Des poubelles et une voiture incendiées près de chez Netanyahu ; grogne des politiciens
Des militants désavouent cet incendie en pleine "Journée de perturbation" en faveur d'un accord sur les otages ; la coalition parle de "terrorisme" et blâme la procureure générale, l'opposition dénonce l'incendie criminel mais approuve la manifestation
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C’est un déluge de condamnations qui a déferlé, de la part des services de police et de la classe politique dans son entier suite à l’incendie de poubelles et de pneus à proximité du domicile du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, à Jérusalem. L’incendie en question a brûlé la voiture d’un réserviste de Tsahal.
Ces incendies, qui ont provoqué l’évacuation des riverains, ont été allumés dans la matinée d’une « Journée de perturbation » pour demander au gouvernement de conclure un accord pour libérer les 48 otages encore aux mains des groupes terroristes à Gaza. D’autres manifestants se sont rassemblés mercredi matin et de nouveaux rassemblements sont prévus plus tard dans la journée.
Les organisateurs de ces manifestations ont clairement désavoué les incendies, ce qui n’a pas empêché les alliés de Netanyahu de lier les incendies à la manifestation et d’accuser la procureure générale, Gali Baharav-Miara, de faire une « application à géométrie variable » de la loi. Les députés de l’opposition ont eux aussi condamné cet incendie mais aussi le gouvernement, pour ne pas avoir conclu d’accord sur les otages.
Ce sont des militants qui ont mis le feu, tôt ce matin, ce qui a provoqué l’incendie de bacs de recyclage et de pneus dans les quartiers de Rehavia et Givat Ram, à Jérusalem, à l’heure où les habitants se réveillaient à peine et commençaient leur journée.
La police a déclaré par voie de communiqué que les incendies avaient endommagé plusieurs voitures et que les riverains avaient dû être évacués, sans qu’il n’y ait toutefois de blessé.
Selon les médias israéliens, une voiture brûlée par ces incendies appartient aux parents de trois enfants en bas âge, dont des jumeaux de trois mois. Le père de famille aurait servi plus de 260 jours dans la réserve et devrait se rendre à Gaza pour une nouvelle période réserve, la semaine prochaine, dans le cadre de l’actuel rappel en nombre.
« Notre voiture a disparu. Nous soutenons les otages et les familles, mais cela ne fait que provoquer plus de haine », a déclaré la mère, Tamar Bar Shai, citée par la chaîne N12.
S’adressant au site d’information Ynet, Bar Shai a déclaré que trois sièges auto des enfants avaient brûlé malgré les tentatives de son mari pour déplacer le véhicule avant qu’il ne prenne feu.
« L’arbre a pris feu et tout l’immeuble à côté du nôtre a été évacué. Les gens ont dû descendre dans la rue en sous-vêtements à cause du danger », explique-t-elle en déplorant devoir déposer ses enfants à la garderie à pied toute cette semaine.
Une autre habitante de Rehavia, Talya Levavi Ehrlich, a déclaré à la chaîne N12 que vers 6h30, des pneus avaient pris feu à plusieurs endroits, près de chez elle, ce qui avait causé un dégagement de fumée qui avait gagné son appartement.
« L’un des pompiers a dit que si les arbres n’avaient pas été mouillés par la rosée de la nuit, la maison aurait pu prendre feu », ajoute-t-elle. « Je ne comprends pas pourquoi une manifestation de masse doit avoir lieu dans un quartier résidentiel aux voies de circulation aussi étroites. »
La police a, par voie de communiqué, dénoncé « la criminalité travestie sous les manifestations » et déclaré que les incendies « étaient une limite à ne pas dépasser ».
« Ces actions n’ont rien à voir avec les manifestations légales, ce sont des actes de contrevenants qui se comportent comme des criminels », peut-on lire dans le communiqué qui reproche par ailleurs aux médias de « choisir de présenter de tels actes comme des protestations légitimes ».
La chaîne N12 a rapporté que le service de sécurité du Shin Bet prêtait main forte à la police pour l’aider à retrouver les auteurs de l’incendie criminel.
Après deux jours de manifestations de masse en faveur d’un cessez-le-feu et d’un accord de libération d’otages, ces dernières semaines, des groupes de protestation avaient annoncé leur intention d’être présents à proximité du domicile et des itinéraires officiels des membres du gouvernement dans le but de les convaincre de conclure un accord.
Les ministres s’étaient insurgés contre cette annonce et, depuis ces derniers incendies, ils redoublent de critiques et condamnations.
« Il n’y a qu’un mot pour dire ce qui se passe ce matin : terrorisme », a déclaré le ministre de la Justice Yariv Levin.
Pour sa part, le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben-Gvir, a dénoncé « la vague d’incendies criminels terroristes ce matin près de la résidence du Premier ministre ».
