Israël n’a aucune vision, regrette Abraham Foxman
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Les partisans de la marche palestinienne à New York, le 20 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Craig Ruttle)
Les partisans de la marche palestinienne à New York, le 20 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Craig Ruttle)
Interview

Israël n’a aucune vision, regrette Abraham Foxman

La guerre du Hamas a mis en évidence les lignes de fracture, et le temps est compté, prévient l’ancien chef de l’Anti-Defamation League

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Cette interview a été publiée le 27 mai 2021

« Israël, qui se déplace vers la droite, interagit avec une Amérique qui, au mieux, est plus progressiste », déclare Abraham Foxman.

Après un rude conflit de 11 jours avec le Hamas, qui a imposé un Etat terroriste dans la bande de Gaza, et qui déclare publiquement que nous n’avons pas le droit d’exister ; Israël est malmené dans une grande partie du monde pour sa réponse aux salves incessantes et aveugles de roquettes.

Et au milieu de ces critiques, une grande partie de la Diaspora est confrontée à un pic d’attaques antisémites.

Le conflit, au cours duquel Israël s’est avéré incapable d’empêcher le tir des roquettes tout en réussissant à les intercepter grâce au Dôme de fer, a été confronté à un vicieux conflit interne entre ses citoyens juifs et arabes, a vu une escalade des tensions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, et certains ont craint que le Hezbollah ne s’implique également.

Le conflit s’est terminé par un cessez-le-feu informel qui, jusqu’à présent, laisse le Hamas se réarmer, se renforcer davantage, et déclencher la prochaine mini-guerre à sa convenance.

J’ai écrit récemment sur les dangereuses conséquences quant au fait qu’Israël ne se présente plus comme une nation soutenant un Etat palestinien, et ce, même en principe, et avec toutes les réserves qu’il faudrait y souligner. Au contraire, le pays est considéré comme instituant progressivement des politiques qui réduisent la perspective d’une séparation viable avec les Palestiniens.

Il est donc trop simple pour les critiques de présenter Israël comme un obstacle à la paix, et plus difficile pour certains des partisans d’Israël, de le défendre, même dans une guerre contre une force, aussi manifestement mauvaise, que le Hamas.

Des activistes anti-Israël brûlent un drapeau israélien lors d’une manifestation pro-palestinienne devant l’ambassade d’Israël dans le centre de Londres, le 22 mai 2021. (Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP)

Mais pour tenter d’avoir une idée plus claire de l’évolution des attitudes à l’égard d’Israël, en particulier parmi les juifs et les non-juifs des Etats-Unis, notre allié essentiel, je me suis entretenu avec Abraham Foxman ; il a dirigé l’Anti-Defamation League (ADL) pendant des décennies et a passé sa vie à lutter contre le racisme et l’antisémitisme.

Foxman se décrit toujours comme un optimiste, affirmant qu’en tant qu’enfant survivant de la Shoah, il ne pouvait pas se permettre de ne pas l’être.

Mais notre conversation n’a pas été des plus gaies. Ce qui suit est une transcription éditée.

The Times of Israël : Il est clair que notre dernier conflit n’est pas universellement perçu comme le récit d’un Israël souverain se défendant contre un groupe terroriste islamiste, tirant d’interminables salves de roquettes sur nous, depuis un territoire où Israël n’a aucune revendication. Comment devons-nous voir les choses à partir de là ?

Abraham Foxman : Nous n’avons pas bonne mine. Le monde a changé depuis 2014, depuis la dernière fois que nous avons combattu le Hamas et contre les attaques visant Israël.

Le monde a changé politiquement, mais ce que je pense être plus significatif pour nous, c’est que nous avons perdu la vérité. Nous avons perdu le respect des faits.

« Le monde a changé politiquement, mais ce que je pense être plus significatif pour nous, c’est que nous avons perdu la vérité. Nous avons perdu le respect des faits. »

En 2014, il était tellement clair pour tout le monde que, peu importe ce qui s’était passé la veille, le mois précédent, les erreurs que les gens avaient commises, rien de tout cela ne justifiait les bombardements de roquettes sur des civils, non pas en visant des bases de l’armée, mais en visant des civils, et ce, sans discernement. Et le monde est venu à la défense d’Israël parce qu’il avait compris.

