Des familles d’otages exigent que Netanyahu « se repente » avant les fêtes
Lors des manifestations réclamant un accord immédiat, le Premier ministre est accusé de mettre en danger les otages avec l'offensive à Gaza-City ; Donald Trump exhorté à intervenir
À l’approche des fêtes du Nouvel an juif, des proches d’otages ont appelé, samedi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à « expier » son échec à ramener leurs proches de Gaza. Des dizaines de milliers d’Israéliens se sont rassemblés à travers le pays pour réclamer la libération des otages et dénoncer la poursuite des combats contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza.
Les fêtes du Nouvel an juif commencent lundi soir avec Rosh Hashana, suivi de Yom Kippour, le 2 octobre.
Sur la Place des Otages, à Tel Aviv, Hannah Cohen, tante d’Inbar Haïman, la dernière femme encore retenue en captivité, s’est adressée au Premier ministre, provoquant des huées à la mention de son nom.
« Benjamin Netanyahu, dans quel monde 48 otages, citoyens, vivants ou morts, sont-ils enlevés et ne rentrent pas à la maison en près de deux ans ? », a-t-elle demandé, exigeant que le Premier ministre rencontre les familles et leur fournisse des informations sur l’état de leurs proches.
« Y a-t-il une quelconque réparation pour cela ? Non ! »
Alon Nimrodi, père du soldat otage Tamir Nimrodi, s’est adressé au Premier ministre en utilisant son surnom, ce qui a également suscité des huées : « Bibi Netanyahu, il est temps que vous vous dotiez d’un cœur [et] que vous accordiez un peu d’importance à la vie humaine.
« Les fêtes approchent… encore des fêtes que je ne peux pas célébrer, que je ne peux pas marquer, dont je ne peux pas profiter à table avec ma famille sans savoir ce qu’il advient de mon fils », a-t-il déclaré.
« Bibi, en ce début d’année – une nouvelle année juive –, montrez-nous ce que sont les valeurs juives. Ramenez-nous nos fils et nos filles », a-t-il ajouté.
« Pas avec des combats dangereux et inutiles, mais avec un accord immédiat et global. Nous nous occuperons du reste plus tard. »
« Yom Kippour approche », a-t-il déclaré à l’intention de Netanyahu. « Expiez vos péchés [et] ceux de votre gouvernement militant et irresponsable. »
Nimrodi, dont le fils est l’un des deux otages pour lesquels les responsables israéliens ont exprimé leur profonde inquiétude, a ajouté que de nombreuses personnes, y compris les familles des otages, ne mentionnent souvent que 20 otages vivants sur les 48 restants.
« Il y a encore 22 otages considérés comme vivants – 22 », a-t-il déclaré.
« C’est ce qui figure dans la liste qui a été remise aux médiateurs. Je l’ai vu de mes propres yeux. »
Conformément à la tradition établie ces dernières semaines, le rassemblement sur la Place des Otages a également été marqué par le discours d’un réserviste appelant à la fin de la guerre. Le soldat, Shahar Varon, a exhorté le gouvernement à tirer parti des « réalisations impressionnantes » de Tsahal pour parvenir à un accord de trêve et à la libération des otages. À l’instar d’autres réservistes qui se sont exprimés sur cette place, il s’est abstenu d’appeler les soldats à refuser de participer à l’opération visant à prendre le contrôle de Gaza-City.
Yotam Cohen, frère du soldat otage Nimrod Cohen, s’est également exprimé sur la Place des Otages. Il a accusé le gouvernement d’avoir condamné à mort les soldats et les otages restants en ordonnant la prise militaire de Gaza-City.
Il a également critiqué la déclaration faite cette semaine par Netanyahu selon laquelle Israël devrait développer une économie autarcique en réponse à la pression internationale croissante, alors que les infrastructures du Hamas à Gaza-City sont bombardées intensivement depuis plusieurs semaines.
« Le gouvernement israélien a choisi la mort pour la énième fois », a déclaré Cohen.
« Il a également choisi la pauvreté, l’isolement international, les boycotts et la destruction des relations internationales d’Israël. »
« Netanyahu a décidé de prononcer une sentence de mort », a poursuivi Cohen. Il a ajouté que les responsables de la sécurité israéliens, qui avaient vivement déconseillé l’opération à Gaza-City et appelé à un accord, ne sont pas dégagés de toute responsabilité quant au sort des otages et des soldats qui pourraient être encore davantage mis en danger par l’offensive.
