Les livres de l’automne du Times of Israël en français
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Les livres de l’automne du Times of Israël en français

Une sélection de quelques-uns des nombreux ouvrages de cet automne qui abordent – de près ou de loin – le monde juif, Israël ou le Moyen-Orient

Journaliste

524 romans : tel est le chiffre de la rentrée littéraire 2019 – ce à quoi il faut rajouter les nombreux essais, ouvrages historiques, livres photo et autres qui ne sont pas inclus dans cette liste.

Outre Yann Moix avec Orléans, qui a défrayé la chronique durant plusieurs semaines, les auteurs Amélie Nothomb, Patrick Modiano, Karine Tuil ou encore Sorj Chalandon, Laurent Binet, Jean-Paul Dubois, récompensé par le prix Goncourt, et Sylvain Tesson, lauréat du Renaudot, ont caracolé en tête des ventes en France.

Alors que les lauréats des principaux prix littéraires d’automne ont été annoncés cette semaine, la rédaction du Times of Israël en français a sélectionné quelques-uns des nombreux ouvrages de cette rentrée (toutes catégories confondues) qui abordent – de près ou de loin – le monde juif, Israël ou le Moyen-Orient, ou qui se distinguent parmi tous les autres.

À suivre prochainement : les livres de cet automne qui abordent plus particulièrement la Shoah, l’Allemagne nazie, la Seconde Guerre mondiale ou l’antisémitisme – et dont plusieurs ont été nominés à des prix littéraires. Parmi eux : Un monstre et un chaos de Hubert Haddad ou encore La Fabrique des salauds de Chris Kraus.

Les Premières ailes d’Israël – Robert Gandt

Fin septembre, une femme, surnommée « Gimel », devenait la première chef d’escadron de l’armée de l’air israélienne. Avant elle et ce pendant plus de 70 ans, des centaines de pilotes de chasse ont façonné l’histoire de la H’eil Ha’Avir, aujourd’hui forte de près de 700 avions et hélicoptères,
34 000 membres et 55 000 réservistes.

Tout commence avant même la naissance de l’État d’Israël. David Ben Gourion, qui n’est pas encore Premier ministre, a conscience qu’une fois créé, le pays fera face à une menace venant de toutes parts – ce qui se confirmera le 15 mai 1948, avec le début de la guerre israélo-arabe.

Prévoyants et plein d’audace, Ben Gourion et ses comparses avaient prévu le coup : dès fin 1947, en prévision de la déclaration d’indépendance et de la réaction arabe, ils commençaient à acheter clandestinement – en raison d’un embargo très strict – des armes et des avions et recrutaient des vétérans étrangers de la Seconde Guerre mondiale (Juifs comme non-Juifs). Ainsi naîtra la Sherout Ha Avir, la branche aérienne de la Haganah.

Le 29 mai 1948, quatre Avia S-199 ou Messerschmitt de piètre qualité, des coucous tchécoslovaques remontés à partir de pièces et de plans de la Luftwaffe nazie et repeints d’une étoile de David, prennent par surprise les troupes égyptiennes, sur le point d’envahir Tel Aviv. Bilan de l’opération pour le 101e escadron israélien : perte de deux appareils – la moitié de la flotte – et mort d’un pilote – le quart des effectifs. Le lendemain, un troisième appareil sera perdu lors d’une nouvelle opération au nord. Après s’être posé en parachute, Milt Rubenfeld, le pilote, blessé, est confronté à une foule hostile de paysans juifs armés de fourches qui le pensent Arabe. Il réussira à s’en sortir vivant, en leur criant les seuls mots « juifs » qu’il connaisse : « Gefilte Fish ! Shabbes ! »

Si ces deux opérations peuvent paraitre désastreuses, d’autant plus que les dégâts infligés à l’ennemi sont minimes, elles ont eu d’incroyables conséquences : le commandement arabe est horrifié face à l’apparition de ces chasseurs étoilés et le cours de la guerre en sera bouleversé. Quelques jours plus tard, dans d’épiques et périlleux combats aériens dans le ciel de Tel Aviv, Modi Alon et Gideon Lichtman abattraient les premiers avions ennemis, venus d’Egypte : des bombardiers Dakota et des Spitfire !

Le livre, qui débute par le récit de la folle chasse aux armes menée par la Haganah, se poursuit par les évènements militaires phares de l’année 1948. Haletant, l’ouvrage de Robert Gandt, aviateur américain, répond à une question simple, complètement démente, et pourtant bien réelle : comment faire pour, avec un maximum de problèmes et le minimum de moyens, fonder une armée de l’air redoutable ? Un récit militaire rocambolesque qui illustre l’incroyable mise en place du projet sioniste.

