Leçons juridiques d’une experte, perplexe devant les « avantages » de l’annexion
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Une vue de l'implantation de Maale Efraim en Cisjordanie sur les collines de la vallée du Jourdain, le 18 février 2020. (Crédit : AP/Ariel Schalit)
Une vue de l'implantation de Maale Efraim en Cisjordanie sur les collines de la vallée du Jourdain, le 18 février 2020. (Crédit : AP/Ariel Schalit)
Interview

Leçons juridiques d’une experte, perplexe devant les « avantages » de l’annexion

Pnina Sharvit Baruch a dirigé l’unité des droits et responsabilités d’Israël en Cisjordanie. Le plan de Netanyahu pourrait rendre tout plus difficile, y compris la construction

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

La perspective de l’annexion de la Cisjordanie par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, prévue pour le 1er juillet dans le cadre de l’accord de coalition avec le ministre de la Défense Benny Gantz, est proche.

Les opposants se sont multipliés à l’approche de cette date. Sera-t-elle le rideau final de la solution à deux États, inaugurant une réalité d’inégalité à un seul État et l’effondrement ultime de l’État juif dans un conflit permanent, comme le prévient la gauche ? Va-t-il, comme le prétendent de nombreux dirigeants d’implantations, limiter les revendications d’Israël sur la Cisjordanie et livrer plus de 70 % des terres à un nouvel État palestinien construit sur la coquille vide d’une Autorité palestinienne défaillante, incompétente, qui soutient le terrorisme et devient une menace permanente pour les métropoles côtières israéliennes ?

Le plan reste tellement flou que la plupart des critiques dans le débat public israélien sont plus confus qu’inquiets. L’étendue de la mesure pourrait ne couvrir que 3 % de la Cisjordanie, y compris seulement les zones bâties des implantations israéliennes, ou jusqu’à 30 %, couvrant les implantations, les terres qu’elles administrent et la totalité de la vallée du Jourdain.

Les partisans et les adversaires ne peuvent même pas s’entendre sur le nom à donner à la manœuvre. S’agit-il d’une « annexion » ou d’une « application de la souveraineté » ? Utilisez l’un et quelqu’un vous répondra avec colère que c’est l’autre.

Pour donner un sens au débat, le Times of Israel s’est tourné vers l’un des meilleurs experts israéliens sur les questions juridiques et politiques qui découlent du contrôle de la Cisjordanie par Israël. Pnina Sharvit Baruch offre une perspective unique. Sa connaissance des nombreux problèmes qu’Israël a rencontrés – et créés – en Cisjordanie, des questions d’occupation, d’implantation, d’annexion et de la demande palestinienne d’autodétermination, ne découle pas de simples études universitaires : Le colonel (rés.) Sharvit Baruch, qui a passé 20 ans au sein du département de droit international de l’armée israélienne, et qui a dirigé ce département de 2003 à 2009, a été pendant des années l’un des principaux décideurs politiques et conseillers sur ces mêmes questions auprès des principaux dirigeants civils et militaires d’Israël. Elle dirige aujourd’hui le programme de droit et de sécurité nationale à l’Institute for National Security Studies – INSS – de l’université de Tel Aviv.

Col. (rés.) Pnina Sharvit Baruch de l’Institute for National Security Studies de l’université de Tel Aviv. (Autorisation)

L’entretien a été remanié par souci de concision et de clarté.

Le Times of Israel : Commençons par la différence entre les termes. Pourquoi « annexion » est-elle différente de « application de la souveraineté » ou « application du droit civil » ?

Pnina Sharvit Baruch : Les termes ne sont pas mutuellement exclusifs. L’application du droit civil israélien n’est qu’une technique. Le territoire lui-même n’a jamais appartenu à un autre État, il est donc logique de s’opposer au terme « annexion », car il implique que nous annexons quelque chose qui appartenait à un autre pays. Israël a des revendications dans ce domaine, donc ceux qui soutiennent cette initiative soutiennent qu’Israël n’applique la souveraineté qu’à un endroit sur lequel il a des droits légitimes.

Mais l’“annexion” n’exige pas nécessairement, en vertu du droit international, qu’un autre pays ait été propriétaire de la zone auparavant. Elle exige seulement que vous preniez le contrôle d’un territoire qui n’était pas le vôtre. L’acte d’appliquer la souveraineté à un territoire qui n’était pas le vôtre auparavant est l’annexion.