« Vous ne pourrez pas dire à la fin que vous ne faisiez que suivre les ordres », a poursuivi Cohen.
« Le jour viendra où les responsables devront payer. »
Pour Cohen, les otages auraient pu être libérés depuis longtemps dans le cadre d’un accord.
« Dès qu’Israël décidera de conclure un accord, un accord sera conclu », a-t-il déclaré.
« D’ici là, ils continueront à souffrir. »
Cohen s’est ensuite adressé au président américain Donald Trump en anglais, « car personne n’écoute » en Israël. Il a déclaré que les familles avaient été remplies d’espoir lorsque Trump avait pris ses fonctions en janvier.
Les manifestants ont déployé une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : « Président Trump, mettez fin à la guerre, sauvez-les. »
« Plus de six mois se sont écoulés. Et maintenant ? Vous vous êtes lassé ? », a-t-il demandé.
« Netanyahu détruit votre héritage, minimise vos réalisations », a déclaré Cohen, appelant Trump à « rester dans les mémoires comme le seul président qui ne s’est pas laissé berner ni manipuler par Benjamin Netanyahu ».
Pas même en enfer
Le rassemblement de Tel Aviv s’est terminé par une retransmission en direct d’une autre manifestation organisée par des familles d’otages devant la résidence de Netanyahu, à Jérusalem. Les participants des deux rassemblements ont alors chanté l’Hatikva, l’hymne national israélien.
Depuis Jérusalem, Einav Zangauker, la mère de l’otage Matan Zangauker, a déclaré « qu’il n’y avait pas d’endroit assez chaud en enfer » pour le Premier ministre.
Le Forum des familles des otages et disparus a installé mardi soir un campement devant la résidence de Netanyahu à Jérusalem après avoir déclaré « l’état d’urgence » suite à la nouvelle offensive de Tsahal dans Gaza-City.
Des proches d’otages ont exprimé, avec une urgence croissante, leur crainte que l’opération visant à prendre le contrôle de Gaza-City ne mette en danger leurs proches. Des terroristes du Hamas ont affirmé que le groupe palestinien détenait des otages dans différents quartiers de la ville.
S’adressant aux milliers de manifestants rassemblés dans la capitale pour réclamer un accord de cessez-le-feu et de libération des otages, Zangauker a raconté les derniers jours passés devant la résidence privée du Premier ministre.
Elle a expliqué qu’elle avait « crié cette semaine dans la rue Azza pour réclamer un accord global et la fin de la guerre, mais que Netanyahu avait fermé les fenêtres de sa maison ».
« Alors que j’entendais – et ressentais – les explosions [des frappes] sur mon Matan cette semaine, [Bezalel] Smotrich et [Itamar] Ben Gvir fantasmaient sur la construction de villes et de biens immobiliers à Gaza ! », a-t-elle déclaré, faisant référence aux deux ministres d’extrême droite du gouvernement.
« Mon fils… est devenu une victime du gouvernement Netanyahu ; celui-ci le sacrifie pour rester au pouvoir. »
Les manifestants se sont rassemblés devant la résidence officielle du Premier ministre, Place de Paris, brandissant une immense banderole visible depuis les airs, adressée à Trump, sur laquelle on pouvait lire : « Président Trump, soyez notre sauveur ! », accompagnée d’un ruban jaune.
Anat Angrest, mère du soldat otage Matan Angrest, s’est également adressée à la foule à Jérusalem.
« Mon fils Matan a été abandonné sous la surveillance de Bibi, mon fils Matan s’est battu et a été gravement blessé sous la surveillance de Bibi. Mon fils a été contraint de survivre à près de deux ans de torture, affamé dans l’obscurité, parce que Bibi sabote toutes les chances de le sauver. »
« En ce moment même, mon fils est bombardé à mort sur ordre de Bibi. Montrons-lui que nous n’abandonnons pas nos soldats blessés sur le terrain », a-t-elle poursuivi.
L’ancien otage Iaïr Horn, dont le frère Eitan est toujours retenu en otage, a fondu en larmes lors du rassemblement à Jérusalem en évoquant ses amis assassinés.
