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Un gardien menottant les mains d'un prisonnier, à la prison de Givon, à Ramle, le 11 janvier 2026. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)
Un gardien menottant les mains d'un prisonnier, à la prison de Givon, à Ramle, le 11 janvier 2026. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)
« L’école du terrorisme par excellence »

Sous Ben Gvir, des détenus de droit commun discrètement reclassés « terroristes »

Des avocats s’alarment de la hausse des transferts de détenus arabes vers des quartiers de sécurité insalubres où ils purgent leur peine aux côtés de terroristes, sur la base d’allégations de mauvaise conduite

Un après-midi d’été, l’an dernier, Mohammad Abu Samour a été pris en flagrant délit alors qu’il pillait un centre commercial de Beer Sheva.

Après s’être introduit dans le bâtiment, qui était fermé pour Shabbat, cet homme de 32 ans a fait le tour des commerces, dérobant deux tee-shirts dans un restaurant de sushis, 200 shekels dans le pot à pourboires d’un café Aroma et deux paquets de cigarettes dans un kiosque.

Il en était à son quatrième magasin lorsque la police a fait irruption dans le centre commercial et l’a appréhendé, selon l’acte d’accusation.

Au moment de son arrestation, ce résident de Rahat n’était sorti de prison que depuis deux mois, après avoir purgé une peine de six mois pour des infractions similaires. Cette fois-ci, cependant, l’incarcération s’annonçait bien plus sévère pour ce récidiviste, qui souffrait également d’une addiction aux drogues.

En juin 2025, Abu Samour a été inculpé de quatre chefs d’accusation de vol. Alors qu’il réintégrait le système pénal, son avocat a commencé à tenter d’organiser son admission dans un centre de désintoxication pour traiter son addiction.

Mais en août, en plein milieu de la procédure judiciaire, l’avocat a soudain perdu tout contact avec lui.

Des gardiens de prison, à la prison de Givon, à Ramle, le 11 janvier 2026. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)

En effet, Abu Samour avait été transféré dans un quartier de haute sécurité de la prison de Ganot, destiné à accueillir des détenus palestiniens condamnés pour des infractions liées au terrorisme, alors qu’il avait été accusé d’activités criminelles et non de crimes à caractère terroriste ou nationaliste.

Ce transfert a entraîné une détérioration immédiate de ses conditions de vie et l’a privé de tout contact avec son avocat ou avec toute autre personne.

« Cet homme a soudainement disparu. Dès lors que vous êtes un détenu de sécurité, vous n’avez plus de téléphone, plus aucun lien avec le monde extérieur, et ils n’informent même pas votre avocat », a déclaré Me Layil Patishi, avocate de la défense ayant travaillé sur le dossier d’Abu Samour.

« S’il n’avait pas été en pleine procédure pénale, il est probable que personne n’aurait su qu’il avait été transféré dans un quartier de sécurité », a-t-elle ajouté.

Abu Samour fait partie d’un nombre croissant de délinquants arabes condamnés pour des infractions de droit commun, transférés dans des quartiers de haute sécurité en raison d’un prétendu mauvais comportement en détention. Cette pratique s’est accélérée sous la supervision du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Selon Patishi et d’autres avocats du bureau de la défense publique, cette pratique consistant à transférer un détenu vers un quartier de haute sécurité, ce qui revient à le soumettre aux mêmes conditions de détention que celles imposées aux personnes incarcérées pour des infractions liées au terrorisme, était inconnue il y a encore un an.

Aujourd’hui, cette pratique se développe rapidement sous le nez des organisations de défense des droits de l’Homme, affirment les avocats, alarmés par le fait que la frontière entre délinquants arabes et terroristes devient de plus en plus floue.

« Quiconque commet le moindre faux pas est classé comme détenu de sécurité », a déclaré Me Shani Moran, avocate de la défense publique ayant traité des affaires similaires.

Illustration : Des terroristes de l’unité « Nukhba » (« élite » en arabe) du groupe terroriste palestinien du Hamas capturés le 7 octobre 2023, dans une cellule d’une prison du centre d’Israël, le 17 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Contrairement aux détenus criminels ordinaires, les détenus de sécurité sont incarcérés pour avoir commis des infractions relevant de la loi antiterroriste israélienne, allant des attentats terroristes meurtriers à la publication de contenus incendiaires en ligne. Presque tous sont palestiniens ou arabes israéliens.

