Israël en guerre - Jour 148

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L'avocate Susan Weiss, fondatrice et directrice du Centre pour la justice des femmes (CWJ), à une conférence de presse au  Jerusalem Press Club, le 29 mars 2016  (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
L'avocate Susan Weiss, fondatrice et directrice du Centre pour la justice des femmes (CWJ), à une conférence de presse au Jerusalem Press Club, le 29 mars 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)
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Ce qui compte pour Dr. Susan Weiss, spécialiste du droit des femmes : la théocratie

Alors qu’Israël n’a jamais été un pays particulièrement féministe, une militante et avocate de renom constate un net virage vers le pire avec l’actuel gouvernement radical

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Bienvenue à « What Matters Now » [Ce qui compte maintenant], un podcast hebdomadaire qui examine un sujet déterminant pour Israël et le monde juif aujourd’hui.

Il s’agit de l’épisode diffusé le 11 août dernier.

Cette semaine, un chauffeur de bus de Tel Aviv a hurlé sur Romi Inbar, une passagère de 18 ans, parce qu’elle portait un débardeur, qu’il considérait comme impudique, lui disant à plusieurs reprises de mettre un tee-shirt. Le chauffeur lui a dit : « Vous ne pouvez pas vous promener comme ça. »

Elle a déclaré à la télévision israélienne que tout le bus était resté silencieux, à l’exception d’une mère qui a dit au chauffeur qu’Inbar pouvait porter ce qu’elle voulait. Elle s’est sentie totalement humiliée et a posté ce qui s’est passé sur Instagram pour que cela n’arrive pas à d’autres.

La compagnie de bus s’est ensuite excusée, mais ce n’est pas la première fois qu’une telle discrimination publique des femmes se produit dans l’Israël d’aujourd’hui. Le fait qu’Inbar se soit exprimée et ait rendu son histoire publique permet de voir le verre à moitié plein.

Or, selon notre invitée de cette semaine, l’avocate et doctorante Susan Weiss, les hommes sont de plus en plus encouragés à marginaliser et à sexualiser les femmes, alors que les voies de protection de leurs droits, telles que la Cour suprême, sont en passe d’être affaiblies.

« Nous avons cette dichotomie dans ce pays, nous avons cette situation où les femmes peuvent être pilotes de chasse mais ne peuvent pas divorcer », a expliqué Weiss.

La fondatrice du Center for Women’s Justice (Centre pour la justice des femmes – ou CWJ) a rejoint le Times of Israel cette semaine à Jérusalem pour analyser l’évolution du statut des femmes depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement de droite – et très religieux.

Attention spoiler : ce n’est pas bon.

Nous avons également parlé du nouveau film « Barbie » et du message que Dr. Weiss en a retiré et qui lui donne de l’audace.

Cette semaine, nous demandons donc à Dr. Susan Weiss : « Qu’est-ce qui compte ? »

Notre entretien a été édité et condensé dans un souci de clarté et de concision.

Times of Israel : Susan, merci beaucoup de m’avoir rejoint dans les studios Nomi à Jérusalem.

Dr. Susan Weiss : C’est toujours un plaisir pour moi d’être ici avec vous.

Cette semaine, nous avons entendu notre ministre de l’Environnement, Idit Silman, dire qu’elle aimerait instaurer une séparation entre les sexes dans deux sources naturelles. Je vous demande donc Susan, qu’est-ce qui compte aujourd’hui ?

Protester contre la sexualisation des femmes, qui est désormais l’un des objectifs du nouveau gouvernement.

La dernière fois que nous nous sommes parlées, c’était en décembre, avant la mise en œuvre de toute la législation sur la refonte du système judiciaire, et nous avons davantage parlé de la clause dite « dérogatoire » – à ce moment-là imminente et qui n’est en réalité plus tellement d’actualité en ce moment. Mais à ce moment-là, vous aviez écrit un article d’opinion et nous avions discuté des différentes sphères dans lesquelles, selon vous, les femmes seraient peut-être, peut-être, peut-être affectées. L’un de ces domaines était la séparation entre les sexes. Que constatez-vous sur le terrain aujourd’hui ?

