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L'homme d'affaires russe Roman Abramovich lors d'une conférence de presse de Vladimir Poutine annonçant que la Russie accueillera la Coupe du monde de football en 2018 à Zurich, en Suisse,  le 2 décembre 2010. (Crédit : AP Photo/Anja Niedringhaus)
L'homme d'affaires russe Roman Abramovich lors d'une conférence de presse de Vladimir Poutine annonçant que la Russie accueillera la Coupe du monde de football en 2018 à Zurich, en Suisse, le 2 décembre 2010. (Crédit : AP Photo/Anja Niedringhaus)
Le ToI enquête

Les oligarques russes « toxiques » sont dorénavant dans la ligne de mire en Israël

Les magnats auraient été « choqués » par l’ampleur des sanctions, selon les expets ; 30 à 40 oligarques liés à la Russie étaient citoyens ou résidents israéliens en 2018

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

C’est un voyage qui a fait le tour du monde – ou, tout du moins, le tour des fils d’actualité des usagers des réseaux sociaux abonnés aux comptes des traqueurs de déplacements aériens. Dimanche dans la soirée, un avion privé appartenant à l’oligarque russe Roman Abramovich a été localisé alors qu’il était en train d’atterrir à Tel Aviv, en provenance de Moscou.

Les données de vol enregistrées par le détenteur d’un compte Twitter – qui se consacre aux déplacements des six avions d’Abramovich et des avions d’autres oligarques russes – ont indiqué qu’un appareil de modèle Gulfstream G650 , appartenant à Abramovich, s’était posé dans la ville à environ 21 heures heure locale. Le jet privé était parti de Moscou dans la journée de dimanche après être arrivé d’Istanbul où il était stationné depuis environ une semaine, précisait le compte.

(Ce compte automatisé, ainsi qu’un autre fil d’actualité traquant les yachts privés des oligarques, a été mis en place ces derniers jours par un étudiant américain de 19 ans, Jack Sweeney, qui avait fait la Une des médias à la fin du mois dernier pour son suivi de l’avion privé d’Elon Musk. Ce fil d’actualité, Russian Oligarch Jets, tire ses données d’une technologie de surveillance qui localise la position d’un avion en temps réel via la navigation satellite, une technologie appelée Automatic Dependent Surveillance–Broadcast (ADS–B).

Depuis le 1er mars, le Gulfstream d’Abramovich a fait plusieurs déplacements entre Istanbul et Moscou. Un autre avion appartenant à l’oligarque, un Boeing 787-8 Dreamliner, avait décollé de Moscou à destination de Dubaï il y a dix jours.

Il est difficile de dire avec certitude si Abramovich, magnat de l’industrie sidérurgique et pétrolière, se trouvait lui-même à bord ou si les déplacements des avions relèvent en réalité d’une quelconque activité illégale. Il a été photographié lundi à l’aéroport international Ben-Gurion, près de Tel Aviv, attendant apparemment d’embarquer dans un avion à destination de Moscou via Istanbul. Mais une fois encore, aucun élément n’a confirmé de manière définitive sa présence à bord du vol au moment de l’écriture de cet article.

Les avoirs et les déplacements d’Abramovich – ainsi que ceux de plus d’une dizaine d’oligarques russes – font l’objet d’une attention croissante alors même que les gouvernements occidentaux cherchent à punir la Russie pour sa guerre en Ukraine et qu’ils ont imposé, pour ce faire, des sanctions économiques sans précédent, prenant également pour cibles ces grosses fortunes qui ont amassé beaucoup d’argent dans un pays où seuls les loyalistes de Vladimir Poutine parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Le président russe Vladimir Poutine lors de son discours à la nation au Kremlin à Moscou, le 21 février 2022. (Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP)

Abramovich lui-même a écopé récemment de sanctions de la part du Canada et du Royaume-Uni, qui lui a interdit de diriger le club de football de Chelsea dont il est pourtant le propriétaire.

Israël, jusqu’à présent, a évité de se joindre aux sanctions contre la Russie ou de critiquer directement le Kremlin. Le pays n’a pas l’intention de prendre des mesures contre les oligarques russes qui ont des avoirs au sein de l’État juif.

