Tsahal enquête sur l’hôpital Nasser pour déterminer qui a autorisé les tirs de chars meurtriers
L’armée évoque une caméra du Hamas pour justifier l’attaque, mais la presse rapporte que le commandement du Sud n’avait pas validé les tirs de chars à l’origine des explosions
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L’armée israélienne a fait savoir mardi que les résultats préliminaires de son enquête sur l’attaque meurtrière perpétrée lundi contre l’hôpital Nasser à Khan Younès avaient révélé la présence d’une caméra de surveillance installée par le Hamas dans l’enceinte de l’hôpital et que six des plus de 20 personnes tuées étaient des terroristes, dont l’un avait participé au pogrom du 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.
La presse israélienne a ensuite rapporté que le commandement du Sud de Tsahal n’avait autorisé qu’une frappe au drone contre la caméra du Hamas, sans approuver les tirs de chars qui ont provoqué la mort de plusieurs personnes, dont plusieurs journalistes.
Selon ces informations, des soldats de la brigade Golani auraient identifié la caméra installée par le Hamas, utilisée vraisemblablement pour surveiller les mouvements des troupes israéliennes.
Le commandement du Sud aurait alors donné son accord pour une frappe de drone prenant pour cible l’appareil. Peu après, les soldats auraient repéré ce qui était, à leurs yeux, une lunette de visée et ils l’auraient considéré comme une menace immédiate. Ils auraient alors demandé en urgence l’autorisation d’ouvrir le feu.
Toujours selon la presse israélienne, le commandant de la division aurait approuvé les tirs de chars, mais pas le commandement du Sud. Au total, deux obus auraient été tirés sur le site, suivis de deux autres après l’identification de terroristes armés – avec donc un total de quatre tirs. Les images de la scène montrent des secouristes enveloppés de fumée après une deuxième explosion qui a frappé ceux qui s’étaient précipités pour aider les victimes de la première frappe.
Parmi les personnes tuées – plus de 20 selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, un bilan invérifiable de manière indépendante – figuraient le caméraman de Reuters Hussam al-Masri, la pigiste de l’AP Mariam Dagga et le collaborateur d’Al Jazeera Mohammed Salama. Selon la chaîne N12 qui a cité des sources militaires, dix-huit personnes auraient été tuées au total, dont dix terroristes du Hamas, bien que Tsahal n’en ait confirmé que six jusqu’à présent.
À la suite de ces premières conclusions, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a ordonné l’élargissement de l’enquête afin d’examiner le processus d’approbation de l’attaque, y compris le moment choisi, le type de munitions utilisées et la chaîne de décision sur le terrain.
Un porte-parole militaire a déclaré mardi que les journalistes de Reuters et de l’Associated Press (AP) tués dans l’attaque n’avaient pas été visés par la frappe.
« Nous pouvons confirmer que les journalistes de Reuters et de l’AP n’étaient pas la cible de la frappe », a déclaré le porte-parole militaire, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, à Reuters.
Le Hamas a, pour sa part, nié que les Palestiniens tués dans l’attaque étaient des terroristes. Dans un communiqué, son service de presse a déclaré que l’un des six Palestiniens identifiés comme terroristes par Israël avait été tué à al-Mawasi, à distance de l’hôpital, et qu’un autre avait été tué ailleurs à un autre moment. Le texte n’a pas précisé si les deux hommes étaient des civils ou des membres du groupe terroriste.
Le Hamas a par ailleurs accusé Israël d’avoir « tenté de justifier ce crime en inventant une fausse affirmation selon laquelle un ‘appareil photo’ appartenant à la résistance avait été pris pour cible, une allégation sans fondement, dépourvue de preuves et visant uniquement à échapper à sa responsabilité juridique et morale pour un véritable massacre ».
L’attaque a été condamnée par la communauté internationale. Le Service européen pour l’action extérieure a jugé la frappe « totalement inacceptable » et il a exhorté Israël à protéger les civils et les journalistes en vertu du droit international. « Il y a eu trop de victimes dans ce conflit », a déclaré l’UE.
Le Foreign Press Association a également dénoncé la frappe, affirmant que les obus « ont touché l’escalier extérieur de l’hôpital, un emplacement qui a été fréquemment utilisé par les journalistes pour y poser leurs caméras » et qu’ils « sont tombés sans avertissement ».
Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé ses « profonds regrets » pour cette attaque, la qualifiant « d’accident tragique ».
Tsahal a réaffirmé qu’elle ne visait pas les journalistes et a accusé le Hamas d’exploiter « cyniquement » les infrastructures médicales à des fins militaires.
Les hôpitaux sont devenus à maintes reprises des champs de bataille dans la guerre à Gaza, Israël accusant le Hamas de les utiliser pour abriter des combattants, pour retenir des otages et pour dissimuler des infrastructures militaires.
Selon Tsahal et de nombreux anciens otages, le Hamas a déjà détenu des captifs dans l’hôpital Nasser. L’hôpital Al-Shifa, dans le nord de la bande de Gaza, a également été utilisé par le Hamas pour détenir des otages et comme centre de commandement au début de la guerre, et a été le théâtre de violents affrontements entre les terroristes du Hamas et les troupes israéliennes.
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