La Knesset a, par exemple, décidé d’organiser une conférence sur le droit à la ségrégation, ce qui nous a étonnés, car des groupes de femmes, dont le CWJ, ont demandé à participer à cette conférence, ce qui leur a été refusé. Une conférence sur le droit à la ségrégation s’est donc tenue à la Knesset et les groupes de femmes qui s’y opposaient n’ont pas été autorisés à y assister.

Des manifestantes israéliennes portant des costumes tirés de « La Servante écarlate » participant à un rassemblement contre les projets de loi de refonte judiciaire du gouvernement israélien, au carrefour Beit Yanaï, le 23 mars 2023. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Diriez-vous que c’est tout simplement caractéristique d’une situation qui devient de plus en plus courante ?

C’est de la langue de bois, des jeux de mots, de la dissimulation. De la même manière que vous nommez un terroriste, un combattant de la liberté, ou un combattant de la liberté un terroriste. Et c’est ce que je ressens, cette dissimulation, cette confusion. L’une des choses les plus importantes que nous puissions faire est d’analyser et de critiquer ce qui se passe, afin de comprendre qu’il s’agit de la sexualisation des femmes et du fait qu’elles ne sont pas considérées comme des agents ou des objets équivalents aux hommes. Et l’État y participe. Je pense donc qu’il est important que nous insistions constamment sur ce point.

Je pense que de nombreuses personnes se trouvent dans cette situation avec les parcs nationaux, par exemple. Il s’agit de deux petits parcs nationaux à l’extérieur de Jérusalem. Et Silman a proposé que cette séparation des sexes se fasse en dehors des heures normales d’ouverture. Alors, qui s’en soucie ? En quoi cela est-il important ?

Je pense que nous nous faisons un peu avoir tous les jours. C’est ce que je ressens. « Ô, c’est juste un peu. Ce n’est pas si grave. Ô, juste la petite clause dérogatoire. Nous ferons de petits ajustements ici et là à toutes sortes de lois et cela ne fera de mal à personne. »

Mais si l’on considère l’ensemble de ce qui se passe ici, je pense que toute la notion de valeurs familiales est en cause. Avi Maoz a créé au sein du gouvernement un organe spécial pour les valeurs familiales, qui est en fait un organe qui s’oppose aux homosexuels et qui maintient les femmes dans leur « rôle », c’est-à-dire à la maison et dans la chambre à coucher. Et je pense que c’est très effrayant. Ce qui se passe actuellement en fait partie.

La ministre de l’Environnement, Idit Silman, s’exprimant lors d’une réunion de la commission de l’Intérieur et de l’Environnement, à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 20 mars 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais d’un autre côté, nous, les féministes, et je me considère clairement comme une féministe, voulons être en mesure d’obtenir l’égalité en tant que femmes. Et qu’en est-il de ceux qui disent qu’il devrait y avoir une égalité religieuse et de ceux qui ne peuvent vraiment pas se baigner en même temps qu’une personne du sexe opposé, qu’en est-il ?

Je suis d’accord, mais seulement dans les espaces privés, pas dans les espaces publics. Je pense que dans les espaces publics, la politique du gouvernement doit être claire, à savoir l’égalité, et non la ségrégation. Nous ne séparerions pas les Noirs des Blancs. Nous ne séparerions pas les Juifs des non-Juifs et nous ne devrions pas séparer les hommes des femmes, ce n’est pas une politique d’État. Ainsi, si vous voulez aller dans une piscine privée et nager uniquement avec des femmes, c’est certainement votre prérogative. Et si la piscine peut le justifier financièrement, qu’elle le fasse. Mais l’État devrait promouvoir un certain système de valeurs, et ce système de valeurs devrait être celui de l’égalité, de la liberté et des droits de l’Homme, et non celui de la séparation, de la ségrégation et de la discrimination.

La discrimination – séparé n’est jamais équitable. Je crains vraiment que cela ne se répande, et cela s’est déjà produit. Ainsi, par exemple, les établissements d’enseignement supérieur sont de plus en plus encouragés à autoriser la séparation des hommes haredim qui ne veulent pas étudier avec des femmes dans la salle de classe. En lisant l’arrêt de la Cour suprême sur cette question, j’ai compris qu’ils étaient dans l’obligation d’autoriser les femmes à enseigner aux hommes ultra-orthodoxes. C’est là qu’ils ont tracé la ligne. En d’autres termes, ils autorisaient l’apprentissage séparé, mais les femmes devaient être autorisées à enseigner aux hommes. Mais si j’ai bien compris, ce n’est pas ce qui se passe sur le terrain.