Une approche qui a valu des réprimandes du gouvernement des États-Unis. La sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques américaine, Victoria Nuland, a mis en garde l’Etat juif, lors d’une interview à la télévision qui a été diffusée vendredi, contre « l’argent sale » de la Russie et elle a demandé à Jérusalem de rejoindre le mouvement des sanctions occidentales contre Moscou.

Ces remontrances publiques ont eu lieu après que des informations parues dans les médias israéliens ont laissé entendre, le week-end dernier, qu’au moins 14 jets privés avaient décollé de la Russie pour se rendre en Israël au cours des dix derniers jours.

Dossier – Dans cette photo d’archive du 2 décembre 2010, le Premier ministre russe de l’époque, Vladimir Poutine, à droite, félicite les membres de la délégation russe, de gauche à droite : le chef d’orchestre Valery Gerguiev, l’homme d’affaires Roman Abramovich et le gouverneur de Nizhny Novgorod Valery Shantsev ; après qu’il a été annoncé que la Russie accueillerait la Coupe du monde de football 2018, à Zurich, en Suisse. (Crédit : AP Photo/Alexei Nikolsky, Pool)

La Douzième chaîne a annoncé de son côté qu’un nombre inhabituel d’avions privés avaient quitté la Russie en direction d’Israël depuis l’invasion de l’Ukraine, le 24 février – ce qui pourrait peut-être indiquer que certaines Russes fortunés cherchent des moyens de contourner les sanctions.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a affirmé au cours d’un arrêt en Slovaquie que « Israël ne sera pas une voie de contournement des sanctions qui ont été imposées à la Russie par les États-Unis et par les autres pays occidentaux. »

Des avoirs opaques

Il n’y a aucune donnée clairement établie sur le nombre d’oligarques qui se trouvent actuellement sur le territoire israélien ou sur les avoirs qu’ils possèdent dans le pays, un grand nombre d’entre eux étant enregistrés sous les noms de sociétés-écrans ou de gestionnaires de biens, expliquent des experts qui ont travaillé sur la question au Times of Israel. Nos interlocuteurs ne souhaitent pas par ailleurs être identifiés.

Un Israélien très au fait de l’histoire des oligarques russes dans le pays note que les biens que ces derniers possèdent sont souvent achetés en utilisant des moyens si complexes qu’il « est très difficile, voire impossible » de savoir qui est propriétaire de quoi.

Et les autorités d’autres pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, où les grosses fortunes russes possèderaient des milliards de dollars en biens immobiliers, yachts ou avions, font face aux mêmes difficultés.

Même s’il y a eu quelques réussites.

Si les agences européennes ont pris l’initiative, ces derniers jours, de saisir des yachts privés – l’un d’eux pourrait appartenir à Poutine, d’ailleurs , mais sans certitude pour autant – un ancien agent de la CIA a déclaré dimanche à CNN que la majorité de ces bateaux « appartiennent à des sociétés-écrans » et qu’ils « sont signalés à des endroits comme les îles Marshall, comme les îles Caïmans ou comme l’île de Wight [en Angleterre] et il est donc très compliqué de démêler les choses pour savoir qui en sont les réels propriétaires ».

Le Solaris, le yacht appartenant au magnat israélo-russe Roman Abramovich ancré à Tivat, au Montenegro, le 12 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Risto Bozovic)

« C’est société-écran sur société-écran et essayer de remonter le fil, de déterminer qui est précisément le propriétaire est très, très difficile – et les choses se sont faites comme ça à dessein », a commenté Alex Finley, qui travaillait à l’Administration des opérations de la CIA où il était au service de l’Afrique de l’Ouest et de l’Europe.

Les oligarques russes ont appris comment dissimuler leurs avoirs depuis 2014 – un apprentissage qui a depuis tourné à l’expertise – lorsque des sanctions avaient été imposées à la Russie suite à l’annexion de la Crimée. Aujourd’hui, ils « transfèrent la propriété de leurs demeures, de leurs appartements et de leurs œuvres d’art » à d’autres, note un reportage de Forbes publié ce mois-ci et intitulé : « Échapper aux sanctions : Le manuel en direction des milliardaires russes ».

