Les États-Unis ont un « plan global » pour l’après-guerre à Gaza ? Espérons qu’il soit solide
D’immenses contradictions devront être surmontées pour libérer tous les otages, désarmer le Hamas et reconstruire Gaza ; seul Trump a l’influence pour le tenter
Le président américain Donald Trump a tenu mercredi une réunion majeure à la Maison Blanche pour discuter du « plan global » que son administration prépare pour l’après-guerre à Gaza. Annoncés mardi par son envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, le plan et la réunion ont surpris, car rien n’indiquait jusque-là que les États-Unis élaboraient une stratégie détaillée pour la phase post-conflit ; ils pourraient toutefois s’avérer être à la fois cruciaux et opportuns.
Jusqu’à récemment, les efforts conjoints d’Israël, des États-Unis, de l’Égypte et du Qatar visaient un nouvel accord progressif avec le groupe terroriste palestinien du Hamas. L’accord en question prévoyait la libération d’environ la moitié des 20 otages encore en vie en échange d’un grand nombre de prisonniers sécuritaires palestiniens dans le cadre d’une trêve temporaire. Devaient ensuite suivre des négociations sur la libération des otages restants et sur la fin de la guerre. Un tel accord avait été conclu en janvier, mais rompu en mars par Israël, après la première phase d’échanges, Netanyahu refusant alors de poursuivre les discussions sur la fin de la guerre dans ce cadre.
Fin mai, Witkoff avait soumis au Hamas une nouvelle proposition échelonnée, largement approuvée par Israël. Elle avait toutefois été refusée par le Hamas qui y avait ajouté de nouvelles conditions. Witkoff avait également accusé le Hamas, le mois dernier, d’avoir « ralenti le processus ». Lorsque le Hamas avait finalement fait savoir, le 18 août, qu’il acceptait les conditions de Witkoff, Netanyahu avait déjà lancé les préparatifs d’une vaste opération militaire à Gaza, débutant par la conquête de Gaza-City. Il a alors écarté tout accord par étapes, pour exiger un accord « global » qui inclut la libération immédiate de tous les otages et la fin de la guerre selon cinq principes fondamentaux, dont la capitulation du Hamas, la démilitarisation de Gaza et la mise en place d’un gouvernement local dirigé par des « forces arabes » sans lien avec le Hamas ni avec l’Autorité palestinienne (AP).
C’est précisément là que réside l’écueil : le Hamas, groupe terroriste dont l’objectif premier est la destruction d’Israël au prix de la vie même de ceux qu’il prétend représenter, n’acceptera jamais de négocier de tels objectifs et ne collaborera pas volontairement à sa propre disparition.
C’est pourquoi l’annonce selon laquelle l’administration Trump aurait élaboré un « plan global » pour l’après-guerre à Gaza intervient à point nommé et qu’elle pourrait s’avérer être encourageante.
Netanyahu affirme qu’il ne mettra pas fin à la guerre tant que tous les otages n’auront pas été libérés et que le Hamas n’aura pas été anéanti. Mais le Hamas ne libérera pas tous les otages tant que sa propre survie ne sera pas garantie. Quant aux acteurs régionaux ayant normalisé leurs relations avec Israël, ils n’accepteront de jouer un rôle clé dans la stabilisation et la reconstruction de Gaza qu’à condition de superviser une gouvernance palestinienne civile, légitime et indépendante du Hamas. Netanyahu, toutefois, demeure catégorique et rejette toute participation de l’AP à cette gouvernance.
Ce sont là des contradictions considérables. Et seuls les États-Unis disposent du poids et de l’influence nécessaires pour tenter de les surmonter.
Netanyahu soutient mordicus que Tsahal envahira Gaza-City et la conquerra rapidement, afin de détruire ce qu’il présente comme le dernier bastion majeur du Hamas et de mettre fin à la guerre. Selon lui, seules la libération de tous les otages et la capitulation du Hamas pourraient empêcher cette invasion.
Sous la pression de Trump pour mettre fin au conflit au plus vite, Netanyahu espère peut-être arracher à Gaza-City une forme de « victoire totale », comme il l’a promis. Ensuite, si Washington parvient à négocier un accord, il pourrait préparer le terrain au transfert de la gouvernance à ces fameuses « forces arabes » encore non spécifiées.
Mais envoyer Tsahal à l’assaut de Gaza-City comporte un risque immense. Les familles de la plupart des otages redoutent que l’opération n’équivaille à une condamnation à mort : elles craignent que les soldats n’entrent par erreur dans les zones de détention, sachant que le Hamas a ordonné à ses geôliers d’exécuter les captifs si l’armée approche. En outre, bien que considérablement affaibli, il ne fait aucun doute que le Hamas a préparé l’accueil le plus meurtrier possible pour Tsahal.
L’issue dépendra largement de la capacité de Tsahal à faire évacuer les civils de Gaza-City, comme elle l’avait fait à Rafah l’an dernier, ou de celle du Hamas à contraindre ces habitants à rester sur place pour servir de boucliers humains.
L’incident, encore sous enquête, des tirs de chars sur l’hôpital Nasser, où la mort de journalistes et de secouristes dans un établissement contrôlé par le Hamas a porté un nouveau coup à la légitimité internationale d’Israël, n’est qu’un avant-goût du cauchemar militaire et diplomatique qui attend Tsahal si elle entre dans Gaza-City, toujours densément peuplée.
Netanyahu a déjà rejeté plusieurs accords qui auraient pu mettre fin à la guerre, estimant qu’un cessez-le-feu permanent priverait Israël de la possibilité de reprendre les combats lorsque le Hamas, inévitablement, le violerait.
Or, paradoxe cruel, plus l’opinion internationale s’indigne du coût humain de la guerre pour les Gazaouis, moins Israël dispose du soutien dont il aurait besoin pour poursuivre la lutte contre le groupe terroriste responsable du pogrom meurtrier du 7 octobre – et a fortiori pour reprendre les combats après un cessez-le-feu si le Hamas renaissait.
De même, tandis que Netanyahu se vante d’avoir résisté à la pression internationale pour la création d’un État palestinien, celle-ci bénéficie aujourd’hui d’un soutien plus large que jamais, en partie galvanisé après qu’Israël a injustement bloqué l’aide humanitaire à Gaza pendant 11 semaines, entre mars et mai. Des alliés présumés comme le Royaume-Uni et la France se préparent même à reconnaître unilatéralement la Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) le mois prochain.
Seule l’administration Trump, dans une Amérique où l’opinion publique se montre de plus en plus distante vis-à-vis d’Israël et dont la base électorale s’éloigne progressivement, pourrait encore offrir à Netanyahu une bouée face à la tempête diplomatique qui s’annonce.
Mais rien ne garantit que Washington soit disposé, capable ou réellement déterminé à le faire. Pour l’heure, on ignore ce que Steve Witkoff entend exactement par le « plan global » actuellement discuté au sein de l’administration.
Ron Dermer, le plus proche confident de Netanyahu, a-t-il coordonné discrètement avec Washington un mécanisme détaillé qui permettrait de libérer tous les otages, de mettre fin à la guerre et de présenter un plan concret pour « l’après-guerre » à Gaza, un plan que Trump dévoilerait lors d’une visite prévue en Israël à la fin du mois prochain, comme l’a avancé mardi soir un reportage non sourcé de N12 TV ?
L’hypothèse a de quoi réchauffer le cœur, mais elle paraît improbable. Et si un tel plan existe, mieux vaudrait qu’il voie le jour bien avant la fin du mois prochain.