Abraham Foxman, ancien dirigeant de l’Anti-Defamation League (ADL). (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ce que je constate maintenant, c’est que les faits et la vérité n’ont pas d’importance. Ce ne sont que des préjugés. Ils sont alimentés dans une large mesure par les médias sociaux.

Mais il y a plus que cela.

Il y a un autre problème à long-terme. Israël se déplace vers la droite, pour des raisons compréhensibles. L’Amérique, son allié le plus important, le plus significatif, se déplace vers la gauche. Nous sommes au lendemain d’une rupture dans la relation, dans la culture entre nos deux pays, qui est très problématique.

L’étreinte d’Israël par (l’ancien président américain) Donald Trump, l’étreinte de Trump par (le Premier ministre) Benjamin Netanyahu, et une politique qui va dans le sens de ce que [l’ancien] ambassadeur [israélien Ron] Dermer, a récemment qualifié, d’étreinte grossière des évangélistes….

A LIRE : Un leader évangéliste américain met en garde contre le départ de Netanyahu

Nous pouvons tous comprendre : Si M. Trump soutient Israël, tant mieux. Mais vous n’avez pas à mettre des photos de lui sur les immeubles. Il ne faut absolument pas le rejeter. Mais le soutien inconditionnel de M. Trump nous a fait mal et ça fait mal maintenant…

Tout cela est maintenant cumulé.

Donc la situation est très, très grave, parce que les alliés d’Israël sont d’abord et avant tout les juifs de la Diaspora, et ensuite, sinon avant tout, les Etats-Unis d’Amérique.

J’ai toujours dit que chaque fois qu’il y a une crise, les juifs s’unissent. Eh bien, c’est comme si les juifs ne percevaient pas cela comme une crise. Ce qui, pour vous et moi, est si limpide, à savoir qu’Israël était attaqué, que son existence était attaquée, n’était, tout à coup, pas clair (pour les autres).

Pendant ce temps, je vois (le président américain Joe) Biden se faire attaquer par des juifs qui prétendent aimer et soutenir Israël. M. Biden n’est pas M. Trump, mais il n’est pas non plus [l’ancien président américain Barack] Obama. En ce moment, nous avons de la chance de l’avoir. Et que vous soyez d’accord ou non, il a soutenu Israël et il continue de le soutenir. Et pourtant, certains juifs font de la politique ici.

En 2014 et à nouveau maintenant, c’est comme si on ne tuait pas assez d’Israéliens. On nous reprochait et on nous reproche presque d’avoir un Dôme de Fer. Mais vous dites que le monde a changé. N’y a-t-il plus aucune préparation, aucune volonté de tolérer des pertes civiles de l’autre côté ? Parce qu’Israël est perçu comme si fort, parce qu’il n’y a pas eu assez d’Israéliens morts, entre guillemets, tous les décès à Gaza sont-ils considérés comme inadmissibles ?

[La Première ministre] Golda Meir a dit, il y a longtemps, que « si j’avais le choix entre un bon éditorial du New York Times et un Israélien mort, ou un mauvais éditorial et un Israélien vivant, je prendrais le mauvais éditorial. C’est notre destin. Entourés d’un million d’Arabes. La plupart d’entre eux n’aiment pas Israël. C’est un prix que nous sommes prêts à payer. »

En 2014, nous avions ces problèmes. Mais l’opposition à Israël n’était pas si médiocre.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de Tsahal Aviv Kohavi dans un centre de commandement de l’armée de l’air israélienne alors que l’armée de l’air israélienne bombarde le réseau de tunnels du Hamas à Gaza pendant la nuit du jeudi au vendredi 13-14 mai 2021 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

Il y a autre chose, et je m’en excuse, mais c’est qu’Israël n’a aucune vision. Israël a besoin d’une vision à partager avec le monde. La survie est importante. C’est déterminant. Mais après ça ? Israël a perdu sa vision, sa mission. La start-up, c’est formidable, la Start-up nation, c’est excitant.