Ces oligarques « ont découvert qu’utiliser une série de sociétés-écrans sur le modèle des poupées russes rendait impossible la saisie des avions et des yachts par les gouvernements hostiles. Ils se sont assurés que leurs parts, dans les entreprises, étaient inférieures à 50 %, les plaçant ainsi hors de portée des sanctions américaines. Ils ont enregistré leurs avoirs dans les îles vierges britanniques, dans l’île de Man, à Chypre ou dans l’un des deux paradis fiscaux pour les Russes, l’île d’Oktyabrsky ou l’île de Russky, où les nations opposées à l’invasion de l’Ukraine ne parviendront jamais à les atteindre. Et, plus important encore, ils ont embauché les services de juristes et de comptables qui ont été chargés de créer un tout nouveau domaine de pratique : l’industrie de l’évasion des sanctions », dit l’article.

Bénéficiaire effectif

La question des bénéficiaires effectifs – ce sont les personnes qui tirent un bénéfice de la propriété d’un avoir même si le titre juridique de propriété est enregistré à un autre nom – est une question que connaît bien Ksenia Svetlova, ancienne journaliste et ancienne députée de la Knesset née en Russie. Elle déclare avoir tenté en vain de mobiliser l’attention sur ce problème lorsqu’elle siégeait au Parlement israélien, entre 2015 et 2019.

« Actuellement, il n’y a pas de demande en faveur de la révélation des noms des éventuels bénéficiaires effectifs [des avoirs]. Israël n’a pas de bons antécédents en termes de blanchiment d’argent, même si les choses se sont un petit peu améliorées au cours des dernières années. Mon projet de loi demandait que les comptables et les firmes supervisant les accords qui pouvaient être conclus dévoilent l’identité du bénéficiaire final aux autorités », indique-t-elle dans un entretien téléphonique avec le Times of Israël, dimanche.

« On peut avoir un compte ou une ressource donnés – mais de quoi s’agit-il ? ce compte, ces ressources sont-ils israéliens ? Le compte qui finance l’accord final est hébergé dans les îles Caïmans, et il peut y avoir un quelconque oligarque louche derrière. Il est inutile de dire que le soutien à ce projet de loi a été limité, que les députés n’ont pas compris le problème et qu’ils n’ont pas ressenti la nécessité de changer le système », déplore-t-elle.

Svetlova ajoute que dans la mesure où Israël attire de nombreuses personnes fortunées dans le monde – « et pas seulement les oligarques russes », précise-t-elle – elle avait considéré, « en tant que députée mobilisée dans la lutte contre la corruption et contre le blanchiment d’argent », que ce projet de loi avait été une bonne chose.

La journaliste et analyste politique Ksenia Svetlova, ancienne députée du parti de l’Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Et dans le climat actuel, fait-elle remarquer, alors « que des questions fusent autour de l’argent des oligarques, de plus en plus de gens commencent à mieux comprendre le problème ».

« Israël a toujours détourné le regard face à ce problème – au moins jusqu’à maintenant. C’est également vrai en ce qui concerne les médias parce qu’il y a quelques hommes de Poutine, ou des proches de Poutine, qui possèdent des parts dans des médias divers, ici : [l’homme d’affaires israélo-géorgien] Mikhael Mirilashvili dans la Quatorzième chaîne, et [l’homme d’affaires et investisseur ukrainien] Len Blavatnik dans la Treizième chaîne », continue Svetlova.

Vivant en Israël, Mirilashvili avait été désigné par le journal russophone « Business à St. Petersburg » en 2016 comme la deuxième fortune de St. Petersburg, avec une richesse nette estimée à 229 milliards de roubles. En 2019, il avait été mis en cause dans une affaire d’accords douteux liés à une organisation dont le siège se trouve au sein de l’État juif.

La Quatorzième chaîne « colporte la propagande russe » dans son traitement de la guerre en Ukraine, signale de son côté le spécialiste de l’histoire des oligarques.

L’homme d’affaires russo-israélien Michael Mirilashvili dans ses bureaux de Petah Tikva, le 17 novembre 2020. (Crédit :Emmanuel Dundand/AFP)

Une autre personne qui souhaite rester anonyme mais qui a effectué des recherches significatives sur les oligarques russes dans le monde confie au Times of Israël que Mirilashvili « a tissé un lien direct avec Poutine à cause de St. Petersburg » où le président russe avait commencé sa carrière politique. Mirilashvili « refourgue aussi la propagande de Poutine au sujet de la Deuxième guerre mondiale », une propagande qui dépeint l’URSS comme une fervente opposante au nazisme dès le début de son ascension, ajoute notre interlocuteur.

