Bild : L’ex-assistant de Netanyahu affirme que ce dernier est à l’origine de la fuite
Eli Feldstein assure qu'il aurait été impossible d'utiliser des documents classifiés sans l'accord du Premier ministre et qu'ils auraient convenu de mentir sur la manière dont Netanyahu avait été informé
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serait à l’origine de la fuite d’informations classifiées visant à influencer l’opinion publique israélienne concernant les pourparlers pour la libération des otages l’an dernier, a affirmé mardi son ancien porte-parole Eli Feldstein, actuellement sous le coup d’une inculpation.
« Pour [rendre public] un tel document, le Premier ministre doit être au courant, du début à la fin », a déclaré Feldstein dans une interview accordée à la chaîne publique Kan.
Dans le deuxième volet d’une série de trois interviews, Feldstein est allé plus loin que lors du premier, diffusé lundi, dans lequel il avait simplement affirmé que Netanyahu était au courant et soutenait la fuite d’informations classifiées au quotidien allemand Bild.
« C’est lui [Netanyahu] qui est à l’origine de la fuite », a insisté Feldstein, ajoutant qu’il avait répété cette affirmation à plusieurs reprises aux enquêteurs après son arrestation et sa mise en accusation dans cette affaire.
Le document en question était une note interne du Hamas visant à montrer que le groupe terroriste palestinien n’était pas intéressé par les compromis nécessaires pour parvenir à un accord de libération des otages. Après sa fuite dans le journal Bild, Netanyahu s’en est servi pour affirmer que seule une pression militaire accrue permettrait d’obtenir le retour des otages.
Cependant, les médias ont révélé par la suite que Bild avait déformé le contenu du document pour servir les intérêts du gouvernement Netanyahu.
Ce document avait été classé confidentiel par l’armée israélienne, ce qui en interdit la publication par la censure militaire, qui craignait que sa divulgation ne mette en danger une source de renseignements à Gaza.
Pour publier le document malgré tout, Feldstein l’a divulgué à un média international, car les médias étrangers ne sont pas soumis à la censure militaire israélienne. Cette tactique est en réalité assez régulièrement utilisée par le gouvernement et les responsables de la sécurité israéliens.
Il a néanmoins insisté, lors de l’interview accordée à Kan, sur le fait que Netanyahu était au courant de la stratégie et que celle-ci n’aurait pas pu être mise en œuvre sans son implication, étant donné le caractère sensible du document en question.
Feldstein a déclaré qu’après la publication de l’article dans le journal Bild début septembre 2024, le principal conseiller de Netanyahu, Jonathan Urich, lui avait envoyé le message suivant : « Le patron [Netanyahu] est ravi. »
Une preuve irréfutable contre Netanyahu ?
Peu après, les trois hommes auraient tenu une conférence téléphonique au cours de laquelle, selon Feldstein, Netanyahu l’aurait remercié pour son travail sur cette affaire.
Ils auraient ensuite discuté de la manière de répondre à une question que la chaîne N12 allait poser au bureau du Premier ministre : l’armée avait-elle informé Netanyahu de l’existence de cette note du Hamas ?
L’objectif de cette initiative était de permettre à Netanyahu de faire valoir que Tsahal dissimulait des informations à la classe politique, ce qui aurait renforcé l’argument selon lequel le Premier ministre n’était pas responsable du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – un message qu’il tenait absolument à faire passer.
Dans le premier volet de son interview diffusé lundi, Feldstein a évoqué les efforts déployés par Netanyahu pour contrer les critiques des médias concernant sa conduite ainsi que la façon dont il aurait demandé à ses conseillers de limiter les discussions publiques sur sa « responsabilité » dans le 7-Octobre.
Lors de la conférence téléphonique qui a suivi la fuite du journal Bild, les trois hommes auraient convenu que le bureau du Premier ministre insisterait, à tort, sur le fait que ce dernier n’avait pas été informé de l’existence du document par l’armée, mais l’avait découvert par les médias, a déclaré Feldstein à la chaîne Kan.
Feldstein, Urich et un proche conseiller du Premier ministre, Yisrael (Srulik) Einhorn, sont tous les trois sous le coup d’une enquête pénale dans le cadre de la fuite d’informations classifiées volées dans l’affaire « Bild ».