Il s’agit, bien sûr, d’une institution publique telle que l’Université hébraïque ou l’Université de Tel Aviv, qui est partiellement financée par nos impôts.

Je pense que presque toutes les institutions reçoivent de l’argent du contribuable.

Il y a quelques sphères dans lesquelles les femmes ne sont absolument pas autorisées à entrer, tel que, bien sûr, le Rabbinat. Aucune femme ne peut siéger dans un tribunal rabbinique. Diriez-vous que la situation a empiré au cours des huit derniers mois ?

Oui, c’est bien pire. En réalité, il y a un projet de loi, je ne sais pas s’il a été proposé ou s’il a déjà été adopté – une loi visant à multiplier le nombre de rabbins orthodoxes municipaux au service du Grand-Rabbinat. Il est donc évident que les femmes n’obtiendront aucun de ces postes. Je ne sais pas exactement à quoi serviront ces emplois.

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Le tribunal rabbinique de Tel Aviv, le 3 août 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Et l’une des choses que [l’avocate] Nitzan Kaspi-Shiloni du bureau [CWJ] a suggéré est que cela va en réalité nuire aux femmes orthodoxes libérales parce que les rabbins municipaux devront être soumis aux déterminations halakhiques et aux décisions du Grand-Rabbinat. Ainsi, s’ils disent que les femmes ne peuvent pas lire la Torah ou la meguila, cela affectera de facto les droits des femmes libérales.

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Mais outre le fait que cela ne fait que renforcer le patriarcat de plus en plus et encore un peu plus, il y a aussi des propositions de lois pour étendre l’autorité et la juridiction des tribunaux rabbiniques qui ne sont composés que d’hommes. Il y a par exemple le projet de loi qui suggère que les tribunaux rabbiniques seront autorisés à entendre des affaires civiles, à condition que les deux parties soient d’accord, bien sûr.

« À condition que les deux parties soient d’accord », ce qui signifie « Je ne vous accorderai le divorce que si vous vous asseyez dans ce tribunal rabbinique et que vous vous mettez d’accord sur certaines choses » ?

Ça aussi, c’est vrai. Ce projet de loi, qui étendrait la compétence des tribunaux rabbiniques aux affaires civiles par consentement, n’affectera pas seulement les femmes qui divorcent et qui pourraient se sentir poussées, très fortement poussées à accepter que les tribunaux rabbiniques entendent toutes sortes de choses qu’ils n’auraient peut-être pas eu à entendre, ou qui [auparavant] étaient entendues par le tribunal des affaires familiales. Mais je pense que cela affectera également tous ceux, y compris les femmes, qui veulent signer des contrats avec des entreprises qui sont peut-être dirigées par des religieux, et ils ne seront pas forcés, mais il leur sera recommandé d’accepter que toute affaire soit jugée devant un rabbin – qu’il s’agisse de questions de travail ou d’autres types d’affaires. Ou encore, quelqu’un pourrait signer un contrat de location avec un propriétaire qui lui imposera, « en cas de litige, de s’adresser au tribunal rabbinique ».

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Ainsi, nous donnons l’argent du contribuable à une institution qui est intrinsèquement discriminatoire, n’est-ce pas ? En effet, les femmes ne peuvent pas siéger en tant que juge dans ces tribunaux, ce qui, à mon avis, est une raison suffisante pour privatiser les tribunaux rabbiniques. Comment peut-on avoir une institution publique qui n’autorise que les hommes à être juges, que les Noirs à être juges, que les Blancs à être juges, ou que les non-Juifs à être juges ? Nous ne devrions pas soutenir une telle institution. Elle devrait être privatisée. De même, nous ne devrions certainement pas étendre l’autorité de cette Cour aux frais du contribuable.

Tout le monde parle, bien sûr, de la charge qui pèse sur les tribunaux et j’imagine que c’est l’une des raisons de cet élargissement.

La charge des tribunaux rabbiniques ?

