Un leader évangéliste américain met en garde contre le départ de Netanyahu
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Un leader évangéliste américain met en garde contre le départ de Netanyahu

Mike Evans affirme que ses 77 millions de fidèles "iront dans l'opposition", qualifiant la coalition naissante "d'antisioniste" qui s'efface devant l'islam radical

Le leader évangélique américain Mike Evans lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 1er juin 2021. (Capture d'écran/YouTube)
Le leader évangélique américain Mike Evans lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 1er juin 2021. (Capture d'écran/YouTube)

Un éminent leader de la communauté chrétienne évangéliste américaine a averti lundi qu’Israël pourrait perdre le soutien de ses 77 millions de fidèles si la Knesset devait confirmer le dit « gouvernement du changement » qui écarterait le Premier ministre Benjamin Netanyahu du pouvoir.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à Jérusalem, Mike Evans, qui dirige le groupe « Jerusalem Prayer Team », a fustigé les membres du gouvernement d’unité qui devra être confirmé lors d’un vote dimanche après-midi. Il a ainsi évoqué « une coalition d’anti-sionistes arabes et de post-sionistes » qui brandiront « le drapeau blanc » et capituleront « devant l’islam radical ». Il a estimé que le prochain vote qui va avoir lieu à la Knesset sera un vote « pour ou contre le sionisme ».

« Bibi Netanyahu est le seul homme au monde qui unisse les évangélistes », a-t-il déclaré.

« Les évangélistes resteront fidèles à Bibi Netanyahu », a-t-il ajouté. « Si Bibi Netanyahu passe dans l’opposition, les évangélistes – mes 77 millions de fidèles – siègeront alors eux aussi dans l’opposition ».

Alors que les journalistes lui demandaient s’il irait à l’encontre du gouvernement d’Israël, il a établi clairement que « nous soutiendrons encore l’État d’Israël mais nous n’aurons pas le même positionnement qu’auparavant, parce que nous n’aurons plus confiance – et que la confiance, c’est tout ».

Le Premier ministre s’exprime lors d’un rassemblement de chrétiens évangélistes à Rio de Janeiro, le 30 décembre 2018. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Evans est entré en campagne, ces derniers jours, pour persuader les Israéliens de ne pas abandonner Netanyahu, présentant son point de vue dans un post virulent qui a été publié dans la plate-forme de blogs du Times of Israël, et dans lequel il affirme que Netanyahu a été choisi par Dieu pour diriger l’État juif.

Son post accuse les leaders du « bloc du changement » anti-Netanyahu de chercher à « crucifier un homme qu’ils haïssent et ils sont prêts à détruire la nation pour parvenir à leurs fins ». Il les qualifie également dans la tribune de « chiens enragés possédés par la soif du pouvoir et de la vengeance ».

Il les compare aussi aux responsables juifs pendant la Shoah et semble attribuer la responsabilité des camps nazis aux Juifs eux-mêmes, écrivant que « les Juifs allemands s’affairaient à s’insulter les uns les autres, enivrés de fierté. Ils n’ont pas vu la fumée d’Auschwitz s’élever parce qu’ils étaient plus Allemands qu’ils n’étaient Juifs ».

Evans a aussi écrit une lettre ouverte au Premier ministre désigné Naftali Bennett, disant que le chef de Yamina était pour lui une « déception répugnante » et ajoutant qu’il avait « ch*ié au visage » de tous les évangélistes américains.

Une formulation pour laquelle il a présenté ses excuses dans la journée de lundi, disant que Bennett « me paraît être, depuis le temps que je le connais, un sioniste fort de convictions qui mérite qu’on parle de lui avec plus de respect ». « Je veux présenter personnellement mes excuses à Naftali Bennett parce que j’ai utilisé des mots durs et un langage grossier », a-t-il continué.

Mais, au cours d’une conférence de presse, il a lancé une nouvelle attaque contre les responsables du bloc du changement, disant qu’ils étaient « aveuglés » par « la haine, la politique politicienne et l’obsession du pouvoir ».

Il a dénigré Bennett, qu’il a surnommé « l’homme aux sept sièges » en référence au petit nombre de sièges remportés par son parti Yamina lors des élections du mois de mars. Il a ajouté que les dirigeants, dans le monde, ne le prendraient pas au sérieux et qu’ils ignoraient jusqu’à son nom.

« Vous avez un Premier ministre qui n’est peut-être pas si aimable mais je vais vous dire une chose : Les négociateurs du pouvoir, dans le monde entier, ont confiance en lui », a dit Evans, qui a reconnu que Netanyahu était imparfait tout en notant que le roi David biblique l’était « dix fois plus ».

Ému à certains moments, Evans a dit avoir pris la décision de s’opposer au nouveau gouvernement parce qu’il était las d’assister aux funérailles de victimes du terrorisme. « Les gouvernements d’unité produisent des veuves et des orphelins parce qu’ils n’ont pas la force de se dresser contre les démons », a-t-il affirmé.

Evans a aussi critiqué Israël pour l’ingratitude présumée du pays à l’égard de tout ce que les évangélistes américains avaient pu faire pour l’État juif, semblant suggérer qu’il estimait que ces derniers avaient leur mot à dire dans la politique israélienne.