Pour justifier le transfert d’Abu Samour dans un quartier de haute sécurité, l’Administration pénitentiaire israélienne (IPS) a déclaré qu’il avait menacé, lors d’un appel téléphonique matinal, de « brûler tous les Juifs du quartier » après s’être énervé contre un gardien qui avait verrouillé la porte de sa cellule.

Le détenu et ses avocats ont nié ces allégations, pour lesquelles l’IPS n’a fourni aucune preuve. À la demande de cette dernière, la police a ouvert une enquête sur Abu Samour pour des menaces présumées, mais a rapidement classé l’affaire sans inculpation.

Il est néanmoins resté dans l’aile de sécurité, ce qui l’a empêché de suivre le programme de désintoxication pour sa toxicomanie.

« Il n’y avait plus rien à discuter », a déclaré Patishi.

« Être classé comme détenu de sécurité met définitivement fin à toute procédure. »

Après huit mois de batailles juridiques, les avocats d’Abu Samour ont obtenu son transfert vers une aile pénitentiaire générale, d’où il n’aurait jamais dû être transféré, selon la décision finale du tribunal de district de Beer Sheva dans cette affaire.

Il est revenu beaucoup plus maigre et épuisé qu’auparavant, selon une source juridique en contact régulier avec le détenu.

« Les conditions dont il a parlé étaient horribles. Il était complètement coupé de son environnement », a déclaré la source.

« Quelque chose s’était éteint dans son regard. »

Un durcissement draconien

Abu Samour n’est pas le seul à être sorti d’une prison de sécurité dans un état bien pire qu’à son arrivée.

Des agents de l’Administration pénitentiaire israélienne (IPS) préparant la libération de prisonniers palestiniens dans le cadre d’un accord d’échange d’otages entre Israël et le Hamas, à la prison de Ketziot, dans le sud d’Israël, le 26 février 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Sous le mandat de Ben Gvir, notamment à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, les conditions de détention des prisonniers palestiniens incarcérés pour des infractions à la sécurité se sont considérablement détériorées. Selon des groupes de défense des droits de l’Homme, les détenus pour infractions à la sécurité reçoivent des rations alimentaires plus maigres que celles des délinquants de droit commun, vivent dans des conditions d’hygiène déplorables et sont souvent victimes de violences de la part des gardiens.

Les Palestiniens libérés après avoir passé plusieurs mois en prison en ressortent souvent fragilisés et amaigris. D’autres en ressortent avec des cicatrices durables dues à la gale, une maladie courante qui sévit dans de nombreux centres de détention israéliens.

Certains détenus sont décédés en prison, dont un Arabe israélien de 22 ans, condamné pour incitation à la haine, qui devait être libéré six mois plus tard.

Cette situation draconienne, dont Ben Gvir se vante régulièrement sur les réseaux sociaux, a été largement documentée, mais aussi critiquée par d’autres institutions de l’État.

En septembre, la Cour suprême a statué que l’État manquait à ses obligations légales de nourrir correctement les détenus palestiniens pour des raisons de sécurité et lui a ordonné de leur fournir suffisamment de nourriture pour « leur permettre de vivre décemment ».

Au début de cette année, le Bureau du défenseur public a rendu publics des rapports inédits datant de 2024, dans lesquels des inspecteurs ayant visité des prisons ont constaté que des détenus étaient réduits à l’état de squelettes et présentaient des traces physiques de coups et de négligences médicales. Les responsables ont qualifié les conditions de l’une des prisons qu’ils ont visitées « d’inhumaines ».

Ben Gvir et ses partisans se sont félicités de la détérioration des conditions de détention, affirmant qu’elles étaient proportionnelles à la gravité des crimes et qu’elles avaient un effet dissuasif.

« Les prisons sont devenues un cauchemar pour les terroristes, et j’en suis fier », avait déclaré Ben Gvir devant la commission de la Knesset en octobre.

Des prisonniers palestiniens lors d’une visite du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, à la prison d’Ofer, le 13 février 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)

Ben Gvir n’a guère cherché à dissimuler ses efforts pour étendre le statut de « prisonnier de sécurité » à davantage de détenus.

Au début de la guerre contre la République islamique d’Iran, son ministère a déclaré qu’il commencerait à transférer toute personne exprimant son soutien à l’Iran vers un quartier à haute sécurité, quelle que soit la nature de son crime.

« Nous ne tolérerons ni l’incitation à la haine contre l’État d’Israël ni les manifestations de soutien à l’Iran, et toute personne qui tentera d’agir contre l’État sera traitée avec sévérité » , avait indiqué le ministère de la Sécurité nationale dans un message publié en hébreu sur Facebook.