Non, sur les tribunaux en général. En transférant certaines des affaires, disons, mineures, aux tribunaux rabbiniques, qui disposent désormais de beaucoup plus de personnel, cela allègerait peut-être soudainement la charge de la Cour.

Si vous voulez me lancer sur la critique du tribunal rabbinique, j’en serais ravie. Mais le tribunal rabbinique n’est certainement pas une institution efficace et ses règles sont très floues. Lorsque vous entrez dans un tribunal rabbinique, vous ne savez jamais comment vous allez en ressortir. L’une des raisons pour lesquelles j’ai ouvert le CWJ et mon ancienne ONG, Yad LeIsha, est qu’en tant qu’avocate, je représentais des femmes devant les tribunaux rabbiniques et je devais les facturer, mais je ne pouvais pas leur dire combien de temps cela prendrait. Je ne pouvais pas leur dire si cela prendrait cinq ans, 100 heures, mille heures ou deux heures pour traiter leur dossier. Telle est la réalité des tribunaux rabbiniques, car les règles ne sont pas claires. Il n’y a pas de fin de jugement comme on dit. J’ai donc du mal à penser que le transfert de certaines affaires favorisera l’efficacité de quelque manière que ce soit.

Rachel Stomel du Centre pour la Justice pour les Femmes lors d’une manifestation aux abords du tribunal rabbinique de Jérusalem lors de la Journée internationale des droits des femmes, en mars 2021. (Crédit : Laura Ben-David)

Vous êtes dans les tranchées depuis longtemps.

Oh mon Dieu, oui.

Combien d’années ?

Je ne veux pas le dire.

Plusieurs dizaines d’années ?

Plusieurs dizaines d’années, oui. C’est beaucoup.

Je ressens évidemment une certaine amertume, mais je pense que c’est en partie parce que vous avez vu tant de cas d’êtres humains, et en particulier de femmes, dont les droits ont été bafoués au cours de vos décennies de service, n’est-ce pas ?

Eh bien, la façon dont j’aime le dire maintenant, c’est qu’en réalité, il ne s’agit pas uniquement des droits des femmes. Le vrai problème, c’est la structure de l’État. Et c’est vraiment ce qui me rend, je ne veux pas dire amère, mais préoccupée, vraiment préoccupée par ce qui se passe aujourd’hui parce que je vois tout le travail que j’ai fait au cours des nombreuses décennies qui se sont écoulées comme faisant partie de cette menace globale pour la démocratie du pays.

J’ai donc peut-être pensé que je pouvais contenir le problème, que le problème pouvait être contenu dans les tribunaux rabbiniques. Mais en réalité, si l’on considère ce qui se passe ici dans son ensemble, il n’y a pas de constitution. Quels que soient les droits fondamentaux dont nous disposons, ils présentent toutes sortes de lacunes. Aucune clause ne protège l’égalité des femmes ou l’égalité de tous les citoyens de l’État. Et je suis très préoccupée par la façon dont l’État fonctionnera pour nos enfants et nos petits-enfants, parce que je souhaite profondément que l’État continue d’exister.

Je voudrais juste comprendre ce que vous entendez par sexualisation des femmes. Comment voyez-vous cette évolution ?

Cela signifie que le corps des femmes doit être couvert. Les voix des femmes sont erva, c’est-à-dire impudique. Elles sont là pour servir les hommes, pour être le ventre des hommes, pour porter leurs enfants. Et ce sont les hommes qui décident si elles sont divorcées ou non. Tout cela fait partie du concept sous-jacent qui se produit ici, qui veut que les femmes ne soient pas des agents, qu’elles ne puissent pas prendre de décisions, qu’elles n’aient pas le contrôle, qu’elles ne soient pas dans les tribunaux. Tout cela fait donc partie de cet ensemble.

Les tribunaux religieux.

Oui, en effet. Nous parlons de la théocratie qui nous gouverne actuellement.