23 euros, publié aux éditions Nimrod

SUMO – Helmut Newton

L’histoire de Helmut Newton commence et se termine tragiquement. Photographe allemand de mode, de portrait et de nu, l’un des plus influents de tous les temps, ses travaux se démarquent par leur côté subversif et érotique, leur composition éloignée des codes du genre et leur vif éclairage. Surtout, son œuvre marque par sa semblable simplicité – « Je n’ai jamais compris comment il arrivait à de tels résultats avec trois fois rien », explique son ami José Alvarez, éditeur.

Helmut Neustädter – de son vrai nom – a grandi dans une famille juive de la haute bourgeoisie de Berlin. Alors jeune photographe, les législations nazies et le bref internement de son père dans un camp de concentration contraignent la famille à fuir l’Allemagne alors qu’il est âgé de 18 ans. Les prochaines décennies le mèneront à Singapour, en Australie, à Londres, Paris, Monaco et Los Angeles, travaillant avec les plus grands magazines de mode et érigeant toujours un peu plus sa légende. Il est décédé dans un accident de la route en 2004, à Los Angeles, à l’âge de 83 ans.

La maison d’édition Taschen rend hommage à l’artiste en publiant à nouveau son ouvrage SUMO, 20 ans après sa sortie initiale. Livre-monument aux dimensions exceptionnelles, l’édition originale pesait 35,4 kilos. Publié à 10 000 exemplaires signés et numérotés, SUMO connut aussitôt un grand succès. L’exemplaire numéro 1 de l’ouvrage, signé par plus de 100 célébrités en photo dans le livre, a même battu le record du livre le plus cher du XXe siècle – il a été vendu pour près de 317 000 euros en 2000.

Si sa taille est plus modeste et accessible, l’édition d’aujourd’hui, splendide (marque de fabrique de Taschen), est (presque) aussi spectaculaire que l’originale. Elle réunit l’ensemble des 464 images d’origine, et notamment celles de Catherine Deneuve, Nicolas Cage, Salvador Dali, Andy Warhol, Mickey Rourke ou encore – et plus étrangement – Jean-Marie Le Pen et ses dobermans. L’un des livres les plus mythiques de l’histoire de la photographie, dans lequel tous les mannequins et célébrités de la seconde moitié du XXe siècle auraient rêvé figurer.

100 euros, publié aux éditions Taschen

Les Patriotes – Sana Krasikov

De l’ancienne République soviétique de Géorgie aux États-Unis : telle a été la trajectoire de vie de l’écrivaine Sana Krasikov. Dans son livre, son héroïne, Florence Fein, effectue le chemin inverse, alors que l’Amérique est frappée par la Grande Dépression. À 24 ans, elle quitte alors Brooklyn pour l’Oural. Hélas, la toute jeune URSS ne trouve pas grâce à ses yeux, elle qui croyait en ses promesses de prospérité, d’indépendance et d’égalité. Son fils, qui émigrera aux États-Unis, retournera par la suite en Russie sur les traces de sa mère.

Le roman explore ainsi la relation compliquée entre l’URSS et l’Amérique via trois générations d’une même famille juive, qui ne cessent d’aller et venir entre ces deux continents que tout oppose.

Le livre, qui a demandé neuf ans d’écriture, est une belle fresque américano-soviétique sur la famille et le déracinement. Si certains chapitres peuvent paraître longs et la narration compliquée, voyageant sans cesse entre les lieux et les époques, il pose avec réussite et de façon réaliste la question de l’identité dans une existence partagée entre différentes cultures. Le récit interroge également la force de la dictature stalinienne et de la répression sur l’individu, plongeant le lecteur dans l’enfer du totalitarisme.

23,9 €, publié aux éditions Albin Michel

Mauvais juif – Piotr Smolar

Piotr Smolar, correspondant du journal Le Monde en Israël et dans les Territoires palestiniens, rentre en France. L’annonce, révélée durant l’été, en a ravi plus d’un. Très souvent accusé de parti pris contre Israël – et insulté et menacé pour la même raison –, il a publié en guise d’adieux une tribune virulente dans son journal, jugée par certains comme « méprisante et teintée de stéréotypes et de préjugés ». Son livre, Mauvais juif, sorti dans la foulée, peut être perçu comme la version étendue de cette tribune, avec la même vision personnelle et subjective.