Interrogé par le Times of Israel, un porte-parole de Ben Gvir a confirmé que la pratique consistant à transférer des détenus vers des établissements de haute sécurité en raison de déclarations de soutien à l’Iran et à d’autres groupes terroristes relevait de « la politique du ministre et de la directive du commissaire [de l’IPS] ».

L’administration pénitentiaire a refusé de commenter cette affaire.

Perte de contact

Selon l’IPS, les données relatives au nombre de reclassifications effectuées ne peuvent être obtenues que par le biais d’une demande d’accès à l’information, à laquelle aucune réponse n’avait été apportée au moment de la rédaction de l’article.

Des avocats interrogés par le Times of Israel ont indiqué qu’il y a eu récemment des dizaines de cas de ce type, ce qui représente une forte augmentation par rapport aux années précédentes, où cette pratique était rarement utilisée.

Des détenus dans l’aile pénale de la prison de Givon, à Ramle, le 11 janvier 2026 (Crédit : Oren Cohen/Flash90)

« Cela se produit désormais tout le temps, mais ce n’était pas le cas par le passé », a déclaré Moran.

Tous les détenus reclassés dont le Times of Israel a connaissance sont des Arabes israéliens. Certains, comme Abu Samour, sont incarcérés pour des infractions non violentes, tandis que d’autres ont été condamnés pour des crimes tels que le trafic d’armes et l’homicide.

Quelle que soit la gravité de leurs crimes, aucun d’entre eux n’a été inculpé ni condamné pour des infractions relevant de la loi antiterroriste israélienne.

« Ces personnes sont des citoyens israéliens qui n’ont aucun antécédent lié au terrorisme, mais les gardiens n’hésitent pas à les qualifier de ‘prisonniers de sécurité’ – c’est un problème très grave », a déclaré Moran.

L’avocate a cité des cas de détenus reclassés pour des motifs douteux, notamment celui d’un prisonnier transféré dans un quartier de haute sécurité après que des gardiens ont trouvé, lors d’une fouille de sa cellule, l’enregistrement d’un reportage d’une chaîne d’information israélienne consacré au groupe terroriste sunnite État islamique (EI).

Moran a souligné que ce reportage était accessible à tous sur YouTube et a fait valoir que sa simple possession ne pouvait, en soi, constituer une incitation au terrorisme.

« J’ai rencontré un cas où un détenu a prié avec d’autres détenus et où les gardiens l’ont qualifié de détenu de sécurité pour cette raison, alors même que [la prière en groupe] est autorisée selon les propres règlements de l’administration pénitentiaire », a-t-elle expliqué.

Les avocats ont déclaré qu’ils n’avaient pas été informés du transfert de leurs clients ; ils n’ont découvert ce changement de statut que lorsqu’ils, ou un membre de leur famille, ont soudainement été dans l’incapacité de joindre le détenu.

Illustration : Des prisonniers palestiniens debout dans une cellule, dans l’attente de leur libération de la prison de Ketziot, dans le sud d’Israël, le 1ᵉʳ octobre 2007. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Chaque avocat qui a représenté un détenu passé du statut de criminel à celui de détenu de sécurité a raconté avoir soit perdu soudainement le contact avec son client, soit reçu un message d’un membre de la famille inquiet après que son proche a brusquement cessé d’appeler ses proches.

Moran, une avocate pénaliste qui refuse de représenter tout suspect impliqué dans des infractions liées au terrorisme, a déclaré que c’est ce qui s’était produit avec ses clients Saad Johani, Ahmad Johani et Amer Johani, qui avaient été inculpés, condamnés et incarcérés pour trafic d’armes.

« Du jour au lendemain, tout contact avec eux a tout simplement été rompu. Ils ont disparu. J’ai commencé à enquêter sur ce qui se passait. J’ai contacté l’administration pénitentiaire et j’ai appris qu’elle avait soudainement décidé de les classer comme détenus de sécurité sur la base de l’avis des responsables du renseignement [de l’IPS] », a-t-elle indiqué.

L’administration pénitentiaire n’a fourni aucune justification concrète pour le transfert de ces trois détenus, dont le trafic d’armes n’avait aucun lien avec la violence nationaliste, selon l’acte d’accusation dressé à leur encontre.

Un gardien de prison en service, dans une tour de guet de la prison de Gilboa, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)

Après avoir déterminé dans quelle prison un détenu est incarcéré, l’avocat doit s’adresser à l’IPS pour demander le transfert de son client vers un quartier pénal. L’administration pénitentiaire rejette presque systématiquement ces demandes, ce qui peut prendre plusieurs mois ; l’avocat doit alors saisir les tribunaux.