Aurait-il pu être le nôtre auparavant ? À titre d’exemple, la droite mentionne souvent la conférence de San Remo, il y a 100 ans, lorsque, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les puissances européennes ont divisé l’Empire ottoman et réservé cette région à l’autodétermination juive. Il y a donc un argument juridique – peu importe historique ou religieux pour le moment – selon lequel c’est le nôtre, suggèrent-ils.

Est-ce à nous ? Cela dépend à qui vous demandez. Il y a ceux qui disent que c’est à nous historiquement et que personne d’autre n’y a de droits. D’autres disent qu’il appartient aux Palestiniens. Le monde parle de « Territoire palestinien occupé », et si Israël en annexe même une partie, alors il annexe le territoire palestinien.

Le village bédouin de Sussiya, dans le sud de la Cisjordanie. (Conseil régional de Har Hebron)

Il y a un juste milieu, et j’y suis. C’est un territoire disputé. Tout n’est pas à nous, tout n’est pas à eux. Je pense que les Palestiniens qui y vivent ont le droit à l’autodétermination dans le territoire. Mais cela ne signifie pas nécessairement que ce droit doit être appliqué sur tout le territoire. La Ligne verte [qui détermine les limites de la Cisjordanie] n’est pas une frontière reconnue. Il s’agit d’une ligne issue de l’accord de cessez-le-feu avec la Jordanie de 1949. L’accord de cessez-le-feu stipule même explicitement que la ligne ne sera pas considérée comme une frontière.

La question de savoir où la frontière doit passer n’est pas une question juridique. Ce n’est pas que toute annexion soit nécessairement une annexion de la terre palestinienne. Mais si l’annexion leur enlève la possibilité de réaliser leur droit à l’autodétermination, alors elle équivaut à une violation de ce droit.

Qu’en est-il de l’occupation ? Si le territoire est sous occupation, peut-il être légalement annexé ? Est-il sous occupation ?

L’occupation est une question factuelle. Si un État prend le contrôle d’un territoire pendant un conflit armé, il est considéré comme un territoire occupé.

Après la résolution 242 [du Conseil de sécurité de l’ONU] [au lendemain de la guerre des Six Jours de 1967], l’ONU a stipulé que c’était la situation en Cisjordanie, et que la prise de terres par Israël par la guerre ne lui conférait pas de souveraineté. Elle relève de l’“occupation belligérante”, traduite en hébreu par tefisa lohamtit [techniquement « capturé par la guerre »].

Le règlement de La Haye de 1907, qu’Israël a toujours appliqué à la Cisjordanie, et la quatrième Convention de Genève [de 1949], à laquelle Israël a adhéré de facto, fixent les règles [de l’occupation belligérante] en ce qui concerne les responsabilités de l’occupant envers les habitants du territoire, appelés « personnes protégées ». L’objectif de ces règles est de garantir qu’il n’y ait pas de lacune ou d’écart dans les droits. Elles respectent la propriété privée, le bien-être, l’ordre public, etc. L’occupant a des devoirs envers les résidents. Israël a en fait appliqué les protections des lois de l’occupation belligérante aux Palestiniens.

Un policier israélien sur une colline surplombant le village bédouin de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 1er janvier 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Le droit d’occupation comporte également des règles visant à protéger le statut du précédent souverain. L’occupant est le tuteur du précédent souverain jusqu’à ce qu’ils se mettent d’accord, lors de négociations, sur ce qu’ils doivent faire du territoire. Celles-ci sont moins pertinentes pour la Cisjordanie, puisqu’il n’y avait pas de souverain reconnu auparavant. L’annexion de la Cisjordanie par la Jordanie n’a été reconnue par aucun État, à l’exception du Royaume-Uni et du Pakistan, et la Jordanie elle-même est revenue sur son annexion.

Le monde dit donc que nous devons conclure ces accords avec les Palestiniens, non pas parce qu’ils ont toujours été souverains là-bas, mais parce qu’ils y ont le droit à l’autodétermination.

L’autodétermination est un principe important du droit international, qui a gagné en importance au fil du temps. On ne peut pas dire que les Palestiniens n’ont pas de droits. Mais un droit au territoire tiré de l’autodétermination, par opposition à un droit tiré de la souveraineté passée, ne signifie pas qu’ils ont un droit sur tout le territoire.