Mais si tout ce que dit Israël, c’est que le pays va passer à l’attaque pour sauver des vies, que peut-on ajouter ensuite ? Parce qu’Israël n’a rien à ajouter ensuite. Il faut trouver quelque chose. Je me fiche de savoir s’il s’agira d’une solution à deux États, d’une solution à trois États, d’une Confédération, peu importe. Mais il n’y a rien à part « il faut que vous compreniez que nous devons nous défendre. »

Ce qui m’inquiète, c’est que nous sommes dorénavant perçus comme étant à l’origine du rejet d’une solution – c’est nous qui l’avons permis. Il est très clair pour moi que l’abandon d’un territoire adjacent, ça peut être dangereux à court-terme et à moyen-terme. Le Hamas nous le prouve. Le Hezbollah nous le prouve. Mais notre positionnement officiel n’est même plus celui d’un soutien de principe à une solution à deux États, aussi problématique soit-elle. Et nous avons pris des mesures qui rendent la mise en place de cette solution plus difficile. Je ne pense pas que cela puisse tout expliquer, mais je pense que cela a écarté de nous certains soutiens.

Oui, cela nourrit ces personnes qui disent qu’Israël ne se soucie guère de la paix… Et cela donne plus de crédibilité à ceux qui n’ont jamais été nos amis. On ne pourra pas les convaincre à droite, on ne pourra pas les convaincre à gauche, parce qu’il ne s’agit pas, les concernant, de faits. Il ne s’agit pas de la vérité. Il s’agit de parti-pris.

Je constate maintenant que certains membres de la communauté juive américaine s’en prennent aux célébrités et aux politiciens anti-israéliens. Je pense que c’est contre-productif. Nous ne faisons que leur donner, ce faisant, une plus grande importance. Nous ne faisons que leur donner plus de crédibilité. Pour ma part, je juge préférable de les ignorer. D’accueillir plutôt ceux qui nous soutiennent, ceux qui sont nos amis.

Il n’y a pas longtemps, nous parlions de l’antisémitisme de droite en Amérique. Et vous parliez de Trump en disant qu’il avait involontairement encouragé l’antisémitisme d’extrême-droite. Sommes-nous maintenant confrontés à une énorme vague d’antisémitisme de gauche ?

Il a toujours été là. Il a toujours été latent des deux côtés. Trump a détruit un certain sens de ce qui était acceptable ou non – cela s’applique à gauche et à droite. Trump a détruit les tabous, et dans les deux camps, on a parfaitement compris ce qui était respecté dans le passé et ce qui ne l’est plus.

J’ai entendu des comparaisons avec la Nuit de Cristal. Ce qu’il se passe, ce n’est pas la Nuit de Cristal – ce sont des pogroms. Des pogroms dans les rues de Los Angeles, New York, Tucson, c’est incroyable.

Des manifestants pro-palestiniens agressent des Juifs dans un restaurant à Los Angeles, le 19 mai 2021. (Capture d’écran : Twitter)

Les choses ont changé en Amérique. Depuis la mort de Leo Frank en 1913, aucun Juif n’avait perdu la vie en Amérique parce qu’il était Juif, à l’exception peut-être de Meir Kahane, bien que cela ait été influencé par la question du Moyen-Orient, etc. En revanche, au cours des deux dernières années, nous avons vu des Juifs se faire tuer parce qu’ils sont Juifs.

D’abord par la droite, à Poway, à Pittsburgh, à Jersey City. Et maintenant, nous assistons à des pogroms, des pogroms menés dans les rues des villes du pays.

Nous n’avons jamais éradiqué l’antisémitisme. Nous étions parvenu à le contenir. Nous avions construit un pare-feu. Nous avons mis en place toutes sortes de choses pour nous assurer qu’il resterait dans les égouts, qu’il n’en sortirait pas. Nous avions les coalitions, nous avions les médias, nous avions la vérité avec nous. Tout cela s’est effondré. Ce qui a un impact sur les extrémistes des deux côtés. Et maintenant, l’extrême-gauche se sent encouragée.

