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Analyse

Le Hamas ne se comporte pas comme une force vaincue, mettant en péril l’accord à Gaza

Trump affirme qu'Israël a gagné, mais le groupe n'a pas rendu les dépouilles de la majorité des otages, il refuse de désarmer : la seule chance que le Hamas se conforme aux accords, c'est la menace d'une nouvelle guerre

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un homme armé masqué du Hamas à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, avant de remettre les otages israéliens à la Croix-Rouge, le 13 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)
Un homme armé masqué du Hamas à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, avant de remettre les otages israéliens à la Croix-Rouge, le 13 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

A la tribune de la Knesset, la semaine dernière, alors qu’il s’exprimait devant une foule enthousiaste, le président américain Trump a dit aux responsables israéliens : « Vous avez gagné » à Gaza.

« Quelle victoire ! », a-t-il ajouté, dans un discours qui a semblé étrangement décousu pour un président réputé pour sa loquacité.

S’exprimant avant Trump, quelques heures après la remise en liberté par le Hamas des 20 otages encore en vie, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était montré à peine moins triomphant, affirmant avec gourmandise que le plan de Trump « nous permet de mettre un terme à la guerre en atteignant tous nos objectifs ».

« Tous les objectifs du Premier ministre ont désormais été atteints », avait indiqué sa porte-parole trois jours auparavant, au moment où le cessez-le-feu était entré en vigueur.

Mais il y a un problème.

Personne ne semble avoir informé le Hamas de sa défaite.

Le plan en 20 points de Trump, s’il était pleinement mis en œuvre, impliquerait une victoire sans partage pour Israël et il porterait probablement un coup fatal à tout potentiel projet du Hamas visant à prendre la tête de Gaza dans un avenir proche.

Le président américain Donald Trump s’adressant à la Knesset, le 13 octobre 2025. (Crédit : Evelyn Hockstein/Pool via AP)

Mais il est loin d’être pleinement mis en œuvre. Seules deux des 20 clauses ont été pleinement appliquées et toutes deux les constituent des concessions de la part d’Israël. L’État juif a libéré des milliers de prisonniers palestiniens et il a renoncé à tout projet visant à pousser les Gazaouis à émigrer.

Le Hamas, en revanche, semble déterminé à montrer qu’il contrôle encore les événements sur le terrain.

Il a ralenti la restitution des corps sans vie des 28 otages tués. Ainsi, dimanche, le groupe terroriste n’en avait remis que 12, six jours après la fin du délai fixé de 72 heures qu’il était tenu de respecter concernant le transfert des 28 dépouilles à Israël.

Shahar Levy, le fils d’Eitan Levy, prend la parole lors des funérailles de son père à Bat Yam, le 16 octobre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les hauts responsables israéliens ont rejeté avec conviction les excuses qui ont été présentées par le Hamas – et par la Maison Blanche – qui ont laissé entendre que le groupe terroriste avait du mal à trouver ou à accéder aux corps sans vie restants.

« Nous savons, en fait, qu’ils peuvent facilement ramener un nombre important de nos otages morts et les restituer conformément à l’accord », a expliqué jeudi Gideon Saar, le ministre des Affaires étrangères. La veille, le ministre de la Défense, Israel Katz, avait donné pour instruction à Tsahal de se préparer à relancer les hostilités si le Hamas continuait à se soustraire à ses obligations.

Pas prêt à céder

Le Hamas ne semble pas particulièrement inquiet face à ces menaces, qu’elles proviennent de Jérusalem ou de Washington.

Mohammed Nazzal, un membre du bureau politique du Hamas, a indiqué samedi à Reuters que le Hamas ne s’engagerait pas à désarmer, un élément central du plan de Trump. Et ce, malgré la menace de Trump de traiter « violemment » le groupe terroriste s’il devait refuser de rendre ses armes.