Donc si nous annexons, le monde se demandera de quel droit nous le faisons. Israël ne peut pas fonder son droit sur la simple occupation du territoire, car il existe un principe reconnu d’inadmissibilité de l’acquisition de territoire par la force. Une mesure unilatérale d’annexion d’un territoire occupé ne change pas le statut du territoire. Pour le monde, il restera « Territoire palestinien occupé ».

C’est la situation actuelle avec Jérusalem-Est. Nous y avons appliqué la loi israélienne en 1967, puis nous avons précisé dans des lois ultérieures que cela signifiait appliquer la souveraineté. Le monde ne l’a pas reconnu. Même la reconnaissance américaine [par l’administration Trump en 2018] était vague sur ce point. C’est ce qui va se passer avec cette annexion.

Il y a également une interdiction pour l’occupant de changer la situation sur le terrain et une applicabilité continue de la loi sur l’occupation en ce qui concerne les droits des résidents du territoire occupé.

Photo d’illustration : des soldats de Tsahal à un checkpoint en Cisjordanie (Wisam Hashlamoun / Flash90)

Ainsi, même si l’on peut affirmer qu’il n’y a pas d’interdiction en soi de l’annexion [en droit international], il est tout à fait clair que la loi ne modifie pas le statut du territoire occupé. Même si vous le faites, cela ne réduit pas vos responsabilités en tant qu’occupant. Les occupés restent des personnes protégées.

Pourquoi devrions-nous nous soucier de ce que dit le droit international ? Il n’y a pas de véritable application, pas de véritable espoir d’égalité de traitement pour Israël ou tout autre petit pays. Le droit international n’a pas fait grand-chose pour les Palestiniens non plus. Beaucoup d’Israéliens pensent que le droit international n’existe pas vraiment, que c’est juste de la géopolitique avec une façade plus respectable. En quoi tout cela est-il important ?

La réponse comporte de nombreuses facettes.

Cela existe. Il y a des normes de droit international. Nous pouvons les interpréter et les comprendre différemment. Mais il y a cette chose qui existe. Il y a des traités dont les États parties s’engagent à les respecter. Et le droit coutumier international que les pays doivent respecter.

Il n’est pas inventé par chaque pays en fonction de ses besoins.

Et les pays qui veulent être considérés comme faisant partie de la communauté internationale développée et respectée [comme Israël] ont intérêt à paraître respecter le droit international. Il existe un ordre mondial composé de droit international et on attend des États qu’ils y obéissent.

L’assemblée générale de l’ONU lors d’un vote sur l’embargo imposé à Cuba, le 7 novembre 2019. (Crédit : Evan Schneider/ UN)

Si un État décide de ne pas l’observer, il nuit d’abord à son image. Mais cela devient aussi pertinent pour la façon dont certains États et organismes interagissent avec cet État.

Le dénominateur commun des États membres de l’Union européenne est le droit international. Il est très central, et tout est contrôlé selon ses normes. Si un État ne respecte pas le droit international, il se met dans une position où les États membres de l’UE ne pourront pas facilement s’en occuper.

Aux Nations unies, le droit international est profondément politique, mais si un pays le viole, l’ONU est capable de prendre de nombreuses mesures à leur encontre dans divers organes, y compris au Conseil de sécurité. L’Irak, l’Iran, l’Afrique du Sud et la Corée du Nord ont tous été confrontés à de telles mesures.

Ensuite, il y a les tribunaux. La CIJ, ou Cour internationale de justice, n’est compétente que si le pays concerné y consent. Elle peut toutefois donner des avis consultatifs. En 2014, elle a donné un avis consultatif à la demande de l’Assemblée générale des Nations unies sur la clôture de sécurité. Cet avis stipule, entre autres, que l’annexion est illégale. Cet avis n’est pas contraignant pour Israël, mais il a été utilisé par divers organismes et forums, des militants du boycott et autres, contre Israël.

L’instance qui a de vraies crocs est la Cour pénale internationale, la CPI, qui est relativement nouvelle. Elle va probablement ouvrir une enquête sur les « crimes de guerre » israéliens, y compris les « crimes de guerre » des implantations israéliennes. L’annexion pourrait rendre les choses plus difficiles pour Israël dans ce domaine également.