Les trois trafiquants sont toujours détenus dans un quartier à haute sécurité, tandis que leur affaire suit son cours devant les tribunaux.

Des preuves secrètes peu convaincantes

La pratique consistant à modifier le classement d’un détenu – bien que légale dans certaines circonstances – n’est devenue courante que depuis un an, selon des experts.

Une disposition ajoutée à l’ordonnance sur les prisons au tournant du siècle prévoit que la reclassification d’un détenu ne peut intervenir qu’après consultation par l’IPS d’un organisme de sécurité externe – à savoir l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet ou la police.

« Il est permis de modifier le classement d’un ‘détenu de sécurité’ et de le définir comme un ‘détenu criminel’, ou inversement, tant à la demande du détenu que sur l’initiative de l’administration pénitentiaire », précise l’ordonnance.

Étant donné que la modification de la classification d’un détenu implique une modification de ses conditions de détention, la loi précise que cette mesure ne peut être prise qu’après consultation de la division du renseignement de l’IPS, qui doit à son tour solliciter l’avis du Shin Bet, de la police ou d’un autre organisme de sécurité.

Or, à en juger par les affaires portées devant les tribunaux ces derniers mois, l’IPS a classé unilatéralement des détenus comme « prisonniers de sécurité », sans aucune consultation d’organismes externes.

Des terroristes du Hamas, arrêtés lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre qui s’en est suivie à Gaza, sont accroupis au sol dans la cour d’une prison du sud d’Israël, le 14 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

L’une de ces affaires a été renvoyée devant la Cour suprême. Dans sa première décision sur cette question, le juge Khaled Kabub a vivement critiqué le transfert d’Abdelrahman Haj-Yahia, un homme originaire de Tayibe accusé de meurtre avec circonstances aggravantes, vers un établissement pénitentiaire de sécurité.

Haj-Yahia était accusé d’avoir abattu un agent de sécurité chargé de protéger le maire de Tayibe en avril 2023, puis avait été incarcéré. À son entrée dans le système pénitentiaire, il avait été classé détenu criminel et incarcéré à la prison de Rimonim.

Le 17 juin 2025, des gardiens de prison ont ensuite saisi deux CD en sa possession. L’un de ces disques contenait, selon l’IPS, « des propos incendiaires contre l’État d’Israël et les États-Unis ».

Le détenu a affirmé, pour sa part, avoir reçu ces disques d’un autre détenu et n’avoir pas eu connaissance de leur contenu, pensant qu’il s’agissait de feuilletons turcs.

Il a été convoqué à une audience disciplinaire en prison et reconnu coupable de ce délit. Toutefois, lorsque la police a ouvert une enquête pénale, celle-ci a été classée sans suite.

Bien que le Shin Bet ait déterminé que Haj-Yahia ne constituait pas une menace pour la sécurité nationale, il a été transféré dans une aile de haute sécurité de la prison de Gilboa en juillet 2025.

L’avocat de Haj-Yahia, Me Darwish Nashef, a déclaré au Times of Israel que cette mesure aurait pu nuire à la capacité de son client à se défendre lors de son procès pour meurtre, car les détenus en régime de sécurité n’ont pas le droit d’effectuer des appels téléphoniques et ne peuvent rencontrer leurs avocats qu’en personne et de manière très limitée.

Selon les documents judiciaires, l’IPS aurait justifié sa décision de transférer Haj-Yahia en invoquant des « renseignements secrets ».

Illustration : Un détenu passant un appel téléphonique au sein de l’Administration pénitentiaire israélienne, à la prison de Gilboa, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shaï/Flash90)

En février, Kabub avait ordonné la rédaction d’un rapport sur ces informations confidentielles, mais n’avait pas été convaincu, mettant en garde contre le fait de « transformer les expressions ‘renseignements’ et ‘documents classifiés’ en arme ».

« Sans entrer dans les détails, je noterai que les documents classifiés n’apportent pas d’éléments substantiels par rapport à ceux qui ont déjà été divulgués, et il semble même qu’une erreur factuelle ait été commise concernant les faits visés par l’acte d’accusation », a écrit Kabub dans une décision rendue en avril dans cette affaire.

Avant que Kabub n’ait pu rendre la décision ordonnant le transfert de Haj-Yahia vers une section pénale, l’IPS l’avait fait d’elle-même, sans explication.

« On ne comprend absolument pas pourquoi l’administration pénitentiaire a changé sa position ferme dans cette affaire. Le comportement décrit ci-dessus est déplaisant », a déclaré Kabub.