« Personne ne nous a demandé quoi que ce soit, même si nous sommes 77 millions de fidèles », a-t-il déclaré, s’attribuant le mérite de la décision prise par l’administration Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël. « Vous n’avez pas obtenu ce résultat grâce à la communauté juive américaine. Vous avez obtenu ce résultat grâce aux évangélistes. Donald Trump ne vous aurait rien donné au cours de ces quatre années si nous n’avions pas été là ».

Illustration : Des Juifs ultra-orthodoxes passent devant un panneau d’affichage souhaitant la bienvenue au président américain Donald Trump avant sa visite, à Jérusalem, le 19 mai 2017. (AP Photo/Oded Balilty)

Evans avait été à l’origine de dizaines d’affiches qui avaient été posées dans tout Jérusalem, au mois de mai 2017, qui avaient exhorté Trump à « rendre sa grandeur à Israël ». L’objectif de cette campagne avait été de rappeler au président américain sa promesse électorale faite aux évangélistes de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem.

Evans a dit qu’il avait rassuré un responsable israélien, à ce moment-là, qui doutait de ce que Trump tiendrait sa promesse : « Détendez-vous, nous avons énormément de pouvoir sur lui, cela va se faire ».

Netanyahu est parvenu, ces dernières années, à changer l’orientation de certains efforts diplomatiques d’Israël aux États-Unis en cessant de compter sur le soutien apporté par la communauté juive américaine – largement libérale et critique d’Israël – pour s’appuyer davantage sur le soutien des évangélistes.

Un positionnement mis en exergue, le mois dernier, lorsque l’ancien ambassadeur israélien à Washington, Ron Dermer, a suggéré qu’Israël devait accorder la priorité au « soutien passionné et sans équivoque » apporté par les chrétiens évangélistes plutôt qu’à celui des Juifs américains qui, a-t-il dit, « figurent parmi nos critiques de manière disproportionnée ».

Photo d’illustration : Des chrétiens évangélistes de différents pays brandissent des drapeaux pour montrer leur soutien à Israël, à Jérusalem. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner, File)

« Les gens doivent comprendre que la moelle épinière du soutien d’Israël aux États-Unis, ce sont les chrétiens évangélistes. C’est vrai parce qu’ils sont nombreux et c’est vrai aussi à cause de leur soutien passionné et sans équivoque pour Israël », avait dit Dermer.

« Environ 25 % des Américains – certains pensent qu’ils seraient plus nombreux encore – sont des chrétiens évangélistes. Moins de deux pour cent des Américains sont Juifs », avait-il continué. « Alors, si on ne regarde que les chiffres, on devrait passer beaucoup plus de temps à sensibiliser les chrétiens évangélistes qu’à sensibiliser les Juifs ».

La page Facebook de l’organisation que dirige Evans, « Jerusalem Prayer Team, » comptait récemment 75 millions d’abonnés. La page a été supprimée sans explication au mois de mars. L’objectif poursuivi par l’organisation est d’encourager les chrétiens du monde entier à « prier pour la paix de Jérusalem » et de les informer des développements survenant dans la politique israélienne, à partir d’un point de vue chrétien.

Selon le site internet, Jérusalem revêt une telle importance parce que « la majorité des prophéties évoquent Jérusalem à la fin des Temps ; la construction du nouveau temple, l’antéchrist, la bataille d’Armageddon et les 144 000 évangélistes. ‘De même le Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut’. »

Mike Evans au musée des Amis de Sion de Jérusalem, le 16 mai 2017. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Evans est également responsable du Centre de l’héritage des amis de Sion, un musée multimédias dans le centre de Jérusalem qui est consacré à l’histoire de l’amitié des non-Juifs à l’égard des Juifs et d’Israël.

Evans a dit avoir rencontré des députés du bloc du changement pour tenter de les convaincre de ne pas écarter Netanyahu.

Il a ajouté que quatre législateurs avaient indiqué être prêts à quitter le navire mais qu’aucun n’avait voulu être le premier à le faire.

« La mort de Bibi Netanyahu a été très exagérée », a-t-il prévenu.

Les propos d’Evans ont paru entraîner les critiques d’une autre organisation évangéliste, la International Christian Embassy Jerusalem.

Dans une déclaration faite samedi, le président du groupe Jürgen Bühler a expliqué que « personne ne doit douter de ce que les chrétiens pro-israéliens du monde entier éprouvent un respect profond pour Benjamin Netanyahu et pour ses nombreuses réussites en tant que Premier ministre le plus pérenne de toute l’Histoire d’Israël. Mais nous n’avons détecté aucune initiative parmi les évangélistes – que ce soit en Amérique ou ailleurs dans le monde – visant à cesser de soutenir Israël s’il devait être remplacé ».

Sans mentionner spécifiquement Mike Evans, Bülher a ajouté : « En fait, Israël a gagné des millions de nouveaux amis chrétiens, sur tout le globe, au cours de la dernière décennie et nous sommes convaincus que cette tendance va se maintenir ».

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