Mirilashvili est aussi propriétaire et président de Watergen, une firme qui a développé une technologie brevetée qui transforme l’air en eau propre et potable.

Blavatnik, pour sa part, est un homme d’affaires ukrainien qui a assis sa fortune dans les années 1990 quand Boris Eltsine était président de la Russie, et ses relations actuelles avec Poutine restent indéterminées. Il a la citoyenneté américaine et la citoyenneté britannique et a versé des fonds à des organisations israéliennes.

Ni Blavatnik ni Mirilashvili ne figurent actuellement sur la liste des oligarques visés par les sanctions occidentales. Mais les noms d’un certain nombre d’autres oligarques, notamment Juifs ou Israéliens, y apparaissent – parmi lesquels le nom d’Abramovich.

L’oligarque le plus célèbre d’Israël

Selon des estimations qui remontent en 2018, 30 à 40 magnats russes bénéficient de la citoyenneté ou du statut de résident en Israël, la majorité d’entre eux ne venant qu’une partie du temps ou temporairement en raison de leurs affaires.

Il est difficile de dire aujourd’hui combien ils sont – mais Abramovich est très certainement l’oligarque le plus visible d’Israël. Il est considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays, avec une fortune qui s’élève à 7,2 milliards de dollars en 2022, selon Forbes, contre 14,5 milliards de dollars au mois d’avril dernier.

Abramovich s’était installé en 2018 en Israël après le refus du renouvellement de son visa au Royaume-Uni, qui avait commencé à s’intéresser de plus près à son passé.

Le propriétaire du club de Chelsea Roman Abramovich au stade Stamford Bridge le 3 mai 2015. (Crédit : Photo by Clive Mason/Getty Images)

En plus de Chelsea, il est propriétaire de parts significatives dans le géant sidérurgique et d’exploitation minière Evraz, dont les actions ont été supprimées lundi par le fournisseur d’indice FTSE Russell (qui appartient au London Stock Exchange Group), et dans Norilsk Nickel, compagnie russe d’extraction de nickel, de palladium et qui mène des activités de fonderie.

Abramovich possède également au moins deux yachts, le Solaris et l’Eclipse, qui fait plus de 160 mètres et qu’il avait acheté en 2010 au prix d’environ 400 millions de dollars, selon Forbes. Solaris a été récemment aperçu dans le petit État du Montenegro, qui donne sur la mer adriatique.

Il était aussi propriétaire d’un certain nombre de biens immobiliers à New York et il a, au fil des années, transféré la propriété de biens situés dans la Grande Pomme – pour une valeur totale d’environ 90 millions de dollars – à son ex-épouse Dasha Zhukova, a fait savoir Forbes.

En Israël, Abramovich aurait au moins trois biens immobiliers – un hôtel situé dans le quartier chic de Neve Tzedek, à Tel Aviv, qu’il aurait acheté en 2015 au mari de l’actrice Gal Gadot, Yaron Varsano, au prix de dix millions de shekels et qu’il aurait transformé en habitation ; une demeure de 65 millions de dollars dans le quartier Herzliya Pituah de Tel Aviv, ainsi qu’un immeuble de bureaux de cinq étages, situé sur le front de mer, toujours à Tel Aviv, qu’il aurait acquis au prix de 58 millions de dollars.

Abramovich a aussi apporté son soutien à un certain nombre de start-ups israéliennes par le biais de ses entreprises d’investissement et notamment à StoreDot, une firme qui développe une technologie de batterie à recharge rapide (XFC) pour les véhicules électriques ; à la société de transport Via et à la plateforme d’engagement social Spot.IM, qui a été ultérieurement rebaptisée OpenWeb.

Il est aussi un donateur majeur à des causes philanthropiques en Israël. Mais après avoir essayé de l’aider à éviter les mesures punitives prononcées à son encontre, le musée de commémoration de la Shoah de Yad Vashem, la semaine dernière, a annoncé qu’il suspendait ses liens avec l’oligarque russe dans le sillage de l’imposition des sanctions.

