Opinion

Une paix durable à Gaza ? Impossible, évidemment… Mais Trump a bien réussi à ramener les 20 otages vivants

Le Hamas rétablit déjà un régime de terreur dans certaines parties de Gaza et s'engage à ne pas déposer les armes. Netanyahu s'oppose au rôle de l'Autorité palestinienne et n'a proposé aucune alternative

Le vice-président américain JD Vance et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent au bureau du Premier ministre à Jérusalem, en Israël, le 22 octobre 2025. (Crédit : Nathan Howard/The New York Times/AP)

Le président américain Donald Trump était ici, la semaine dernière. Il a été tenu d’écouter d’interminables discours remplis de grandiloquence à la Knesset avant sa propre prise de parole extraordinairement optimiste sur « l’aube d’un nouveau Moyen-Orient ». Il a ensuite quitté précipitamment le territoire, direction l’Égypte, pour rallier la majorité des hauts-responsables du monde à son plan de paix pour Gaza.

Son vice-président, JD Vance, provoque des embouteillages devant mon bureau au moment même où j’écris ces lignes. Il s’est entretenu avec le Premier ministre et avec le président israéliens, entre autres, après s’être directement rendu, depuis l’aéroport, au tout nouveau Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) de l’armée américaine pour Gaza, dans le sud d’Israël. Un déplacement qu’il a donc fait dès son arrivée, dans la journée de lundi.

L’envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, était lui aussi présent sur le sol israélien, cette semaine, tout comme cela a également été le cas du gendre de Trump, Jared Kushner, qui tient le rôle de proche conseiller – tous les deux étaient en déplacement dans le pays pour la deuxième fois en l’espace d’un mois. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, sera de retour demain, sa deuxième visite au sein de l’État juif pour le seul mois d’octobre.

On peut affirmer, sans prendre le risque de se tromper, que le maintien du cessez-le-feu à Gaza, la sécurisation de la restitution des 13 dépouilles d’otages qui se trouvent encore dans la bande, la stabilisation de l’enclave côtière et la mise en place de ce que le président américain et ses collaborateurs appellent sans relâche « la paix » figurent en tête des priorités de Trump en matière de politique étrangère, voire en toute première position.

Inauguré officiellement hier par Vance dans le contexte de cette mission de stabilisation de Gaza, le CMCC a tout d’une opération sérieuse. Il occupe les trois étages d’un grand bâtiment de manutention de marchandises à Kiryat Gat et, lorsque Vance, Witkoff, Kushner et le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, ont accueilli la presse locale et internationale, il bourdonnait d’activité. Il y a, dans le centre, des étages distincts pour le personnel américain et israélien, et il y a un étage commun aux deux. De grands écrans ont été installés, des cartes affichées. Des groupes de soldats américains discutent entre eux. Il y a également des Britanniques, des Danois, des Allemands, des Canadiens et des Jordaniens. Au moment où nous étions rassemblés à l’intérieur du bâtiment, le chef d’état-major adjoint israélien Tamir Yadai sortait d’une réunion ; d’autres officiers du Commandement du sud de l’armée israélienne étaient également présents.

Mais c’était à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël. Ce n’était pas à Gaza.

Le vice-président américain JD Vance s’exprime lors d’une conférence de presse à l’issue d’un briefing militaire au Centre de coordination civilo-militaire dans le sud d’Israël, le 21 octobre 2025. (Crédit : Fadel SENNA / AFP)

Une des principales priorités du centre, a dit Vance aux journalistes, est la mise en place d’une « force internationale de stabilisation » pour la bande de Gaza, comme le prévoit le plan de paix en 20 points qui a été proposé par Trump. Il a reconnu que cette tâche n’en était encore qu’à ses balbutiements et qu’elle ne serait pas facile à mener à bien. En effet, a-t-il ajouté, les parties intéressées commencent seulement à « conceptualiser ce à quoi va ressembler cette force de sécurité internationale. »

Et tandis que le vice-président a souligné une chose déterminante — « il n’y aura pas de soldats américains sur le terrain à Gaza » — il a fait part d’une interrogation qui est directement en lien avec cette absence : « Comment parvenir à réunir les États arabes du Golfe, Israël, la Turquie et l’Indonésie ? », a-t-il demandé. « Comment amener ces pays à travailler ensemble de manière à instaurer une paix durable ? »

Il y a encore une semaine, les chances d’apporter une paix et une stabilité durables à Gaza étaient extrêmement faibles, voire nulles. Mais Trump a réussi à faciliter le retour des vingt otages encore en vie de Gaza, contraignant en quelque sorte le Hamas à renoncer au levier d’influence le plus puissant dont il disposait dans son objectif inébranlable de survivre, de redresser la tête pour mieux massacrer des Juifs et pour mieux détruire Israël.