Des choses comme des pétitions écrites contre des membres du conseil d’administration du MOMA qui soutiennent des organisations pro-israéliennes, cela s’était-il déjà produit
auparavant ?

Il y avait eu des boycotts. Mais pas à ce point. C’est pourquoi je pense que les appels au boycott lancés par les Juifs sont contre-productifs. Je viens de voir des appels au boycott ciblant d’autres personnes pour lesquelles certaines des célébrités mises en cause travaillent. Et cela peut nous nuire.

Une lettre a été envoyée au Président cette semaine, par 500 anciens employés de campagne de M. Biden. Lisez ce qu’ils demandent. Il y a une certaine « chutzpah », si vous voulez, dans ce matraquage et dans cette victimisation.

 » C’est très effrayant quand les rabbins doivent décider de condamner ou non le Hamas. « 

Nous devons redynamiser la communauté juive américaine. Nous devons dire aux Juifs américains de déclarer publiquement leur soutien et leur solidarité à l’égard d’Israël. Je ne le vois pas. Je pense qu’ils n’ont pas perçu qu’Israël était en danger, qu’Israël était sérieusement en danger, ce que normalement ils constatent et ce qui les amène à se manifester. Pour moi, c’est vraiment effrayant. C’est très effrayant lorsque des rabbins doivent décider de condamner ou non le Hamas. Nous en entendons parler de tels cas de figure. Nous les lisons dans les journaux.

Je ne pense pas que nous l’ayons pris véritablement au sérieux ici… En quelques jours, nous sommes revenus à des querelles politiques et à une certains routine. Mais nous nous sommes battus, en fin de compte, sur quatre, voire cinq fronts ou plus (Gaza, Jérusalem-Est, la Cisjordanie, des violences domestiques majeures, des manifestations en Jordanie et à la frontière Libanaise, une salve de roquettes en provenance de Syrie et du Liban, un drone iranien… ). Lorsque nous avons pensé que le Hezbollah tirait des roquettes sur Israël, mercredi après-midi dernier, les responsables de la sécurité se sont montrés passablement inquiets. Nous n’avons pas été loin de connaître une crise très, très, très, très grave. Je ne pense pas que cela ait été perçu – pas ici, et certainement pas à l’étranger. Je pense que nous avons été perçus comme affichant une insensibilité quelque peu arrogante pendant tout le conflit.

Israël doit comprendre que le monde l’observe avec des yeux différents.

Au sein de la communauté juive, vous avez une partie très solide qui est farouchement pro-Israël et très critique à l’égard de ceux qui ne le sont pas. Mais vous constatez toutefois une aliénation croissante. Les personnes plutôt centristes sont maintenant plus négatives à propos d’Israël, et les personnes qui étaient négatives le sont maintenant encore davantage ? C’est ça le changement ?

La plupart des gens de gauche qui dénoncent maintenant Israël ont toujours eu un problème avec Israël. Mais ils ont maintenant une plateforme. Ils sentent qu’ils ont une légitimité.

« Il y a en ce moment cette espèce d’atmosphère planante qui dit : ‘Bon, il faut que ça s’arrête’. Quelqu’un vient de me poser la question : Israël : Est-ce qu’Israël est génocidaire ? »

L’Amérique et le monde ont traversé la COVID. Nous n’en connaissons pas encore l’impact. Nous parlons de problèmes sociaux, de familles, etc. Et aussi, aux Etats-Unis, la mort d’Afro-Américains, tués par la police, a soudainement recentré l’attention sur les victimes. Et dans ce cadre, les Palestiniens sont considérés comme des victimes. Ce statut aide à donner une légitimité à leur demande, une demande qui est une quête légitime d’indépendance, de souveraineté, quelle qu’elle soit. Il y a en ce moment cette espèce d’atmosphère planante qui dit : « Bon, il faut que ça s’arrête ». Quelqu’un vient de me poser la question : « Est-ce qu’Israël est
génocidaire ? » Regardez. Quels sont les pays qui nous ont soutenus la semaine dernière ?