Arrêté en octobre 2024, Feldstein a été inculpé en novembre pour avoir divulgué des informations confidentielles volées à Bild le mois précédent.
Il a été mis en accusation en même temps qu’Ari Rosenfeld, un réserviste du Directorat des Renseignements militaires, qui serait la source au sein de Tsahal ayant remis le document classifié.
Netanyahu n’est pas lui-même visé par cette enquête, mais il pourrait bien le devenir si les allégations de Feldstein concernant son implication se confirmaient.
Alors qu’Urich prétend ne pas avoir connaissance d’actes criminels, Feldstein a déclaré à Kan que ce dernier « savait tout ce que je savais… D’où venait [le document], pourquoi il n’avait pas été publié en Israël, tout ».
« Lisez tous mes SMS [avec Urich]. Je ne cache rien », a déclaré Feldstein à Kan.
« À part lui demander si je pouvais aller aux toilettes, il [était derrière] tout. »
L’ancien porte-parole affirme qu’à la veille de la publication du document classifié dans Bild, Urich avait informé le Premier ministre de son intention de le divulguer.
L’affaire « Bild » a éclaté après l’exécution de six otages israéliens par leurs geôliers du Hamas, qui avaient détecté la présence de troupes israéliennes à proximité du tunnel où ils étaient détenus, à la fin du mois d’août 2024, dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza.
Cette exécution avait déclenché un tollé général contre le gouvernement, accusé de faire obstacle aux négociations pour la libération des otages, car Netanyahu semblait privilégier une « victoire totale » contre le groupe terroriste palestinien au détriment de la vie des captifs.
« Ils ont profité de moi »
Feldstein est également soupçonné dans l’affaire dite du « Qatargate », qui implique les proches conseillers de Netanyahu.
Cette affaire concerne les activités parallèles qu’auraient exercées Urich et Feldstein pour le compte du Qatar alors qu’ils étaient employés par Netanyahu. Ce travail a été effectué avec l’agence de relations publiques Perception, dirigée par Yisrael Einhorn, l’ancien directeur de campagne de Netanyahu.
Dans l’interview accordée mardi à Kan, Feldstein a nié avoir sciemment travaillé pour le compte du Qatar ou avoir su qu’Urich le faisait.
« J’ai de très bonnes raisons de penser qu’ils m’ont utilisé, qu’ils ont profité de moi », a déclaré Feldstein à propos d’Urich et d’Einhorn.
Felstein a été interrogé sur une série d’interviews médiatiques qu’il a aidé à organiser pour le rédacteur en chef du Jerusalem Post, Zvika Klein, afin que ce dernier puisse promouvoir les messages qu’il avait entendus de la part de responsables qataris lors d’un voyage à Doha organisé par Perception.
Il a insisté sur le fait qu’il ne lui était pas venu à l’esprit que cela pouvait faire partie d’une opération d’influence étrangère dans le cadre de laquelle un agent du gouvernement qatari avait payé Perception pour promouvoir un discours médiatique favorable à Doha.
De plus, Feldstein a déclaré à Kan que lorsqu’il recevait des messages pro-Qatar d’Urich à transmettre aux journalistes, il pensait qu’il s’agissait d’informations exactes.
L’une des principales accusations portées contre Feldstein est qu’il aurait été payé par un homme d’affaires lié à un agent étranger du Qatar.
Feldstein a déclaré à Kan qu’il pensait que ce mode de paiement inhabituel était dû au fait qu’il n’avait pas passé avec succès le contrôle de sécurité et qu’il ne pouvait donc pas recevoir son salaire directement du bureau du Premier ministre.
« Est-il possible que les informations que j’ai divulguées aient servi, aidé ou soutenu, après coup, un fonctionnaire du Qatar ? C’est possible », a-t-il reconnu. Il a toutefois insisté sur le fait qu’il n’en avait pas conscience à l’époque.
« Ils m’ont pris, avec ma motivation, mon désir d’appartenir, de me sentir partie intégrante de quelque chose, et ils m’ont utilisé », a déclaré Feldstein.