Et de la façon dont la théocratie s’infiltre dans notre démocratie – du moins jusqu’à présent. J’ai remarqué, lors de cérémonies nationales, que dans le passé, les femmes chantaient l’hymne national, par exemple, le jour de Yom HaShoah, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Non, les visages des femmes sont effacés. Mais que se passe-t-il ? Ou encore, les filles ne figurent pas dans les livres pour enfants. Tout cela fait partie d’une image d’ensemble. Les gens diront : « Non, non, bien sûr que non. Ce n’est pas vrai. Les femmes ne sont pas seulement des objets sexuels. Regardez, des femmes siègent aussi à la Cour suprême. »

Des soldats israéliens s’immobilisant alors que la sirène de Yom HaZikaron retentit lors d’une cérémonie, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 24 avril 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Et nous avons cette dichotomie dans ce pays. Les femmes peuvent être pilotes de chasse, mais elles ne peuvent pas divorcer. À mon avis, la théocratie sexualise les femmes et leur corps, et la branche démocratique de l’État s’y oppose.

Il est évident que l’on ne peut pas effacer le visage des femmes, n’est-ce pas ? Il est évident que les femmes doivent être juges. Il est évident que les femmes doivent avoir le droit à la liberté et décider quand elles veulent divorcer de leur mari. Il est évident qu’elles doivent siéger au tribunal. Toutes ces choses, bien évidemment, s’opposent à ce que j’appelle la sexualisation des femmes, l’infantilisation des femmes et l’idée que les femmes ne sont pas égales aux hommes.

Je pense que le mot « sexualisation » permet à beaucoup de gens de voir les choses différemment. Lorsque vous parlez d’infantilisation, je le comprends un peu mieux parce que « nous sommes les hommes, nous allons vous protéger ». Mais ce dont vous parlez en termes de sexualisation, c’est que chanter l’hymne national serait considéré comme sexuellement aguichant ?

C’est de l’erva, c’est impudique.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où la coalition est composée de beaucoup plus de factions religieuses qu’auparavant, ce qui signifie que le pourcentage est beaucoup plus élevé. Jusqu’à présent, voyez-vous quelque chose qui vous préoccupe en termes de législation, autre que ce dont nous avons déjà parlé ?

En réalité, c’est ce que je vois, un renforcement de la théocratie. Je pourrai vous donner un exemple de cas que nous avons au CWJ, mais un cas simple est celui de la jeune fille de 14 ans et demi qui a été jetée hors d’un bus récemment, n’est-ce pas ? Parce que le chauffeur pensait qu’elle n’était pas habillée correctement – encore une fois sexualisée, n’est-ce pas ? Donc, comme ils considéraient qu’elle n’était pas correctement habillée, ils l’ont jetée dehors. Et je pense que ce sentiment de pouvoir n’existe pas seulement au plus haut niveau, mais aussi dans les bus, chez les chauffeurs de bus.

Je constate partout que le gouvernement se sent autorisé à faire ce qu’il veut. Et si ce qu’ils pensent être juste, c’est d’appliquer la halakha – la loi juive orthodoxe – c’est ce qu’ils feront – et comme ils l’entendent.

Zvia Gordetsky faisant la grève de la faim devant la Knesset après s’être vue refuser le divorce depuis 17 ans, en mai 2017. (Autorisation)

Je vais vous donner un exemple d’autonomisation. Nous avons le cas d’une femme qui voulait divorcer d’un commun accord avec son mari et qui s’est adressée au tribunal rabbinique, où elle s’était mariée. Elle avait été jugée suffisamment juive pour se marier. Mais lorsqu’elle a voulu divorcer, ils ont voulu qu’elle se soumette à nouveau à une enquête sur ses racines juives.

Elle a refusé pour toutes sortes de raisons. Elle ne voulait pas le faire, et elle voulait simplement qu’ils obtiennent [l’assignation en divorce] par accord, ce qu’ils feraient certainement. Ils ont refusé. Nous sommes allés au Bagatz – la Haute Cour de justice – et nous leur avons demandé d’ordonner au tribunal rabbinique de procéder au divorce. L’un de nos arguments était qu’ils ne pouvaient pas changer les règles en permanence. Si elle était assez juive pour se marier, elle devrait être assez juive pour divorcer.

Et toutes les parties concernées ont convenu qu’elles se contenteraient de procéder au divorce. Dans toutes les autres affaires que nous avons portées devant la Cour suprême, celle-ci a généralement résolu les problèmes, questions individuelles, et toutes les parties se sont mises d’accord sur le fait qu’elles obtiendraient le divorce et ont clos les affaires.