La procureure en chef de la Cour pénale internationale Fatou Bensouda s’exprime lors de la 18ème session de l’Assemblée des Etats membres de la CPI à la Haye, le 2 décembre 2019. (Crédit : Cour pénale internationale)

Il est clair que la manière dont les États agissent en ce qui concerne l’application du droit international est politique. Des pays commettent des violations manifestes du droit international, par exemple la Chine, la Turquie et la Libye avec leurs nouvelles revendications sur les eaux territoriales, l’Iran, etc. En fin de compte, les conséquences auxquelles ils sont confrontés sont une question de politique.

Nous en paierons certainement le prix [pour l’annexion]. Parfois, il y a des cas où cela en vaut la peine. Il y a ceux qui disent que nos bombardements des réacteurs nucléaires en Irak et en Syrie étaient des violations du droit international. Nous avons répondu : « D’accord, nous allons assumer cela. C’est trop important pour que nous ne le fassions pas ».

Mais si vous enfreignez la loi et n’obtenez rien – par exemple, si nous annonçons que nos eaux territoriales sont désormais à 16 miles [de nos côtes, au lieu des 12 miles définis par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982], et que nous nous battons ensuite avec le monde entier, la question que nous devrions nous poser est la suivante : y a-t-il quelque chose qui en vaille la peine ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi le faire ?

Enfin, si nous n’assumons pas nos responsabilités envers les Palestiniens et ignorons leurs droits humains, le problème n’est pas seulement le droit international, mais ce que je considère comme une considération plus importante : la violation de notre propre droit et de notre propre morale.

Comment exactement l’annexion rendrait-elle Israël plus vulnérable aux répercussions juridiques internationales ?

La CPI, qui ne peut juger que des individus, va probablement ouvrir une enquête pour « crimes de guerre » contre Israël en Cisjordanie. Si l’annexion comprend l’expropriation de terres ou porte atteinte de toute autre manière aux droits des Palestiniens, elle pourrait être ajoutée à la liste des crimes potentiels soulevés devant la Cour.

La Cour pénale internationale, ou CPI, à La Haye, Pays-Bas, le 7 novembre 2019. (AP Photo/Peter Dejong)

Si un mandat d’arrêt est délivré contre un fonctionnaire israélien, tous les pays membres du tribunal doivent y obéir – la quasi-totalité de l’Europe, le Canada, l’Amérique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et bien d’autres pays leur deviendraient inaccessibles.

Au-delà du tribunal, je sais que les Européens cherchent maintenant sérieusement des moyens d’imposer un coût à Israël par le biais de nos accords. Les accords déjà en vigueur sont difficiles à annuler. Mais ils reconsidéreront les futurs accords. Cela commencera doucement, car les accords existants continueront à fonctionner, mais les futurs accords pourraient être compromis.

L’UE envisage également de réduire son financement de l’AP. Nous pourrions être contraints de commencer à financer les Palestiniens nous-mêmes si l’AP s’effondre économiquement, et ce au milieu de tous nos problèmes budgétaires.

Une présidence Biden pourrait également imposer de nouvelles limites à nos relations avec les États-Unis.

L’annexion est considérée comme une mesure très contrariante pour Israël, une mesure qui va à l’encontre du droit international tel que la plupart du monde l’interprète et qui s’oppose à la réalisation de la solution à deux États à laquelle la plupart du monde croit.

Cela dit, l’intensité exacte de ce retour de flamme dépend de la géopolitique. Mais cela complique définitivement notre marge de manœuvre internationale.

Des Palestiniens brandissent des panneaux pendant une manifestation contre le plan israélien d’annexion de la Cisjordanie, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 11 juin 2020. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Passons à la Cisjordanie. La Cisjordanie est régie par un mélange de lois ottomanes, jordaniennes, mandataires et militaires, et il est difficile de faire quoi que ce soit. L’annexion n’apportera-t-elle pas un peu d’ordre public désespérément nécessaire dans la région, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens ?

Les Israéliens qui vivent dans les implantations israéliennes sont pour la plupart soumis à la loi israélienne. Ils sont considérés comme des résidents d’Israël, en vertu de la législation israélienne. Et les ordres militaires [qui établissent les lois dans le territoire] ont adopté par référence la plupart des lois civiles israéliennes pertinentes pour les zones d’implantation israéliennes : droit municipal, santé, éducation, bien-être, etc.

C’est lourd, c’est vrai. Il faut du temps pour qu’une nouvelle loi adoptée à la Knesset se traduise par un ordre militaire qui prend effet pour les implantations, mais des efforts ont été faits pour rationaliser ce processus. Il s’est amélioré.