Mettant à mal les déclarations de Feldstein, i24News a publié mardi des SMS qui, selon la chaîne, prouvent que Feldstein était en contact avec Jay Footlik, un agent étranger du Qatar enregistré à Washington, qui louait ses services pour promouvoir des messages médiatiques favorables à Doha.
i24News a déclaré que Feldstein avait transmis le message à Urich, qui à son tour avait exprimé son approbation, étant donné qu’Urich est également soupçonné d’avoir travaillé pour le compte du Qatar.
Bennett demande une enquête sur Netanyahu dans l’affaire de « trahison » du Qatargate
Alors que les révélations sur le Qatargate concernant Netanyahu et son entourage se multipliaient, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a fait une déclaration à la presse dans laquelle il a appelé les forces de l’ordre israéliennes à ne négliger aucun détail de leur enquête sur le scandale et à interroger Netanyahu lui-même.
Bennett a déclaré que les actions de l’entourage de Netanyahu « sont un coup de poignard dans le cœur de nos héros soldats et un coup de poignard dans le cœur de tout le peuple d’Israël ».
« Il s’agit de la plus grave trahison de l’Histoire de l’État d’Israël, car elle ne provient pas de personnages mineurs… mais des personnes les plus haut placées et les plus puissantes d’Israël. Nous devons reconnaître honnêtement que l’infiltration d’agents actifs au sein du bureau du Premier ministre israélien constitue un succès considérable en matière de renseignement et de sécurité pour notre ennemi, le Qatar. »
Bennett a précisé qu’il « ne prétend pas que Netanyahu ait donné l’ordre d’agir pour le compte du Qatar, ni même qu’il savait que ses plus proches conseillers recevaient des centaines de milliers de shekels de l’ennemi ».
Il a toutefois insisté sur le fait que le peuple avait le droit de savoir pourquoi le Premier ministre restait silencieux et continuait, « à ce moment même, à couvrir la trahison au sein de son bureau ».
Selon Bennett, Netanyahu aurait dû limoger ses conseillers et demander aux forces de l’ordre israéliennes d’enquêter dès qu’il a eu connaissance du scandale.
Cependant, Netanyahu a agi « exactement de la manière inverse », a affirmé Bennett, accusant le Premier ministre et son équipe de « faire tout leur possible pour torpiller l’enquête visant à établir la vérité ». »
Le Likud a riposté en accusant Bennett de diffamation afin de détourner l’attention de ses propres problèmes.
Dans un communiqué, le Likud a déclaré que les suspects du Qatargate, Einhorn et Feldstein, « n’ont jamais fait partie du bureau du Premier ministre ».
Pour étayer cette affirmation, le bureau de Netanyahu s’appuie vraisemblablement sur le fait que Feldstein n’a pas obtenu d’habilitation de sécurité et n’a donc jamais été officiellement employé par le gouvernement.
Cela n’a toutefois pas empêché Netanyahu de recourir à ses services et Feldstein a été photographié lors de réunions de haut niveau sur la sécurité avec le Premier ministre au cours de l’année écoulée.
Feldstein était largement connu des journalistes comme étant le porte-parole de Netanyahu pour les affaires militaires, qu’il soit ou non rémunéré directement par le bureau du Premier ministre.
Après l’arrestation de Feldstein l’an dernier, le bureau de Netanyahu avait d’abord affirmé qu’il n’était pas un employé. Le Premier ministre a ensuite changé de stratégie et l’a défendu en le présentant comme un assistant loyal, avant de finalement se retourner contre lui, lorsque Feldstein a commencé à déclarer aux enquêteurs que toutes ses actions avaient été menées sous la direction du bureau du Premier ministre.
Dans son communiqué publié mardi, le Likud a insisté sur le fait qu’aucune preuve n’avait été apportée pour démontrer l’existence de liens entre le bureau de Netanyahu et le Qatar.
« Depuis le début de la guerre, le bureau du Premier ministre et le Premier ministre ont attaqué le Qatar, et le Qatar a attaqué le Premier ministre à d’innombrables reprises », a déclaré le Likud, accusant Bennett d’inventer des calomnies contre le parti de Netanyahu afin de détourner l’attention des « informations graves révélées par le piratage de son téléphone, qui sont dissimulées à la population »
La semaine dernière, Bennett a reconnu que des pirates informatiques avaient accédé à son compte Telegram et que plusieurs fichiers, dont sa liste de contacts, avaient été publiés en ligne.
comments