Smolar y raconte avec efficacité et anecdotes son quotidien de reporter dans la région, qu’il aura appris à découvrir durant ces cinq dernières années. Il retrace également son parcours et ceux de son père, politologue franco-polonais, et de son grand-père, responsable communiste et héros de la résistance dans le ghetto de Minsk. Il s’interroge sur l’identité juive, sur son identité en particulier et son histoire personnelle, mais aussi sur l’État d’Israël, sa nature, son destin, ses divisions et ses failles – surtout ses failles –, et notamment son « durcissement identitaire » et son « raidissement » en terme de démocratie.

Pour Smolar, qui lui s’interroge, qui lui ose se questionner, Israël et sa population sont désormais incapables d’en faire de même, car obnubilés par un « prisme sécuritaire [qui] recouvre tout » et qui « permet de penser exclusivement en termes de menaces et d’ennemis » – ce qui contreviendrait là aux valeurs mêmes du judaïsme, qui se veut ouvert et source perpétuelle d’interrogation et de remise en question.

Son analyse – excessive, cinglante et engagée – le pousse à voir les Gazaouis comme des gens aujourd’hui « soumis à la condition de rats » dans un « chaudron malodorant » et Netanyahu comme un leader qui a une certaine « aversion pour tout risque dans la recherche de paix ». L’ouvrage, qui fait en partie fi du contexte historique et géopolitique de la région en abordant peu voire pas du tout certaines questions – notamment celle de l’Iran et du Hezbollah – donne ainsi la vision caricaturale d’un Israël extrémiste, dominateur et oppresseur, maître honni parmi les nations du Moyen-Orient – alors même que ses relations se sont récemment réchauffées avec certains pays arabes.

Si l’auteur avait déjà connu plusieurs polémiques suite à ses articles, une nouvelle a éclaté à la sortie de son livre. Début septembre, Smolar a provoqué l’indignation après avoir affirmé sur Europe 1 que le gouvernement Netanyahu avait empêché aux femmes tout accès au mur Occidental – la confusion, incompréhensible, est également présente dans son livre, laissant à penser qu’il ne s’est jamais rendu sur place, lui qui se définit comme très peu attaché au judaïsme.

Mais, en retraçant les parcours – passionnants – de ses aïeux, Mauvais juif, qui se distingue par sa structure narrative élaborée, alternant entre les époques et les destins des trois héros du livre, est davantage qu’un énième livre qui tente d’expliquer ce qui ne tourne pas rond en Israël. Récit historique et journalistique, réflexion personnelle et analyse politique, il tire sa force en mêlant ces différents thèmes.

Face à cette lecture, on pourrait néanmoins opposer celle de l’excellent Spies of No Country : Secret Lives at the Birth of Israel de Matti Friedman. De façon plus objective et poussée, il s’interroge lui aussi sur Israël, l’Israël moyen-oriental, celui qui « fait partie du continuum du judaïsme dans le monde musulman », et non sur celui des « pionniers ashkénazes laïcs et des survivants de Varsovie » (et de Minsk), comme a, de par sa vision occidentale et son histoire personnelle, trop tendance à le faire Smolar.

18 euros, publié aux éditions des Équateurs

Au Pays des rêves noirs – Félix Macherez

Paru chez le même éditeur : Au Pays des rêves noirs, de Felix Macherez. Un premier roman initiatique dans lequel l’auteur se rend au Mexique, dans la Sierra Madre, pays des légendaires Indiens Tarahumaras, sur les pas du poète français Antonin Artaud. Mais, à mille lieues de ce dont avait été témoin ce dernier en 1936, Felix Macherez, dépité, y découvre une civilisation en voie d’extinction, aujourd’hui menacée et pervertie autant par la modernité que par la violence des cartels.

Dans ce bel ouvrage empli de lyrisme et de mysticisme et finalement autant essai que récit de voyage romanesque, l’auteur aborde des problématiques globales : la place de Dieu dans nos sociétés modernes (et en chacun de nous) et l’effacement des cultures traditionnelles face à la mondialisation. Un sujet qui permet de tirer une parallèle avec les menaces auxquelles font face de nombreuses cultures minoritaires plus proches de nous – et parmi elles, la culture yiddish. Le livre a figuré dans la première sélection du prix Renaudot de l’essai 2019, avec notamment Je suis le carnet de Dora Maar de Brigitte Benkemoun, sorti en mai dernier – prix finalement remporté par Éric Neuhoff pour son pamphlet (Très) cher cinéma français.