Des terroristes du Hamas menottés, assis devant une photo montrant des Palestiniens marchant parmi les décombres à Gaza et un drapeau d’Israël, dans une prison du centre d’Israël, le 6 mai 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Nashef a affirmé que cette décision, qui ne portait pas sur la loi elle-même, constituait néanmoins un coup dur pour la position de l’IPS.

« La Haute Cour s’est en substance exclamée : ‘Mais qu’est-ce que c’est que cette jungle ?’ Car il est inconcevable qu’un simple agent des services de renseignement de l’administration pénitentiaire puisse prendre une décision pareille », a-t-il expliqué.

Selon l’avocat, la plupart de ces cas résulteraient de la volonté des agents de « faire plaisir au dirigeant », c’est-à-dire à Ben Gvir.

« Depuis deux ans, chaque agent des services de renseignement d’une petite prison cherche à se distinguer auprès de Ben Gvir », a-t-il ajouté.

« Tout le monde veut se montrer aussi intransigeant que possible, ce qui revient, en réalité, à violer autant que possible les droits des détenus arabes. »

« L’école du terrorisme par excellence »

Patishi a averti que placer des délinquants de droit commun aux côtés de terroristes risquait de radicaliser des détenus qui n’avaient auparavant aucun lien avec l’idéologie extrémiste.

« C’est l’école du terrorisme par excellence », a-t-elle déclaré.

Illustration : L’Administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d’être libérés de tee-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Crédit : Administration pénitentiaire israélienne)

« Ce qui est étrange dans tout cela, c’est que, du point de vue de l’intérêt de l’État, il est contre-productif de mélanger les détenus criminels aux détenus de sécurité, dont certains purgent des peines à perpétuité pour des infractions très graves. »

Parallèlement à ce transfert de délinquants de droit commun vers les quartiers de haute sécurité, les prisons ont connu une grave crise de surpeuplement, crise qui s’est aggravée avec l’afflux de détenus de sécurité pendant la guerre de Gaza, déclenchée après le 7-Octobre.

Selon un rapport du contrôleur de l’État publié en juin, le nombre de détenus pour des raisons de sécurité a presque doublé depuis le 7-Octobre, et Israël a été contraint de libérer 19 détenus de haute sécurité et de les renvoyer dans la bande de Gaza faute de place.

Avant même le début de la guerre, l’IPS était déjà sous pression et dépassait de 12 % sa capacité d’accueil officielle de 14 500 détenus. Aujourd’hui, il héberge plus de 23 000 prisonniers, dont environ 10 000 sont incarcérés dans des quartiers de haute sécurité, selon le rapport.

Kobi Yaakobi, directeur de l’Administration pénitentiaire israélienne (IPS), arrivant pour être interrogé au Département des enquêtes internes de la police, à Jérusalem, le 24 décembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Cette tendance à la reclassification s’inscrit dans un mouvement qui dure depuis des années et s’est accéléré sous Ben Gvir, les outils destinés à lutter contre le terrorisme ayant été détournés pour combattre la criminalité non nationaliste.

Selon les experts, le recours à des mesures d’urgence en matière de sécurité nationale porte atteinte au droit à une procédure régulière, et par extension, aux fondements démocratiques d’Israël.

« Au cours des dernières années, nous avons observé une tendance à transposer des outils répressifs, utilisés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de la sécurité nationale, à la lutte contre la criminalité [nationale] », a déclaré Nitzan Aloni, avocat à l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI), spécialisé dans les droits des détenus.

Ce phénomène ne se limite pas au seul système pénitentiaire, a fait remarquer Aloni, évoquant une loi de 2024 qui autorise les juges des tribunaux de district, à la demande de la police, à restreindre la liberté de circulation et d’expression des citoyens sur la base de preuves secrètes, afin de protéger la population contre les organisations criminelles.

Elle a également évoqué la pratique de la police consistant à installer des barrières en béton aux entrées des villes et des quartiers arabes. Bien qu’elles aient autrefois été limitées aux communautés palestiniennes de Cisjordanie, ces barrières sont de plus en plus courantes à l’intérieur de la Ligne verte.

Selon Aloni, la reclassification des détenus ayant commis des infractions pénales en détenus de sécurité va à l’encontre des directives internes du système pénitentiaire et d’un arrêt de la Haute Cour, qui stipule que cette classification ne doit pas être utilisée comme une mesure punitive.

« Les droits des détenus sont bafoués de manière disproportionnée, en particulier au vu des conditions épouvantables qui règnent dans les établissements de haute sécurité. »

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