Cependant, lorsqu’il s’agit de terres, de biens immobiliers, d’infrastructures, de planification et de zonage, la loi israélienne ne s’applique pas. Il y a là un chevauchement complexe entre le droit ottoman, le droit mandataire, le droit jordanien et le droit militaire. C’est également compliqué parce que l’État a besoin de beaucoup d’autorisations pour faire quoi que ce soit, en partie pour contrôler ce qui se passe là-bas [au-delà de la portée du droit civil israélien].

Ensuite, il y a les Palestiniens. Ils ne sont pas soumis à la loi israélienne qui s’applique aux Israéliens, que ce soit par la formule « résidents israéliens » dans la loi israélienne ou en l’appliquant aux zones d’implantation israéliennes. Les Palestiniens vivent sous ce mélange de droit mandataire, jordanien, ottoman et militaire – et dans les zones A et B contrôlées par les Palestiniens [qui représentent ensemble les 40 % des terres de Cisjordanie, où vivent la plupart des Palestiniens], également sous le droit palestinien.

Le droit palestinien s’applique également à eux dans la zone C, mais seulement sur les questions qui s’appliquent à la personne, non liées aux infrastructures, comme l’éducation ou la santé. L’Autorité palestinienne n’a aucune compétence en matière d’infrastructures.

Des Palestiniens protestent contre l’initiative du président américain Donald Trump au Moyen-Orient dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 11 février 2020. (Majdi Mohammed/AP).

Je ne connais pas de moyen d’appliquer la loi à un territoire sans qu’elle s’applique aux gens qui s’y trouvent. Ainsi, si des Palestiniens vivent dans les zones annexées, la loi israélienne s’appliquera à eux.

Il y a deux types de Palestiniens potentiellement affectés par l’annexion. Ceux qui vivent dans le territoire où la loi israélienne est appliquée deviendront inévitablement des résidents israéliens. Si vous êtes un résident permanent d’Israël, vous obtenez le statut de résident [légal] en Israël. C’est ce qui s’est passé à Jérusalem-Est et dans le Golan. Ils bénéficieront de l’aide sociale, de la liberté de circulation en Israël et auront également le droit de demander la citoyenneté. À Jérusalem-Est, il a été très difficile et compliqué d’obtenir la citoyenneté, mais beaucoup y parviennent. Et tous peuvent voter aux élections municipales.

Quant à ceux qui ne vivent pas dans le territoire, mais qui verront leurs terres annexées ou qui verront les terres annexées les bloquer, ils ne seront pas des résidents israéliens, mais Israël aura une responsabilité d’occupant envers eux. Par exemple, nous ne pouvons pas limiter leur accès à leurs terres. Si chaque sortie d’un village signifie entrer en Israël – ce qui nécessite un permis d’entrée – nous devrons trouver une solution qui les laisse entrer.

Mais il y a plus, et vous l’avez vu dans la décision de la Cour suprême qui a annulé la loi de Régulation [au début de ce mois].

Jusqu’à présent, les décisions de la Cour suprême concernant la Cisjordanie accordaient aux Palestiniens les protections [de l’occupation belligérante] et non les droits du droit constitutionnel israélien. Il n’y avait donc pas de droit constitutionnel à l’égalité, par exemple, qui est interne au droit israélien.

Toute personne qui devient résident sur le territoire israélien verra les lois fondamentales d’Israël s’appliquer à elle.

L’entrée du quartier d’Issawiya à Jérusalem-Est, le 5 novembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

La décision relative à la loi de Régulation le dit explicitement. La Loi fondamentale : La dignité et la liberté de l’homme comprennent le droit à l’égalité [reconnu par le tribunal comme une conséquence du droit à la dignité]. Même le juge [Noam] Sohlberg, le juge dissident, a convenu que la Loi de régulation violait le droit des Palestiniens à l’égalité.

Il ne sera pas possible de légaliser rétroactivement une construction illégale par un Israélien mais pas par un Palestinien.

L’arrêt indique clairement que l’application du droit israélien limitera la possibilité d’expropriation « pour cause de nécessité publique » des terres palestiniennes destinées aux implantations israéliennes. Ce genre d’expropriation [de terres palestiniennes] porte atteinte à leurs droits constitutionnels à la propriété et à l’égalité.