20 euros, publié aux éditions des Équateurs

Iran, une histoire de 4 000 ans – Yves Bomati et Houchang Nahavandi

Narrer l’histoire d’un pays tel que l’Iran sur 40 siècles est un projet d’une certaine gageure. Les historiens Yves Bomati, spécialiste de l’histoire des religions, et Houchang Nahavandi, recteur des universités de Shiraz et de Téhéran et ministre du Développement sous la monarchie iranienne, s’y sont attelés avec précision et mérite.

Ainsi, des antiques civilisations du plateau iranien jusqu’à l’actuelle République islamique née de la révolution de 1979, leur livre, divisé en cinq parties, établit une impressionnante fresque de l’histoire de cet État-continent, aussi nommée Perse – à tort, rappellent les auteurs, le terme désignant seulement un « espace historique et constitutif » de l’Iran.

« Des idées aussi novatrices que le zoroastrisme, le rêve d’un empire universel régi par des lois de tolérance, le partage des pouvoirs entre souverain et assemblées, etc., y naquirent en même temps que de grands courants philosophiques et artistiques », écrivent-ils.

Dans un style factuel, les auteurs voyagent ainsi entre civilisations, empires, dynasties, royaumes, mais aussi bien sûr conflits, chocs religieux, révolutions, révoltes et soubresauts. On y croise d’illustres personnages tels Cyrus, Darius, Avicenne, Reza Shah, Alexandre le Grand et de nombreux autres.

L’ouvrage permet de mieux comprendre les enjeux auxquels fait face aujourd’hui l’Iran et sa place et son rôle au Moyen-Orient, et apporte également un éclairage sur les relations actuelles de l’Iran avec les autres nations du monde – et notamment la France, qui a longtemps été un partenaire privilégié.

Livre-référence sur l’incroyable richesse historique plurimillénaire de l’Iran, il rappelle enfin que tout système établi – politique, religieux ou culturel –, aussi puissant soit-il, n’est toujours qu’éphémère.

24 euros, publié aux éditions Perrin

Plus de livres sur… Israël et le Moyen-Orient

Proche d’Israël et ayant tenté de mettre un terme à la question palestinienne dans son pays, le président libanais Bachir Gemayel n’aura même pas eu le temps de prêter serment avant de se faire assassiner.

Le Colonel Jacques Neriah, ancien officier du Renseignement militaire israélien, narre l’histoire de ce personnage controversé dans L’Ascension et la chute de Bachir Gemayel : Les secrets de l’enlisement d’Israël dans le bourbier libanais.

Le responsable militaire s’intéresse ainsi aux liens du dirigeant avec Israël, son allié, et analyse les origines de l’opération israélienne « Paix en
Galilée » au Liban en 1982, longtemps critiquée.

Spécialiste du Moyen-Orient, James Barr sort lui une version poche d’Une ligne dans le sable, ouvrage référence sur l’histoire contemporaine du monde arabe. Le chercheur s’intéresse particulièrement à la rivalité franco-britannique dans la région depuis le démantèlement de l’empire Ottoman et les accords de Sykes-Picot en 1916. Il tente de démontrer par quels moyens « tout a été mis en place pour dynamiter la région », conduisant inévitablement au chaos d’aujourd’hui, et s’intéresse au rôle qu’a pu jouer le projet sioniste entre les deux nations européennes.

Gilbert Sinoue raconte lui de façon romancée l’histoire multi-millénaires de la capitale israélienne trois fois sainte dans Moi Jérusalem, le « roman d’une ville dont la vie est un roman ». Particularité notable : le narrateur du livre est… la ville elle-même ! « Après des siècles de silence, moi, Jérusalem, j’ai décidé de prendre la parole pour raconter mon histoire. La vraie », démarre le prologue.

Dans le roman historique L’Année des pierres, Rachel Corenblit imagine elle l’histoire de dix lycéens français en voyage de découverte en Israël. Bloqués dans un bus attaqué en ce début de première Intifada par des Palestiniens de leur âge qui lancent des pierres, les ados se retrouvent dans un face-à-face percutant, non seulement avec les émeutiers, mais également entre eux et eux-mêmes.

Haya Molcho et Linda Bortoletto proposent elles une découverte d’Israël : la première par un voyage culinaire à travers Tel Aviv, la seconde sur le Shvil, le Sentier national d’Israël.