Mais, dans l’exemple cité, le tribunal rabbinique a toujours refusé de procéder au divorce. Elle attend depuis deux ans, depuis qu’elle s’est adressée au tribunal rabbinique, en accord avec son mari, pour obtenir son divorce. Cela fait depuis février que le tribunal rabbinique a, au moins en apparence, accepté de procéder à leur divorce. Mais il refuse maintenant de le prononcer parce qu’il veut une déclaration de la Cour suprême dans ce cas particulier, ce qui étendrait effectivement leur compétence aux cas où ils estimeraient que la judéité est remise en question, pour une raison ou une autre.

Il insiste donc sur une décision de principe, alors qu’habituellement, dans ce type d’affaires, les tribunaux rabbiniques se contentent d’être heureux et tranquilles et de résoudre les affaires individuelles au cas par cas. Mais ils sont enhardis. En réalité, ils disent à la Cour suprême : « C’est nous qui contrôlons la situation. Nous allons vous dire ce que vous devez faire. » Et cela se fait au détriment du citoyen. Et notre cliente …

… qui était d’accord avec son mari pour divorcer. Elle n’est donc pas une agouna au sens classique du terme, c’est-à-dire que le mari ne refuse pas de lui accorder le guet (divorce), l’assignation en divorce, mais…

C’est une agouna de l’État !

Du tribunal rabbinique.

De l’État. C’est ce que tout le monde oublie. Le tribunal rabbinique est un bras de l’État. C’est donc l’État qui la maintient en captivité conjugale. Mais ce pouvoir – et il peut se manifester quoi qu’il arrive – vous est donné par l’État. Vous êtes assis dans votre bureau et vous faites ce que vous faites toujours. Tout à coup, un acteur religieux de l’État décidera qu’il peut faire ce qu’il veut.

C’est vraiment ce qui me fait peur en ce moment. Avant, j’avais cette crainte imminente, maintenant j’ai ce sentiment de peur, d’impuissance et de désarroi. En d’autres termes, j’ai l’impression d’être dans une dystopie où les mots ne veulent pas dire ce qu’ils veulent dire. Comme « démocratie ». Les deux camps utilisent le terme de démocratie pour faire avancer leurs causes, mais ils n’articulent pas vraiment ce qu’est la démocratie. Et je me sens impuissante. J’ai l’impression que le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour supprimer les contrôles et les contrepoids, et cela prend différentes formes, ce qui lui permet de faire ce qu’il veut.

Des Israéliens protestant contre la refonte judiciaire mise en œuvre par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, en Israël, le 29 juillet 2023. (Crédit : Tsafrir Abayov/AP Photo)

Et si ce gouvernement est un gouvernement religieux théocratique qui décide qu’une cliente ne peut pas divorcer même si son mari est d’accord, si vous voulez simplement jeter quelqu’un hors du bus parce qu’il ne porte pas les « bons » vêtements, ou si vous ne pouvez pas permettre à une conférencière d’enseigner à des hommes parce qu’elle se trouve être une femme… Toutes ces choses se produisent et rien ne les arrête. Tous ces droits de l’Homme sont bafoués. Tous ces actes sont justifiés sans qu’aucun garde-fou ne vienne nous protéger.

Parce que le garde-fou, jusqu’à présent, a été la Cour de justice, la Haute Cour ?

Il existe différents types de gardiens, et ils tentent de réduire tous leurs pouvoirs. Il s’agit certainement de la Cour suprême, de la Haute Cour de justice, et ils essaient donc de réduire leur pouvoir. Ils essaient de changer les lois, même celles qui ont des lacunes, ils essaient de les changer. Toutes les lois, maintenant qu’elles ne peuvent plus être soumises à l’examen du critère juridique du « caractère raisonnable », pourront conduire à des choses déraisonnables, n’est-ce pas ?

Si notre Premier ministre a conclu un accord lui permettant de se présenter, à condition qu’il accepte de ne pas s’impliquer dans les questions de refonte judiciaire, et qu’il adopte ensuite une loi l’autorisant à le faire – la loi dite de « récusation » – tout peut être analysé. En d’autres termes, tout peut s’analyser par le fait qu’ils suppriment les freins du gouvernement. Le gouvernement peut faire tout ce qu’il veut, et je ne sais pas où cela s’arrêtera.