L’armée est-elle favorable à l’annexion ? En tant qu’institution, elle est évidemment préoccupée par les violences potentielles qui pourraient en résulter, mais voit-elle des avantages ?

Je ne suis plus dans l’armée. Je sais que l’armée se prépare toujours aux retombées de ces choses. Il y a beaucoup d’incertitude en ce moment.

Il y a une vieille plaisanterie dans l’armée qui vient des négociations de paix, quand l’armée essayait toujours de comprendre quelles seraient les offres des différentes parties et ce qu’elles signifieraient pour l’armée. La plaisanterie était que nos services de renseignement avaient une grande inconnue – la position israélienne. Nous avions de bons renseignements sur ce que l’autre partie envisageait de proposer, mais nous n’avions aucune idée de ce que nos politiciens allaient faire.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant général Aviv Kohavi, (deuxième à gauche), se rend sur les lieux d’un attentat terroriste près de l’implantation israélienne de Dolev en Cisjordanie le 23 août 2019, au cours duquel une adolescente israélienne a été tuée et son père et son frère ont été gravement blessés. (Armée israélienne)

L’application d’un droit civil israélien unitaire et cohérent n’aiderait-elle pas les militaires à gérer le territoire ?

Cela ne ferait que compliquer les choses. En Israël, les actions de Tsahal sont plus limitées qu’en Cisjordanie.

Par exemple, l’armée n’est pas censée arrêter qui que ce soit à l’intérieur d’Israël ; c’est le travail de la police. A moins d’une urgence comme le coronavirus, l’armée n’est pas censée travailler en étroite collaboration avec les civils. Les règles d’arrestation – comme le délai avant qu’un avocat ne soit appelé et ainsi de suite – sont plus strictes à l’intérieur d’Israël. À l’exception de certaines situations de terrorisme, il y a des limites strictes. Ainsi, la décision ne donnerait pas de nouveaux pouvoirs à l’armée et ajouterait de nombreuses restrictions.

Nous avons abordé les effets de cette décision pour les Palestiniens et l’armée israélienne. Qu’en est-il des implantations ? Seront-elles lésées ou favorisées par cette décision ?

Les lois de zonage et de planification sont beaucoup plus compliquées et bureaucratiques en Israël que dans les territoires, et toutes s’appliqueront désormais aux implantations. La procédure d’objection [dans le droit civil israélien, qui permet au public de s’opposer aux plans de zonage et de développement municipal] sera ouverte aux Palestiniens.

L’application de ces lois et règles rendra la construction plus difficile.

Bâtiments en construction à Mishor Adumim, une zone industrielle israélienne adjacente à l’implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, à l’est de Jérusalem, le 16 juin 2020. (Ahmad Gharabli/AFP)

Il sera également plus difficile de se retirer des zones annexées.

Il y a une loi référendaire [adoptée en 2014, qui exige le soutien de 80 députés ou un référendum national pour se retirer du territoire israélien] qui s’appliquerait désormais au territoire annexé. Si la loi israélienne s’applique uniquement aux grands blocs adjacents à la Ligne verte, c’est une chose. Mais si la loi est appliquée selon la carte du plan de paix Trump, avec beaucoup de petites enclaves, cela crée une situation dans laquelle nous aurons besoin d’un référendum national pour convenir d’arrangements remettant aux Palestiniens même les avant-postes isolés entourés d’une importante population palestinienne.

En fin de compte, vous êtes opposée à l’annexion ?

Je ne comprends pas le grand avantage de cette initiative. Elle rend la construction plus difficile, le retrait plus difficile et la sécurité plus difficile à assurer.

L’objectif peut être aucun de ces éléments. Il se peut que ce soit juste de mettre un pied dans le plat et de dire : « C’est à nous et nous ne partirons pas ».

Cela envoie également un message aux Palestiniens – ce qui n’est peut-être pas une mauvaise chose – que le temps n’est pas de leur côté. Ce n’est pas un objectif suffisant en soi, mais c’est une partie raisonnable de la logique.

Mais en fin de compte, cela n’enlève rien à notre responsabilité de trouver une solution qui donne des réponses aux Palestiniens, qui nous impose des limites juridiques et qui offre une vision de la manière dont nous nous séparons.

Et lorsque vous ajoutez l’effet sur nos relations avec les États arabes, les retombées du droit international et ainsi de suite, quel est le bénéfice qui justifie tous ces coûts ?

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