Le Hamas ne cherche pas à dissimuler ses armements, pas plus qu’il ne cherche à cacher sa détermination à éliminer toute opposition à Gaza en utilisant la manière forte. Il a procédé à des exécutions publiques et ses terroristes ont repassé leurs uniformes, parcourant Gaza à bord de pick-ups, des fusils à la main.

Cette image extraite d’une vidéo diffusée par la chaîne Telegram Al-Aqsa TV, gérée par le Hamas, le 13 octobre 2025, montre des hommes armés du Hamas exécutant des hommes aux yeux bandés, ligotés et agenouillés, entourés d’une foule dans une rue de la ville de Gaza. (Crédit : Al-Aqsa TV / AFP)

Ce qui n’est guère le comportement d’une organisation vaincue qui s’apprête à céder le pouvoir et à renoncer à la violence.

L’attaque meurtrière qui a été lancée dimanche contre les soldats israéliens à Rafah a été une suite logique pour le Hamas. Il a testé le sérieux de l’administration Trump en ce qui concerne les dispositions du cessez-le-feu et la détermination de la Maison Blanche à empêcher Israël de faire respecter ses termes par la force.

En entendant les excuses de Washington, en voyant l’armée israélienne continuer à observer les choses depuis l’arrière de la nouvelle « Ligne jaune » à Gaza, personne ne devrait être surpris que le Hamas ait testé les limites du cessez-le-feu.

Les affirmations répétées de Trump concernant la fin de la guerre ont contribué à cela. Il a fait comprendre au Hamas que la menace d’une nouvelle offensive de l’armée israélienne à Gaza-City n’était plus d’actualité et qu’il disposait d’une grande marge de manœuvre avant de risquer de payer un prix important.

Les troupes de la 36e division de l’armée israélienne opèrent dans la bande de Gaza, sur une image diffusée le 11 septembre 2025. (Crédit : Tsahal)

Laisser un Hamas encore cohérent à l’intérieur de la bande est pratiquement une garantie de la poursuite du conflit au sein de l’enclave – et éloigne automatiquement la vision de Trump d’une ère où « la paix et le respect peuvent s’épanouir entre les nations d’un Moyen-Orient élargi », une vision qui ne restera, dans ce contexte, qu’un rêve lointain.

Le Hamas a montré à maintes reprises qu’il pouvait essuyer d’énormes dégâts et revenir plus fort. C’est ce qui est arrivé après l’Opération Plomb durci en 2008, après l’Opération Bordure protectrice en 2014 et après les Opérations de moindre envergure répétées qui ont touché Gaza depuis le retrait israélien en 2005.

Certes, il n’avait jamais subi de revers et de pertes aussi sévères que ceux qui ont été infligées par Israël depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Mais il reste armé, il est motivé et il est encore la force la plus puissante au sein de l’enclave après l’armée israélienne.

Il existe un moyen de vaincre le Hamas grâce à l’accord soutenu par les États-Unis, mais il est ténu. Et les choses ne fonctionneront que si le Hamas comprend qu’il n’a aucune marge de manœuvre et que toute violation sera sanctionnée par la force militaire.

Le président américain Donald Trump écoute les échanges lors d’une réunion multilatérale avec les dirigeants du Qatar, de la Jordanie, de la Turquie, du Pakistan, de l’Indonésie, de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 23 septembre 2025, à New York. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

La Maison Blanche est clairement déterminée à maintenir le cessez-le-feu et a jusqu’à présent adopté l’idée qu’empêcher Israël de riposter par la force augmentera les chances de désarmer et de renverser le Hamas par d’autres moyens. Mais ce raisonnement revient à mal interpréter fondamentalement ce qu’est le Hamas et ce à quoi il réagit.

Si Israël ne réagit pas vigoureusement et si Trump n’envoie pas un message clair indiquant que l’armée israélienne est libre de riposter à de nouvelles violations, le Hamas continuera à repousser les limites de l’accord jusqu’à ce qu’il s’effondre.

« La paix par la force », aime à dire Trump.

Il n’y a pas de meilleur moment pour prouver la justesse de cet adage.

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