une femme tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Les parents des soldats combattants crient: Ça suffit ! »

Une fois arrivées à la résidence du Premier ministre, les familles se sont de nouveau adressées à la population, cette fois assises à une longue table recouverte d’une nappe jaune, à l’intérieur d’une tente de protestation installée en prévision d’un grand rassemblement prévu mercredi soir et qui restera en place jusqu’à la fin de la deuxième manifestation, prévue samedi soir.

Ces familles ont appelé les Israéliens à se rendre à Jérusalem pour participer à deux grands rassemblements contre l’extension de la guerre à Gaza.

« Nous sommes ici pour délivrer un message très simple et direct : nous voulons un cessez-le-feu et un accord sur les otages, et c’est à [Netanyahu] qu’il incombe d’y parvenir », a déclaré Yehuda Cohen, le père de Nimrod.

Angrest a également dénoncé l’extension de la guerre à Gaza, où Tsahal se prépare à prendre le contrôle de Gaza-City, ville densément peuplée située au nord de l’enclave, soulignant l’opposition largement médiatisée des responsables de la défense à ce plan.

« Le chef d’état-major de Tsahal affirme clairement que poursuivre la guerre revient à envoyer les soldats à la mort », a-t-elle déclaré.

« Peut-être que [Netanyahu] nous écoutera ici, il n’y a plus de ‘routine des otages’ dans l’État d’Israël. »

« Monsieur le Premier ministre, j’ai voté pour vous par le passé. Aujourd’hui, je vous demande de vous montrer à la hauteur de votre fonction. Choisissez vos hommes, choisissez vos combattants, choisissez vos otages civils », a imploré Angrest.

« Montrez à Matan et à Nimrod qu’il existe un Premier ministre qui se bat pour eux. »

Des militants de Mishmeret 10 lors d’un un sit-in pendant une manifestation appelant à la libération des otages, rue Azza, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Danor Aharon/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Braslavski a également profité de l’occasion pour lancer un appel public, déclarant : « Malheureusement, mon enfant est en train de mourir, il meurt de faim. »

« Ses yeux disaient qu’il ne voulait plus vivre », a-t-il ajouté, faisant référence à la vidéo du Jihad islamique palestinien.

« Il n’y a rien de pire pour un père que de voir son enfant dans cet état et de ne rien pouvoir faire. »

« Comment se fait-il qu’ils le gardent là-bas et que le Premier ministre veuille occuper davantage de terres à Gaza ? », a-t-il demandé.

L’appel lancé par les familles aux manifestants pour qu’ils se rassemblent à Jérusalem a été entendu par un groupe qui s’est rendu à l’entrée de la capitale par la Route 1, et par un autre groupe par la Route 431.

Les deux groupes ont temporairement bloqué la circulation sur ces axes routiers très fréquentés.

Sur la Route 1, les manifestants se tenaient immobiles derrière une grande banderole appelant à « sauver les otages, mettre fin à la guerre » et brandissaient de grands panneaux « Stop » sur lesquels était imprimée une empreinte de main rouge vif au centre. (Les mains ensanglantées est un symbole controversé qui fait notamment référence aux terroristes qui ont lynché à mort deux soldats israéliens en octobre 2000 à Ramallah).

« Nous ne bougerons pas tant qu’ils ne seront pas tous revenus ! », ont-ils scandé.

Des manifestants bloquant la Route 1, au niveau de l’entrée de Jérusalem, pour réclamer un accord de cessez-le-feu et de libération des otages à Gaza, le 3 septembre 2025. (Crédit : Adar Eyal/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Sur la Route 431, les manifestants ont déployé une grande banderole proclamant : « Vous avez abandonné et vous avez tué », en référence à Netanyahu, que beaucoup tiennent pour responsable de n’avoir pas empêché le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et de ne toujours pas avoir ramené toutes les personnes enlevées à Gaza ce jour-là.

La circulation a été rétablie au bout d’environ une heure.

Avant le rassemblement principal de la soirée, un groupe d’universitaires et d’étudiants mené par la militante anti-gouvernement, Shikma Bressler, a organisé une manifestation devant la Cour suprême, à Jérusalem, exigeant la fin de la guerre, le retour des otages et la tenue d’élections législatives anticipées, avant de se rendre au domicile de Netanyahu pour rejoindre le reste des manifestants.

Les familles au Premier ministre : « Ça suffit, les excuses ! »

À la tombée de la nuit, alors que le rassemblement principal devant la résidence de Netanyahu battait son plein, Angrest et Cohen sont montées sur la scène principale pour s’adresser à nouveau au Premier ministre.

« Chaque jour où vous traînez les pieds, ils meurent un peu plus », a déclaré Vicky Cohen.

« Les otages ne peuvent pas attendre vos discours, vos explications, vos excuses. »

Elle a exigé que Netanyahu retire le pin’s jaune des otages qu’il porte souvent à sa boutonnière et qu’il « cesse de prétendre qu’il est avec nous ».

Anat Angrest (à gauche) et Vicky Cohen (à droite), dont les fils sont retenus en otages par le Hamas à Gaza, prenant la parole lors d’un rassemblement devant la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« Si vous étiez vraiment avec nous et que vous vous souciiez réellement de nous, mon fils serait à la maison », a-t-elle déclaré.

Angrest, qui a pris la parole après Cohen, a ensuite demandé à Netanyahu : « Comment faites-vous pour dormir la nuit ? Comment pouvez-vous trinquer et faire la fête comme si tout allait bien ? Comment pouvez-vous continuer à vivre votre vie alors que vous savez que nos enfants sont en train de mourir là-bas ? »

Bar Godard, la fille de Manny Godard, otage israélien assassiné, a déclaré lors de la manifestation que le pays se trouvait à un « moment décisif ».

« Si le Premier ministre ne les ramène pas [les otages] à la maison, nous le ferons », a-t-elle promis.

« Nous sommes ici parce que nous voulons nous assurer qu’aucune autre mère n’aura à récupérer son fils dans un cercueil », a-t-elle poursuivi.

Manny, 73 ans, et son épouse Ayelet, 63 ans, ont été assassinés par des terroristes dans leur maison du kibboutz Beeri le 7 octobre. Le corps de Manny a été emporté à Gaza. En février 2024, Tsahal a informé la famille de Manny qu’il avait été assassiné lors de l’assaut du Hamas et que son corps était détenu par des terroristes à Gaza.

Une fois les discours terminés, les milliers de manifestants se sont spontanément dispersés dans différentes directions de la capitale.

Des centaines ont fait halte devant l’ambassade américaine, exigeant la fin de la guerre tout en bloquant la circulation dans la rue adjacente.

Des familles d’otages détenus dans la bande de Gaza et leurs sympathisants participant à un rassemblement pour demander la libération des otages détenus à Gaza, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans le centre-ville animé de Jérusalem, la police a aspergé les manifestants après avoir déclaré la manifestation illégale.

Les policiers ont traîné les manifestants un par un hors des voies du tramway traversant le centre-ville, mais ceux-ci ont refusé de quitter les lieux et ont continué à scander des slogans. La police a alors aspergé les manifestants avec un canon à eau alors qu’ils se dirigeaient vers la rue Ben Yehuda, bondée de passants attablés dans les restaurants.

Le canon à eau a suivi la manifestation, mais s’est arrêté au début de la rue piétonne et n’a pas arrosé les manifestants qui se mêlaient aux clients des restaurants de cette rue bondée.

Dans un communiqué, la police a qualifié la manifestation de « violente émeute » et a déclaré que les agents avaient commencé à recourir à la force pour disperser les manifestants.

Aucune arrestation n’a été signalée.

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