« J’ai été retenu captif par le Hamas pendant 498 jours. C’est devenu une phrase automatique que je prononce dès que je commence à parler, et cela m’effraie », a-t-il déclaré d’une voix tremblante.
Horn a expliqué qu’il voyait les visages des otages et de ses voisins du kibboutz Nir Oz, assassinés et kidnappés par le Hamas le 7 octobre, chaque fois qu’il marchait dans les rues d’Israël.
« Je ne sais pas comment s’appelle ce symptôme, je n’ai pas vérifié. Je marche simplement dans la rue et j’ai l’impression de reconnaître Aviv Atzili, ou Elad Katzir, ou Chaïm [Peri] », a-t-il poursuivi, en citant les noms des otages assassinés de son kibboutz tout en essuyant ses larmes.
Exprimant son inquiétude quant à l’avenir d’Israël si les otages restants sont laissés pour morts en captivité, Horn a demandé : « Que deviendra notre pays si nous sommes prêts à abandonner nos concitoyens ? »
« Parce que j’ai l’impression qu’il est normal de faire des sacrifices, et c’est ce qui se passe », a-t-il ajouté, avant de décrire les horreurs de la captivité et les frappes aériennes qu’il a vécues alors qu’il était piégé dans les tunnels de l’enclave avec ses geôliers.
« Vous commencez à entendre des bombardements, des explosions, qui deviennent de plus en plus forts jusqu’à ce qu’ils [les geôliers] reçoivent un appel téléphonique, puis vous entendez que vous devez courir. Vous vous précipitez donc dans les tunnels, et vous devez faire confiance au même terroriste qui vous a kidnappé chez vous », a-t-il raconté.
Horn a raconté, qu’un jour, alors qu’il était retenu dans un sous-sol avec plusieurs autres otages, il avait entendu une très forte détonation « à seulement un mètre de lui ».
« Les soldats font leur travail, je les respecte et je les aime. Nous sommes tous humains et je comprends qu’ils veulent nous protéger. Mais un millimètre à droite ou à gauche avec le manche à balai, et cela aurait signifié la mort de huit à dix otages », a-t-il souligné, exhortant le gouvernement à mettre fin aux combats par un cessez-le-feu et un accord de libération des otages, qu’il a qualifié de « seule et unique solution pour ramener tous les otages ».
Une fois les allocutions terminées devant la résidence officielle du Premier ministre, les familles des otages ont conduit les manifestants jusqu’à sa résidence privée, située plus loin dans la rue, où la manifestation s’est poursuivie.
Alors que les manifestants descendaient la rue en direction du domicile de Netanyahu, où la police avait installé des barricades pour contenir la foule, un commandant de police a été filmé en train de traiter la députée Naama Lazimi (Les Démocrates) de « perdante », ce qui a provoqué la colère du chef de son parti.
Après que les policiers ont refusé à Lazimi le passage d’une barricade coupant la route en deux, le commandant Yuval Reuven, qui dirige le commissariat de police de Moriah de la capitale, s’est approché de la députée de gauche et lui a crié à plusieurs reprises : « Vous êtes une perdante », avant de s’éloigner.
Lazimi, qui bénéficie de l’immunité parlementaire en tant que députée à la Knesset, a écrit sur le réseau social X que son immunité était considérée comme « conditionnelle » par la police et « ne s’appliquait qu’aux partisans de Ben Gvir et Netanyahu – pour les opposants au régime, elle n’existait plus ».
מפקד תחנת מוריה לח״כ נעמה לזימי בהפגנה בירושלים: ״את אפס״
ברקע, סירוב של המשטרה לאפשר לה לעבור מעבר למחסום ועימות בין השניים pic.twitter.com/reKFo3qxCt
— Bar Peleg (@bar_peleg) September 20, 2025
Dans un autre message, elle a visé le commandant de police en ajoutant qu’un « perdant est quelqu’un qui s’est détaché de son devoir de servir son pays et qui a choisi de servir un despote et un kahaniste ».
Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, a demandé au Département des enquêtes internes de la police (DIPI) d’enquêter sur cet incident.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 48 otages, dont 47 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 26 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont exprimé de vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
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