Plus de livres sur… Le monde juif

Poète hébraïque italien du 18e siècle, Samuel Romanelli est resté largement inconnu dans le monde littéraire francophone. Le récit de son séjour forcé en Afrique du Nord est ainsi traduit pour la première fois en français. Dans Périple en pays arabe : Voyage d’un aventurier juif au Maroc de 1787 à 1790, il part à la rencontre des Juifs de l’Empire chérifien d’il y a plus de deux siècles et décrit leurs particularités, leurs traditions, leur condition particulière, soumis au statut de dhimmis, et leurs relations avec leurs voisins musulmans. Un ouvrage historique sur la communauté juive marocaine d’antan.

Parmi l’un des nombreux points abordés dans ce dernier livre : la musique et les danses. Dans Les Juifs au Maghreb à travers leurs chanteurs et musiciens aux XIXe et XXe siècles, Alain Chaoulli, spécialiste du monde juif, creuse le sujet en démarrant un siècle plus tard. Accompagné d’un CD et d’un DVD, son livre rend hommage aux hymnes emblématiques judéo-maghrébins et maghrébo-andalous.

Dans Juifs et musulmans au Yémen : de l’avènement de l’islam à nos jours, Yosef Yuval Tobi analyse lui aussi la place des Juifs en terre d’islam. Présents au Yémen depuis des siècles, cette communauté a aujourd’hui quasi disparu. Jadis, du IV au VIe siècle, c’est pourtant là que le royaume juif de Himyar s’était établi…

L’An passé à Jérusalem : le destin d’Israël en diaspora, de l’essayiste belge Jacques Aron, est consacré à la condition juive en diaspora et au « rapport des communautés dispersées à la population de leurs États respectifs ». L’auteur s’intéresse particulièrement à la période 1789-1919, qui a vu différentes options politiques se présenter pour la communauté juive, entre volonté d’émancipation et sionisme.

Dans Jésus avant le Christ, Armand Abécassis, spécialiste du judaïsme, propose lui une relecture originale des Évangiles ainsi que de la vie et de l’enseignement de Jésus, « Juif parmi les siens ». Il rappelle ainsi que, comme ses disciples, « il était Juif et est resté Juif de sa naissance à sa
mort », ne mettant jamais les pieds « ailleurs que dans une synagogue pour prier et enseigner ».

Bernard Benyamin et Yohan Perez, auteurs du best-seller Le Code d’Esther, se sont eux plongés dans le secret de la Menorah, symbole du peuple juif, forgée par Moïse, 2 000 ans après sa disparition, dans une enquête entre Paris, le Vatican et Jérusalem.

Dans Le Monothéisme juif et le paradoxe de l’existence, Frank Alvarez-Pereyre et Nicolas Eliacheff reviennent eux sur les fondements du judaïsme. « Comment définir l’essence du monothéisme dans un monde où les religions paraissent désuètes, dangereuses, voire évanouies et
absentes ? Qu’en est-il réellement du judaïsme ? Et que nous dit-il aujourd’hui ? », s’interrogent-ils.

Margot Vanderstraeten a fait elle l’expérience du soutien scolaire dans une famille juive orthodoxe d’Anvers en répondant par hasard à une petite annonce. « Mazel tov !, c’est le récit du choc des cultures, le portrait d’une famille qui peine à concilier coutumes et modernité, mais qui a pourtant su nouer avec l’auteure des rapports privilégiés », annonce la quatrième de couverture.

Plus de… romans

Outre les romans consacrés à la Shoah, à l’Allemagne nazie ou à la Seconde Guerre mondiale, qui feront l’objet d’un prochain article, on retrouve parmi les sorties notables de cette rentrée : Une mère juive ne meurt jamais de Patrice Abbou, qui évoque avec tendresse et émotion le deuil juif dans une famille dont la mère, Louise, vient de s’éteindre. Durant sept jours, les Molina se retrouvent ainsi dans un huis clos riche en péripéties familiales.

Secret de Polichinelle de l’auteur israélien Yonatan Sagiv narre l’histoire d’Oded Héfer, détective privé homosexuel engagé par la famille d’une riche femme d’affaires dont la mort leur semble suspecte. Le roman plonge le lecteur dans la société de Tel Aviv avec humour et folie LGBT.

La comédie David King s’occupe de tout, de l’Américain Joshua Cohen, suit les aventures d’un Juif new-yorkais « républicain et un soupçon mafieux », à la tête d’une entreprise de stockage. Décrit comme un « Soprano à la juive » par le New Yorker, l’ouvrage se réapproprie les codes de l’humour juif.