Parlons donc du film Barbie.

Je comptais aller voir le film Barbie, mais j’y suis effectivement allée parce que vous m’y avez encouragée. Et ce qui me revient à l’esprit, c’est l’actrice Kate McKinnon. Elle a une réplique qui m’a marquée.

Kate McKinnon dit : « Jusqu’à présent, vous pouvez être soit bizarre » – comme [le rôle] que Kate McKinnon [joue], c’est-à-dire comme moi, on est d’accord ? Être bizarre ou subir un lavage de cerveau. Comme le lavage de cerveau pour vous faire croire que vous ne pouvez être qu’une épouse Stepford, Barbie.

Ryan Gosling, à gauche, et Margot Robbie dans une scène de « Barbie ». (Crédit : Warner Bros. Pictures via AP)

Et puis à la fin, les femmes, les Barbies, ont un pouvoir et elles vont s’asseoir sur le tribunal et décident si elles veulent être mères ou si elles veulent être astronautes.

Je pense donc que si vous regardez le mouvement féministe, vous verrez que c’est Catharine MacKinnon qui est à l’origine de ce mouvement. C’était Catharine MacKinnon, ironiquement le même nom, n’est-ce pas ? Kate McKinnon et Catharine MacKinnon. L’une des choses les plus importantes a donc été la prise de conscience. Et je pense que ce que l’on voit aujourd’hui, et c’est une note optimiste, c’est la prise de conscience d’une grande partie de la population israélienne.

Ils ne manifestent pas par centaines de milliers pendant des semaines, parce qu’ils ne sont pas conscients de ce qui se passe ici. Ils ne sont pas conscients d’une grande partie des choses que j’essaie, je l’espère, de vous expliquer, à savoir que les femmes ne sont pas des servantes. Elles sont des agents. Elles peuvent décider, elles peuvent comprendre, elles peuvent critiquer, elles peuvent utiliser leurs ruses de manière sophistiquée et elles ne sont pas seulement des accessoires pour Ken. Bien que dans le film, il semble que Ken ait été un accessoire pour Barbie … mais nous n’allons pas nous étendre là-dessus.

N’en parlons pas. J’ai trouvé que c’était le récit le plus intéressant du film, que Ken devait trouver son propre pouvoir, et quand il – spoiler – fait l’expérience du patriarcat qui est la réalité, il s’épanouit tout à coup et se trouve lui-même. Le simple fait d’avoir ce fil narratif dans le film Barbie m’a semblé très intéressant.

C’était puissant. Je pense que cela fait également partie de la prise de conscience. N’est-ce pas ? L’idée est de dénoncer le fait que ce n’est pas normal que seuls les hommes soient dans la salle du conseil d’administration, et ce, même si c’est une femme qui a créé Barbie.

La créatrice de la poupée Barbie, Ruth Handler, à gauche, avec Kristi Cooke, une actrice déguisée en poupée Barbie, lors d’un événement organisé pour le 35e anniversaire de Barbie au siège des magasins FAO Schwarz, à New York, le 9 mars 1994. (Crédit : Robert Clark/AP Photo)

Une femme juive.

C’est une femme juive qui a créé Barbie, une femme juive qui ne ressemblait pas à Barbie, mais c’était tous ces hommes dans la salle de conférence qui contrôlaient tout, et Ken aimait ça, n’est-ce pas ? Ken aimait avoir le contrôle. Et nos Ken aiment contrôler les tribunaux rabbiniques et le gouvernement.

Et nous ne sommes pas bizarres parce que nous disons cela. Nous ne sommes pas des féministes bizarres qui parlons de sexualisation et de patriarcat. Parce que le patriarcat est réel, et la sexualisation est réelle. Et je pense que plus nous pourrons affronter cela et le voir, plus nous progresserons. Et je pense que la moitié de la population s’en rend compte.

Je ne suis donc plus bizarre. Je fais simplement partie des centaines de milliers de personnes qui regardent les choses différemment aujourd’hui et qui disent que le normal n’est plus acceptable.

Susan, merci beaucoup.

Merci de m’avoir invitée.

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