Le propriétaire de Chelsea Roman Abramovich brandit une pancarte disant « non à l’antisémitisme » lors de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, au mois de janvier 2021. (Autorisation : Chelsea FC/President Rivlin/GPO)

Les sanctions ne sont pas une nouveauté pour Abramovich qui, selon l’homme spécialiste de l’histoire des oligarques russes, serait « le portefeuille de Poutine » et l’un de ses financiers lorsque le président russe acquiert des avoirs dans les pays occidentaux. Son nom avait figuré sur la liste de la CATSAA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) en 2017 et il est inscrit sur la liste « Nalvany 35 » depuis 2021, une liste portant le nom de l’activiste de l’opposition Alexei Navalny, militant anti-corruption, qui avait été empoisonné par des agents russes et qui est dorénavant emprisonné en Russie.

Le chercheur explique qu’Abramovich et d’autres sont « ceux qui manipulent les liquidités au nom de Poutine, des hommes dont il a un contrôle presque total », les utilisant « pour accéder aux systèmes occidentaux ».

D’autres oligarques juifs russes – comme Mikhail Fridman, Petr Aven, German Khan ou Viktor Vekselberg – qui ont des intérêts immenses en Israël ont également été sanctionnés à l’international en raison de leurs liens présumés avec Poutine. Certaines de ces actions punitives remontent à il y a des années.

Fridman, Aven et Khan qui pèsent, à eux trois, 21 milliards de dollars, ont créé une organisation philanthropique, le Genesis Philanthropy Group, à l’origine du Prix Genesis annuel dont le lauréat touche la somme d’un million de dollars et qui est également connu sous le nom de « Nobel juif ».

Il y a également 210 noms de célèbres Russes sur une liste de cibles possibles de sanctions qui a été diffusée par le Trésor américain en 2018.

Surnommée « la liste de Poutine », au moins 18 personnalités dont le nom figure sur le document sont d’origine juive ou ont versé beaucoup d’argent à des organisations juives du monde entier, ces dernières années. Ces dons ont permis de financer des initiatives de commémoration de la Shoah, des programmes de renforcement de l’identité juive ou de lutte contre l’antisémitisme. Un grand nombre d’entre eux ont également fait des dons au mouvement Habad, le mouvement hassidique juif très impliqué dans la vie communautaire et au niveau social, en Russie, et au musée juif et centre de tolérance de Moscou.

Les trois hommes ont fait un don de dix millions de dollars aux communautés juives d’Ukraine quelques jours après l’invasion de la Russie. Le 2 mars, Fridman et Aven ont été touchés par de nouvelles sanctions de l’Union européenne.

Cibler les oligarques

Le chercheur explique que « ce que nous, en Occident, considérons comme de la corruption est finalement l’infiltration profonde par l’État russe » – et c’est de ce principe que doivent partir les gouvernements occidentaux lorsqu’ils prennent pour cible les oligarques.

« Il n’y a pas d’économie de marché, ou de banques privées réelles : tout est contrôlé par l’État », ajoute-t-il, soulignant que les oligarques ne sont pas du tout indépendants.

L’expert en histoire déclare que le Kremlin assigne souvent « des tâches » aux magnats russes – acquisitions diverses, création de liens ou financement de projets qui permettent de renforcer leur réputation ou leur crédibilité.

« Et ces personnalités, aujourd’hui, sont sous le choc de ce qui est en train d’arriver. Tous ce travail livré pour asseoir leur réputation est dorénavant parti en fumée et eux-mêmes sont devenus toxiques », poursuit-il.

« Toute leur ‘raison d’être’ était d’être utile à Poutine et ils ne le sont plus aujourd’hui », continue-t-il, signalant que le mal est très probablement irrémédiable.

Israël, ajoute-t-il, « devrait mettre en œuvre son propre système de sanctions », comme l’a fait Singapour.

Si Israël devait être dans l’incapacité d’agir concernant les sanctions, « alors le fossé entre Israël et le groupe des pays occidentaux va se creuser et cela nuira à Israël à long-terme », prédit Svetlova.

L’AFP et JTA ont contribué à cet article.

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