L’auteur français Morgan Sportès signe lui un roman émouvant, Si je t’oublie, qui lie l’amour et la mort. L’écrivain français remonte le fil de sa longue histoire d’amour avec Aude, qu’il a accompagnée vers son dernier souffle après l’avoir aimée toute sa vie – mais qu’il n’a, trop attaché à sa liberté, épousée que huit jours avant sa mort. Leur relation est également étroitement liée au nazisme : lui est né d’un père juif en Algérie ; elle d’un Français engagé dans les SS. Cette touchante auto-fiction, écrite sous la forme d’un journal, mêle souvenirs et réflexions et fait figure de preuve d’amour ultime à l’âme sœur de l’auteur, une femme « qu’il n’a pas su aimer ».

Claude Kayat a lui imaginé une histoire d’amour dans deux villages du nord d’Israël, l’un bédouin, l’autre juif, plongés dans la guerre du Liban en 1980, dans La Paria.

Sender le bouffon de Karl Emil Franzos, paru en allemand en 1905, est l’un des joyaux de la littérature juive d’Europe orientale. Il raconte l’histoire de Sender Glatteis, jeune orphelin juif qui rêve de jouer les grandes figures du théâtre allemand. Or, apprendre la langue est considéré comme une trahison dans la communauté juive orthodoxe dans laquelle il vit. Un livre sur l’émancipation juive d’un autre siècle, que l’histoire de la Shoah a condamné à ne plus pouvoir être lu de la même façon qu’à l’époque de sa publication.

Pour les plus jeunes : Tsipora et le vengeur de sang de Rachel Hausfater, une histoire entre conte et roman qui se déroule à l’époque du roi Salomon.

Plus de… biographies

Parmi les nombreuses biographies sorties en cette rentrée : celle (dessinée) de René Goscinny, Le Roman des Goscinny, par Catel Muller. À travers le portrait de la fille du bédéiste, Anne Goscinny, écrivaine, l’œuvre revient sur le parcours du père, né en France, d’origine juive polonaise, qui s’est retrouvé à vivre en Argentine, à New York et en Belgique, avant de revenir tardivement en France dont il a inventé l’emblème national – Astérix.

L’universitaire britannique Ann Jefferson, ancienne professeur de français et de littérature française à Oxford, s’est intéressée à l’écrivaine Nathalie Sarraute, figure de proue du Nouveau Roman, qui a traversé les soubresauts du 20e siècle – la Russie tsariste, l’émigration en France, l’occupation… Il s’agit là de la première grande biographie à lui être consacrée.

Une autre biographie consacrée à un écrivain : celle de Pierre Pachet, Le Peuple de mon père, écrite par sa fille Yaël.

Gérard Ejnès, journaliste spécialisé dans le football, revient lui aussi sur son histoire et celle de la relation avec son père et de leur rapport avec la religion dans Comment le dire avec circoncision ?

Simone Schwarz-Bart, accompagné par Yann Plougastel, sort elle Nous n’avons pas vu passer les jours, ouvrage consacré à son histoire avec l’écrivain André Schwarz-Bart. Elle Guadeloupéenne, l’autre Juif, leur relation rassemble les souffrances de leurs deux peuples.

Le reporter de guerre Bernard B. Fall, d’origine juive autrichienne, fait lui aussi l’objet d’une biographie, sous la plume de Hervé Gaymard.

Dans À la première personne, entre autobiographie et essai, Alain Finkielkraut, fils de rescapés d’Auschwitz devenu philosophe, dévoile son parcours, retrace ses luttes et répond à ses détracteurs. Plusieurs lignes sont notamment consacrées à ses parents survivants et à ce qu’ils lui ont transmis.

De la même façon, Claude Cohen-Tannoudji, physicien né dans une femme juive algérienne très modeste, narre son histoire dans Sous le signe de la lumière et revient sur son parcours jusqu’à devenir prix Nobel de physique.

À noter également la sortie d’un ouvrage d’interviews et de conversations avec le chanteur Léonard Cohen.

Une autre légende de l’histoire du XXe siècle, mais dans un tout autre domaine et lui quasiment oublié : Zinovi Pechkoff, héros de la Légion étrangère et ambassadeur de France en Chine et au Japon au destin exceptionnel. Juif d’origine russe, très proche de De Gaulle, il renait sous la plume de Guillemette de Sairigné dans la première grande biographie à lui être consacré.

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