Le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas et son homologue israélien Gabi Ashkenazi, au centre, dans un bâtiment frappé par un tir de roquette de Gaza à Petah Tikva, le 20 mai 2021. (Crédit : Gil COHEN-MAGEN / AFP)

L’Autriche, l’Allemagne, la Hongrie. Je dirais bien « merci mon Dieu », mais, bon sang… Wow. Le monde change bien plus vite que nous ne nous y adaptons.

Et c’est pourquoi je reviens sur l’essentiel : Nous avons besoin d’une vision. Nous avons besoin d’une vision pour la paix. Israël et le peuple juif doivent adhérer à une vision au Moyen-Orient. Ce n’est pas le cas – et cela fait dix ans que ça dure.

« J’étais à l’université Bar-Ilan en 2009 lorsque Netanyahu a prononcé son discours sur les deux États. Nous savions combien il serait difficile d’y parvenir. Nous avions conscience des problèmes qui se posaient. Mais c’était encore une vision. C’était toujours une vision positive. Elle disait, voilà ce que nous espérons, voilà ce que nous nous efforçons d’obtenir. Peut-être l’obtiendrons-nous de notre vivant. Peut-être pas. Mais c’était quelque chose. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. »

En d’autres termes, ce qui manque, selon vous, c’est dire : « C’est une situation très difficile. C’est une région très hostile. Mais bien sûr, notre main est tendue et nous voulons réellement la paix. » Mais ce n’est pas seulement une affaire de mots, n’est-ce pas ?

J’étais à l’université Bar-Ilan en 2009 lorsque Netanyahu a prononcé son discours sur les deux États. Nous savions combien il serait difficile d’y parvenir. Nous avions conscience des problèmes qui se posaient. Mais c’était encore une vision. C’était toujours une vision positive. Elle disait, voilà ce que nous espérons, voilà ce que nous nous efforçons d’obtenir. Peut-être l’obtiendrons-nous de notre vivant. Peut-être pas. Mais c’était quelque chose.

Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Il n’y a rien.

En plus, il y a cette aliénation des gens, ces gens que nous souhaiterions qu’ils soient nos alliés, ces esprits soucieux des droits de l’Homme, qui sont attachés aux droits civils. Soudainement, ces gens-là nous tournent le dos. Nous devons être plus intelligents.

Manifestation pro-palestinienne à Manhattan, le 18 mai 2021. (Crédit
: Angela Weiss / AFP)

Une autre chose à laquelle nous sommes confrontés, qui est le côté opposé du Trumpisme : Pourquoi les républicains – ces républicains que nous considérions comme raisonnables, honnêtes – gardent-ils le silence ? Ils ont peur que Donald Trump ne présente des candidats contre eux. Et vous savez quoi ? Ça marche aussi de l’autre côté : beaucoup de partisans d’Israël ont peur, craignant que s’ils s’expriment clairement et à voix haute, la gauche progressiste ne présente des candidats contre eux. Donc nous sommes au milieu. Le soutien de la droite ne nous aide pas car il écarte la gauche de nous. Le soutien de la gauche ne nous aide pas parce qu’il aliène la droite.

Je dirais que ce n’est pas nouveau. Mais nous avons été très créatifs dans le développement du bipartisme. Et nous avons perdu ce contact bipartisan. Nous avons perdu une certaine capacité d’intelligence. Nous nous devons d’être intelligents.

« Prenez l’antisémitisme et le besoin de sécurité au sérieux. Mais ne donnez pas à Hitler une victoire posthume. »

L’une des choses les plus effrayantes, c’est quand j’entends maintenant que des gens vont enlever leur kippa ou ne plus porter l’étoile de David. Wow.

C’est là que nous en sommes ? Nous, qui étions fiers d’Israël, fiers de l’Etat juif, maintenant, tout à coup, nous allons enlever nos kippas ?