Plusieurs membres du gouvernement tiennent pour responsable Baharav-Miara, la procureure générale, qui s’est opposée à la coalition à plusieurs reprises au sujet de décisions politiques contestées et que le gouvernement a tenté d’évincer d’une manière que la Cour Suprême a jugée illégale.
Levin a accusé Baharav-Miara d’être responsable des incendies parce qu’elle « encourage une application à géométrie variable de la loi pénale ». Il a également blâmé « les juges de la Cour Suprême qui la suivent et tentent d’imposer son maintien au gouvernement et à l’ensemble de la population ».
Sur X, le président de la Knesset, Amir Ohana, a affirmé que « les criminels méprisables qui ont mis le feu à Jérusalem, aujourd’hui, et tentent de mettre le feu à l’ensemble du pays auraient été arrêtés et punis comme l’exige la loi s’ils avaient agi à proximité du domicile de Mme Baharav-Miara, d’un juge de la Cour Suprême ou du procureur de la République. »
Mais, a poursuivi Ohana, « le système d’application des lois a été détourné par une pyromane qui n’a pas le moindre lien avec l’État de droit ».
ישראל היא מדינת חוק ואסור שתהיה פה אנרכיה. חובה לנקוט יד חזקה כנגד הפורעים האלימים ששורפים רכבים וחוסמים כבישים. האויב חוכך ידיו בהנאה מול התמונות האלה ואסור לנו לתת לזה לקרות. pic.twitter.com/iI4aFAPjsC
— Miki Zohar מיקי זוהר (@zoharm7) September 3, 2025
En publiant sur X une photo d’une poubelle et d’une voiture incendiées, le ministre de la Culture, Miki Zohar, a appelé à « réprimer avec fermeté » les « émeutiers violents », et assure que « l’ennemi se frotte les mains devant ces images que nous ne devons pas laisser passer ».
L’opposition s’est également élevée contre ces incendies, tout en faisant état de leur soutien aux manifestations en faveur d’un cessez-le-feu et d’un accord de libération des otages.
« Je condamne l’incendie de véhicules à Jérusalem, mais je condamne encore plus le gouvernement qui abandonne les otages au pire des sorts à Gaza », a écrit sur X le chef de l’opposition, Yair Lapid.
Le président de Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a déclaré : « Les manifestations et la solidarité avec les familles des otages sont à la fois un droit démocratique et un devoir moral pour tout citoyen – le fait, pour une minorité non représentative, de brûler des voitures et de se livrer à des violences ne fait pas avancer la question de la libération des otages et ne fait que nuire à un combat public déterminé et de la plus haute importance. »
Les groupes organisateurs des manifestations de mercredi se sont désolidarisés de ces incendies, a rapporté le radiodiffuseur public Kan, en soulignant qu’ils ne faisaient absolument pas partie du programme des manifestations de la journée, lesquelles commencent dans l’après-midi.
Dans la matinée, des manifestations ont eu lieu ailleurs, notamment devant le domicile du ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, accusé de ne pas avoir réussi à passer un accord pour ramener des otages depuis qu’il occupe le poste de négociateur en chef d’Israël sur la question.
« C’est un échec total », ont déclaré les manifestants dans un communiqué, accusant le gouvernement de capituler face à son flanc extrême droite et d’avoir « torpillé » une proposition d’accord de cessez-le-feu acceptée par le Hamas il y a des semaines et à laquelle Israël n’a pas donné suite, alors même que les médiateurs estiment qu’elle est très semblable à une proposition précédemment accepté par Jérusalem.
Un convoi de véhicules est par ailleurs parti de Latroun en direction de Jérusalem pour demander la libération des otages.
מפגינים התבצרו על גג הספרייה הלאומית הסמוכה לכנסת | תיעוד@YCiechanover pic.twitter.com/jvgolcWnYC
— כאן חדשות (@kann_news) September 3, 2025
Des manifestants sont également montés sur le toit de la Bibliothèque nationale de Jérusalem pour y déployer d’imposantes banderoles disant « Vous avez tué et abandonné des gens », avec une photo de Netanyahu.
Kan a rapporté que lorsque l’alerte a retenti, avertissant de l’arrivée d’un missile en provenance du Yémen, la police a dans un premier temps refusé aux manifestants l’accès à la bibliothèque pour s’y réfugier, avant de les y autoriser.
« Nous devons en arriver à de telles extrémités pour leur rappeler qu’il faut faire quelque chose », a déclaré à Kan l’une des manifestantes de la Bibliothèque nationale, Yael Kuperman.
« Un État ne peut pas abandonner ses concitoyens. La Bibliothèque nationale surplombe la Knesset. Nous voulons être vus. »
Treize manifestants ont été interpellés.
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