Des ex-otages rencontrent l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et du conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner, le 21 octobre 2025 à Tel Aviv (Crédit : Forum des familles d’otages et de personnes disparues)

Un regard sombre posé sur ce qu’est la réalité actuelle laisserait penser que le Hamas n’est guère désireux de continuer à contribuer à sa propre disparition, qu’Israël n’est pas parvenu à l’anéantir en deux ans de guerre et qu’aucun autre pays ne risquera la vie de ses soldats pour tenter de le faire.

De plus, le Hamas réaffirme déjà son contrôle sur Gaza, comblant le vide qui a été laissé par le retrait d’Israël vers la ligne dite « jaune ». Une ou deux exécutions collectives très médiatisées, quelques attaques meurtrières qui ont été lancées contre des groupes armés rivaux – des attaques qui ont visé à neutraliser des criminels présumés – et son règne de terreur s’est rétabli.

Selon les évaluations militaires qui ont été faites, cette semaine, par Israël, le Hamas dispose d’environ 20 000 hommes armés (contre 30 000 lors de son attaque sanglante d’il y a deux ans, même si la majorité de ses nouvelles recrues se distingue aujourd’hui par son inexpérience). Il a conservé une grande partie de son réseau de tunnels (même si la plupart de ses tunnels d’attaque ou des souterrains qui accueillaient des centres de commandement ou des ateliers de fabrication d’armes ont été détruits) et il dispose encore de centaines de roquettes, dont certaines sont en capacité d’atteindre le centre d’Israël. Ce n’est plus une armée entraînée, forte de 24 bataillons, mais elle est loin d’être anéantie. Et, grâce à sa puissance en Cisjordanie et à ses ramifications avec l’internationale terroriste, le groupe ne semble guère désireux de déposer les armes et de disparaître dans les profondeurs de l’oubli. En effet, ses chefs le disent avec conviction : Ils ne feront rien de tel.

Un membre des forces de sécurité intérieure fidèles au groupe terroriste palestinien Hamas salue de jeunes Gazaouis dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 12 octobre 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

De son côté, Israël, placé sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu, donne l’impression d’être un partenaire disposé à adhérer au plan en 20 points de Trump, avec son exigence déclarée que le Hamas désarme et que la bande de Gaza soit démilitarisée. Netanyahu estime – c’est raisonnable – que le retour de tous les otages vivants et, depuis ce matin, de la majorité des captifs qui ont été tués, renforce ses perspectives politiques, tandis qu’il s’efforce de présenter le massacre du 7 octobre et ses conséquences comme une guerre du Salut où il endosserait le rôle de rédempteur et non celui de Père de la Débâcle.

Mais ayant tous deux refusé d’envisager un rôle pour l’AP dans la Gaza d’après-guerre et n’ayant pas présenté d’alternative viable – et alors qu’une grande partie de sa coalition réclame à la fois une occupation et une réinstallation, positions vigoureusement rejetées par les États-Unis – lui et Israël risquent d’être marginalisés au moment où se dessine le destin de Gaza. Lundi dernier, il a boudé le sommet mondial organisé par Trump en Égypte ; officiellement, c’était trop près du début de Simchat Torah. Peut-être que, si lui-même, le chef de l’opposition Yair Lapid et le président de la Knesset Amir Ohana s’étaient exprimés cinq minutes chacun au lieu d’un total combiné de 70 minutes, il aurait pu arriver à temps et occuper une place essentielle pour Israël lors de la séance de planification du président américain.

Dans l’état actuel des choses, ce sont les Qataris, les Turcs et les Égyptiens qui semblent les plus activement engagés dans ce qui se joue à Gaza, alors que l’armée israélienne se retire. Les États-Unis et Israël, eux, observent peut-être la situation depuis les écrans du CMCC à Kiryat Gat, s’efforçant de convaincre le Qatar et la Turquie – deux pays qui ne cherchent pas l’élimination du Hamas – de contenir malgré tout ce groupe terroriste voué au culte de la mort. Israël redoute de plus en plus de perdre sa liberté d’action à Gaza, limité par l’insistance de Trump à proclamer la guerre terminée, et s’interroge sur les conditions dans lesquelles le président américain autoriserait la reprise de la campagne militaire.