Vous n’aviez jamais entendu une chose pareille dans le passé en Amérique ?

Je l’ai entendu après Poway et Pittsburgh. Je ne l’avais jamais entendu auparavant. Je l’ai entendu en Europe et je l’ai constaté en Europe.

On a érigé des murs autour des synagogues. C’était malheureusement l’Histoire de l’Europe, mais ce n’était pas celle de ce pays.

Ce phénomène a commencé il y a deux ans, après Pittsburgh, lorsque nous avons commencé à penser comme les Européens, en se disant qu’il ne fallait pas s’identifier en tant que Juif pour être plus en sécurité.

Des partisans d’Israël affrontent des manifestants pro-palestiniens et la police à Times Square, le 20 mai 2021 à New York. (Crédit : Spencer Platt / Getty Images via AFP)

Oui, il faut prendre la sécurité au sérieux, mais continuez à porter votre kippa fièrement, continuez à porter votre étoile de David fièrement. Les gens avaient l’habitude de porter des T-shirts « shtu (buvez) Coca-Cola ». Je n’en vois plus. Je ne vois plus de t-shirts Tsahal.

De toute évidence, les gens s’inquiètent de leur sécurité en tant que Juifs dans l’espace public en Amérique, comme ils étaient et sont encore inquiets dans certains quartiers de Paris et de Londres. Ce phénomène a maintenant atteint l’Amérique. Les gens sentent qu’ils ont une raison de s’inquiéter.

« Je crains que l’administration démocrate au pouvoir ne soit la dernière à être pro-israélienne. Et qui dit que la prochaine administration républicaine sera nécessairement pro-israélienne ? »

La réponse, à mon sens, n’est pas d’être moins Juif. La réponse pour moi est d’investir dans la sécurité. J’ai fait partie d’une organisation, l’ADL, pendant 50 ans, où nous prônons la sécurité. Nous avons toujours dit : L’antisémitisme est là. Nous n’avons pas de vaccin ou d’antidote. L’éducation existe, mais elle est lente. Nous avons toujours dit que nous ne savons pas quel est le déclencheur de la haine anti-juive et nous ne l’avons pas éliminée. Il faut prendre tout cela au sérieux. Prenez-la au sérieux.

Vivons-nous actuellement un véritable tournant dans la relation américaine avec Israël, dans la relation des Juifs américains avec Israël, dans l’épanouissement des Juifs aux États-Unis, ou ce à quoi nous assistons n’est-il finalement pas appelé à durer dans le temps ?

Je crains que l’administration démocrate au pouvoir ne soit la dernière à être pro-israélienne. C’est pourquoi j’insiste sur la nécessité d’une vision, d’une mission, pour l’avenir d’Israël. La vision d’Israël faisait partie de nos valeurs, valeurs américaines, valeurs juives, valeurs israéliennes. Oui, je crains que ce soit la dernière administration démocrate qui soit pro-israélienne. Et qui dit que la prochaine administration républicaine sera nécessairement pro-israélienne ? Vous et moi sommes assez vieux pour nous souvenir que les républicains n’ont pas toujours été des amis d’Israël. Tout dépend du timing. Tout dépend de l’intérêt. Donc ces deux ou trois prochaines années seront très, très importantes.

Qui suis-je pour dire à Israël ce que doit être le pays ? Mais cette image de pays de droite, en contraste avec une Amérique qui est pour le moins plus progressiste… il faut prendre le temps d’élaborer une stratégie en faisant preuve de sagesse. Je suis toujours optimiste. Il est encore temps.

Le président américain Joe Biden pendant une conférence de presse conjointe avec le président sud-coréen Moon Jae-in à la Maison Blanche, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

Biden aujourd’hui, c’est un miracle parce que Biden est centriste. Nous avons eu de la chance, car quels que soient ses désaccords avec Bibi ou qui que ce soit d’autre, il aime Israël. Il estime Israël. Il comprend Israël. C’est une dernière occasion donnée à Israël de créer l’union, d’abord avec les juifs américains et ensuite avec le gouvernement.

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