On peut toutefois adopter une lecture plus optimiste en voyant dans le plan en vingt points présenté par Trump le 29 septembre un document de reddition du Hamas que le président américain entend bien mettre en œuvre. Après tout, il stipule que le Hamas ne peut jouer aucun rôle dans la gouvernance de Gaza et prévoit que « toutes les infrastructures militaires, terroristes et offensives, y compris les tunnels et les installations de production d’armes », soient « détruites et non reconstruites ».

Le président américain Donald Trump (au centre) s’exprimant lors du sommet pour la paix, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le Hamas a fourni, le 3 octobre, une acceptation conditionnelle émaillée de nombreuses réserves. Le président américain a choisi d’ignorer ces mises en garde et a déclaré, au contraire, que le Hamas était « prêt pour une PAIX durable ». Witkoff et Kushner ont été dépêchés à Charm el-Cheikh, et l’accord d’une page qui a permis la libération des otages vivants a été finalisé le 9 octobre.

Dans une perspective similaire, Trump et ses émissaires se disent aujourd’hui certains que le Hamas sera désarmé, de gré ou de force, que Gaza sera démilitarisée, et qu’un avenir extraordinaire s’y dessine. « Je suis convaincu que nous allons parvenir à une paix durable », déclarait Vance mardi. « Si le Hamas ne coopère pas, alors, comme [Trump] l’a dit, le Hamas sera anéanti. »

Je ne suis pas d’accord avec la description générale que fait Vance du comme un simple cas de « personnes qui se détestent et qui se battent depuis très longtemps ». Ce qu’il oublie de mentionner dans ce résumé, c’est que ces deux ensembles de populations partent en réalité d’ambitions radicalement opposées : la charte non révoquée du Hamas de 1988 exige l’anéantissement d’Israël. La Déclaration d’indépendance de 1948, elle, tend « la main à tous les États voisins et à leurs peuples dans une offre de paix et de bon voisinage ». Israël s’est retiré de Gaza en 2005, dans l’espoir que les Gazaouis choisissent la coexistence. Le Hamas, porté par sa victoire aux législatives, a pris le pouvoir deux ans plus tard, a édifié un État terroriste, et a envahi notre territoire le 7-Octobre pour tenter de le détruire.

Mais comme presque tous les Israéliens, je soutiens sans réserve l’objectif affirmé de Vance et de son président, qui consiste à permettre un avenir meilleur pour Gaza et, par extension directe, pour Israël et les peuples bien au-delà.

Dans ses remarques mardi, Vance a critiqué ce qu’il a qualifié « d’attitude étrange » des médias américains et occidentaux, selon laquelle « chaque fois qu’un événement malheureux se produit, chaque fois qu’il y a un acte de violence, il y a cette inclination à dire : ‘Oh, c’est la fin du cessez-le-feu. C’est la fin du plan de paix.’ Ce n’est pas la fin. »

Kushner, s’exprimant au même événement, a précisé que « beaucoup de gens deviennent un peu hystériques face aux différentes incursions, dans un sens ou dans l’autre ». Le fait est, a-t-il dit, que « les deux parties sont en transition après deux années de guerre très intense vers, désormais, une posture de paix ».

Je ne reprends pas cette « attitude étrange », et je ne sombre pas dans l’hystérie, néanmoins, je ne vois pas très bien comment les États-Unis vont s’y prendre, face à un Hamas qui, comme je ne cesse de le répéter, est idéologiquement intransigeant… et dont l’idéologie exige l’élimination d’Israël.

Il serait toutefois stupide et contre-productif de parier contre Trump – pas maintenant que ces vingt otages sont de retour en Israël, un exploit que peu de gens en Israël pensaient possible, et que la plupart d’entre eux ont déjà entamé leur processus de rétablissement, chez eux, auprès de leurs proches.

Les otages libérés Gal et Ziv Berman saluent la foule en liesse qui les accueille au kibboutz Beit Guvrin le 19 octobre 2025 (Crédit : Tanya Zion-Waldoks/Mouvement israélien de protestation pour la démocratie).

Mercredi matin, aux côtés de Netanyahu, Vance a déclaré : « Nous vivons des jours qui décideront de notre avenir… Nous allons accomplir de grandes choses ici. »

Espérons-le. Et aidons-les.

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